Correspondance de Quiiiet, t. II
l'influence allemande en FRANCE 225
mentale de mon adolescence })oétique : il a donné sa voix aux Méditations et à Jocelyn '. » Aucune œuvre n'a été plus familière à toute cette génération, et, s'il y a du Chateaubriand, il y a du Gœthe aussi dans Valérie, dans Joseph Delorme, dans Raphaël, dans Chatterton, dans la Confession d'un enfant du siècle. A l'exception de Victor Hugo — et encore faudrait-il sans doute nommer ici Didier ou Hernani, — il n'y a guère d'écrivain dé ce temps qui n'ait dans les veines une goutte du sang de l'amant de Charlotte. J.-J. Ampère avait beau traiter de démodées, en 1833, les traductions et adaptations du chef-d'œuvre. On s'obstinait toujours à y chercher l'une des peintures les plus vraies qui aient été faites de la tristesse la plus sincère, non de la tristesse fastueuse et aristocratique d'un René, mais de la tristesse d'une âme du commun, l'àme du bourgeois Werther, notre frère à tous.
Nous avons dû peu de chose aux autres romans de Gœthe, quoi qu'on les ait assez lus chez nous. Nous y avons vainement cherché la belle spontanéité et la sincérité savoureuse de Werther. « C'est un étrange livre, écrivait Mérimée à l'inconnue au sujet de Wilhelm Meister, où les plus belles choses du monde alternent avec les enfantillages les plus ridicules. Dans tout ce qu'a fait Gœthe, il y a un mélange de génie et de niaiserie allemande des plus singuliers. »
— Et c'est bien, avec le reproche de froideur, l'objection qu'a généralement faite l'opinion fran(^aise au romancier de Wilhelm Meister et des Affinités électives.
— Au fond, elle ne pardonnait pas à Gœthe de se