‹ Études de littérature grecque moderneChapitre 6 sur 8 · CHAPITRE III ANDRÉ LASKARATOS · texte numérisé non relu

CHAPITRE III ANDRÉ LASKARATOS

Argostoli, Lixouri et Céphalonie. — La littérature à Géphalonie. — Les poésies de Laskai'atos. — Ses Mémoires.

Céphalonie est, de toutes les Iles ioniennes, celle où se manifeste le plus nettement l'influence du milieu.

La ville principale en a été pendant lonf^temps Saint-Georges, qui se trouvait à environ 7 lùlomètres du chef-lieu actuel, au sommet d'une éminence d'où l'on a vue sur la mer et sur Zante. C'est maintenant un simple village : au pied d'une forteresse ruinée sont groupés des restes de maisons seigneuriales, dont les murs disparaissent de plus en plus sous les arbustes et les herbes ; les 40 familles encore réunies là ont à leur disposition 4 églises et 10 chapelles.

Des raisons surtout commerciales ont amené cette dépopulation. En 1757, un provéditeur vénitien a transféré le chef-lieu le long d'une baie

profonde et étroite, qui ouvre sur le vaste échancrement formé dans l'ile par le golfe encaissé de Livadi. La vie s'est peu à peu retirée de Saint- Georges et, là où ne s'élevaient, au milieu du xvni' siècle, que quelques cabanes de pêcheurs et quelques dépôts de marchandises, s'étend aujourd'hui Argostoli, ville d'environ 10.000 habitants. Le voyageur qui la visite après Gorfou, n'éprouve guère que désenchantement. Si l'on y vient d'Ithaque ou de Zante, on peut n'être pas insensible au confort relatif qu'on y trouve, mais on y cherche en vain le pittoresque de Yathy et la douceur, les traces du passé, qui font le charme de la Fleur du Levant : Argostoli est une ville à l'aspect moderne, adossée par le sud à des collines ; au nord, immédiatement après la baie, une haute montagne lui ferme tout horizon.

Sur la rive opposée du golfe de Livadi, juste en face de la baie d'Argostoli, est la bourgade plus c*M[uette de Lixouri, dont Laskaratos a pu dire, en des vers qui perdent à être traduits :

Lixouri est une joHe fille — qui clans la mer mouille ses petits pieds. — Avec les montag-nes d'Argostoli vis-à-vis, — elle a par derrière ses collines. — Elle voit la toute première quiconque passe ; — mais, la pauvre, personne n'eu fait cas.

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La raison de ce délaissement est toute simple. Lixouri compte encore, il est vrai, 6.000 habitants, mais n'a et ne peut avoir aucun port. Argostoli l'a donc finalement emporté, dans la rivalité qui longtemps a séparé les deux villes.

L'île de Géphalonie elle-même est peu riante. C'est la plus montagneuse des Iles ioniennes ; on y trouve d'immenses vallées, peu propres à la culture. Là même où croît la vigne, le paysage n'a guère de fraîcheur. Le climat y est assez doux pour permettre aux bananes de mûrir, mais la rareté de l'eau rend le sol généralement aride. Tandis que le Corfiote par exemple, est retenu dans son île par le charme de la nature, le Céphalonien en est chassé par cette nature même. C'est vers la marine et le commerce, par conséquent vers l'étranger, que se tourne une foule d'entre eux. Doués d'une vive intelligence, ils y font fréquemment fortune. S'il arrive à quelques-uns de s'y fixer, d'autres reviennent volontiers finir leurs jours dans leur pays natal : l'île possède, sur une population de 70.000 habitants, une cinquantaine de millionnaires.

Céphalonie a donc produit des navigateurs, des commerçants, des gens de science, des médecins, des prêtres, des hommes politiques, des soldats

distingués, dont beaucoup ont exercé leur activité loin de leur patrie. Mais les paysages de l'île n'incitaient pas à la poésie, le genre de vie des habitants les détournait de la littérature. Dans cet ordi'e d'idées deux auteurs seulement méritent d'être cités : Andi'é Laskaratos qui, comme on le verra plus loin, a passé la plus grande partie de sa vie à Céphalonie même, et le pétillant Charalampe Anninos, depuis longtemps fixé à Athènes; tous deux ayant un point commun, qui n'est pas l'effet du hasard et par lequel ils se rattachent à l'Ionie : la causticité de leur esprit. Elle a été, chez celui-ci, adoucie par un long séjour dans la capitale; chez celui-là, elle s'est trouvée au contraire avivée par les lieux et les circonstances.

Tout le monde en Grèce connaît Charalampe Anninos, dont les productions littéraires, théâtrales, et les innombrables articles de journaux, s'échelonnent de 1870 à ce jour. Laskaratos, qui appartient à une génération antérieure et qui est mort en 1901, a eu une renommée plus locale. Ses œuvres, écrites pour la plupart à une époque où les Grecs s'intéressaient beaucoup moins que maintenant à ce qui se publiait dans leur langue, sont devenues rares et ne figurent guère aux devantures des libraires. Peu de personnes se rappellent encore

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une soirée à la Société du Parnasse, en 1884, où Laskaratos, grand et mince, un peu courbé déjà par l'âge, aristocratique dans sa redingote démodée, parla de sa voix fluette et voilée, devant un auditoire particulièrement nombreux, des progrès de Céphalonie durant les cinquante dernières années ; son enjouement et son originalité lui valurent un grand succès, et lui, qui quinze ans auparavant, avait dû fuir son île natale, honni et renié de tous, fut alors, à Athènes, l'objet de manifestations enthousiastes. Aujourd'hui quelques anthologies, des études dans les revues, ou des conférences, ramènent sur lui, de temps à autre, l'attention du public : pour beaucoup de gens, il n'est qu'un nom, autour duquel se groupent trois ou quatre titres : Lixouri, Les Mystères de Céphalonie, le Sonnet à f Amour, Au portrait de ma femme; les prêtres lettrés auxquels on en parle, haussent les épaules et murmurent le mot « athée » ; seuls, ou à peu près, les Ioniens lisent ses œuvres et en goûtent la langue, la verve, les allusions satiriques (1).

(1) Ouvrages d'André Laskaratos : Tô Au;o'j/5£ d; tovç 1836, noÎTifiu imcio-j (Lixouri en i836, poème badin). Athènes, 1845, in^o — xà Myffrrj^tîx tàç Keyx).ov£«ç h axii^/giç àffâvou ffrviv otxoyévêta, «rTv) BfiiiiY.ioi. [sic] x«t TTyjv ■nokiriy.'o ei; tjjv Ks'pa).ov(â {Les Mystrres de Céphalonie, ou réfleyions sur la famille, la religion et la politique à Céphalonie), Cè^jUalome, 1856, in-8». —

C'est une tâche peu aisée, de in'ésenter Laskaratos à d'autres qu'à des Grecs : toute satire est difficile à rendre en une langue étrangère; de plus

'O Avivas, è<fr,ntpi^(x. otxoyeveiKy. (Le Lumignon, journal familial), Zante, Athènes, Corfuu, Ci-phalonie. années 1859 et suiv., in-S". — Le mie sofferense e le mie ossenmzioni nelle prigioni di Cefalonia [Mes souffrances et mes observations dans les prisons de Leucade), Céphalonie. 18C0, in-B". — 'H y.(xru^po^.iç fzou èç uiriu; tov Ayyjitov (Mes persécutions à cause du Lumignon), Céphalonie, in-8°. — Iriy^oupyr/.ri rriç '/josztx^ç y).«(7T«ç {Versification de la layigue grecque moderne), Céphalonie, 1865, in-S". — Bt'oç Iwivvou ToO X^uîTOiTTÔf/ou ^jLtrutfpaaBsii àTro rô iyyliwv (Vie de Jean Chrysostome, traduite de l'anglaisj, Céphalonie, 1806, in-8°. — Anôxpiat) eiç tôv à'fops(T'j.rjv toO KXrjjOou rijç Kîfoô.o-Jtât Twv 1856 (Réponse à l'excommunication du Clergé de Céphalonie de iSS6!, Céphalonie. 1867, in-S". — 'H EÙjOwtt-kïxv) ^■/lu.OTioyca.fîa. à'JTin(xpxTtTuyp.vjv rrrè; icrrepivÛTepsç QpyîTy-suTtxj; x«î 7ro).tT£Z£ç x«Ta5/jOL»i; roO Aur/.apiTo^) [Le joxirnalisme européen opposé aux récentes persécutions religieuses et politiques de LaskaratosJ, Céphalonie, 1868, in-8°. — H St'xTj pou fik rh lûvoSo (Mon procès avec le Synode), Céphalonie, 1869. in-S». — Iri- XO\jpyhp.c(Ta. Ziy.fopu (Diverses pièces de vers!, Céphalonie, 1872, in-S" ; 2° èdit., Patras, 1905, in-8". — 'l8où ô av6/îwn-o; (Voilà l'homme; c'est le livre des Caractères], Céphalonie. 1886, in-8°. — noiiip.«Ta. (Poèmes). Athènes, Phèxis. — Pour d'autres écrits secondaires, voir la Bibliographie ionienne. On trouve aussi, au tome I des Œuvres de Valaoritis (Athènes, 1907, pag. 511-548), une intéressante correspondance entre ce poète et Laskaratos. M. Grégoire Xénopollos, a consacré un article à cet auteur, dans la Revue UavaB-tivuix, 1901, t. II, pag. 317-321, 370-374. et une conférence a été faite sur lui, le 24 février 1916, par M. J. Zervos, k la Société du Parnasse.

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la langue même de Laskaratos est un mélange de grec courant et d'expressions céphaloniennes qui, placées au bon endroit, la font plus piquante et lui donnent un goût de terroir sensible seulement dans l'original. Madame Adam a tenté l'aventure, dans les quelques pages qu'elle a consacrées à cet auteur, et l'a déprécié à ses pro^Dres yeux. Peu nombreuses sont les poésies de Laskaratos qui résisteraient à cette transposition. C'est du reste, tant par ses vers que par le genre qu'il a traité, un poète de second ordre. Lui-même, avec la sincérité qui fut un des traits de son caractère, en a fait, trois fois au moins, confession : la première, en tête d'une œuvre satirique, La Barque canonnière, qu'il a laissée inachevée, faute d'inspiration, « J'ai toujours, écrit-il, désiré gravir le Parnasse et toujours à mi-chemin la pente m'a fatigué et j'ai dû revenir sur mes pas. Je n'avais pas les ailes de mon ami Valaoritis » ; la seconde, dans un passage de son Lumignon (23 février 1861), où il déclare qu'il est versificateur et non poète ; la troisième, dans une préface qu'il a simplement intitulée Bout de conduite et dont voici l'essentiel :

Mes chers poèmes. Je vous appelle poèmes parce que, me disposant à vous présenter en société, je

désire vous promouvoir (1) ; au fond, les litres plaisent, même aux plus rouges démocrates.

Beaucoup de petites raisons réunies m'ont poussé à vous rappeler de l'exil, à vous emprunter à mon ami Valaoritis, à vous transcrire, en vous peignant un peu, et à vous émanciper, en permettant que vous fussiez imprimés. Parmi toutes ces petites raisons, il en est une cependant qui n'est pas sans intérêt : c'est la crainte que vous ne fussiez un jour publiés dans votre état premier, et qne vous ne parussiez encore plus criticables que vous ne le serez, maintenant que je vous ai un peu matés.

Mais, à ce redoutable instant où, en vous laissant aller, je me place moi-même sous la calandre de l'opinion publique, je désire vous adresser quelques paroles.

Par-dessus tout, n'ayez pas l'outrecuidance de vous prendre pour des poésies. \'ous n'êtes pas tels. Votre valeur poétique est minime, bien minime, et elle dépend des circonstances. Le génie de la Grèce dort aujourd'hui d'un profond sommeil et rêve de sornettes. Le pédantisme paralyse et ruine les esprits. Vous êtes de ceux, peu nombreux, qui ne pédantisent pas. Quand l'esprit de la Grèce, l'esprit hellénique, se réveillera, et qu'il se réveillera, non plus jîédanl, mais grec,

(I) L'ouvrage est en eflfet iniilulé non pas poèmes, mais piècei de vers.

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déplorant le temps perdu et le papier gâché, il ne trouvera que bien peu d'écrits rédigés dans sa langue. Vous serez parmi ceux-là ; et c'est, et ce sera, votre seule valeur littéraire.

Mais je n'entends pas que vous soyez timides pour autant, car à côté de votre minime personnalité littéraire, vous avez quelques qualités que je ne veux pas vous cacher.

Vous êtes de mes écrits, et je n'ai guère produit, qui ne dise quelque chose sur le caractère de notre époque. Peut-être un jour vous interrogera-t-on, pour vous demander un peu plus que ce que vous dites maintenant à ceux qui vous lisent en guise de passetemps.

Peut-être encore aurez-vous un troisième mérite, ou une troisième récompense, celle de contribuer au plus pi'ompt réveil de cet antique génie grec qui dort maintenant dans les tombeaux réguliers d'un pédantisme glacé.

Allez donc, allez. Il se peut que vous ne soyez pas des poésies, mais vous serez, j'espère, quelque chose de mieux : vous serez, aujourd'hui un aiguillon pour le génie grec endormi, et demain ou après, des témoignages du temps présent.

Allez, mes vers. Je vous fais un bout de conduite en toute confiance, à un autre point de vue encore. Mes persécuteurs religieux, ceux qui m'excommuniaient parce que je dévoilais leurs abus, de même que ceux

qui me crachaient au visage parce que je tâchais de leur ouvrir les yeux sur les abus des imposteurs (1), n'excommunient plus et ne crachent plus. Les seconds ont enfin les yeux ouverts et les premiers se tiennent coi...

C'est beaucoup moins par sa production poétique que par ses œuvres en prose et par les à côtés de ces œuvres, que Laskaratos mérite une place dans l'histoire littéraire, et même sociale, de la Grèce moderne. Il fut avant tout polémiste, et là-dessus encore, il s'est clairement expliqué. Madame Adam avait écrit, dans l'article auquel il a été fait allusion plus haut : « Il n'entre pas dans mon cadre de parler des ouvrages en prose de M. Lascaratos, malgré leur verve et leur originalité, mais nous devons les mentionner pour expliquer le caractère batailleur du poète. » Laskaratos, composant à cette époque un livre intitulé Voilà l'homme, rédigea à ce propos les lignes suivantes :

J'avais achevé ma série de caractères, quand je me suis vu qualifié de « batailleur » par une dameauteur parisienne. « Voici le titre d'un caractère, pensaije. Entrons en nous-méme et examinons ».

(1) Voir page 259.

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Laskaratos repasse alors, en deux pages, divers événements de sa vie, dont il sera question plus loin, ^ termine :

Un homme apathique et de caractère froid aurait laissé tranquilles tous ces nids de guêpes ; il aurait laissé les trompeurs de peuple, libres de faire leur besog-ne ; il ne se serait point exposé à l'insolence des parvenus qui, même abattus, ravalent un adversaire honnête, etc., etc. Mais je n'ai jamais esquivé un différend. Madame Lamber a raison. Le caractère du batailleur est un peu le mien, et je le place au commencement de mes Caractères, comme ceux qui, en tête d'un de leurs livres, mettent leur portrait.

Toute la production littéraire de Laskaratos est étroitement liée à sa vie, qui en est le commentaire indispensable, et je regarde comme une bonne fortune de pouvoir publier aujourd'hui, en traduction française, une de ses œuvres inédites : son autobiographie. J'en possède deux rédactions, qui toutes deux faisaient partie de la Bibliothèque d'Emile Legrand. De ces manuscrits l'un est en italien, l'autre en grec. Le premier a été copié, ou plutôt calligraphié, en 1886, sur l'autographe de l'auteur, à l'intention de Legrand lui-même, qui était en correspondance avec lui. Le second, non daté, est un résumé du précédent et devait prendre

place en tête de quelqu'une de ses œuvres que sans doute Legrand se proposait d'éditer. Lors d'un séjour à Géphalonie, en 1913, j'ai eu l'occasion d'entrer en relations amicales avec la famille de l'auteur ; je me suis pénétré, durant quelques jours de l'atmosphère, toute de simplicité, dans laquelle il avait vécu, et M. Gérasime Laskaratos a bien voulu me prêter le manuscrit même de son père, un peu plus complet que ceux que je possédais, en m'autorisant à en faire usage (1).

En tête de ce manuscrit, qui porte comme titi'e Bfoy/îarpr/a ^u.o'j £vSvij.r,ux-<x {Mes souvenus biographiques) et au-dessous la mention Ili'vre ph^.x, yià 400 ocj-[tu~x {Cinq rames, pour 400 exemplaires), se trouve, en grec, cette courte préface :

On se demandera certainement pourquoi j'ai écrit ces souvenirs en italien, et non dans ma propre langue. Voici :

Je ne me proposais nullement de les rédiger. Mais le colonel, maintenant général W'itthingam, me pria de lui donner par écrit quelques détails sur ma vie. Comme il comprenait plus l'italien que le grec, j'ai écrit en italien. J'y ai ajouté dans la suite quelques faits plus récents.

(I) Une partie en a été écrite en 1883 ; l'auteur y a fait plus tard quelques retouches très légères. La fin date de 1896.

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Ces Mémoires, dont des considérations étrangères à leur contenu ont seules empêché la publication en Grèce, sont, par bien des passages, une œuvre violente, comme beaucoup de celles qu'a écrites Laskaratos. On y retrouve à la fois les qualités de l'auteur et ses défauts, qui ne sont souvent que l'excès même de ces qualités. Laskaratos s'y montre tel qu'il fut ; c'est là « une œuvre de bonne foy ». On y fera la part, et de son caractère « batailleur » et des outrages immérités dont il a été souvent l'objet ; ce qui tempérera la sévérité de certains de ses jugements. De plus, on voudra bien distinguer ici l'auteur de l'éditeur : je publie ces Souvenirs, uniquement parce qu'ils me semblent caractériser un temps, un lieu et une personnalité. Sur la question de l'excommunication et des faits connexes, le public grec, du reste, a déjà rendu sa sentence : témoin l'accueil que l'auteur reçut à Athènes. Un jour viendra où les susceptibilités s'apaiseront, à Géphalonie même, et où l'île s'honorera d'avoir donné le jour à un homme tel que lui.

Si Laskaratos eût prévu que cette autobiographie serait mise en tout premier lieu sous les yeux de lecteurs français, il l'aurait sans doute notablement écourtée : le texte grec destiné à Legrand ne se

compose que de 19 pages. Écrivant pour ses compatriotes, souvent même pour ses concitoyens, il n'a pas craint d'entrer dans le détail. Afin de laisser à ces Mémoires leur véritable caractère, je les ai reproduits tels quels, à l'exception d'un ou deux passages tout accessoires, qui ne m'ont pas semblé de mise dans ce volume. L'ensemble donne, je crois, une idée exacte de l'esprit et de la manière de l'auteur. Il s'en faut que Laskaratos soit un styliste, et en cela il diffère de son maître Kalvos ; ces Souvenirs ont été manifestement rédigés au courant d'une plume peu soucieuse de l'élégance. La traduction que j'en ai faite, et pour laquelle j'ai eu recours aux conseils de mon ami et collègue Alfred Jeanroy, suit le texte de très près. J'ai cru devoir remplacer certains noms propres par une initiale et des points, l'identité des personnes étant alors sans aucun intérêt.

La photographie reproduite plus haut représente Laskaratos à l'époque où il rédigeait la première partie de ces Souvenirs. J'extrais d'un petit recueil de ses poésies inédites un sonnet qui peut s'appliquer à elle et servir en même temps d'exergue aux pages qui vont suivre :

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Tôipx T.o'jtj.a.1 y.' eytù ÇooypacptTf/évoç, Kaî yià (To/.ùy v-aifio do^ov 7:c5avco 0è va |7.£VjO rj'rjv T.'jpyo y.oeaa'ju.éyoç, il, -jciiiepa. ri îvrûroo?/; Sx -/.avo)

StÔv y.xSvvx, r.r/j T:co-/.x~a).ziuy.vjoç 0à jS/eTTy; dtv eix.ôva aoy Èxôr èiiavo) ! "Evaç 5à ).£•// ■ « Ov, 0 à^OjOcTf/ivo; ! Kaî TWjûa 5ày rov ïypvvz Ar/àvo

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