I. Nouveaux lundis. I. Xll
2bŸ ÉTUDES DE LITTÉRATURE ET d’aRT.
comte H. Delaborde réunissait donc un ensemble de conditions assez rare pour écrire une bonne histoire de cette Académie. Documents d’archives, ti’adition orale, connaissance personnelle des hommes et des choses, talent d’écrivain fait de méthode, de simplicité et de clarté, équité de jugement particulièrement difficile et méritoire dans un sujet qui rappelle beaucoup de controverses et agite des questions encore briVlantes, l’auteur fait tout concourir à l’exactitude générale du tableau. Aussi son livre est-il excellent. Enfin, il donne beaucoup plus qu’il ne promet. Ce n’est pas seulement l’histoire complète de l’Académie des beaux-arts; c’est aussi, dans une large mesure, celle de l’École des beaux-arts et de l’Académie de France à Rome ; c'est, enfin, une suite de portraits pénétrants et sobres de tous les artistes qui ont dû à leur illustration ou aux circonstances une place particulièrement considérable dansla compagnie.
Je voudrais, à propos de ce livre, examiner quelques-unes des questions qu’il soulève et dont plusieurs sont d’un intérêt toujours présent. Je voudrais aussi, en m’appuyant sur d’autres auteurs qui, directement ou indirectement, ont traité de l’Académie des beaux-arts, préciser quelques faits et quelques idées sur lesquels le comte H. Delaborde n’avait pas à insister, comme étrangers à l’objet propre de son travail, mais qui me semblent utiles à mettre en lumière, si l’on veut savoir par quelle succession et quels changements cette Académie est sortie d’éléments divers entre eux et surtout fort différents de ce qu’elle devait être elle-même. Cette enquête sur le passé n’est pas inutile à la juste notion du présent.
l’académie des beaux-arts.
Trois de nos cinq Académies actuelles se rattachent directement à celles de l’ancien régime. L’organisation primitive de l’Institut, en 1795, tendait à les en séparer le plus possible, mais les réorganisations de 1803 et de 1813 les en ont sensiblement rapprochés. Elles se recrutent de la même manière et poursuivent les mêmes travaux que leurs devancières; malgré le lien qui les unit entre elles et qui est l’idée mère de l’Institut, chacune d’elles jouit d’une autonomie suffisante et reproduit, dans le présent, une image fidèle du passé. L’Académie des sciences morales et politiques et l’Académie des beaux-arts font exception à la règle ; la première parce qu’elle ne date que de 1795 et de 1832; la seconde, parce qu’elle diffère complètement, comme organisation et comme objet, des deux Académies, l’une de peinture et de sculpture, l’autre d’architecture, qui furent supprimées en
La première de ces deux x\cadémies, et la plus considérable, celle de peinture et de sculpture, a trouvé dans Yitet un bon historien de son organisation et de ses travaux L Je rappelle brièvement les faits essentiels qu’il sut, le premier, dégager d’une tradition fort confuse. Jusqu'en 1648, peintres et sculpteurs se partageaient en deux classes très différentes et depuis longtemps divisées par une rivalité qui, à cette date, était arrivée à l’état aigu. Il y avait