‹ Études de littérature et d'artChapitre 17 sur 27 · V Académie royale de peinture et de sculpture · texte numérisé non relu

V Académie royale de peinture et de sculpture

ÉTUDES DE LlTTÉHATÜttE ET d’aRT.

d’abord les maîti^es jurés, organisés comme toutes les corporations de l’ancien régime, c’est-à-dire recrutés par l’apprentissage et le compagnonnage, et exerçant en théorie un monopole exclusif sur l’art comme sur le métier, quoique simples ouvriers pour la plupart et plutôt marbriers ou peintres en bâtiments qu'artistes sculpteurs ou peintres. Il y avait ensuite les hrevetaires, c’est-à-dire les artistes pourvus par brevet du titre de sculpteurs ou peintres du roi, de la reine ou des princes, et, à ce titre, pouvant exercer leur art à titre privilégié, en dehors des maîtres et de leurs monopoles. Il y avait enfin, en dehors de ces deux classes, les artistes qui n'étaient ni maîtres ni brevetaires, et qui se trouvaient, en quelque sorte, sans reconnaissance légale.

Après une longue suite d’hostilités réciproques entre maîtres et brevetaires, ceux-ci avaient imaginé, sur les conseils de l’un des leurs, rillustre Lebrun, et avec l’appui d'un conseiller d’État ami de l'art, M. de Charmois, de se constituer en une Académie, qui aurait le triple but d'appeler à elle tous les vi'ais artistes, d’en faire un corps reconnu par l'autorité publique, et, par là, de leur assurer l’exercice de leur art, au même titre que les maîtres, enfin, d'ouvrir une école où seraient enseignés la pratique et les principes de cet art h Officiellement fondée sur ces bases par lettres patentes, l'Académie royale de

1. Voir, sur l’enseignement des arts du dessin dans l’ancienne France, VÉt.ude sur le caractère de l’enseignement de Vart français aux differentes époques de son histoire, en tête de l’Ecole royale des élèves protégés, 1874, par M. L. Courajod, et le Traite' de l’adjninislration des beaux-arls, 1885, par MM, P. Dupré et G. OllendorfT,

l’académie des beaux-arts.

peinture et de sculpture pouvait admettre eu nombre illimité « tous peintres et sculpteurs, tant Français qu’étrangers ». Douze « anciens » choisirent quatorze « primitifs », et ces vingt-six fondateurs appelèrent à eux, par voie d’élection, tous ceux de leurs confrères qu’ils en jugèrent dignes. Longtemps combattue par la maîtrise avec acharnement, et enfin victorieuse, 1 Académie se développa et dura, d’après cette conception, jusqu’à la fin de l’ancien régime. Elle se divisait en deux catégories, les titulaires et les agréés. Pour être agréé, il fallait faire accepter par l’Académie un ouvrage de peinture ou de sculp ture, dit « morceau d'agrément » ; dès lors, on n’avait pas encore le droit d assister anx séances, mais on jouissait, comme les titulaires, et à l’exception de tous autres, du privilège d’exposer ses œuvres au Salon. Pour devenir titulaire, l’agréé devait, dans un délai de trois ans, présenter un « morceau de réception ». Trente-huit officiers administraient l’Académie et enseignaient en son nom, savoir un directeur, un chancelier, quatre recteurs, deux adjoints à recteur, douze professeurs de peinture et de sculpture, enseignant chacun pendant un mois, six adjoints à professeurs, un professeur de géométrie et de perspective, un professeur d’anatomie, huit conseillers, un trésorier et un secrétaire. Illimité en principe, le nombre des académiciens variait de 120 à 130 L

1. L’Académie d’architecture, fondée en 1671, remaniée en 1717, 1728, 1756 et 1775, était organisée d’une manière toute différente. Elle comprenait 24 membres, divisés en deux classes et nommés par le roi sur une liste de trois membres dressée

256 ÉTUDES DE LITTÉRATURE ET d’aRT.

Cette institution et ses résultats ont été diversement appréciés par deux des historiens les plus compétents qu’ait eus Fart de l’ancienne France, L. Vitet, que je viens de citer, et le marquis Léon de Laborde L Celui-ci estimant, avec raison, que Fart pur et Fart industriel ne prospèrent qu’à la condition d’être étroitement unis, s’élève vivement contre la scission que la création de l’Académie provoquait entre les artistes et les artisans. « Un gouvernement fort, dit-il, aurait reconstitué la corporation des peintres ; Anne d’Autriche, conduite par Mazarin, qui connaissait mieux Forganisation des Académies de Rome et de Florence que l’esprit des corporations françaises, se décida pour la création de l’Académie. » Il regrette d’autant plus le coup porté à cette corporation, qu’elle avait « conservé la bonne habitude d’animer d’un même esprit de dévouement aux arts les artistes d’un talent supérieur et les ouvriers les plus ordinaires » ; il estime que si l’Académie « avait dans son sein des artistes supérieurs, il s’en rencontrait dans la corporation d’aussi distingués ». Vitet lui a déjà répondu : « Nous aussi, nous sommes partisans de l’union de Fart et de l’industrie ; nous l’ai-

par l’Académie ; iis étaient d’abord admis dans la seconde classe et pouvaient ensuite passer dans la première. En 1*75, le nombre des membres fut porté à 32, avec 16 associés libres et 12 correspondants et associés étrangers. L’Académie avait pour directeur le premier architecte du roi et pour président le surintendant des bâtiments, qui nommait le secrétaire perpétuel. Comme l’Académie de peinture et de sculpture, l’Académie d’architecture donnait un enseignement public. Voir, sur cette Académie, l’article qui lui est consacré dans le Dictionndire de V Académie des beaux-arts, t. I, 1858. ,

Page 1