TRACÉ DU POULS. H
les tracés que je donne sont bien comparables entre eux.
Pour la description du pouls normal et pour l’analyse et la signification des différents détails qu’on observe dans les diverses parties des tracés graphiques du pouls, je renvoie le lecteur aux travaux de mécanique et de physiologie expérimentale dont j’ai donné plus haut*des extraits étendus (voy. le livre de Marey, et les mémoires de MM. Vivenot, Duchek, Rive, Koschlakoff...)
ERREURS PROVENANT DE l’aPPLICATION VICIEUSE DE L’INSTRUMENT
Nécessité de recueillir toutes les observations avec le même sphygmographe. — Il existe quelquefois, avonsnous dit, une grande différence entre les tracés, suivant la variété des instruments, dans un même ouvrage; à plus forte raison, quand il s’agit d’un même malade, il ne faut donner que des tracés recueillis, à l’aide d’un même instrument, faute de quoi l’on s’expose à un défaut d’uniformité regrettable. Les sphygmographes peuvent varier, quant à la longueur du levier et quant à la rapidité de leur course; il en résulte une variation dans les éléments suivants
1° Amplitude des tracés ;
2° Forme des tracés ;
5° Rapport entre la hauteur verticale du tracé et la longueur de l’intervalle entre deux battements.
Nous donnons ici deux tracés recueillis avec deux
H6 COMMENT ON DOITfSE SERVIR DU SPHVGMOGRAPHE.
sphygmographes différents : l’un à course lente, et l’autre à course rapide.
Celui dont la course est lente a l’avantage de donner sur une même bande un beaucoup plus grand nombre de tracés; il a l’inconvénient de les donner moins nets et surtout moins bien détaillés.
Ces deux épreuves sont si différentes, qu’elles ne semblent pas provenir du même malade, et cependant elles ont été recueillies sur la même artère radiale à deux minutes de distance l’une de l’autre. C’est un pouls bigéminé, pris sur une femme en couches. (Voy. le chapitre des Femmes en couches.)
Modification de la forme des tracés par la pression du ressort. Chez une femme de cinquante ans, atteinte d une insuffisance aortique, le pouls, avec une pression faible du ressort, donnait le tracé type de la maladie :
Fig. 30.
APPLICATION VICIEUSE DE L’INSTRUMENT. il7
Une pression exagérée de l’instrument n’en pouvait faire disparaître les caractères essentiels, mais diminuait quelques-uns de ces caractères. (Tracé écrasé.)
Lorsque l’on serre le ressort avec exagération, on déforme le pouls et on lui enlève son caractère principal. En faisant cela, on agit comme un observateur maladroit qui serre l’artère radiale si fort entre ses doigts qu’il cesse d’en sentir les battements ou du moins d’en apprécier la forme.
Exemple : voici deux tracés recueillis chez une femme atteinte de péritonite puerpérale; son pouls était fréquent (152 pulsations) et présentait un dicrotisme très-accusé; l’ondée sanguine était assez forte, et la tension artérielle médiocre. On en jugera par le tracé suivant pris avec le sphygmographe, la pression du ressort étant faible.
Lorsque l’on serrait la vis de façon à comprimer, on
118 COMMENT ON DOIT SE SERVIR DU SPHYGMOGRAPHE. pas une idée juste du pouls tel qu’il existait et tel qu’on le sentait avec les doigts.
Cet inconvénient est plus fâcheux encore, lorsqu’il s’agit d’une maladie du cœur telle que l’insuffisance aortique où la forme du pouls est tout, témoin l’exemple suivant : chez un homme atteint d’insuffisance aortique manifeste, on obtenait avec une faible pression le tracé suivant, qui peut servir de type.
On y reconnaît ce que l’on est convenu, d’appeler le crochet de l’insuffisance
En serrant la vis de pression, on écrasait le pouls et l’on obtenait le trace suivant qui est, au point de vue de la forme, bien moins caractéristique que le précédent
Fig. -55.
Bien que ce fait ait été remarqué, nous n’en doutons pas, par tous les observateurs qui se sont servis longtemps du sphygmographe et qui en ont étudié, avec soin, le mécanisme, cependant, nous pensons qu’il n’est pas inutile de multiplier ici les exemples de cetle déformation par la pression du ressort. On verra mieux ainsi les inconvénients d’une méthode de pression graduée, dont on voudrait tirer des déductions