L'OCÉAN
Terre, souci des dieux, — Grèce, mère de héros, — ma chèi'e, ma douce patrie, — une nuit d'esclavage t'a couverte, — une nuit de siècles.
Ainsi, dans l'insondable chaos — des déserts célestes, — les ténèbres nocturnes — étendent leurs larges — voiles funèbres.
Et dans l'obscurité profonde, — dans l'espace infini,
— se meuvent des étoiles — les lumières silencieuses,
— attristées.
Les villes ont disparu, — les bois ont disparu, — la mer dort, — ainsi que les montagnes, et le bruit — des vivants cesse.
Aux horribles royaumes — de la mort ressemble — la nature tout entière, d'où — ne vient jamais le bruit
— d'hymnes ou de thrènes.
Mais des étables — fortunées, voilà que les Heures
— ouvrent les barrières matinales, — voilà que les chevaux indomptés — du Soleil sortent.
Dorés, ardents, — leurs fers brûlent à l'envi — les routes de l'air; — les cieux sont éclairés — de leurs crinières éclatantes.
Maintenant l'aurore découvre les fleurs — sur le
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sein humide — de la terre, et maintenant — apparaissent les œuvres — des hommes laborieux.
Les lèvres parfumées — du jour baisent — le front reposé — du monde ; (maintenant) s'enfuient — rêves, ténèbres,
Sommeil, silence. Et de nouveau — les champs, la mer, — l'air et les villes — s'emplissent du bruit — des troupeaux et des lyres.
A la bouche des cavernes — voici que s'avance le grand — lion, il agite — son terrible cou chevelu — en rugissant.
L'aigle quitte — les hauts précipices, — ses ailes frappent — les nuages, et son cri — déchire le ciel.
Une nuit de longs siècles — a pesé sur la Grèce, — une nuit de longue servitude, — honte des hommes, ou volonté — des immortels.
Le pays alors semblait — un de ces temples en ruines, — où se taisent les psaumes — et où dorment les feuilles — immobiles du lierre.
Comme dans la mer — infinie des songes — passent l'ares, — désespérées, sans hâte, — des âmes de morts,
Ainsi, depuis les arbres — de l'Athos, jusqu'aux rochers — de Gythère, roulant — son char lent — dans les cieux,
La triple Hécate — voyait les navires — dans les golfes de l'Egée — voguer sans gloire et fuir — disséminés.
Alors toi, ô très brillante — fille de Zeus, du monde
— seule consolation, — tu t'es souvenue de mon paya,
— ô Liberté.
Elle est venue, la déesse, elle est descendue — sur les rivages — illustres de Chio ; toute droite — elle a tendu les bras, et pleurante — elle a dit ceci :
« Océan, père — des chœurs immortels, — écoute ma voix, et de mon âme accomplis — le grand désir.
J'avais un trône glorieux — en Grèce ; des tyrans — depuis longtemps l'occupent; — aujourd'hui toi, aidemoi, — rends-moi ce trône.
Quand je fuis — les mortels insensés, ce sont tes bras — paternels qui me reçoivent, — mon espoir repose tout entier — sur ton amour. »
Elle dit; et aussitôt sur — les ondes de l'Océan — se répandit, illuminant — son dos humide et divin, — une clarté visible au loin.
Les vagues étincellent — comme le ciel, et sans nuage, — éclatant, brille le soleil, — et il montre les nombreuses — îles de l'Egée.
Regardez maintenant : comme un vent — violent au milieu des bois, — une acclamation s'élève ; — écoutez des marins — le ho, hisse !
Déchirée par mille — proues, la mer écume, — les vergues ailées — librement s'étendent — dans l'air.
Ainsi sur le lac, — matinale vole — la foule des abeilles, — quand souffle douce — la brise printanière.
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Ainsi sur le sable — marchent les lions — à la recherche des troupeaux, — quand la fièvre dans leurs ongles — se fait sentir.
Ainsi, quand ils comprennent — la force de leurs ailes, — les aigles dédaignent — fièrement les coups
— de la foudre.
Nourrissons chéris — de l'Océan, nobles — et dignes enfants — de la Grèce, et soldats — de la Liberté,
Salut à vous, orgueil — des admirables rochers — (Spetsiotes, Hydriotes, Psariotes), oiî jamais n'a abordé
— la peur du danger.
Bon voyage ! Poussez — les vaisseaux rassemblés,
— ô valeureux ; dispersez la flotte, incendiez — une flotte de barbares.
Méprisez de vos ennemis — la foule timide; — toujours le triomphe couronne — la chevelure de ceux qui pour la patrie — sont en péril.
0 main céleste ! — je t'aperçois dirigeant — les terribles gouvernails, — et voici que les proues des héros
— volent.
Voici qu'elles frappent, écrasent — les forteresses marines — d'ennemis inexpérimentés ; coques, — matelots, voiles, mâts, sont mangés par le feu.
Et la mer engloutit — les débris. Célèbre — la victoire, ô lyre ; quand des héros — sont glorifiés, la divinité — aime les hymnes.
Ottoman orgueilleux — qu'es-tu devenu ? Amène —
une autre flotte, présomptueux, rassemble-la ; — c'est un nouveau laurier — que raviront les Grecs.
La deuxième ode, sur la mort de Byron, est inférieure à la précédente. Elle offrait, semble-t-il, plus de difficultés. Solomos qui a traité le même sujet en un poème de 166 strophes, d'un rythme monotone et d'une langue pénible, quoique plus moderne que celle de Kalvos, n'a pu soutenir son inspiration au-delà des premières strophes :
Liberté, cesse pour un instant — de frapper avec l'épée. — Maintenant approche et pleure — sur le corps de Byron.
Et que viennent à ta suite — tous ceux qui ont agi avec éclat ; — qu'au-dessus de lui battent seulement — des poitrines héroïques...