I. Isabella, strophe xxxix
reusement intraduisible, de ce qu'on peut appeler la « poésie du vitrail » :
11 y avait une fenêtre haute à trois arcades, — tout enguirlandée d'images sculptées, — de fruits et de fleurs et de touffes de renonce, — avec des vilres en losange étrangement travaillées, — riches en couleurs et en teintes splendides, — comme sont les damassures qui ressortent sur les ailes d'une phalène; — et au milieu, entre mille figures héraldiques, — entre des saints noyés dans le crépuscule et de ternes blasons,— l'écusson d'un bouclier rougissait du sang des reines et des rois *.
Tel le poème dont cette strophe fait partie. C'est un vitrail : jamais langue humaine n'a plus chatoyé dans une richesse et une splendeur uniques de style, et je doute qu'on puisse concentrer plus d'images éclatantes en quelques strophes définitives.
C'est la veille de la Sainte-Agnès : ce soir-là, dit la légende, les vierges qui se coucheront avant souper verront en songe leur amoureux, et c'est précisément à cette légende que pense, au milieu du bal, la rêveuse àMadeleine, insensible à la musique « qui gémit comme un dieu souffrant ». Elle danse pourtant, mais <• avec des yeux vagues et sans regards ». Cependant un ennemi de sa famille, le jeune Porphyro, éperdument épris d'elle — comme Roméo lélaif de Juliette, — est entré dans le bal. Il obtient dune vieille servante qu'elle le cachera dans la chambre de la jeune fille, et là il verra Madeleine « endormie dans le sein des vieilles légendes ». Il se cache en effet, et la jeune fille, sans soupçon de sa présence, se couche et s'endort : « Son âme s'envola, comme une pensée, jusqu'au lendemain, merveilleusement