LA MUSE BRITANNIQUE
Quand les vagues — marines éloignent — l'audacieux matelot — de son ile natale, — avant que vienne la nuit,
L'âme affligée, — debout à la poupe, — il regarde sur la mer — la tranquillité répandue — et la lumière baissante du soir.
Il voit les montagnes — chéries et les champs — de sa douce patrie — dorés encore — par le soleil.
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Mais déjà, dans le sombre — bain profond du couchant, — a plong-é du roi — éclatant de l'air — le dernier rayon.
Les hauteurs de l'île — changent, s'obscurcissent, comme le visage — d'une jeune orpheline, — humide sous le nuage — de l'adversité.
Si le matelot lève alors — ses yeux attristés, — il voit au-dessus de sa terre natale, — vacillante et à mihauteur, — la première étoile.
Ainsi, quand l'homme vient à perdre — la lumière et que le recouvrent — les bienheureuses ténèbres, nous voyons — se lever sur lui — une étoile d'espérance.
0 Byron, ô divin — esprit des Iles britanniques, — enfant des muses et ami — infortuné de la Grèce — à -la-belle -couronne.
Tressées avec les feuilles — du mystérieux Hélicon,
— les roses d'Hygée — paraient hier admirablement
— ta tête.
Hier, le soleil parcourait — sa route céleste ; répandant — les plus éclatants rayons — ton front reflétait son éclat, — comme celui d'un immortel.
Aujourd'hui tu es là, comme l'olivier — fertile, branchu, — qui sous le souflle violent — d'un vent cruel gît — déraciné.
Aujourd'hui tu es là, ô Byron ! Et où (sont) tes vers inspirés? — où sont maintenant les chants — mesurés et ailés, — cygne castalien ?
Soufflez merveilleuses, — brises du paradis ; — lèvetoi, ô Byron, secoue — loin de toi le fatal — sommeil prématuré.
Vois, dans l'Europe — nourricière-des-Muses, les nations — supérieures attendent encore, — désirent encore — ta voix.
Vois, la Grèce t'a préparé, — non pas le cercle d'or — qui brûle les tempes — des rois indolents — ou des tyrans,
Mais une autre couronne, — parure glorieuse, honorable, — digne d'une âme juste, — digne d'un homme noble, — libéral.
Une couronne de branches — éternelles, impérissables, brillant — non pour les poètes — qui frappent la corde unique — de l'adulation,
Mais pour toi, le hardi — ministre des vierges — héliconiennes ; les Muses — aiment une main immaculée — et un esprit élevé.
C'est toi qu'en ami magnanime — la Grèce reconnaissante — veut couronner, — en consolateur^ en bienfaiteur.
Lève-toi, ô Byron... ami — lève-toi... Reçois, ô grand, — reçois son présent ; célèbre — les triomphes de la croix et de la Grèce.
Hélas I les espoirs des mortels — se dissipent comme les songes légers — d'un enfant ; ils se perdent — comme un plomb menu dans l'infinie — profondeur de la mer.
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Byron gît comme un lys — sous le voile pesant — d'une misérable nuit ; ô tristesse ! l'éternelle — fatalité de la mort — l'a couvert.
Homme, suivant la loi — de nature, je pleure un homme. — Ce n'est pas en vain qu'on verse des larmes — sur le tombeau — des gens d'élite :
Si, quand le corps corruptible — est tombé en poussière, l'esprit immatériel — des bons et leur renommée — triomphent, comme la vérité, — de l'éternel avenir;
Si, à part, éminente — sur le roc de Delphes — brille cette lyre, orgueil — des Anglais et joie — des descendants d'Agénor,
Nous cependant nous sommes dans le veuvage. — (Mais) la plainte guérit — les chagrins — et pousse à lutter — de vertu l'ambitieuse — race de l'homme.
Même d'après ces seuls extraits, il est aisé de porter un jugement d'ensemble sur Kalvos. Les Odes, a dit Palamas avec beaucoup de justesse, forment un cycle. L'idée fondamentale en est la vertu ; le mot revient dans presque chacune d'elles. Kalvos l'a chantée sous des formes multiples : amour de la Patrie, de la gloire, fermeté devant la mort, abnégation, souci de la justice, haine de l'esclavage et de la tyrannie, culte de la Liberté, concorde entre les citoyens.
Mortels, abreuvez-vous en ! — Quand vous aurez bu au divin — courant, que la peine mouille — de larmes votre table, — votre couche ;
Que vienne alors, que vienne — vous envelopper
— de nuages sombres, — tonnants, serrés, — le malheur ;
Un pouvoir céleste — donnera à votre âme — des ailes légères ; et s'élèvera — éclatant votre front — au-dessus de la nuit.
Des demeures olympiennes — descend frais, onctueux, — un souffle de joie — qui sèche vos larmes, votre sueur.
Sur le sol que vous avez foulé, — voici que naissent les fruits, — et voici que les fleurs déversent — les heureux — flots de leur parfum...
0 Vertu ! précieuse — déesse, tu as chéri autrefois
— le Cythéron ; aujourd'hui — n'abandonne pas la terre — de mes pères.
Ces odes sont, on l'a vu, à la fois l'œuvre d'un penseur et d'un poète. L'idée y est souvent élevée et, si le tour antique qu'elle prend presque constamment l'empêche d'être aisément accessible à tous les lecteurs, quelques-uns du moins peuvent trouver là un charme de plus. Quant à l'image, il arrive qu'elle soit inattendue, jamais elle n'est banale, et l'on en trouve de fort belles chez Kalvos. Il est un nom qui reparait dans tous
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les articles consacrés à cet auteur et que prononcent tous ceux qui le lisent ou l'entendent pour la première fois ; c'est celui de Pindare.
Par la couleur de son style, Kalvos fait songer à Ronsard et, dans un sens aussi, à Chénier; par l'harmonie du vers il rappelle bien souvent Lamartine. Ses qualités l'empêcheront toujours d'être le poète de la foule ; mais il deviendra sans doute de plus en plus celui des délicats. Ses défauts d'ailleurs sont assez graves : il lui arrive d'être inégal, de manquer de souffle, d'écrire des vers qui exigent, pour être Lien compris, une certaine tension d'esprit. Mais, lorsqu'on l'a une fois goûté, on le relit volontiers, et l'on a, de temps à autre, le plaisir d'y découvrir quelque fine nuance, quelque beauté nouvelle.
M. G. Dossios vient de sig-naler, dans le journal ^ ileliv^spoç. {Le Libéral), paraissant à Paria (1917, n"* 29 et 30), l'existence à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, d'un manuscrit d'André Kalvos. Il y porte la cote 3.408 et se trouve ainsi décrit au catalogue imprimé des manuscrits de cette Bibliothèque (tome II, p. 160) : « 'H 'loovjaç. » Recueil d'odes, en grec moderne, sur des sujets philosophiques ou religieux, pour la plupart. Papier : iv-86 f f ; 140 sur 79 millim. xix« siècle. Sur le fol. 1, on lit les mots suivants : « G.
Ètudet de litlér. gr. mod.. II. 9
Didier, don de l'auteur )> ; et au-dessous : « Donné [à M. Ch.-Em. Ruellej par M. A. Aubry, libraire, janvier 1865 » ; enfin, au-dessous encore : « Offert à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, janvier 1883. [Signé :] Ch. Em. Ruelle. »
Ce manuscrit est A'raisemblablement de la main de Kalvos. Il comprend les dix premières odes, à raison de trois strophes par page, exactement comme l'édition princeps, dont il a d'ailleurs l'aspect, mais dont il diffère sur certains points. C'est une copie très soignée, qui a été exécutée avant 1824, car elle offre une rédaction des odes antérieure à la première édition, dont elle ne contient ni le prologue, ni les notes finales.
La plupart des variantes ont été coi'rigées, de première main, conformément à cette édition. Elles restent d'ailleurs lisibles et permettent de se rendre compte que 'es corrections apportées par l'auteur avant l'impression sont des améliorations. En voici deux exemples dans l'ode à Zante : Strophe 5, premier texte : oh eïaovj y] [xôvr, '/a.poi. j rwv ovdçyjyv ^ov ; texte définitif : au ehxi tcôv oviiowj p.ou j ri yocox y.ovr,. Strophe 17, premier texte : rô t'ôtov xG^.a:, o'i 'Céc^vpoi, j xoù (ptÀoûv y.xl y^xi^e-jo-jv ... | texte définitif: (^i).zi rô tStov Y.vixa, oi avvol yoù^diow Zi<^'JfjOi...
L'écriture du manuscrit est petite, oi'donnée et jolie. Comme confirmation de ce qui a été dit, pages 110-11*2, on peut faire remarquer qu'au premier titre H Iwvta^ « L'Ionade » Kalvos en a substitué un plus large : 'H Aiipoc « La Lyre. »
AM.itK LASKAILXTUS
l'tRNOT - LITTERATURE
IMP. BRUILIaRD