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Une tentative demeurée sans effet, mais fort instructive

ÉTUDES DE LITTÉRATURE ET d’aRT.

L'Académie des beaux-arts, les artistes et FÉtat sont à cette heure aussi éloignés que possible de la conception regrettée par Vitet, mais ils n’y sont pas venus du premier coup, pas plus en 1816 qu'en 1795. 11 a fallu d’assez longs tâtonnements pour préciser le vrai rôle de l'Académie moderne, et si dans notre siècle elle a trouvé de nombreux détracteurs, c’est en grande partie parce qu’elle recevait de l’État ou s efforçait elle-même de retenir des attributions qui non seulement n’avaient plus raison d’être, mais encore mettaient des entraves gênantes au libre exercice de l’art.

Nous avons vu cj;u’un des principaux privilèges de 1 ancienne Académie était celui d’exposer au Salon les œuvres de ses seuls membres, et que la Révolution

et trop peu connue, fait clairement ressortir le caractère libéral de la nouvelle Académie par rapport à sa devancière, et montre bien que les partisans de l’ancien régime ne s’y méprenaient pas. Pendant la première Restauration, une ordonnance royale du 5 mars 181b, rendue sur la proposition de l’abbé de Montesqulou, ministre de l’Intérieur, supprimait la quatrième classe de l’Institut, et rétablissait les anciennes Académies de peinture et de sculpture, d’une part, et d’architeclLire de l’autre, avec leurs règlements respectifs. Cette ordonnance resla sans effet : elle ne fut ni insérée au Bulletin des lois, ni notifiée k l’instilut, car le 20 mars de la môme année. Napoléon rentrait de l’île d’Elbe, et, le 25, Carnot, ministre de l’Intérieur, écrivait au président de l’Institut qu’elle devait « être considérée comme non avenue ». La question semble avoir été reprise, en 1816, lors de la seconde Restauration, mais on sait qu’elle n’aboutit pas et que la classe des Beaux-Arts fut une des nouvelles Académies de l’Institut reconstitué.

l’académie des beaux-arts.

l'en avait dépossédée au profit de tous les artistes. Le droit d’admission était conféré à un jury choisi dans la Commune des arts, puis dans la société qui lui succéda. L’empire institua un nouveau jury, composé du directeur des musées, de deux amateurs et de trois artistes; la Restauration conserva ce jury; la monarchie de Juillet lui substitua l’Académie des beaux-arts tout entière.

C’était pour celle-ci une mission difficile et un honneur dangereux. A ce moment, en effet, l’art français était divisé par des querelles violentes. L’école romantique affirmait par des chefs-d’œuvre son droit à l’existence, et l’école classique le lui contestait avec cette âpreté particulière qui distingue les querelles artistiques, où les intérêts individuels se mêlent étroitement aux questions de doctrine. Or l’Académie appartenait entièrement aux classiques, et elle luttait de tout son pouvoir pour la défense de ce qu'elle croyait être la vérité artistique, en fermant le Salon aux œuvres qui traduisaient la doctrine contraire et en leur refusant les récompenses qui, pour le public et l’État, consacraient la valeur des artistes. A un autre point de vue, croyant toujours à l’excellence d’un genre illustré jadis par Poussin, mais pen à peu dévié et devenu de plus en plus artificiel, le paysage historique, elle témoignait une égale répugnance pour la nouvelle école de paysagistes, qui prétendaient étudier la nature directement, sans arrangement ni artifice d’aucune sorte , et elle la traitait comme l’école romantique.

M. le comte Delaborde, tout en reconnaissant que

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plusieurs des exclusions prononcées par elle furent regrettables, plaide les circonstances atténuantes avec beaucoup de conviction. On ne saurait pourtant accepter ses conclusions sans réserves et admettre avec lui que l’Académie d’alors ait toujours rempli pour le mieux le mandat qu’elle avait reçu. Était-on bien venu, dit-il, à récuser des juges aussi expérimentés, aussi illustres et aussi indépendants? Pouvait-on demander à ces juges, une fois investis, d’accepter indifféremment « ce qui pouvait à leurs yeux élever ou abaisser le niveau de l’art contemporain ou tout au moins celui des œuvres qu’il s’agissait de donner en spectacle au public »? Il conclut que « les Salons, tels que l’Académie et le public luimême les comprenaient il y a un demi-siècle, ne devaient pas être accessibles à la fois aux maîtres et aux apprentis », et que ce n’était pas pour un tableau ou une statue un titre d’admission suffisant que de renfermer quelques indices de talent ou d’originalité. Il est facile de répondre d’abord que, si expérimentés et si illustres que fussent les membres du jury académique, ils ne pouvaient pas être indépendants : ils se trouvaient, en effet, juges et parties dans leur propre cause ; ils se considéraient comme chargés de faire triomplier une certaine doctrine, une certaine conception de l’art, et, fatale^ ment, tout ce qui différait de cette doctrine et de cette conception devait leur sembler mauvais ; à leurs yeux, élever ou abaisser le niveau de l’art, c’était se rapprocher ou s’écarter de leur propre idéal. Enfin, l’institution des Salons répondait moins pour eux à la nécessité de présenter chaque année au public

l’académie des beaux-arts.

tout ce que l’art français avait produit d’intéressant, d’appeler l’attention sur les jeunes talents, de susciter les controverses artistiques, de donner à l’originalité, même contestable, toutes facilités pour se produire, qu’à celle de maintenir pour les artistes et le public la recherche et le besoin des qualités estimables, mais insuffisantes, qui constituent la correction et l’esprit classique. Quant à excuser certaines exclusions en les attribuant « tout uniment à la fatigue que finissent par ressentir, à un moment donné, des regards devant lesquels ont passé sans relâche des centaines et des centaines de tableaux », l’explication serait acceptable si, trop souvent, ces exclusions n'avaient pas frappé des œuvres connues, annoncées, signées de noms déjà célèbres, et qui, loin de passer inaperçues, soulevaient au contraire une attention particulière. La Révolution de 1848 supprima le jury purement académique; ne le regrettons ni pour le public, ni pour l’Académie. Je n’ai pas à rechercher ici dans quelle mesure les nombreuses et diverses organisations du jury et du Salon qui ont prévalu de 1843 jusqu’au temps présent ont servi les intérêts de l’art et des artistes ; il suffit de dire qu’un jury est d’autant meilleur que l’élément académique y est plus largement représenté, et d’autant plus exposé à de justes critiques que cet élément y est pins exclusif. M. le comte Delaborde estime que la suppression du jury purement académique « était une innovation radicalement contraire aux intentions qu’avaient eues les fondateurs de l’Institut en attribuant aux membres de ce grand corps une autorité permanente et décisive dans

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toutes les questions intéressant les arts, les sciences ou les lettres ». Je ne crois pas que la Convention ait voulu établir une autorité aussi despotique sur un ordre de choses dont la liberté est le premier besoin; mais si tel avait été son projet, il est heureux que l’idée primitive ait été peu à peu atténuée et corrigée.

Une autre attribution de l’Académie des beaux-arts, recueillie par elle dès la création de l’Institut, dans l’héritage de l’ancienne Académie, fortifiée et complétée par les réorganisations de 1803 et de 1816, c’était l’autorité absolue qu’elle exerçait directement ou par délégation sur l’École des beaux-arts et sur l’Académie de France à Rome. Aux termes de l’ordonnance de 1819 portant règlement de l’École des beauxarts, les professeurs — membres de l’Académie, sauf exceptions très rares — se recrutaient par voie de cooptation, nommaient un conseil exécutif chargé d’examiner toutes les questions relatives à l’administration et choisissaient un président administrateur de l’École. S’il est excessif de dire que, sous ce régime, l’Académie et l’École ne faisaient qu’un, il est certain qu’en fait l’École n’était « qu’une succursale ou, pour mieux dire, qu’un organe de l’Académie elle-même ^ ». Sur l’Académie de France à Rome, l’autorité de l’Académie des beaux-arts était encore plus complète. Chargée d’établir le programme et de rendre le jugement du concours qui en ouvrait l'accès aux seuls élèves de l’École des beaux-arts, elle désignait au choix du ministre l’artisle chargé de la diriger; elle

1. Dupré et Ollrndorff, Traité de T administra, tion des beausarts.

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déterminait le règlement de la villa Médicis; elle en surveillait l’exécution par les soins du directeur, à qui elle transmettait directement ses instructions et qui correspondait de même avec elle, sans aucun droit de contrôle pour l’administration centrale des beaux-arts.

Celle-ci s’était résignée longtemps au rôle passif que lui créait cet état de choses, par une exception unique, ou à peu près, dans l’organisation de la France depuis 1789. Tandis que, dans tous les autres services publics, surtout dans ceux de l’enseignement, 1 État exerçait en tout son action directe, pour les beaux-arts il laissait faire, non seulement l’Académie, mais les départements et les villes, se bornant à un rôle de protection et de subvention, sans même se réserver une surveillance qui eût été non seulement son droit, mais son devoir. Après une longue indifférence, et sans que rien fît prévoir de sa part l’intention d’en sortir, tout à coup, par un véritable coup de théâtre, il reprenait à l’Académie des beaux-arts l’entière et paisible autorité qu’il lui avait livrée sur l’École des beaux-arts et l’Académie de France à Rome. Aux termes d’un décret du 13 novembre 1863, désormais le directeur et les professeurs de l’École des beaux-arts étaient nommés par le ministre sur la proposition d’un Conseil supérieur d’enseignement institué près d elle et choisi par lui | le concours pour l’Académie de France à Rome était ouvert à tous les Français, élèves de l’École des beaux-arts ou formés en dehors d’elle; et il était jugé par un jury d’État, tiré au sort sur une liste dressée par le Conseil supérieur d'enseignement,

L'Académie des beaux-arts protesta vivement contre un ensemble de mesures qui diminuaient, dans une si large proportion, son influence et son autorité. Elle épuisa tous les moyens d’exciter l’opinion artistique en sa faveur et de faire revenir le pouvoir sur ses décisions, depuis la voie gracieuse jusqu’au recours devant le Conseil d’État. Ces efforts furent en pure perte et, jusqu’à la fin de l'Empire, le décret du 13 novembre demeura en vigueur.

Les motifs de cette résolution soudaine de la part de l’État étaient de diverse nature, comme aussi les mesures prises étaient d’inégale valeur. Que l’État, ayant toutes les responsabilités, surtout sous un gouvernement personnel, voulût avoir aussi les moyens de les exercer, on ne saurait ni s'en étonner ni s'en indigner et, au lieu de réclamer par voie légale contre ce qu'elle appelait un excès de pouvoir, l’Académie n'avait qu’à s’incliner devant le principe du décret, en se bornant à faire ressortir ce que l'exclusion complète dont elle était l’objet avait d’injurieux pour elle, qui n’avait point démérité de la conliance de l’État, et de nuisible au bien des études, qui se trouvaient ainsi privées de la compétence et du zèle avec lesquels l'élite des artistes français les avait si longtemps dirigées. Cette attitude aurait mieux servi sa cause et, sans doute, abrégé la longue période durant laquelle il lui fallut attendre une réparation. D'autant plus qu’en agissant de la sorte le gouvernement était allé beaucoup plus loin qu’il n'aurait dû et sans doute qu’il ne pensait, sous riulluence de conseillers trop écoutés et qu'animait autant, comme Viollet-le-Duc, une hostilité peu justifiée contre l’Académie et le

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désir de faire triompher des idées très personnelles et très contestables, cjue le souci de rendre l’enseignement de Fart plus libéral et plus fort. C’est seulement après la chute de l’Empire, que, par un décret du 13 novembre 1871, l’Académie des beaux-arts reprit une part de ce qui lui avait été enlevé, c’est-à-dire le jugement des concours de Rome et la direction de la villa Médicis. Quant à l’École des beaux-arts, elle demeura sous le régime du décret de 1863.

L historien de 1 Académie trouve la réparation insuffisante; il regrette qu’elle n’ait pas été rétablie dans la plénitude de ses attributions. 11 lui était difficile, en effet, de penser autrement et d’accepter comme juste une diminution aussi grave dans les « justes privilèges » d’un corps dont Faction lui semble avoir été salutaire en tout temps, et qu’il tient dans une estime d’autant plus grande qu’il vient d en étudier 1 action avec plus de détail, en y trouvant la preuve journalière des services rendus. 11 a raison en se plaçant au point de vue purement académique, mais, pour qui pèse aussi les motifs sous Faction desquels agissait l’État, il n’est pas possible de condamner en bloc les mesures de 1863. En abandonnant pendant plus d un demi-siècle aux mains d’un corps sur lequel il n’avait, pour ainsi dire, aucune autorité, la direction exclusive de l’enseignement des beaux-arts, l’État français était en contradiction avec ses principes constants. Qu’il demandât les avis et le concours de l’Académie, qu’il lui assurât une part d'influence dans la rédaction des programmes et la direction des études, rien de plus justifié ni de plus nécessaire. En y renonçant tout à

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coup, non seulement il avait fait une injure gratuite à l’Académie, mais il s’était affaibli lui-même. Il était donc juste qu’une réparation intervînt et qu’elle fût inspirée par un égal souci de ce que doit faire l’État et de ce que doit être l’Académie. Si cette réparation avait rétabli purement et simplement ce qui existait avant 1863, elle aurait dépassé le but et, certainement, devant une opinion plus éclairée, une presse plus libre et un parlement investi du droit de discussion complète, cet état de choses n’aurait pas duré. En effet, pour reprendre un mot du comte Delaborde, il eût constitué non seulement un « privilège », mais un abandon des droits de l’État, à une époque où le désir du relèvement national et le développement de toutes nos forces, sans parler de l’opinion artistique de plus en plus émancipée et exigeante, soumettait toutes les institutions à une enquête souveraine b Dire à ce sujet, que la suprématie dirigeante de l’Académie répondait à la pensée des fondateurs de l’Institut, c’est sé méprendre ; j'ai essayé de définir plus haut cette pensée et je n’y reviens pas. Il me suffit d’ajouter que si, depuis 1789, l’État avait remis l’enseignement des beaux-arts en d’autres mains que les

1. Il est à remarquer que, pendant la Révolution, au moment oü l’existence de l’ancienne Académie était mise en discussion et où ses amis s’efforçaient de désarmer ses adversaires en lui conseillant de prendre elle-même l’initiative des réformes, un futur secrétaire perpétuel de l’Académie des Beaux-Arts, excellent historien de l’art français, Quatremère de Quincy, demandait aux académiciens de renoncer à la confusion de l’Académie et de l’École, qui, entre autres inconvénients, avait à ses yeux celui de constituer les mêmes artistes professeurs et juges de leurs élèves, pouvoir exorbitant, qui compromettait la liberté de l’art. Voir ses Considérations sur les arts du dessin en France,

l’académie des beaux-arts.

siennes, c’est uniquement parce qu’il n’en sentait pas encore la haute importance ; il ne s’en désintéressait que parce qu’il le méconnaissait. Du jour où il fut convaincu qu’il y avait là une forme nécessaire de l'enseignement national, il devait en reprendre la direction et ne plus l’abandonner.

Mais, en laissant de coté ce qu’il y avait d’excessif dans le principe des revendications académiques, on peut trouver que la réparation de 1871 n’était pas assez complète. Restituer à l’Académie la direction exclusive de l’École de Rome, l’État demeurant toujours libre d’introduire dans le régime de cet établissement toutes les modifications qu’il jugerait nécessaires, c’était non seulement rendre à l’Académie une part considérable de son ancienne autorité, c’était aussi servir les intérêts de l’enseignement. La Villa Médicis, en effet, ne s’ouvre qu'à une élite d'élèves très restreinte ; pour les choisir, les diriger et les encourager, l’État ne saurait trouver un jury plus éclairé, un meilleur guide et un conseiller plus utile que l’Académie des beaux-arts. Lui déférer ses droits sur cette institution, c’est tout profit pour les élèves, pour l’Académie et pour lui-même. Il ne s'agit pas ici, comme 'pour l'École des beaux-arts, d'une grande école par laquelle passe la presque totalité des artistes et dont l’enseignement ne doit être réglé et surveillé que par lui, car elle est chargée d’un service public et tout service de ce genre ne doit relever que de lui. Ce dernier motif ne saurait toutefois empêcher l’État d’appeler dans ses conseils ceux dont les avis peuvent l’éclairer utilement. Or, en matière d’art, où en trouverait-il de plus compétents et de plus auto-

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risés qu’à l’Académie? De ce chef, il est permis de penser que le décret du 30 septembre 1883, qui a confirmé pour l’Ecole des beaux-arts l’organisation de 1863, ne donne pas à l’Académie une place suffisante dans le conseil supérieur de l’École ; celle place existe en fait, elle devrait être de droit.

Depuis 1816, rien n'a été changé dans l'organisation de l’Académie des beaux-arts; depuis 1871, ses attributions sont restées les mêmes. Sous les réserves indiquées tout à l’iieure et pour les motifs exposés au cours de cette étude, on peut dire que les diverses mesures qui l’ont constituée, ou plutôt créée, ont fait une œuvre qui se justifie par ses résultats. Je dis créée, car il importe, comme on l'a vu, pour bien comprendre son rôle, de constater qu'à la différence des autres classes de l’Institut, elle ne se rattachait aux anciennes Académies que d’une manière très indirecte et qu'elle était instituée pour un tout autre objet que l'ancienne Académie royale de peinture et de sculpture. La plupart des erreurs dont son action a été l’objet, qu’elles soient venues d'elle-même ou du dehors, résultent justement de cette méprise.

Cette originalité n’est pas la seule ; à d’autres points de vue, l’Académie offre des caractères jii'epres dont la constatation est toute à son honneur. Quelques réductions qu'ait subies le rôle actif qui lui fut longtemps attribué dans l’enseignement ou les manifestations extérieures do l’art, elle n’a pas cessé d’être

l’académie des beaux-arts.

associée au rôle de l’État et je viens de dire que, sans revenir aux errements du passé, ce rôle pourrait encore être élargi; elle ne demanderait elle-même qu’à contribuer d'une façon encore plus active à Faction publique en matière d’art. Constituée en corps, elle est très laborieuse; individuellement, ses membres secondent l’administration des beaux-arts dans une large mesure ; professeurs, membres de ses conseils, de ses jurys d'enseignement, de ses comités d’achat ou de commande, ils lui donnent libéralement un temps et une activité qu’ils prennent à leurs propres travaux. La conscience des services qu’elle rend lui permet de supporter avec beaucoup de philosophie les attaques, le plus souvent injustes, dont elle a été l'objet aux diverses époques de son histoire et qui seront toujours le lot des institutions agissantes. Les attributions qui lui restent sont encore suffisantes pour lui permettre de rendre de grands services. Qu'elle ne regrette donc pas trop le temps où, chargée d’organiser les salons et de diriger l’enseignement, les bons arguments manquaient pour la défendre dans un rôle dont une partie devait revenir à l’État et dont l’autre devait finir par être remis à tous les artistes, réunis en une société, qui, elle, n’est pas sans analogie, à ce point de vue, avec l’ancienne Académie de peinture et de sculpture.

C’est surtout la manière dont elles se recrutent qui vaut le plus de critiques aux deux classes de l’Institut dont l’opinion s’occupe le plus volontiers, l’Académie française et l’Académie des beaux-arts. Je n’ai pas à défendre ici l’Académie française; tout ce que je puis dire, c'est que, bien qu’elle soit toujours à la mode,

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les vieilles railleries qui l’assaillirent longtemps sont aujourd'hui bien démodées. Pour l’Académie des beaux-arts, si ce genre de railleries ne lui a pas manqué, qu'en reste-t-il à distance? Quelquefois, elle a imposé de trop longues attentes à quelquesuns de ceux qu’elle a fini par admettre, mais, en définitive, elle s'est presque toujours ouverte aux talents dignes d’y figurer, pour batailleurs ou inquiétants qu’ils aient été. Étrangère aux intrigues de presse et de salon, insensible aux pressions peu justifiées de l’opinion publique, si elle a pu se déterminer, dans certains cas, par des considérations de coterie et de camaraderie, c'est qu’aucun corps académique ne peut se soustraire à des influences de ce genre , surtout lorsqu’il s’estime à bon droit chargé de perpétuer une doctrine et une tradition. Cette doctrine, pour l’Académie des beaux-arts, ce n’est plus l'esprit académique, avec ce que le mot comporte d’artificiel et de restreint, pas plus que cette tradition n’est un esprit de conservation timide et de routine, fl est juste d’entendre par ces deux mots l’amour de l’art élevé, le sens du génie national, le respect des grands noms, des grandes œuvres et des grandes influences, la préoccupation constante de l’enseignement, c’està-dire la conservation de l’expérience acquise et la préparation de favenir, par le culte du passé, le respect de quelques principes fort simples, mais immuables, sans lesquels il n’y a ni idéal, ni vérité, ni beauté, dans un ordre de choses qui ne saurait exister que s’il réalise au moins deux de ces conditions. Pour bien juger un corps comme celui qui nous occupe, il faut pouvoir embrasser d’un coup d’œil l’ensemble de son

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histoire; le comte H. Delaborde nous le permet et, par là, il rend un égal service à l’Académie, dont il recueille les titres, et au public, dont il éclaire l’opinion.

.Mai 1892.

LA PEINTURE FRANÇAISE

ET

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