APPLICATION VICIEUSE DE L’INSTRUMENT
pratique, et qui est une source d’erreurs graves. Nous donnons ici une série de quatre tracés, pris 'sur le même malade, et où l’on voit les effets graduels de la pression du ressort se traduire par des déformations de plus en plus accentuées, à tel point que le dernier tracé ne donne plus aucune idée de la maladie. (Il s’agit d’une insuffisance aortique.).
IFig.^59. — Pression très-forte.
Les deux tracés suivants, recueillis sur le même malade à trois minutes d’intervalle, montrent tracé peut être déformé par la pression du ressort. Il
120 COMMENT ON DOIT SE SERVIR DU SPHYGMOGRAPIIE. s’agit d’un malade convalescent d’un rhumatisme articulaire.
Fig. 40. — Pression faible.'
Fig. 41. — Pression forte.
Ces exemples montrent tout ce que contient d’erreurs un mauvais maniement de l’instrument; le vrai critérium, le seul moyen d’obtenir un tracé sincère, c’est de faire varier la pression jusqu’à ce que l’on ait le maximum du pouls. Il peut se faire qu’on doive prendre plusieurs tracés successifs pour avoir toute la vérité; il faut agir comme le micrographe, quand il fait varier la distance focale en tournant ou en détournant la vis.
La pression plus ou moins forte du ressort influe sur la forme totale du pouls; elle ne produit pas seulement un écrasement du tracé, une diminution d’amplitude, un aplatissement du sommet ou une ligne d’ascension interrompue, mais elle agit aussi sur la ligne de descente et sur la forme de l’ondée de retour (dicrotisme). Ainsi, dans les deux tracés qui suivent, on reconnaît une différence notable, bien qu’ils aient
APPLICATION VICIEUSE UE L’iNSTHLT.EM. 121
été recueillis sur le même malade, dans la même séance.
Le premier tracé est recueilli alors que la vis de pression était très-serrée; on y voit la ligne d’ascension déformée, surtout vers le sommet, et la ligne de descente également ; diminuée, de sorte qu’elle ne tombe plus au-dessous de la ligne moyenne, représentée par le point Ou la ligne d’ascension qui suit prend naissance. Il résulte de là une sorte de dierotisme faible èt médian.
Fig. 42.
En desserrant la vis, on obtenait la seconde figure par laquelle on verra facilement les défauts existant dans le premier tracé.
WiAA/W
•Fig. 43.
Le ressort ne s’applique pas toujours avec la même exactitude sur l’artère ; l’artère est plus ou moins flottante, plus ou moins adossée au plan osseux du radius, sans qu’il y ait un point de repère fixe, puisque le lieu d’élection varie d’un homme à l’autre et est plus ou moins rapproché du poignet, plus ou moins placé en dedans ou en dehors, plus ou ipoins voisin
du tendon du long fléchisseur du pouce. On n’arrive donc qu’empiriquement et à l’aide de tâtonnements à reconnaître le lieu où il convient le mieux d’appliquer le ressort sur l’artère.
Quelquefois il faut faire subir à l’instrument un mouvement d’avant en arrière ou d’arrière en avant pour le rapprocher ou l’éloignef du poignet, ou bien un mouvement de translation latérale, soit en dehors, soit en dedans ; quelquefois le placer obliquement par rapport au bras, de sorte qu’il fasse avec celui-ci un certain angle : sur le côté ou bien encore lui donner une direction différente de celle de l’axe de l’âvantbras. En un mot, il faut accorder l’instrument, nonseulement quant à la pression du ressort, mais encore quant à sa disposition par rapport au volume, à'-la* forme, à l’embonpoint, à la résistance des tissus et au siège de l’artère.
Yoici deux tracés obtenus sur le même sujet (insuffisance mitrale) qui diffèrent notablement l’un de l’autre, quant à l’amplitude et quant à la netteté. Ce n’est pas là seulement une question de métier, d’art, si l’on veut, c’est bien plus une question de rigueur scientifique; un bon tracé donne une idée vraie et avantageuse de la méthode et fournit des indications utiles, tandis qu’un mauvais tracé compromet , non-seulement le mérite pratique de l’observateur, mais la valeur de la méthode elle-même. C’est ainsi que des auteurs inexpérimentés et pressés de produire des observations, avant d’avoir suffisamment étudié, ont déjà encombré les recueils scientifiques de mauvaises