‹ Études de médecine clinique faites avec l'aide de la méthode graphique et des appareils enregistreursChapitre 54 sur 101 · CHOLÉRA · texte numérisé non relu

CHOLÉRA

.■irrégulière, que l’ordre de ces oscillations y est souvent troublé : à peine peut-on compter en trouver vestige à la période algide; mais sitôt que se montre une tendance à un retour vers l’état normal, ou un mouvement réactionnel, alors on voit apparaître ces oscillations.

La connaissance de cet ordre de faits est d’une réelle importance, quand on veut apprécier sainement la valeur des changements survenus du matin au soir dans les signes objectifs que présente une maladie. Il faut connaître et les oscillations qui se font à l’état physiologique, et les limites dans lesquelles doit légitimement se faire i’oscillation diurne dans telle ou telle maladie arrivée à certaine période. Quelques praticiens, peu habitués à voir leurs malades deux fois par jour, sont surpris de trouver, le soir, une augmentation de chaleur et de circulation, qu’ils appellent à tort aggravation, et contre laquelle ils sont quelquefois tentés de faire une intervention thérapeutique; il a pu arriver que cette recrudescence légitime du soir fût traitée d’intermittence morbide. Il v a, comme on le voit, intérêt à étudier cette question.

Dans le choléra» alors que cette maladie marche vers une solution heureuse, l’ataxie est moindre et le pouls marque des oscillations diurnes trèsnettes^).

(1 ) M. le docteur J. Besnier a donné d’excellents tracés graphiques du pouls recueillis chez les cholériques, et; distingué les formes nerveuses, asphyxique, asyslohque, typhique (Arch. gén-de méd., septembre et octobre 1866, et thèse inaugurale. Paris 1867).

La fréquence du pouls étant un élément variable et trompeur dans le choléra, il faut apprécier non pas seulement la fréquence , mais encore la forme du pouls ; c’est ce que le sphygmographe permet de faire facilement. Voici un tracé du matin et un tracé du soir, pris sur un malade le même jour. Les températures étaient, le matin :

Rectum. . . . ... . . . . . ... . . 37°.0

Aisselle. . ... 35°.8.

Bouche. ... 56°,6

Le pouls avait une fréquence modérée et une ampleur suffisante.

Fig. 127. —Pouls du matin.

Le soir, lés températures étaient un peu plus élevées.

Rectum. . . . . . . . . o7°,4

Aisselle. . . 56°,2

Bouche. ......... . ; 3(5°,8

Et le pouls avait un peu plus de fréquence et d’ampleur.

Autre exemple : un malade, sorti de la période algide et entré depuis trente-six heures dans la période

de réaction, présentait les températures suivantes, le 18 août 1866, à neuf heures du matin :

Rectum. . ..38°,8

;; ' Aisselle. .. . ... ., . . . . . . 38°,2

Bouche. . . . , . .. ; . 38°,2

Voici le tracé de son pouls pris au même moment

Fig. 129. — Pouls du matin.

! A la visité du soir (o heures), nous trouvions les températures plus élevées :

Rectum. . . ... . . ; . : . . 59%8 Aisselle. ..... . . . . . . . 38°,6 Bouche. ... . 58° A

Et le pouls modifié dans sa fréquence, qui était accrue de 10 pulsations, et dans sa forme (dicrotisme).

• Fig. 130. — Pouls du soir.

Rhumatisme articulaire aigu. — L’étude du pouls dans cette maladie offre un intérêt particulier, en raison de l’atteinte portée au cœur par le rhumatisme. On s’attend à trouver dans le cours de cette maladie, des désordres notables de la circulation. Il faut bien le dire,celte attente est trompée Te plus souvent, attendu que les endocardites rhumatismales sont souvent légères et passagères. Celles qui persistent ne

donnent lieu quelquefois que beaucoup plus tard à des troubles circulatoires.

La péricardite altère si peu le pouls dans l’immense majorité des cas que le sphvgmographe n’est habituellement d’aucune .utilité dans le diagnostic de cette maladie.

Fig, 131. — Pouls de péricardite.

Dans le cours du rhumatisme articulaire aigu , le pouls est surtout remarquable par son extrême amplitude et parle crochet dû à la brusque-contraction du ventricule, principalement lorsque la fluxion rhumatismale s’est portée sur le cœur, ainsi que le montrent les tracés 132 et 135 :

Fig. 133.

Le dicrotlsnie y est souvent très-accusé. Dans la cou-

valescence, le pouls devient lent et tricrote ou polycrote, tout en conservant son amplitude.

Fig. 134. — Convalescence.

Les trois tracés qui précèdent ont été recueillis, pendant le cours d’un rhumatisme articulaire aigu, chez le même malade.

Voici un pouls pris sur un autre rhumatisant et qui peut servir de type de pouls fébrile offrant les quatre caractères suivants :

ï° Assez grande fréquence;

2° Grande amplitude et sommet aigu;

5° Montée verticale très-marquée;

4° Dicrotisme très-accusé.

Fig. 135. — Pouls ample des rhumatisants.

Ce malade était âge de 54 ans.

Sur un autre malade âgé de 55 ans, au vingtième jour d’un rhumatisme articulaire aigu avec fluxion

174 LE POULS DANS CERTAINES MALADIES AIGUËS, cardiaque, nous avons recueilli le tracé suivant, qui est comme la reproduction exacte du précédent.

Fig. 436. -T- Pouls ample des rhumatisants.

On peut admettre, pour expliquer l’extrême amplitude de ces pouls, une tension très-faible en rapport avec les sueurs prof uses de rhumatisants ; mais il n’en faut pas moins admettre ici l’action directe du cœur, atteint par le rhumatisme et doué d’une énergie spéciale par l’état morbide dont il est directement affecté.

Peut-être l’extrême acuité du sommet, la brusque descente sont-elles une preuve suffisante delà grande perméabilité du système capillaire, ainsi qu’on peut le supposer d’après l’état de la peau, chez les rhumatisants ; en effet, si nous prenons par comparaison un pouls d’anémie pure avec fièvre, c’est-à-dire de trèsfaible tension, mais avec un état autre des capillaires, nous trouvons un tracé analogue, quant au dicrotisme, quant à la fréquence et quant à l’ampleur, mais très-dif-

fërent quant au sommet qui est beaucoup moins aigu. (Purpura hemorrhagica chez un homme âgé de 31 ans.)

Le cœurparticipe fréquemment au rhumatisme ainsi queBouillaud nous l’a appris (l),etle pouls s’en ressent naturellement. Chez un homme de 34 ans, entré à l’hôpital, le 15 mars 1869, pour un rhumatisme articulaire aigu généralisé, la plupart des séreuses furent atteintes successivement : articulations, plèvres, péricarde et peut-être l’endocarde lui-même ; il y eut des accidents cérébraux qui montrèrent que les méninges- avaient eu leur part du rhumatisme. Les signes physiques de la péricardite étaient positifs (frottements). Le pouls n’accusait pas cette lésion du péricarde ; car, au moment où elle était le plus marquée, il ne présentait que la forme banale de la fièvre (fréquence et dicrotisme). Il n’est pas possible, en voyant ce tracé de pouls, de dire à quelle affection particulière il appartient (fièvre ou phlegmasie).

Fig. 158. — Pouls de péricardite.

Cependant vers les derniers temps de la maladie, au moment de la convalescence, alors que tout bruit anomal du cœur avait disparu, le pouls présenta des irrégularités très-remarquables : il avait des intermit-

(1) Bouillaud, Traité clinique des maladies du cœur, 1841. — Traité clinique du rhumatisme articulaire, 1840.

tences survenant tantôt après deux battements, tantôt après trois battements.

Fig. 140, — Type à trois battements.

Pendant la convalescence définitive, le pouls devint lent et polycrote, comme c’est l’habitude.

Fig. 141. — Pouls de la convalescence.

Méningite rhumatismale ; irrégularité du pouls comme élément de diagnostic. — Dans la pratique, il importe de reconnaître les premiers signes d’un état cérébral grave dans le rhumatisme articulaire aigu. Quelquefois, il y a un délire peu apparent ou intermittent, qui peut passer inaperçu. Si le pouls présente de l’irrégularité et des intermittences, il faut-s’arrêter à ce signe important et penser à un rhumatisme cérébral. C’est ce qui arriva dans le cas suivant : une femme de 26 ans, entrée, à ..Y hôpital SainUàntoine pour un rhumatisme articulaire aigu, fut examinée avec le thermomètre et avec le sphygmographe, pendant toute la durée de sa maladie. L’irrégularité du pouls se montra, pour la première fois un matin, et les tracés sphygmo-

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