ÉTUDES DE SPHYGMOGRAP1IIE
« Tandis que nous avons trouvé le policrotisme comme particularité plus ou moins marquée du pouls normal à la pression ordinaire, il ressort de nos courbes comme effet de l’air comprimé, que cette compression a pour effet de produire une disparition du policrotismè et une transformation de la ligne de des- •cente ondulée en une ligne presque droite ou plus ou moins convexe.
« Ainsi nous trouvons la preuve d’un tassement du sang dans les vaisseaux et d’un embarras de la circulation capillaire, aussi bien dans la ligne descendante de la courbe, que nous l’avions trouvée dans sa partie ascendante et dans son sommet.
« L’augmentation de la pression du sang augmente la distension des artères; l’augmentation relative delà quantité de sang contenue dans des vaisseaux rapetissés par l’accroissement delà pression extérieure y gêne la circulation, amène de grands changements dans leur calibre et empêche les oscillations des parois vasculaires tendues par cette forte pression; la ligne de descente devient moins abrupte, et se transforme en une courbe plus ou moins grande. La période d’expansion dure alors plus longtemps, et la pression du sang qui s’exerce sur les parois vasculaires, ne tombe pas brusquement comme à l’état normal, mais progressivement.
« Tandis que, commèMarev l’a montré et en a fourni un exemple
Fig. 9.
par un tracé recueilli dans un cas de maladie du cœur (fig. 80), le dicrotisme est d’autant plus grand que l’ondée envoyée par le ventricule est plus petite par rapport au calibre de l’artère, nous confirmons, de notre côté, cette proposition pàr rapportau dicrotisme, puisque, comme il appert de ce qui précède, les artères rapetissées
ments, du mouvement, de la chaleur, de la fièvre, sur la production du dicrotisme, et fait voir d’autre part (p. 275) que dans le ralentissement du cours du sang, par exemple, par le rétrécissement aortique, le dicrotisme cesse ou diminue beaucoup.
VIVENOT.
par la pression extérieure, et par ainsi charriant très-peu de sang, se montrent néanmoins fortement remplies de sang relativement à leur calibre amoindri. Avec le retour à la pression normale, reparaît aussitôt la figure primitive de la ligne de descente, et la ligne simplement convexe reprend son précédent policrotisme, ou bien la forme qui s’est produite se maintient encore quelque temps pendant une ou deux heures, pour céder et reprendre peu à peu son apparence originelle, ainsi que le montrent les trois tracés contenus dans la figure suivante, et qui ont été pris, le premier avant, le deuxième pendant, le troisième après l’expérience.
Fig. 10.
« Dans notre analyse des tracés du pouls, nous avons laissé de côté jusqu’ici une circonstance, nous voulons parler du changement, qui n’est pas sans importance, que subit l’amplitude de la courbe sous l’influence de l’air comprimé. Pour la'clarté de la description, nous en avons reculé l’analyse jusqu’au chapitre de la force du pouls, plus justement désignée sous le nom de grandeur du pouls, qui se rapporte à la hauteur verticale de l’ondée sanguine, c’est-à-dire au maximum de la hauteur, et qui, d’après Marey, est proportionnelle à l’énergie de la pulsation. Comme nous l’avons conclu de l’accord des tracés de courbes que nous avons réunis jusqu’ici, l’amplitude du pouls est rendue plus petite par le séjour dans l’air comprimé, et perd souvent de 4/5 à 5/6 de sa hauteur primitive, de sorte que toute la série des pulsations tracées est changée souvent en une ligne où les ondées isolées sont à peine perceptibles.
« Cet abaissement de l’amplitude est proportionnel à la compression de l’air et à la longueur du séjour dans l’air comprimé, aussi observe-t-on surtout le minimum d’amplitude à la fin du séjour dans l’air comprimé ; il arrive exceptionnellement qu’après le retour à la pression normale, l’amplitude reste stationnaire, pour
ÉTDDES DE SPHYGMOGRAPHIE. 57
revenir à l’état normal après un long séjour sous la pression ordinaire. Il est également, exceptionnel de voir l’amplitude, après avoir atteint son minimum, commencer à s’élever peu à peu pendant le stade de la pression maximum constante sans toutefois atteindre à sa hauteur primitive.
« Les changements que le pouls subit, iei, s’expliquent du reste et sont sensibles au tact, puisque dans la majorité des cas le pouls étant trouvé normal avant l’entrée dans l’appareil pneumatique, se montre dans l’air comprimé presque insensible au toucher du doigt, et est véritablement le pulsus debilis. Il est utile de faire observer, à propos de ce dernier point, que les transformations décrites plus haut, du pouls en un pulsus longus, comme nous en avons vu quelques-uns se produire dans l’appareil pneumatique, et qui sont'observées du reste à la pression normale de l’air dans certains procès morbides, tels que anévrysme, embolie, donnent une sensation trompeuse au doigt, en sorte que même alors que la hauteur verticale du pouls reste identique, comme Marey l’a obseryé (p. 243), le pouls paraîtra d’autant plus fort que l’ondée sanguine battra plus vite et que la systole du cœur sera plus rapide, tandis que, d’un autre coté, le pouls paraîtra d’autant plus faible que l’expansion de l’artère sera plus lente, que le courant d’aller et de venir de l’ondée sanguine sera plus graduel, ce qui est exprimé par la montée et la descente de la pression du sang dans les vaisseaux; mais, puisque dans notre cas (dans l’air comprimé) l’abaissement de;-la force du pouls perçu par le tact est confirmé encore par l’amoindrissement de la hauteur verticale du tracé, il faut tenir pour certain l 'amoindrissement de la force du pouls en soi.
« Nous aurions maintenant à montrer la cause de cet amoindrissement de la force du pouls dans l’air comprimé, ainsi que cela résulte de nos recherches ; en première ligne on pouvait bien penser à l'affaiblissement de l'action du cœur lui-même, comme à la circonstance occasionnelle de l’abaissement de la force du pouls dans l’air comprimé, affaiblissement peut-être produit par l’élévation de la résistance que l’accroissement de la pression atmosphérique, qui exerce une compression sur l’ensemble des vaisseaux périphériques, amène dans le système artériel ; à l’appui de cette supposition, on pourrait citer les faits qui ont été rapportés par
58 V1VEK0T.
moi dans une autre circonstance et dans un autre lieu (1); en effet, l’inspection et la palpation du cœur en montrent l’impulsion plus faible; l’auscultation du cœur donne un résultat identique, et le son paraît pour ainsi dire plus lointain.
« Cependant ces faits ne démontrent et ne prouvent en aucune façon qu’un changement ait lieu dans la force d’impulsion du cœur, car, d’un côté, pour avoir une preuve presque certaine et démontrée du changement d’intensité de la contraction du cœur, nous éprouvons les plus grandes difficultés, et, d’un autre côté, l’affaiblissement de l’impulsion du cœur et des bruits du cœur constaté dans le séjour dans l’air comprimé par la vue, la main et l’oreille, peut nôtre qu’apparent et, comme je l’ai déjà montré dans la dissertation susdite, n’être qu’un simple effet d’un déplacement du cœur produit par la compression de l’air, et lié à l’agrandissement de la capacité des poumons et au passage, audevant du cœur de la lame antérieure du poumon gauche.
« Puisque les faits que nous venons de communiquer ne suffisent pas pour donner une solution certaine à la demande que nous posions,-que du reste les nouvelles recherches de Claude Bernard, Donders et Marey, ont prouvé avec évidence que certains changements de la circulation trouvent communément leur cause dans les vaisseaux eux-mêmes, et que dans des cas rares seulement ces changements peuvent s’expliquer par une modification dans l’intensité de l’action du cœur, nous laisserons sans solution provisoirement la question de savoir si, sous l’influence de l’air comprimé, la force; d’impulsion du cœur subit aussi une modification, et nous nous bornerons avant tout et simplement aux changements certains qui ont lieu dans l’intensité du pouls radial, recherchant si ces changements ne peuvent pas s'expliquer par des modifications locales dans ou sur l’artère elle-même, et aussi si on ne peut pas les expliquer, en dehors de toute modification de la force du cœur, par le changement exprimé mécaniquement que produit la compression de l’air sur les parois des vaisseaux et sur leur contenu, c’est-à-dire par la contractilité vasculaire et la tension sanguine.
(1) "Vivenot, Ueber den Einfluss des verstarkt. und vermind. Luftdruckes, etc. (Med. Jahrbücher der k. k. Gesellschaft derAerzte zu Wien. Jahr., 1865, Heft III, S. 207).
ÉTUDES DE SPHYGMOGRA.PIIIE. 59
« Pour atteindre ce but, il faut avoir recours à une expérience et simplifier à l’aide d’un appareil artificiel ce problème si compliqué dans l’organisme; cet appareil nous réduirait à deux facteurs déterminés : la contractilité des vaisseaux et la pression du sang; toutes les autres circonstances perturbatrices telles que influences nerveuses, changement d’intensité de l’action du cœur, étant éliminées. Cet appareil doit aussi servir à la confirmation des idées que nous avons exprimées jusqu’ici sur l’action de l’air comprimé sur la circulation, à l’aide de procédés purement mécaniques, et nous donner peut-être la solution du problème en discussion, à savoir : « Quelle est l’origine du dicrotisme ? »
« Il nous parut leplus simple pour remplir les conditions proposées de ce schéma, de prendre une boule de caoutchouc prolongée en un tube de même substance d’environ 0 m ,50 de long, de les remplir, à la pression normale de l’air, d’eau simple, et de les fermer â leur extrémité libre. Nous avions ainsi un cœur isolé (le ballon), et une artère (le tube), qui remplis d’une certaine masse de sang (eau), se trouvaient dans un état de distension moyenne. On appliqua le sphygmographe de la façon accoutumée sur le tube (comme sur l’artère radiale) et au moyen d’un poids tombant à des intervalles égaux, et toujours de la même hauteur, sur le ballon de caoutchouc, nous y produisions une pression toujours semblable, et qui, en vertu de la loi de mouvement des ondes liquides, se propageait à la fois au contenu et aux parois du ballon et du tube (ondée du pouls), et comme le pouls lui-même, s’inscrivait en une série de courbes sur le papier du sphygmographe.
« Nous avions ainsi imité toutes les conditions d 'une impulsion du cœur gardant toujours la même force, et éliminé par notre expérience l’influence d’un changement quelconque dans l’intensité de l’impulsion du cœur. Si l’on met en jeu, dans les conditions décrites, sous la pression atmosphérique normale, le mouvement d)horlogerie de l’enregistreur du pouls, on obtient le premier tracé représenté dans la figure suivante.
« Tous les signes caractéristiques des tracés de pouls normal obtenus par nous à la pression atmosphérique normale, ligne d’ascension abrupte et verticale, sommet haut et pointu, ligne de descente ondulée, comme preuve que le vaisseau contient peu de
40 VIVENOT.
liquide, puis pression consécutive faible du liquide sur les parois du vaisseau et faible tension de celui-ci, trouvent également ici leur expression.
« Si je place ledit appareil dans l’air comprimé, en répétant toujours de la même façon l’imitation de l’impulsion du cœur à l’aide d’un poids tombant d’une hauteur connue, alors la figure a se change en cette ligne courbe que nous avons représentée en b.
Fig. 11
« La ressemblance, on pourrait dire l’identité, de cette seconde courbe modifiée, avec les courbes de pouls obtenues par nous dans l’air comprimé est ici évidente et frappante. La ligne verticale ascendante s’est changée en une oblique, le sommet aigu se change en une ligne horizontale unie, l’amplitude est devenue plus petite de plus de moitié, le policrotisme de la ligne de descente a totalement disparu, et la courbe est devenue tout à fait semblable au pouls cintré que nous avons obtenu dans l’air comprimé.
« Si maintenant j’essayais l’effet dans l’air comprimé du poids tombant sur le ballon, d’une hauteur plus grande, pour obtenir une impulsion du cœur plus forte, alors, la ligne d’ascension, comme cela a lieu dans la figure suivante, devenait plus verticale et augmentait en amplitude, sans toutefois montrer le dicrotisme qui est si marqué dans la figure précédente.
Fig. 12.
« Si [nous laissions notre appareil soumis pendant un long temps à l’influence de l’air comprimé, on voyait, par suite de cette près-
ÉTUDES DE SPHYGMOGRAPHIE. 41
sion, quelques gouttes d’eau sourdre par le bout de caoutchouc lié, ce qui ne se produisait jamais à la pression atmosphérique ordinaire.
« Si maintenant, alors que cette petite perte de liquide que nous ne réparions pas à dessein .avait diminué un peu le contenu de l’appareil en caoutchouc, nous.prenions un nouveau tracé sphvgmographique en reproduisant l’intensité primitive de l’action du cœur artificiel, alors nous obtenions un tracé qui porte tous les caractères de la courbe obtenue d’abord dans l’air comprimé et n’en diffère qu’en ce que le policrotisme s’y fait remarquer de nouveau.
« Si enfin nous renouvelions cette même expérience sur le tube, à la pression atmosphérique normale, nous obtenions un tracé qui ressemble tout à fait à celui obtenu la première fois à la pression normale, avec une plus grande amplitude et un plus grand policrotisme.
« Une répétition de l’expérience faite les jours suivants donna les mêmes résultats.
« Cette expérience nous permet d’induire des conclusions qui sont décisives pour nos recherches relatives à l’influence que l’air comprimé exerce sur la circulation artérielle.
« Les conclusions auxquelles nous conduisent les résultats hautement intéressants que nous avons déjà obtenus sont les suivantes :
« La conformité des changements obtenus sur le pouls naturel et sur le pouls artificiel sous l’influence de l’air comprimé, montre d’une façon frappante que ces changements sont produits par les mêmes causes, nommément par l’influence purement mécanique que l’air comprimé exerce sur les tubes élastiques remplis de liquide, influènce qui, sans invoquer le secours d’autres moyens d’inYestigation moins certains, suffit à montrer que tous les phénomènes observés jusqu ici par nous n’ont pas été l’objet d’une interprétation forcée.
« La ligne d’ascension du pouls naturel et du pouls artificiel est, dans l’air comprimé, plus oblique, parce que la résistance que la paroi vasculaire a à supporter pendant la diastole artérielle sous une même force d’impulsion, devient plus grande dans l’air comprimé qu’à la pression atmosphérique normale.
VIVENOT.
« L’amplitude de l’ondée naturelle et de l’artificielle s'amoindrit, et cela pour deux raisons :
« 1° Parce que l’augmentation de la pression s’exerce également et fait opposition à la diastole et à la systole vasculaires, d’où résulte une diminution de l'excursion des parois vasculaires. La diastole artérielle nommément est amoindrië, parce que la résistance que l’ondée sanguine bondissante et les parois se dilatant par suite éprouvent sous l’action de la pression extérieure augmentée, est plus grande ; la systole, artérielle devient plus petite, parce que l’artère remplie de plus de sang, relativement à son calibre, par suite de l’augmentation de pression, ne peut accomplir convenablement sa rétraction ;
« 2° Parce que le vaisseau élastique, par suite de la pression exercée sur lui du dehors, se contracte et se réduit à un plus petit volume , et que l’artère comprimée dans l’air comprimé devient plus petite et contient d’une façon absolue moins de sang. *»
« Gomme preuve palpable du rapetissement que subissent les vaisseaux artériels dans l’air comprimé, nous devons rappeler ce fait que notre appareil, lorsqu’il était soumis pendant longtemps à cette compression, laissait sourdre par sa- ligature des gouttesd’eau de son contenu, chose qui n’arrivait jamais à l’air libre,
« Maintenant il y a des gaz comprimés dans le sang, qui sont mis en liberté par la diminution de la pression de l’air (1), et qui par conséquent y sont retenus par une pression atmosphérique élevée; de là une raison pour que la masse du sang restant constante arrive, sous un excès de pression de l’air, à être réduite au plus petit volume possible. Gomme, du reste, la situation et la grosseur des artères varient, il se peut que l’augmentation de pression ne produise pas sur toutes le même effet, mais elle doit agir avec d autant plus d’intensité que les artères y sont soumises plus brusquement, que leur volume est plus petit, que leurs parois sont plus minces et moins distendues, que leur contenu est moindre, en un mot, qu’elles sont plus faciles à comprimer.
(!) Fé hx Hoppe, Ueber den Einfluss, welchen der Weehsel des Luftdruckes auf das Blut ausübt [Sur l'Influence que le changement de pression atmosphérique exerce sur le sang] (Archiv fur Anatomie von Müller, 1857, 1, Seite 63-73).
ÉTUDES DE SPIIYGM0GRAPU1E. 45
« L’action de l’air comprimé s’exercera donc au plus haut point sur les vaisseaux périphériques (en raison inverse de la grandeur de leur section, de la force de leurs parois, et de la masse de leur contenu), et comme, grâce à l’augmentation de la pression concentrique exercée sur leurs parois et leur contenu, elle rapetisse le volume des vaisseaux et presse, suivant une direction centripète sur une partie du contenu liquide non compressible de ces vaisseaux, jusqu’à ce qu’un nouvel équilibre, conforme à la nouvelle pression, se. soit établi entre la pression de l’air, les parois des vaisseaux et le contenu de ceux-ci, il s’ensuit la régulation de la nouvelle répartition du sang.
« Cet état d’équilibre ne coïncide pas toujours avec le moment du maximum de pression, mais son établissement demande un certain temps, et comme pour cela l’état stationnaire du maximun de pression est la condition indispensable, nous voyons sous l’influence de celui-ci se produire une diminution croissante du volume et du contenu absolu des vaisseaux périphériques, non-seulement en raison de l’intensité de la pression, mais encore de la durée du séjour dans l’air comprimé, comme cela se voit clairement dans nos figures représentant en même temps une diminution de l’amplitude de a en b et de b en c, et en même temps une diminution de la fréquence du pouls. .
« Enfin la nouvelle régulation de la répartition du sang et de la pression venue à la suite d’une longue durée du maximum fixe, ne se défera pas instantanément lors du retour à la pression atmosphérique normale, mais ce nouvel équilibre disparaîtra progressivement comme il est venu. La reconstitution- de l’état primitif demande, dans la plupart des cas, un temps plus long que son obtention, parce que la paroi artérielle d’un petit volume comprimée a gagné une force de résistance, de ton, si je puis m’exprimer ainsi, qui ne peut être vaincue à l’air libre que peu à peu, par l’augmentation de l’ondée sanguine et la mise en liberté des gaz absorbés. Le fait, que le volume des vaisseaux et le pouls en d sont en général encore faibles ou n’acquièrent aucun accroissement, et ne reprennent leur état normal qu’après un séjour plus ou moins prolongé à l’air libre, montre donc un phénomène qui est fondé sur la nature des choses.
« Ce passage graduel, progressif, de l’adaptation primitive à une
U VIVENOT.
nouvelle adaptation, et réciproquement, tel qu’il apparaît dans nos expériences, et par lequel se produisent dans notre organisme des changements essentiels, mais d’une manière insensible, est, au cas que la compressiofi de l’air serait appliquée à un but thérapeutique, une condition indispensable. C’est là que gît l’essence du procédé de Tabarié, et si l’on part de là, on y trouve, je puis le dire, réalisé le problème de placer des résultats reposant sur des principes mécaniques dans la main de l’expérimentateur, tandis que le procédé de Junod (1), qui repose sur le passage brusque d’un air comprimé à un air raréfié, ne met au jour qu’une série de phénomènes de perturbation qui échappent à toute évaluation exacte, à toute observation, et ne constitue pas une méthode thérapeutique valable.
« Une‘de nos figures montre un tracé obtenu ainsi àla suite d’une séance où l’on est arrivé trop vite en pression et où l’on est resté trop peu de temps au maximum, d’où sont résultées des perturbations.
« On voit que, pendant le court séjour dans l’air comprimé (10 minutes), la courbure habituelle du tracé n’apparaît pas de a en b, mais que les trois courbés prises dans ce stade a l5 a 2 et a 3 , et aussi la courbe b qui comprend la période du maximum de pression, présentent l’apparence de la dilatation des vaisseaux ; toujours la ligne d’ascension est abrupte ; toujours l’amplitude est accrue, l’acuïtê du sommet et la plus grande intensité du dicrotisme s’accusent de plus en plus, et ce n’est que tard, après un séjour d’une demi-heure dans l’air comprimé, à la Clôture du stade du maximum constant de pression, que l’on s’aperçoit de l’influence de la pression de l’air, et que les vaisseaux arrivent à l’état décrit plus haut. Dix minutes après la sortie de l’appareil pneumatique, la pulsation a repris son apparence primitive.
« Que le changement de hauteur du pouls ne soit pas nécessai-
(1) Junod réclame le mérite d’avoir le premier ouvert la voie dans ce champ d’observation ; il faut sans doute attribuer à la déplorable confusion introduite par lui dans la science, que l’Académie des sciences de son temps n’a pas reconnu à Tabarié la priorité; à la vérité, ce corps savant a réparé en 1852 son erreur de 1838 en accordant à Tabarié le prix Monthyon.
ÉTUDES DE SPHYGMOGRAPHIE.^ 45
remerit produit par un changement dans la force d’impulsion du cœur, c’est ce que nous avons reconnu par le résultat de nos expériences artificielles, dans lesquelles on a vu, dans l’air comprimé, survenir une diminution de l’amplitude sans que la force d’impulsion du cœur artificiel ait été changée (1).
« Comme la pression de l’air agissant avec la contractilité des vaisseaux s’ajoute à la force centripète que ceux-ci supportent, et l’emporte sur l’élévation qu’éprouve en même temps la pression du sang tendant à-une action centripète; en d’autres termes, comme là contraction éprouvée par les vaisseaux périphériques sous l’influence de l’air comprimé est plus grande, proportionnellement, que la diminution, dans ceux-ci, de la pression du sang par un dégorgement partiel de leur contenu (dont l’écoulement par les capillaires est gêné), il y a un changement dans l’état relatif de la pression du sang par rapport au volume du vaisseau, d’où s’ensuit nécessairement un changement de la pression du sang proportionnel à la contractilité des vaisseaux. Le vaisseau rapetissé devient donc en réalité et absolument plus petit, tout en étant rempli d’une quantité de sang plus grande par rapport à son calibre. Que cet accroissement relatif du contenu du vaisseau par le changement de la proportion d’expansion de ses parois ait
(1) « Une expérience instituée par Marey ( Physiologie médicale, p. 15 et 257) a donné le même résultat. Il fit couler dans son schéma le liquide à travers un tube étroit, et produisit une distension des. vaisseaux assez forte. Maintenant, s’il élargissait l’ouverture d’écoulement sans changer la force du moteur, la distension devenait moindre et l’amplitude de l’ondée s’accroissait. II. était donc clair que l’agrandissement de l’ondée était un simple effet de la diminution de la distension, puisque l’impulsion du cœur restait la même dans les deux cas. » De ce que, du reste, notre essai de rendre plus forte l’action du cœur nous a donné une augmentation de l’amplitude, nous pouvons maintenant conclure absolument à une augmentation éventuelle de la force d'action du cœur comme suite de l'action de l’air comprimé. Resterait à savoir si, dans le cas de faible amplitude signalé par nous, l'intensité du choc du cœur reste la même dans l’air comprimé, hypothèse vers laquelle j’incline, ou bien si, par suite de l’augmentation de la résistance opposée à la systole du cœur par la gêne de l’écoulement du sang, et peut-être aussi par la pression directe du poumon élargi, il ne se produit pas un affaiblissement secondaire de l’énergie de l’action dp cœur.
VIVENOT.
lieu, c’est ce que nous montre le changement survenant soüs l’influence de l’air comprimé dans la ligne de descente, sur les courbes produites artificiellement qui, comme celles-ci, ont été observées d’une façon toute semblable à celle dont on recueille le pouls normal, et ainsi est justifiée une conclusion sur la cause commune des phénomènes obtenus dans des conditions normales ou artificielles. Les courbes obtenues artificiellement à l’air libre montrent, comme toutes les. pulsations recueillies sur l’artère radiale, une ligne de descente fortement ondulée, dont les ondulations disparaissent en tout ou en partie dans l’air comprimé, résultat qui ne peut être imputé qu’au changement déjà mentionné dans la proportion de la pression du sang par rapport aux parois du vaisseau; ainsi les parois du vaisseau modérément distendues à la pression atmosphérique normale sont, par suite de l’amoindrissement de leur volume par l’air comprimé et de l’augmentation relative de leur contenu, placées dans un état de plus forte distension. Maintenant, comme l’artère, par suite de l’augmentation de la pression extérieure, se dilate moins à chaque diastole et, par suite de l’accroissement de pression du sang, se contracte moins à chaque systole, il s’en suit que la différence entre la systole et la diastole est plus faiblement accusée dans son calibre ; et les excursions devenues plus faibles, auxquelles s’opposent avec une résistance accrue les parois plus fortement tendues et en même temps contractées, se transmettent, à un plus faible degré, à la paroi élastique du vaisseau. Maintenant, comme la paroi distendue par l’élévation de la résistance intérieure et extérieure oppose à la propagation de l’onde une résistance incomparablement plus forte que celle opposée par une paroi lâche, comme cela arrive dans un tuyau contenant peu de liquide, l’action produite par la succession de fondée sanguine poussée dans les vaisseaux à chaque systole du cœur, et qui se marque par un mouvement d’ondulation sur leur paroi élastique, devient de plus en plus petite, jusqu’à ce qu’elle disparaisse complètement. Et c’est dans celte raison locale, purement mécanique, que réside uniquement et seulement l’explication de l’apparition et de-la production du dicrotisme. Ainsi, en nous fondant sur les résultats obtenus précédemment, au moven du sphygmo-
ÉTUDES DE SPUYGMOGRÂPHIE. 47
graphe appliqué sur l’artère humaine et sur l’appareil en caoutchouc, en variant la pression de l’air et laissant invariable la force d’impulsion du cœur, nous montrons que le dicrotisme est l 'expression des mouvements ondulatoires ■produits par Vinterférence des ondées sanguines qui se succèdent et qui sont transmises à la paroi élastique de l’artère. Nos recherches établissent en outre la vérité des vues mises au jour déjà depuis longtemps par Ludwig (1) et Duchek, dont le premier a considéré « la seconde élévation du double battement comme une « suite de l’action élastique du premier ; » le second, « tient le di- « crotisme pour un phénomène qui réside dans le vaisseau et dans « lui seul, et qui résulte d’une propriété inhérente aux tubes élastiques. »
« Le dicrotisme si évident et certain produit par notre appareil artificiel, bien qu’on n’v eût placé aucune imitation des valvules du cœur, montre que l’opinion de Marey, qui représente le dicrotisme comme produit par la répercussion (bondissement) de l’ondée sanguine sur les valvules aortiques ou sur la bifurcation de l’aorte sous l’influence de la systole du cœur, et considère la première onde observée sur la ligne de descente comme l’expression de ce fait, manque de fondements.
« La disparition complète du dicrotisme dans l’air comprimé nous montre, d’une façon frappante, que ce n’est pas là, ainsi que le pensait Meissner, un artifice produit par une vibration propre de l’instrument, puisque dans l’air comprimé les conditions de cette vibration sont les mêmes qu’à la -pression atmosphérique normale.
Si nous avions besoin, après ces expériences démonstratives, de rechercher encore un autre moyen de confirmation pour notre explication du dicrotisme, nous le trouverions dans le résultat obtenu, à savoir que, par suite de la compression de l’air, une partie du liquide s’étant écoulé hors du tube, la diminution qu s’ensuivit dans la distension amena un dicrotisme franc sous la
(t) Ludwig, Lehrb. der Physiologie, 2 le Auflage, Band II, § 171, 1861 Duchek, Recherches sur le pouls artériel (Medicinische Jahrbücher der K. K. Gesellsch. der Aerzte %u Wien. Jalirg. 1862. 18 Jahrgang derganzen Folge. IV ïïeft, § 72.
VIVENOT.
pression, normale de l’air et un indice de celui-ci dans 1 air comprimé.
« Nous ne nous sommes occupé jusqu’ici que de la figure de Y ondée isolée sans tenir compte de l’ensemble des ondées successives, et cependant ce phénomène complexe demande quelques explications.
« Tirons du commencement à la fin, à la base de l’ondée ou à travers soji sommet, une ligne, alors nous avons ce que Marey a appelé « ligne d’ensemble , » p. 252 ( gemeinsame Unie), qui peut nous donner des éclaircissements sur certains changements dans la pression du sang et dans la distension des vaisseaux. Cette ligne qui, ainsi que nous l’avons dit, se comporte différemment suivant certains changements d’attitude du corps, peut présenter un changement total ou partiel dans sa figure ou dans sa direction. Le premier cas se présente à la suite d’un changement de longue durée dans la pression du sang et dans la distension du vaisseau, et se reconnaît à une modification considérable de toute la ligne par rapports la figure primitive du pouls; tandis qu’un changement fréquent de la pression du sang et de la distension vasculaire, comme cela a lieu par exemple sous l’influence d’une respiration irrégulière, trouve son expression dans des incurvations plus ou moins marquées et plus ou moins fréquentes, dans une série d’élévations et d’abaissements de la ligne du pouls. Maintenant, comme cette ligne, d’après Marey, indique qu’un obstacle à l’écoulement du sang augmente la distension dans le système artériel en un point quelconque, nous avions à rechercher si cela se produisait dans l’air comprimé, par suite de la compression des vaisseaux superficiels, et si l’obstacle ou la gêne reconnus par nous dans la circulation artérielle au changement de la ligne d’ascension, produisait aussi un changement dans notre ligne d’ensemble et trouvait son expression dans son élévation {ascension oblique de toute la ligne) dans l’air comprimé.
« Après avoir, dans ce but, assujetti l’instrument, d’après les règles établies par nous dans nos précédentes expériences faites à l’aide du sphygmographe, et disposé les choses de telle façon, que le stylet enregistreur fût placé juste au milieu de la bande de papier, à une distance égale du bord supérieur et du bord inférieur, et recueilli ainsi à l’air libre, après avoir lâché le mouve*
ÉTUDES DE SPHYGMOGRAPHIE. 49
ment d’horlogerie, un tracé du pouls placé juste au milieu du papier, je ne trouvai plus la même chose en opérant dans l’air comprimé. Quoique l’instrument n’eût pas été enlevé, et qu’aucun changement ne se fût produit ni dans l’attitude du bras, ni dans la position de l’instrument, le stylet enregistreur, sous l'influence de l'air comprimé, subit un mouvement par rapport à sa situation primitive, et monta ; il monta même si haut, qu’il passa par-dessus le bord supérieur de la bande de papier, et qu’il fallut, par un léger mouvement de la main, l’abaisser au niveau du papier pour prendre un tracé. D’après cette expérience, nous avons démontré, pour l'artère radiale, une élévation générale de la tension du sang et de la distension vasculaire, indépendante de celle que l’on peut observer sur une pulsation isolée.
« Enfin, quant à ce qui concerne l’influence des mouvements respiratoires dénoncée par les incurvations en arcades de la ligne du pouls, elle est assez insensible et assez peu apparente dans les mouvements respiratoires normaux, pour passer inaperçue aux yeux d’un observateur* superficiel. Elle n’est très-apparente que lorsqu’on fait de profondes inspirations ou lorsqu’il y a une gêne de la respiration.
« Par suite des cbangements survenus dans la grandeur du thorax par les inspirations et les expirations d’une part, d’autre part, par suite des mouvements d’élévation et d’abaissement du diaphragme qui rétrécit ou agrandit alternativement la cavité abdominale et la cavité thoracique, et, par suite du changement de distension qui en résuhe pour l’abdomen, il se produit alternativement dans l’aorte thoracique et dans l’aorte abdominale une pression plus forte; il en résulte pour ces vaisseaux une distension variable qui se communique consécutivement aux artères éloignées.
« Par là, ainsi que je l’ai montré ailleurs sous l’influence de l’air comprimé, on observe un ralentissement de la fréquence de la respiration, qui, entretenu par la continuation journalière de cette même influence de la pression de l’air, s’accroît de jour en jour jusqu’à un certain chiffre; du reste, la respiration est plus facile dans l’air comprimé; elle devient plus tranquille et plus complète, et l’on calme ainsi quelques troubles respiratoires ; ainsi, là où, à l’air libre, l’influence de la respiration se Lokün. — Pouls. 4
YIVENOT.
faisait sentir sur la courbe du pouls, cette influence devait s’affaiblir dans l’air comprimé, c’est-à-dire que les courbures et les cintrages de la ligne du pouls devaient, sous cette influence, diminuer de fréquence et d’intensité, comme, du reste, on peut le voir à la figure suivante, qui prise le 1 er mai, sur un emphysémateux âgé de 44 ans, en a à la pression normale, montre, de remarquables inflexions ou courbures dans lesquelles s’inscrivent les pulsations, et qui trahissent une forte gêne de la respiration, tandis que, sous l’influence de l’air comprimé, en .b, l’intensité de l’ondulation a baissé si notablement que la ligne du pouls se rapproche presque de l’horizontale et que, en même temps, il y a un plus grand nombre de pulsations, pour une respiration, qu’en a, par quoi se marque l’apaisement de la précédente gêne respiratoire.
« L’existence de ce changement dans la courbe respiratoire» sous l’influencé de l’air comprimé, peut être considérée comme étant la règle, et l’on trouve rarement l’état contraire. »
DlICHEK.
Düchek (d).
Préceptes pour l’application de l’instrument. — Jugement porté sur‘la méthode et sur les théories proposées par Marey. — Exemples tirés de la pratique de l’auteur et reproduction graphique de quelques pouls dans diverses maladies, tel est le résumé de ce mémoire, que nous insérons presque in extenso .
« Le sphygmographe de Marey est, par sa forme et sa grandeur, bien approprié à l’application aux hommes sains et même aux hommes gravement malades, et il suffit d’être à moitié familiarisé avec cet instrument pour en user utilement. Il est exclusivement destiné à être appliqué sur l’avant-bras sur lequel il se moule. Cependant je l’ai appliqué sur la cuisse (artère crurale), sur le pied (artère métatarsienne) et même sur la fontanelle d’un enfant, et j’ai partout obtenu des courbes satisfaisantes. Le mouvement d’horlogerie n’est pas régulier. Il faudrait que l’instrument fût tenu parfaitement horizontal,' ce qui n’est pas possible toujours, et d’ailleurs il existe des causes multiples qui font marcher la plaque enregistrante plus ou moins vite. Cette avance ou ce retard peuvent quelque peu modifier la forme des tracés.
« Quant au mode de fixation de l’instrument, je ferai remarquer que toute pression trop forte sur l’artère doit être évitée. Dans ce but l’instrument doit être seulement attaché aussi solidement qu’il est nécessaire pour le maintenir en place. Il est du reste bon, si le bras ne repose pas sur une table, le malade étant au lit, qu’il soit placé sur une tablette ou sur un coussin, afin que le malade n’éprouve aucune gêne. Comme on sait d’après Marey que la compression d’une autre artère ou une faible contraction musculaire suffisent pour changer le tracé du pouls, il est prudent de
(1) Untersuchungen über den Arterienpuls, von Duchek, Prof. d. mediz. Klinik und der Josefs Akademie. Wien ( Medizmisch . Jahrbücher ''.Ester reich., 1862, 4' Heft, Seite 49-72).
52 DUCHEK.
prendre toujours les tracés avec la même position du bras, afin qu’ils soient comparables entre eux. Il faut, bien entendu, tenir compte de l’état de maigreur ou d’embonpoint du sujet, ce qui modifie les conditions d’application de l’instrument.
«Chaque mouvement ascensionnel de la courbe marque une pulsation, c’est-à-dire la dilatation de l’artère suivie de sa rétraction, et l’analyse de ce tracé donne des indications certaines sur le changement de volume de l’artère et sur le moment où il survient.
« L’instrument permet en même temps de compter le nombre de pulsations, dès l’instant que le temps du parcours de la plaque est connu. (Ce parcours comprend par exemple, lorsque l’instrument est placé horizontalement, 10 secondes.)
« Le sphygmographe permet aussi d’apprécier exactement la régularité dans la succession et dans le mode des pulsations ; cette régularité n’est pas habituellement troublée chez l’homme sain, ni même chez le malade; mais dans quelques cas le trouble, est très-grand. Il y a une relation intime entre cette régularité et la durée des pulsations isolées qui peut être mesurée facilement par la longueur de l’abscisse.
« L’observation des tracés de pouls montre encore que le niveau, sur lequel repose la base des pulsations, est horizontal dans beaucoup de cas, dans d’autres au contraire monte ou descend obliquement. Il monte pendant Y expiration, et descend pendant Y inspiration. Cela dépend de la différence de hauteur de la pression du sang dans les artères, et, par conséquent, la montée du niveau marque l’accroissement, la chute de celui-ci marque la diminution de la pression moyenne dans l’artère. La même loi s’applique à cette élévation du tracé qui accompagne la pulsation de l’artère, c’est-à-dire l’arrivée de l’ondée sanguine dans celle-ci. Il faut aussi tenir Compte ici d’une élévation considérable, quoique de courte durée, de la pression qui a lieu avec la dilatation de la partie du conduit que l’on observe. Le sphygmographe marque ainsi également, d’une façon incidente, Y élévation relative de la pression du sang ; mais cette indication n’est pas précise, parce qu'un levier qui prend son point d’appui sur des parties molles, d’épaisseur variable, reposant au-devant de l’artère, ne peut donner que des résultats insuffisants. Marey paraît attacher cependant une grande importance à la détermination de la tension artérielle.
ÉTUDES DE SPHYGMOGRAPHIE. 55
« Les influences qui modifient la pression du sang se classent en deux groupes : les premières facilitent le passage du sang dans les capillaires ; c’est, par exemple, la chaleur qui dilate les capillaires; elles amènent ainsi une circulation plus facile et une diminution de la pression du sang dans les artères. Les autres influences agissent en sens contraire (c’est le froid, les mouvements musculaires, et même le changement d’altitude du corps) en rétrécissant les voies d’écoulement du sang par le système capillaire, ou en comprimant une grosse artère.
« Autant nous admettons toutes ces observations comme certaines, autant il nous paraît hors' de doute que, seul, le manomètre peut indiquer la véritable hauteur de la pression existant dans l’intérieur d’un vaisseau. Marey applique aussi, et non sans raison, les données précédentes à la fréquence du pouls, mais il va trop loin, quand il dit que, dans tous les cas, le cœur se meut d’autant plus lentement que la résistance au cours du sang dans les artères est plus grande, et que le ralentissement du pouls coïncide avec l’augmentation de la pression du sang dans les artères.^'?)
« Analysons maintenant une pulsation isolée, en elle-même. Il y faut remarquer d’abord la hauteur ( amplitude de Marey), puis la nature de la constituante de la ligne à?ascension et de descente , enfin le sommet et Y ascension secondaire.
« 1° D’abord, en ce qui concerne Y amplitude, qui se mesure à la longueur de l’ordonnée, elle est en raison directe du degré de la force propulsive du cœur, mais elle dépend encore de la largeur de l’artère et de beaucoup d’autres circonstances qui seront examinées plus loin. Les artères étroites produisent une faible élévation du tracé du pouls. Les plus grandes hauteurs de tracé sont remarquables par la montée droite de la ligne d’ascension, ainsi en est-il dans l’insuffisance aortique et dans les maladies aiguës fébriles. Il n’en est pas toujours ainsi, et il y a des cas au contraire où la hauteur est très-petite, bien que la ligne d’ascension soit absolument verticale. Marey dit, avec raison, que, dans ces cas, il faut aussi tenir compte d’un excès de réplétion des vaisseaux, tandis que, dans certains cas, l’amplitude peut-être très-notable avec une faible action du cœur et une pression basse dans les vaisseaux (typhus). Il n’est pas de moindre importance de s’inquiéter aussi
54 DUCHEK.
de la façon dont l’instrument est serré. Le tracé du pouls peut
singulièrement varier sous cette influence.
« 2° La première ligne, ligne ascensionnelle, répond à 1 élévation du levier-écrivant, laquelle est déterminée par 1 entrée de 1 ondée pulsatile dans la partie de l’artère examinée et par l’élévation de pression du sang qui en résulte. Elle est habituellement non interrompue, mais elle a une longueur et une direction variables. Elle monte dans beaucoup de cas tout droit, verticalement ou presque verticalement ; dans d’autres cas, au contraire, elle est oblique, c’est-à-dire qu’elle fait un angle obtus avec l’horizontale. Ces deux cas dépendent de diverses circonstances que nous allons de suite examiner :
a a. Le plus ou le moins d’énergie de la contraction du ventricule gauche : plus le ventricule gauche se contracte vite et énergiquement, plus vile l’ondée sanguine pénètre dans les artères et agit sur le ressort. Maintenant si cela a lieu instantanément, la plume qui termine le levier pèut; malgré la marche de la plaque enregistrante, y inscrire un*e ligne verticale d’une grande longueur; lorsque l’ondée sanguine entre lentement, la ligne d’ascension est, au contraire, oblique ou courbe. La direction verticale et la grande élévation de la première ligne ascendante marquent donc V existence d’une contraction du cœur rapide et énergique.
« b. Il faut aussi examiner ici la hauteur de la pression du sang dans les artères avant Ventrée de l’ondée sanguine. Si la pression du sang est déjà notable, elle séra il est vrai encore un peu accrue par la systole ventriculaire, pourtant proportionnellement moins que s’il existait une moindre résistance à la sortie du sang hors du ventricule et par conséquent à la constraction de celui-ci. On peut augmenter à volonté cette pression en comprimant, ainsi que l’a fait Marey, une ou plusieurs artères ; eh même temps que la pression du sang s’élève dans les artères restées libres, il se produit une plus grande résistance à l’énergie du cœur; la ligne d’ascension s’élève moins verticalement, et la hauteur de l’ascension est plus petite.
« c. Le degré de l’élasticité des parois vasculaires peut aussi dépendre d’influences qui ne sont pas tout à fait inappréciables : par exemple, le degré variable de résistance des parois artérielles doit modifier essentiellement la courbe du pouls. Marey
ÉTUDES DE SPHYGMOGRAPIIIE. 55
accorde à lelasticité des parois vasculaires une grande importance.
« D’après Marey aussi la distance de l’artère au cœur exerce une influence sur la direction de la ligne d’ascension. Plus cette distance est grande et moins la ligne d’ascension est verticale.
« 11 faut insister encore sur la différence d’épaisseur des tissus interposés à l’instrument et à l’artère. Cette influence est nulle quand on examine la radiale d’un sujet maigre. Si l’on explore la crurale d’un sujet chargé d’embonpoint, on peut voir la ligne d’ascension perdre sa direction verticale et même se courber.
« Enfin il faut tenir compte dans l’ascension du levier des défauts inhérents à l’instrument lui-même. Si l’impulsion du cœur est très-violente et soudaine, le levier subit un choc rapide et il abandonne son point d’appui et saute brusquement à une grande hauteur... (Ce point de vue a été exposé ailleurs.) L’auteur cite une amélioration apportée sous ce rapport au mécanisme de l’appareil par un constructeur de Vienne, Sedlaczek.
« 3° La systole du cœur et avec elle la ligne d’ascension étant arrivées à leur fin, alors la courbe s’infléchit en arrière par suite du retrait de l’artère. Le sommet de la courbe où commence ce changement, figure le plus souvent dans le pouls de l’artère radiale, une pointe aiguë et les deux lignes qui se rencontrent en ce point forment, à la fréquence ordinaire du pouls, un angle d’environ 45 degrés. Il n’y a point de règle fixe à cet égard, et cet angle peut, si l’élévation est faible et le pouls lent, s’agrandir et s’approcher de l’angle droit. Le pouls peut aussi affecter une.forme arrondie. Souvent il ne présente pas une pointe aiguë, mais un sommet courbe. Je n’attribue pas, comme Marey, ce phénomène à ce que la pression du sang dans les artères, après la clôture de la systole du ventricule, reste pendant quelque temps à la même hauteur, d’où il suivrait que la courbe du pouls se maintiendrait pendant ce temps à la hauteur de la première ascension. Bien plus, il me paraît, étant donnés l’écoulement du sang par les capillaires et la nature élastique des parois artérielles, invraisemblable qu’une sorte de temps d’arrêt dans la circulation, une dilatation persistante des artères et un même degré de réplétion durant un certain temps, puissent se comprendre. Cela vient au contraire du cœur (comme dans lesartères, la systole et la diastole se succèdent rapidement) ; et un état stationnaire de la
56 DUCHEK.
pression du sang peut d’autant moins se comprendre dans la radiale, qu’après la clôture de la systole du ventricule, le sang de l’aorte subit unmouvement de recul vers les valvules aortiques, d’où dans les artères éloignées, comme la radiale, à l’élévation de pression pendant la systole, doit succéder rapidement une diminution de pression (comme dans l’aorte)... Une semblable persistance de l’égalité de distension des artères s’expliquerait très-facilement par une très-paresseuse action du cœur, et pourtant, dans ces cas, justement, je n’ai jamais observé le sommet arrondi ni l’aplatissement de la pointe, excepté cette dernière apparence que j’ai vue au plus haut point dans les cas d’insuffisance aortique. J’explique ce phénomène autrement : sa cause est en partie dans la vitesse acquise du levier, en partie dans l’épaisseur des tissus mous interposés à l’artère et au ressort de l’instrument, en partie dans l’application vicieuse de l’instrument. Si le ressort n’est pas bien au contact de l’artère, et placé obliquement, si l’artère est trop fortement comprimée, on n’obtient qu’une faible élévation, et le sommet, au lieu d’être aigu, est arrondi. Si, au contraire, l’instrument est convenablement appliqué, l’élévation est plus grande, et le sommet émoussé se change en pointe, ou bien le plateau se divise en deux sommets. Il faut encore indiquer le dessin donné par Marey comme l’expression d’une combinaison de rétrécissement et d’insuffisance aortiques.
« 4° La ligne de descente offre les plus grandes variations. Son apparition indique l’abaissement du flot, la diminution de la pression du sang dans l’artère, la venue de la diastole du ventricule 1 * gauche. Plus celle-ci survient vivement, plus vive est la chute de la pression du sang, plus vivement tombe le levier. Par un abaissementtrès-rapide,onvoitseproduire une ligne concave; si l’abaissement est lent, la ligne est convexe. (Marey.) L’interruption de la ligne descendante par une ascension secondaire est très-importante à examiner... La descente de la courbe du pouls peut se faire de bien des manières différentes : '
« A. La ligne de descente est presque droite et presque ou tout à fait exempte de brisures, et oblique en arrière. Cette forme n’est pas fréquente; elle indique, suivant Marey, une pression élevée dans l’artère et une grande distension des parois artérielles. Je l’ai vue chez des malades atteints d’ictère catarrhal, chez d’autres soumis!
ÉTUDES DE SPHYGMOGRAPHIE. 57
l’action de la digitale, ou dans l’apyrexie au cours d’une fièvreintermittente. Ellepeut aussi se montrer chez des gens en bonne santé, et je ne partage pas sur la signification de cette ligne, l’opinion de Marev.
« B. Dans la plupart des cas, au contraire, la ligne de descente est interrompue par une ou plusieurs ascensions secondaires. Dans un'degré plus faible, la ligne de descente est seulement ondulée; dans d’autres cas, elle s’élève vers son milieu, approximativement à la moitié de la hauteur du premier sommet, sous forme d’un second sommet. C’est là ce qu’on appelle le dicrotisme ; ce signe se rencontre chez des gens très-bien portants, ce qui veut dire, que le dicrotisme n’est pas un phénomène propre aux états fébriles. Il est très-marqué cependant dans les.maladies fébriles, notamment dans le typhus. La courbe tombe rapidement presque aussi bas que avant la venue de la contraction ventriculaire, puis elle se relève et monte droit à une hauteur qui est souvent les trois quarts de la première élévation, pou#retomber ensuite. Dans des cas moins accentués, il arrive seulement que, à la fin du tiers inférieur de la ligne de descente, il se produit un léger soulèvement. Souvent Xascension secondaire arrive si tard, qu’elle tombe presque dans l’aire de la ligne ascendante primaire qui la suit. On observe quelquefois quelques autres petites élévations, de forme et de grandeur variables.
« Quant à la cause du dicrotisme, Marev dit que le dicrotisme est toujours le signe d’une courte systole ventriculaire et le plus souvent aussi d’une faible distension de l’artère ; il tire de là des applications cliniques. »
Duchek donne un certain nombre de tracés (trente-deux). Il commence par les tracés si cataractéristiques de l’insuffisance aortique, et dont il a recueilli des exemples irréprochables au point de vue graphique.
Il a observé aussi des cas où l’impulsion imprimée au levier était si forte que la plume sautait au-dessus de la plaque enregistrante. Il note la grande hauteur de la ligne ascendante, sa verticalité, le sommet si aigu que Marey considère comme signe de l’insuffisance aortique, et què Duchek explique par la seule violence de l’impulsion donnée par le ventricule hypertrophié ; le sommet secondaire ou de retour qu’il attribue à la ligne de des-
DUCHEK.
cente, puis la forme concave dans son ensemble qu’affecte la ligne de descente.
La partie originale de ce chapitre est la comparaison des tracés recueillis dans un cas d’insuffisance aortique sur différentes artères, la radiale, la crurale, et la métatarsienne. À propos du tracé de la crurale et de celui de la métatarsienne où se voit également la verticalité de la ligne d’ascension, Duchek observe que ce fait n’est pas d’accord avec le principe posé par Marey, que, plus les artères sont éloignées du cœur, moins on trouve la verticalité dans le tracé. On voit aussi surletracéde la métatarsienne que le dicrotisme existence qui est contraire à la théorie de Beau, d’après laquelle à partir de l’artère fémorale, il n’y aurait plus de dicrotisme.
Duchek donne encore un tracé de rétrécissement aortique qui est bon, et un tracé dé rétrécissement avec insuffisance.
Il n’a observé aucun changement spècial dans la péricardite.
Digitale. — Il donnée tracé du pouls pris avant et après une prise d’infusion de digitale (0,75); il y note seulement le ralentissement.
Les tracés qu’il donne de la fièvre intermittente au paroxysme offrent une excessive amplitude, un dicrotisme très-marqué et de singulières irrégularités. (Sans doute il y a là des actions tendineuses ou diaphragmatiques.) Il note aussi l’influence du mode de respiration et de la toux sur le pouls.
« Conclusions. — 1° La théorie de la répercussion suivie d’ondulations du sang sur les valvules aortiques ne saurait être acceptée dans les cas où les valvules aortiques sont tout à fait détruites, comme j’ai eu l’occasion d’en observer un cas;
« 2° L’assertion de Beau relativement à l’absence de dicrotisme dans l’artère fémorale, sur laquelle Marey base sa théorie est démontrée fausse par les observations de Buisson et les miennes ;
« 3° Quand même il serait vrai qu’une seconde ondée intermédiaire revînt de l’aorte, elle devrait, comme celle qui est envoyée par le cœur, être affaiblie par sa marche ultérieure à travers des artères étroites et éloignées du cœur ; or ce n’est pas ce qui arrive ; j’ai trouvé dans plusieurs cas l’élévation secondaire du tracé du pouls (dicrotisme) dans des artères éloignées, par exemple,
ÉTUDES DE SPHYGMOGRAPHIE. 59
l’artère métatarsienne, aussi marquée que dans la radiale et la crurale ;
« 4° Cette théorie admet que l’intensité de la contraction du cœur et la force avec laquelle le sang est repoussé par la paroi artérielle, sont proportionnelles; je ne puis pas confirmer cette théorie par mes propres observations et je renvoie, à ce sujet, aux données fournies par le pouls de l’insuffisance aortique, de l’endocardite, du typhus et de la fièvre intermittente ;
« 5° La supposition d’un double système d’ondes, les unes directes et les autres réfléchies, est infirmée par l’apparition de cette forme particulière du dicrotisme, dans laquelle l’élévation secondaire tombe à la naissance de l’ascension primaire qui suit;
« 6° La théorie de Marey est combattue de la façon la plus victorieuse par ce fait que j’ai trouvé dans l’artère, radiale gauche située au-dessous de l’artère brachiale anévrvsmalique, le dicrotisme très-accusé, tandis qu’il manquait à peu près complètement sur l’anévrysme lui-même, et que dans l’artère radiale, du côté sain, il était aussi un peu moins marqué. »
L’auteur n’accepte pas que dans aucun cas et d’aucune manière le dicrotisme soit produit par le cœur ou par l’aorte ; il lui semble plutôt que c’est là un phénomène qui réside dans les vaisseaux eux-mêmes et dans chacun d’eux en particulier, et qui est inhérent âu mouvement même des ondes dans les tubes élastiques.
W. Rive (d’Amsterdam) (1) :
L’auteur, dans l’introduction, examine la question historiquement :
« Les premiers pas ont été faits dans la voie de l’expérimentation physique par Stephan Haies, en 1748. Il introduisit un tube de
(1) De Sphygmograaf en deSphygmographische Curve. Academisch Proefschrift von D r in de Geneeskunde W. Rive, etc. [Le sphygmographe et les tracés sphygmographiques. Thèse inaugurale par le D r Wilhelm Rive (d’Amsterdam). Utrecht, 1866]. Cette thèse est dédiée aux professeurs Donders et Miquel. C’est un exposé savant de l’histoire de la méthode et des questions, soit théoriques, soit pratiques, que soulève la sphygmographie.
GO
verre dans l’artère carotide d’un cheval et par ce moyen put en étudier les pulsations.
« Poiseuille fit communiquer un tube semblable avec un manomètre et nomma l’appareil « hémo-dynamomètre. »
« En 1847, Ludwig apporta, un grand perfectionnement à cet instrument ; à l’aide d’un ingénieux mécanisme, il mit 1 artère en communication avec le manomètre de telle façon, que la pression du sang observée dans l’artère ne fût aucunement modifiée. Sur la surface libre du mercure, il plaça un flotteur muni d’un pinceau et enregistra sur un cylindre tournant les mouvements de montée et de descentè de la colonne mercurielle; l’hémodvnamomètre ainsi modifié reçut de Volkmann le nom de kymographion.
« C’était le premier instrument enregistreur appliqué à la physiologie. Dans les mains de Ludwig, cet instrument enrichit la science de nombreuses observations expérimentales.
« Dix ans avant, en 1857, Hérisson avait imaginé un instrument qu’il nommait sphygmomètre. Il consistait en Un tube rempli de liquide et fermé à l’une de ses extrémités par une membrane élastique médiocrement tendue. Quand la membrane était appliquée, sur une artère, celle-ci imprimait à la membrane des mouvements qui se transmettaient au liquide contenu dans le tube. En expérimentant avec cet instrument (1), Chelius démontra que le mouvement ondulatoire du liquide dans le tube se faisait en deux temps, et découvrit ainsi le dicrotisme dans le pouls normal. On n’accorda pas à cette découverte l’attention qu’elle méritait.
« Avec une courbe enregistrée par le manomètre de Ludwig, nous pouvons apprécier la pression moyenne dans une artère, mais non tous les changements que subit d’un instant à l’autre la pression.„ En effet, les mouvements qu’accomplit le mercure dans l’hémodvnamomètre, dépendent, non-seulement des changements de pression, mais aussi de l’inertie de la colonne mercurielle mue, qui a pour conséquence la production de mouvements propres qui jettent du trouble dans les observations. Il suffit d’imprimer un léger choc à la colonne mercurielle contenue dans le manomètre, pour y produire des mouvements qui se prolongent et qui se com-
(1) Chehus, P rager Vierteljahrsschrift, B. XXVI, § 100,1850.
HISTOIRE DES APPAREILS ENREGISTREURS. 6i
binent avec les autres chocs qui se succèdent. Vierordt fixa l’attention sur les défauts du manomètre, et montra ( 1 ) clairement que cet instrument était impropre à enregistrer les changements de pression, et qu’ainsi les tracés de pouls fournis par ce moyen ne méritaient aucune confiance.
« La nécessité de la vivisection, chose impossible chez l’homme, et principe sur lequel reposait le kymographion, l’obligea de renoncera cet instrument et d’en chercher un autre qui fût susceptible de transcrire les pulsations chez l’homme vivant.
« Au lieu d’enregistrer directement les changements de pression du sang, Yierordt tâcha d’utiliser les changements de capacité que subit une artère sous l’influence de ces variations de pression. Sur une artère superficielle, il fit reposer un levier qui inscrivait, sur un cylindre de kymographion, les mouvements qui lui étaient imprimés par les pulsations de l’artère. King avait déjà avant Vierordt introduit le levier dans la sphygmométrie. Pour démontrer les pulsations des veines du col dans certaines maladies du cœur, il se servait d’un fil de verre qu’il assujettissait avec de la cire audevant de la veine battante, et qui agrandissait les mouvements qui lui étaient transmis.
«La disposition de l’instrument de Vierordt nommé par son inventeur sphygmographe, vient de là. Sur l’artère est un levier disposé différemment et maintenu solidement sur son point d’appui. Le court bras du levier fut alourdi par un poids, de façon à ce qu’il fût en équilibre-avec le long bras. L’impulsion communiquée par la pulsation de l’artère au long levier, au niveau de son point d’appui, le met en mouvement. L’arc de cercle qu’il décrit alors, par une disposition analogue au parallélogramme de Watt, fut changé en une ligne droite, et les mouvements furent enregistrés sur le cylindre du kymographion.
« Le sphygmographe de Vierordt a les mômes défauts que le kymographion si vivement attaqué par cet autefir. Nous voyons aussi ici une grande masse qui exécute de forts mouvements sous 1 influence de la plus petite force, et la résistance dans cet instrument est trèsfaible. Du reste, l’artère n’est pas assez fortement serrée par l’in-
(4) Lehre vont Arterienpuls, in gesunden und kranhaften Zustanden-,
strument de Vierordt; à peine celle-ci, en se dilatant, a-t-elle donné un choc au levier, que le mouvement agit sur l’équilibre de celui-ci, et, par suite, les petits mouvements de l’artère ne sont plus enregistrés.
« Marey a remarquablement amélioré le sphygmographe de Vierordt, ou plutôt il a inventé un tout autre instrument. L’artère, par ses pulsations, met en mouvement un ressort d’acier élastique. Ce mouvement qui, par suite dé la résistance du ressort est trèspetit, est transmis à un levier long et très-léger,.et est par là convenablement agrandi. Le papier où le mouvement s’enregistre, se meut le long du levier par un mouvement d’horlogerie. Ce mouvement d’horlogerie fixé au reste de l’instrument fort ingénieusement, en rend l’usage très-facile.
« On trouvé une combinaison du manomètre et du levier dans un appareil construit récemment par Naumann. Une membrane qui recouvre l’extrémité élargie d’un tube étroit rempli d’alcool, est appliquée sur l’artère. Les mouvements du liquide sont transmis à un levier très-léger, qui les agrandit et les enregistre sur un cylindre de kymographion.
« C’est sur un principe tout différent de ceux des appareils décrits jusqu’ici que repose la méthode sphygmographique proposée par Czermak(l). Cette méthode consiste en ceci, que l’on enregistre le pouls avec un levier qui n’a aucun poids, qui écrit sans frottement, et qui ne change rien à l’état de l’artère sur laquelle il est appliqué. Ces conditions sont remplies par des rayons de lumière. Czermak les concentre par une lentille biconvexe ; juste au foyer de cette lentille, il place sur le pouls un petit corps opaque qui est mis en mouvement par l’artère. Ce corps trace une ligne courbe, qua l’aide d’un écran muni d’une fente verticale et étroite, on peut réduire à une ligne verticale. Ainsi celte ligne est grande ou petite suivant la réplétion ou la contraction de l’artère; si 1 on reçoit cette ligne verticale sur un papier préparé avec le collodion, et qu’on fasse mouvoir convenablement ce papier, on obtient une photographie du pouls. Czermak a encore imaginé une autre méthode par laquelle les rayons de lumière sont réfléchis
der h. k. Academie der Wissensch. Jahrgang 47,