CHAPITRE VII
LE POULS DANS DIVERSES MALADIES DES ENVELOPPES DU CERVEAU . v OU DU CERVEAU LUI-MÊME
Il ne faut donc négliger aucun moyen, si accessoire qu’il paraisse, de déterminer les caractères positifs de cette maladie. Parmi les moyens de cette catégorie, l’examen du pouls et la thermométrie, surtout employés en même temps, sont aptes à donner des renseignements précieux.
Si l’on rencontre, chez un malade de cette espèce, un désaccord exc essif entre le chiffre du pouls et celui de la température, si le pouls est très-mobile, parfois lent en deçà même de la limite physiologique, tandis que la température est très-élevée, on peut de ce seul désaccord tirer des conclusions importantes en faveur de l’idée d’une méningite.
Par exemple, chez le malade dont nous rapportons ici l’observation, le pouis battait tantôt 46 fois, tantôt 72 fois, la température étant très-élevée (environ 40“ dans le rectum).
Ce n’est d’ailleurs pas seulemeut le chiffre du pouls, c’est encore sa régularité dans le rhvthme qui importe. Chez ce malade,le pouls présentait des intermittences réelles consistant en un complet avortement d’une systole cardiaque. Ce signe est sans doute perceptible à la main de l’observateur, mais il est rendu bien plus sensible encore par le tracé sphygmographique.
Un autre caractère, et que donne seul l’instrument enregistreur, c’est la forme physiologique des battements du pouls, et l’absence de l’amplitudé et du dicrotisme, signes qui permettent de reconnaître que l’on n’a point affaire à une fièvre typhoïde.
On verra la preuve de cette .assertion, eu.regardant
les deux tracés qui suivent et qui ont été recueillis chez le malade dont nous parlons, lequel était atteint d’une méningite aiguë à laquelle il a succombé, et qui a été vérifiée par l’autopsie.
Fig. 25R. — Pouls irrégulier.
Fig. 239. — Fréquence, sans dicrotisme franc..
11 est important, dans ces cas, de prolonger l’examen du pouls afin d’en saisir les intermittences qui sont quelquefois très-espacées. Le sphygmographe à enregistrement prolongé serait utile pour cela.
La série qui suit a été prise sur un homme dé 34 ans, qui a succombé à une méningite aiguë confirmée par 1 autopsie. On y voit les variations du pouls qui est tantôt lent, tantôt rapide, jamais dicrote.
Le premier tracé montre ce qui suit : le pouls est lent, de forme physiologique et ne rappelle en rien les affections fébriles. Il n’offre point d’intermittences, mais des inégalités dans la longueur, dans la durée des pulsatiops, fait qui apparaît assez nettement sûr le tracé et qui aurait pu passer inaperçu sous le doigt de l’observateur,
Absence de dicrotisme. Irrégularité.
Fig. 241. — Pouls fréquent et peu dicrote.
Le troisième et le quatrième tracé montrent la tilesse du pouls et l’angoisse respiratoire.
respiratoire.
Fig. 243. — Angoisse respiratoire. Agonie.
Quelquefois on peut ne percevoir d’autre déformation du pouls que celle qui résulte du soubresaut des tendons. Ce signe n’est pas dépourvu de toute valeur, surtout lorsqu’il se rencontre avec un pouls qui n’a point d’apparence fébrile et qui ne peut pas être confondu avec celui de la fièvre typhoïde, ainsi que cela se voit sur ce tracé recueilli chez un homme de 28 ans atteint de méningite tuberculeuse.
Le deuxième tracé montre, au contraire, un pouls fréquent (toujours sans dicrotisme marqué) : on y voit accusés quelques soubresauts des tendons.
Fig. 244. — Soubresaut des'tendons.
Fièvre typhoïde, méningite. — Chez;un jeune homme âgé de 16 ans et qui était traité dans mes salles pour une fièvre typhoïde, il se produisit vers la quatrième semaine (octobre 1869) des phénomènes qui firent craindre une méningite. Le pouls, qui jusqu’alors était fréquent mais régulier, devint irrégulier, donnant à la main une sensation un peu confuse. Le sphygmographe leva les doutes.
Fig. 245. — Tracé avant la méningite.
Fig. 246. — Tracé de la méningite.
C’est, comme ori peut le voir, un pouls intermittent à type géminé, dans lequel chaque troisième systole cardiaque avorte. L’autopsie confirma le diagnostic.
L’inégalité des pulsations avec un pouls lent, dans le cours d’une maladie aiguë, marque l’âffecdon cérébrale.
Chez un malade atteint d’une variole, au quatrième jour de l’éruption, la fièvre tombe tout d’un coup et est remplacée par son équivalent, le délire (manie et hallucinations); le pouls devient inégal.
!47i Délire^-chez un varioléüx*.
Siredey. — Sur un nouveau caractère du pouls dans la méningite (i).
Dans quelques cas de méningite cérébrale bu spinale d’un diagnostic difficile, obscur au début, pour lesquels il était presque impossible de se prononcer en faveur de la méningite plutôt que pour la fièvre typhoïde, M. Siredey, étudiant au sphygmographe les caractères.du pouls, a trouvé des tracés qui, par leur forme spéciale et insolite, par des particularités non décrites et encore inexpliquées, l’ont une première fois étonné, puis l’ont plus tard guidé presque avec certitude et lui ont permis d’établir d’emblée le diagnostic méningite malgré le vague des premiers signes.de cette grave affection.
L’instrument de Marey, appliqué dans ces circonstances, a donc donné des tracés qui ne ressemblent en rien à ceux qui se rencontrent dans là fièvre typhoïde. U y a absence totale de dicrotisme, qu’accuse en général une sorte de pulsation avortée au milieu de la ligne de descente, dans le pouls de la fièvre typhoïde. Dans la méningite, M. Siredey a trouvé un tracé qui se distingue par une irrégularité de la ligné de descente à son origine avec de fines ondulations formant des dentelures qui disparaissent à peu près à l’union du premier avec le second tiers de cette ligne de descente. A partir de ce point, elle prend un trajet rectiligne jusqu’à la ligne verticale suivante.
M. Siredey est en droit d’être affirmatif autant qu’on peut l’être en pathologie, et de témoigner de la valeur du signe qu’il indique, car il a pu vérifier, chaque fois à l’autopsie, l’exactitude du diagnostic porté, et l’absence, de lésions de la . circulation cardiaque ou vasculaire pouvant être invoquées pour l’explication de son tracé.
En terminant, l’auteur se demande; si ce caractère du pouls serait constant dans la méningite ; si cette maladie aurait, par exemple, son pouls particulier comme l'intoxication saturnine. Il n’ose l’affirmer, le nombre de ses'Observations" étant trop restreint, mais il fait appel au contrôle et aux recherches de ses confrères. On conçoit toute l’importance qu’aurait ce caractère
(1) Siredey, Société médicale des hôjnlAUx de Paris, 10 juin 1868.
du pouls s'il était constant, car il éluderait beaucoup des difficultés du diagnostic de la méningite, et en permettant de la reconnaître tout à fait à son début, il engagerait à une thérapeutique active qui pourrait être suivie de succès.
M. Siredey eût désiré, pendant un intérim dont il fut chargé à l’hôpital Sainte-Eugénie, poursuivre ses recherches chez les enfants atteints de méningite: Malheureusement le sphygmographe, disposé pour l’adulte, est inapplicable chez les enfants, et malgré des tentatives multipliées, il n’a pu obtenir un seul tracé. 11 y aurait là à introduire un léger perfectionnement à l’instrument, et M. Marey arrivera facilement à résoudre cette petite difficulté.
Ataxie. —- Le pouls peut dénoncer un état cérébral dans le cours d’une maladie : l’intermittence en est le caractère le plus habituel. Le délire avec hallucinations, la méningite, l’état ataxo-adynamique des lièvres se traduisent par l’irrégularité du pouls. Ce signe perçu par un doigt exercé devient bien plus apparent par le trîTce sphÿgmographique. Au point de vue du pronostic, ce signe a une certaine importance. Cette irrégularité doit être analysée ; elle n’a pas toujours la même forme. Elle peut consister dans des alternatives de fréquence et de lenteur • elle peut atteindre le rhythmè même du cœur et donner lieu à des intermittences régulières ou irrégulières ; enfin elle peut consister dans des systoles avortées, imparfaites ou supprimées. Dans le traeé qui suit et qui a été recueilli sur un jeune homme de 18 ans au quatorzième jour d’une fièvre typhoïde ataxo-adynamique, on voit ces deux types d’intermittence :
1° Systole avortée ;
2° Systole supprimée.