TUEUR DE BULGARES
Les historiens modernes souffrent, pour la plupart, de l'abondance des richesses. Les mets succulents ou raffinés, pièces fraîches et conserves, s'étalent, s'encombrent sur leur table, apportés de toutes les régions de l'univers. L'État même les convie, en ses bibliothèques, hôtelleries magnifiques delà science, à des banquets pubUcs, gratuits et plantureux. Mais si l'appétit est robuste, la gourmandise subtile, l'estomac est rebelle. La nature, encore grossière et mal dressée aux méthodes scientifiques, a négligé trop souvent d'adapter l'organe à la fonction. Beaucoup de convives, rentrés chez eux, et ce sont les plus sages, les plus habiles en hygiène, se contentent de savourer le festin en leur mémoire et de publier leur menu, obsédés qu'ils sont encore et troublés en leur travail par la crainte que quelque critique,
(1) Par M. Gustave Schlumubrger, de l'Institut, 2 vol. grand ia-8*. — Paris, 1896-1900, Hachette.
initié aux secrets de l'office, ne découvre qu'ils ont laissé échapper quelques hors-d'œuvre ou négligé quelques dragées ou croquignoles du dessert.
Voilà des embarras que s'est évités l'historien érudit et adroit dont je me donne le plaisir de parler aujourd'hui. A la vérité, s'il s'y est soustrait, c'a été pour en rechercher et en affronter, de parti pris, d'autres plus âpres et infiniment plus compliqués. M. Gustave Schlumberger, numismate savant, archéologue très expert, aussi curieux de raretés que d'élégances, en art et en lettres, s'est mis en tête de retrouver, reconstituer et raconter l'histoire de Basile II, empereur de Byzance, qui ré^na de l'an 976 à l'an 1025, et fut illustre, en son temps, par le grand massacre qu'il fit des Bulgares, pendant près de quarante années consécutives, dont le nom lui est resté, le Bulgaroctone. Il contribua, de toute l'étendue de son génie conquérant et destructeur, à justifier cette opinion populaire que l'an mille serait la fin du monde, à cause de la désolation et de l'épouvante que la guerre, la peste et la politique répandaient alors parmi les hommes. Mais rassurés, par l'expérience qu'ils en firent, contre le maléfice de l'an mille, les hommes s'empressèrent d'oublier leurs craintes, et ils oublièrent du même coup Basile II et les milliers de Bulgares mis par lui à malemort.
« Tandis que l'empire de Gharlemagne se démembrait, que les inondations des Sarrasins et des Normands désolaient l'Occident, l'empire de Constantinople subsistait comme un grand arbre, vigoureux encore, mais déjà vieux, dépouillé de quelques racines et affaibli de tous côtés par la tempête. Si le gouvernement tomba dans le mépris sous Romain, fils de Constantin, il devint respectable aux nations sous Nicéphore Phocas. Si
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Jean Zimiscès assassina ce Nicéphore et souilla de sang le palais, s'il joignit l'hypocrisie à ses crimes, il tut d'ailleurs le défenseur de l'empire contre les Turcs et les Bulgares. » Voilà tout ce que dit Voltaire de ces temps troublés et à peu près tout ce qu'en savaient les honnêtes gens. Sur Nicéphore Phocas une ligne, sur Jean Zimiscès une autre ligne, et de Basile II pas même un mot. M. Gustave Schlumberger a trouvé moyen de faire de la première ligne un volume, de la seconde ligne un autre volume, et du chaos il en a tiré un troisième qui n'est pas le moins nourri et le moins intéressant des trois, u Ces années, dit-il, comptent certainement parmi les plus inconnues de Byzance... C'est la période de toute pauvreté des sources, des lacunes sans fin, des ténèbres. Aucune expression ne saurait donner une juste idée d'une pareille disette de documents. Personne ne s'était encore occupé d'écrire l'Iiistoire d'ensemble de cette vaste période depuis les quelques chapitres que lai a consacrés Lebeau. »
M. Schlumberger a été tenté par l'inconnu. Je crois bien que l'artiste, exquis et raffiné en lui, l'a autant entraîné que l'historien, car les monuments d'art et les pièces de curiosité sont à la fois les plus précieux et les plus attrayants des documents à recueillir dans ces ruines. Il s'en explique, avec la précision et la simplicité de l'explorateur revenu de très loin, et, sans se vanter le moins du monde, il se rend à luimême une justice que lui seul avait qualité pour se rendre. « J'ai dépouillé des centaines de volumes et des mémoires pour y chercher parfois un renseignement de trois lignes, le plus souvent pour n'y rien trouver. J'ai minutieusement étudié toutes les sources tant grecques que latines, arabes, arméniennes, géorgiennes ou
slavonnes. Je n'ai négligé aucun moyen d'information, aucune classe de documents : manuscrits, miniatures, inscriptions, monnaies, sceaux, débris d'architecture. Ce minutieux travail de mosaïque m'a coûté un mal infini, des milliers et des milliers d'heures de travail dont ne se douteront guère ceux qui me feront l'honneur de me lire. »
Et ce sera justement sa récompense, que les lecteurs amenés devant la mosaïque en admireront le poli, le solide, le dessin élégant, les ornements sobres et, dans les tableaux qui la décorent, la couleur, le mouvement, le naturel — c'est ici le vraisemblable et l'historique — des figures. C'est un vrai monument que notre savant compatriote a élevé à l'histoire de la moitié orientale de l'Europe aux environs de l'an mille. Où il n'y avait plus rien, où le temps et les musulmans avaient fait le désert, il a construit son édifice, tout entier de pierres dispersées, recherchées avec patience, rapportées, rapprochées, groupées avec une critique scrupuleuse et une habileté rare. La décoration vaut l'architecture et la complète. M. Schlumberger a encadré dans son récit non seulement les textes découverts ou appropriés par lui, mais les images, les scènes, les objets de la vie, les figures, les hommes, toute la ressemblance des personnages et des choses telles que les contemporains se la représentaient. A côté de ces témoignages du passé disparu, il a, pour solliciter de nous l'évocation, placé les paysages modernes, les vues d'aujourd'liui des pays où se dressent les mines explorées par lui, dans une nature qui n'a pas changé. Le livre ainsi composé est attrayant à hre et magnifique à regarder.
C'est que les passions n'y manquent point, non plus que les « bibelots » merveilleux. C'est l'atrocité byzantine dans le décor et l'ameublement des Mille et une nuits. Du reste une permanence étranjje dans le fond des affaires, dans le flux et le reflux des événements. Ni les montagnes ne se sont abaissées, ni la mer n'a leculé. Deux périls menacent les royaumes d'Orient au moment où M. Schlumberger commence son récit : péril musulman et péril russe, l'Islam et les moscovites. JeanZimiscès, soldat audacieux, séduisant et roué, débauche Théophano, femme de l'empereur Nicéphore, conspire, de complicité avec elle, le meurtre de ce prince, se met en sa place, puis, par un coup de grâce impériale, illuminé d'une vertu soudaine, condamne à mort les assassins de l'empereur défunt. Il relève, par cet exemple, le prestige de la couronne et, considérant que l'adultère Théophano souille le palais,
La chasse de son trône ainsi que de son lit.
Sur quoi, les Russes arrivent. » Cet ennemi féroce, grisé par ses récentes victoires. . demeurait à ce moment campé sur la frontière du nord, au pied des Balkans, à quelques marches à peine delà capitale. D'un jour à l'autre, ces hordes infinies pouvaient paraître au pied des remparts de la ville gardée de Dieu. » On croit lire la chronique de quelque tragédie de harem, à la veille de quelque traité d'Andrinople ou de San-Stefano.
C'est l'illusion que donne, au tournant de mainte page, le récit de M. Sclilumberger, et c'est un effet d'optique dont le lecteur doit se défendre. Quoi ! ces gens-là sont des chrétiens! Nous sommes vers l'an 1000! Ce n'est point de Turcs qu'il s'agit. Ces cortèges étranges d'eunuques, de prêtres, de bourreaux, ne défilent point devant la mosquée. La croix à deux branches se dresse encore sur Sainte-Sophie, et si c'est déjà la « question d'Orient » qui se pose, ce n'est pas la nôtre, celle d'hier, celle de demain! Que les temps sont peu changés et que les hommes se ressemblent !
En l'année 974, Jean Zimiscès, après avoir poussé sa pointe jusqu'à la frontière d'Arménie et vainement tenté de marcher sur Bagdad, se replia sur Jérusalem. Il écrivit alors à Aschod III, roi d'Arménie, une lettre qui trahit ses idées, peint ses mœurs et celles de son temps :
Écoute et apprends les merveilles que Dieu a opérées en notre faveur et nos miraculeuses victoires qui montrent qu'il est impossible de sonder les profondeurs de la bonté divine. Notre expédition avait pour but de châtier l'orgueil et la présomption de l'émir Al Mouménin, souverain des Africains arabes... Nous les avons vaincus... ils se sont retirés ignominieusement, comme nos autres enneuiis. Alors nous nous sommes rendus maîtres de l'intérieur de leur pays et nous avons passé au fil de l'épée les populations d'une foule de provinces. Après quoi, opérant promptement notre retraite, nous avons pris nos quartiers d'hiver.
Admirez l'art de ce style militaire, qui d'ailleurs est dépourvu de toute naïveté, Jean Zimiscès raffine sur la rhétorique du genre : nous battons l'ennemi, c'est un lâche, il fuit ignomin'ienseuient ; — l'ennemi nous bat, c'est un lâche, plus lâche encore, il abuse de sa force, il nous tourne, il nous surprend. Il faudra des années d'expérience, beaucoup de génie et quelque machiavé-
lisme pour comprendre qu'en louant le vaincu on élève d'autant le vainqueur. « Vous avez battu les premiers soldats du monde, » disait l'un. «Après ceux qui les ont vaincus, » répondit l'autre. Jean Zimiscès en est encore au vieux jeu, celui de l'épopée, où l'ennemi à terre est méprisable, ridicule, où le béros le foule aux pieds et l'injurie. Le basileus ajoute qu'il a mis Antiocbe à contribution et éparg^né les villes saintes, qui se sont soumises. Il y établit la domination romaine et, continuant son bulletin :
Nous étant remis en marche, nous nous dirigeâmes vers Byblos, ancienne et redoutable forteresse, que nous prîmes d'assaut et dont nous réduisîmes la garnison en servitude. Nous suivîmes ainsi toutes les villes du littoral en les mettant à sac et en livrant les habitants à l'esclavage. Nous saccageâmes de fond en comble toute la province de Tripoli, détruisant entièrement les vignes, les oliviers et les jardins; partout nous répandîmes le ravage et la désolation. Nos conquêtes se sont étendues jusqu'à la grande Babylone (Babylone d'Egypte, le Caire', et nous avons dicté des lois aux habitants et nous les avons faits nos esclaves, car pendant cinq mois nous avons parcouru le pays avec des forces nombreuses, détruisant les villes, ravageant les provinces. Maintenant toute la Phénicie, la Palestine et la Syrie sont délivrées de la tyrannie des musulmans et obéissent aux Romains. Nous avons gouverné la Syrie avec douceur, humanité et bienveillance. La domination de la Sainte Croix a été étendue au loin; partout, dans ces contrées, le nom de Dieu est loué et exalté. Que le Seigneur, Dieu d'Israël, soit donc éternellement béni !
Substituez au Dieu d'Israël, à Jéhovab, Dieu des armées, Allali et son propbète, à la sainte Croix le Croissant, et vous aurez, tout cru, le bulletin d'un khalife. Vous vous expliquerez sans plus d'effort ni de pliilosopliie transcendante de l'histoire avec quelle facilité l'Islam, une fois la bataille gagnée, le coup de fanatisme
et le coup de force portés, s'est substitué à Byzance; la nullité de la perte pour l'humanité à la chute de ces chrétiens et la nullité du gain au triomphe de ces musulmans. Le Grec avait dressé le sol, le Turc n'eut qu'à passer. Vous le verrez, avec une clarté plus démonstrative encore, à lire le récit de la grande guerre bulgare, la guerre de quarante ans. Mais Jean Zimiscès, en son bulletin, a résumé, comme en une inscription symbolique, tout l'esprit des entreprises de Basile II, son successeur .
Ce fils de Nicéphore et de Théophano remplaça le lieutenant infidèle de son père et Tamant ingrat de sa mère. D'ailleurs, il ne valait guère mieux, au fond, sauf que les mêmes facultés de domination étaient exaltées chez lui jusqu'à une sorte de génie subtil et puissant. M. Schlumberger donne de ce basiteus un portrait vivant, et qui montre la pénétration et le talent de l'historien.
Après une jeunesse orageuse, ensevelie dans les plaisirs, passionnée pour tous les désordres de l'àme et du corps, consumée dans les frivolités, Basile, arrivé à l'âge d'homme, se transforma soudain et ne vécut que pour son ambition, la {gloire militaire et la grandeur de son immense empire... Il fut peut-être un des hommes les plus inébranlablement opiniâtres de l'histoire. Merveilleuse fut la patience obstinée avec laquelle, à travers sa longue vie, après les grands échecs du début, il poursuivit son plan d'extermination de la nation bulgare. 11 avait estimé qu'il n'était pas d'autre moyen d'en Hnir avec ce peuple rude, belliqueux,
passionnément avide d'indépendance, qu'aucune violence ne lasserait... Ce baxileus au cœur rude et dur, adoré du clerjjé, haï du peuple, qui succombait sous le poids des impôts; ce souverain qui vivait comme un moine, qui vivait sans femme, qui était d'une sobriété d'ascète, n'aima jamais d'un grand amour que sa puissante armée et sa belle flotte.
Il n'eut point de femme, ce qui le préserva des révolutions de palais; il ne supporta pas de lieutenants, ce qui le garda des complots militaires. Il ne favorisa pas les lettres, ne dota point les philosophes et n'encouragea pas les travaux de l'esprit : sa renommée, faute des trompettes classiques, en a souffert, mais la civiHsation n'y a rien perdu, ni la littérature ni le sens commun. Il a reçu des ambassadeurs moscovites, disputé avec eux de politique et de théologie. Il a connu les chevaliers normands, de Fouille et de Sicile ; il a négocié avec les uns, combattu avec les autres; les mêmes furent tour à tour ses mercenaires et ceux de ses ennemis. Ces pèlerins, le^ moins esthètes du monde, grands pillards de châteaux et grands constructeurs d'églises, fondateurs de couvents et chasseurs de fiefs, ne mesuraient pas à la beauté ou à la bonté de la cause l'ardeur de leur zèle et la fidélité de leur service : pourvu qu'il y eût à se battre et à gagner, peu leur importait de quel côté frappait leur épée, ou d'estoc ou de taille. Cet épisode de chanson de geste, qui met aux prises Normands et Byzantins en Italie, clôt le second volume de M. Schlumberger sur Basile. C'en est peut-être la partie la plus piquante pour nous, comme le « récit de la grande expédition, de la grande chevauchée » vers la Géorgie et vers l'Egypte en est le cliapitre le plus héroïque.
Mais la grande guerre bulgare forme le fond du livre comme elle a formé le fond du règne. Il faut reconnaître
que, dans cette affaire, le basileus qui se piquait de ne consulter ni l'histoire ni les hommes, de ne se diriger que d'après son expérience propre, de ne tenir compte que des nécessités et de la nature des choses, s'est prodigieusement trompé, lia tué des milliers et des milliers de Bulgares. A supputer le nombre de ses victimes, on admire qu'il y ait jamais eu tant de Bulgares au monde, même dans la plus grande Bulgarie de ce temps-là ; mais, enfin, il a échoué, car il ne les a pas tous exterminés, et ils sont ressuscites pour la confusion de «es successeurs — très irréguliers, mais imitateurs serviles — sur le trône de Goustantinople.
Cette guerre se renouvelle chaque printemps durant quarante années comme une inondation périodique, une catastrophe annuelle de tout un pays. « Le basileus ne manqua pas, chaque année, de pénétrer au cœur de la Bulgarie et de faire le vide devant lui dans chacune de ses expéditions, dépeuplant et dévastant. » Et avec quels raffinements : « A la prise des défilés de Gimhalongon, plus de quinze mille combattants bulgares étaient tombés vivants aux mains de ses soldats. Les chroniqueurs byzantins affirment qu'il fit crever les yeux à tous ces captifs et les renvoya ainsi mutilés à leurs compatriotes pour servir d'exemple. Pour chaque centaine d'avcuglos, on laissa un borgne, chargé de les conduire. Des populations entières furent transportées aux extrémités de l'empire, en Asie. Enfin, Basile crut
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en avoir fini. Ce qui restait de Bulgares se déclara esclaves et sujels du basiiens. » La Bul(;arie perdit toute indépendance, elle cessa de figurer au nombre des États; le peuple ne compta plus comme nation; il n'y eut que des contribuables à merci, agglomérés en paroisses; le tout gouverné par des Grecs de Byzance, selon les mêmes règles que le reste de l'empire.
Ainsi les trouvèrent les Turcs, qui, ayant chassé les Byzantins et s'étant installés en leur palais, consommèrent leur ouvrage, obscurément, à travers les siècles, et jusqu'à quelques années de nous, si bien que les temps se confondent. A lire, en nos gazettes, les reportages sur les « atrocités » de 1875 et 1876 on croit retourner les pages et reprendre les chroniques de Basile, le Bulgaroctone.
Et le sang coula tout aussi vainement.
Les conquérants, le chrétien et le musulman, aussi aveugles, aussi barbares et fanatiques l'un que l'autre, avaient éparpillé les décombres de ce royaume, bêché, nivelé le sol. Les habitants, dispersés en leur propre pays, punis, comme du pire des crimes, — du crime de lèse-majesté impériale, basiiens ou sultan, — de se connaître entre eux, de se rapprocher, de se parler, n'avaient plus rien des signes extérieurs d'une nation : ni coutumes, ni gouvernement, ni histoire, pas même de littérature. Mais il restait la terre toujours féconde, les moissons qui reverdissent, les arbres qui repoussent, le ciel que l'on n'enlève pas. Il subsistait, pareilles à des îlots en ce désert, les églises que les Grecs n'avaient pas osé détruire, parce que c'était leur propre religion dont ils étaient fanatiques, et que les Turcs respectèrent parce que c'était la foi des infidèles, dont ils n'ont souci; que les uns et les autres ménagèrent parce que, conque-
rants et exacteurs, ils avaient besoin des prêtres pour assurer la soumission du peuple et la rentrée du tribut. Dans chaque foyer, il restait les chansons que les mères chantent aux enfants, des lambeaux d'àmes flottants, revenants du passé, fantômes du passé, qui bercèrent longtemps le sommeil où la nation était comme ensevelie, et, le jour du réveil, ranimèrent dans les mémoires les images d'une patrie commune, des mots que chacun prononçait de même, qui, suscitant en chacun les mêmes émotions, les mêmes aspirations, firent que les hommes se sentirent frères, qu'ils se le dirent et se reconnurent. La Bulgarie, que Basile avait prétendu exterminer et que les sultans avaient cru anéantir, revivait désormais. C'est un des bieau^ spectacles de notre siècle, et il la faut évoquer sans cesse, cette résurrection des peuples, pour réagu^ contre la mélancolie que laisse le spectacle du monotone et li^gubre écrasement des peuples à travers l'histoire. Que d'efforts des hommes pour détruire cette œuvre sacrée de la nature humaine, ce qui ne doit pas, ce qui ne veut pas périr, la nation !
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