ARTÈRE PULMONAIRE
Le malade se trouvant mieux quitta l'hôpital eu février 1861. Nous le vîmes revenir dans l'hiver de 1862, se plaignant encore d'oppression et de palpitations de cœur. Il avait les pieds œdématiés ; son état était très-empiré. Cependant le tracé sphygmographique n'était aucunement modifié. Il en était de môme en partie pour les signes fournis par l'auscultation. Le bruit de soufflet systolique existait toujours, mais il était plus étendu ; on l'entendait du côté gauche du cou jusqu'au sternum, de la base jusqu'au cartilage de la quatrième côte, mais plus clairement du côté droit. On n'entendait pas de souffle diastolique. On remarquait seulement que la veine jugulaire externe avait des pulsations très-apparentes. Le cas parut pourtant extraordinaire, car les phénomènes observés ne s'expliquaient pas par une lésion du cœur gauche. On supposa dès lorsque le cœur droit ou bien l'artère pulmonaire, devaient être le siège d'une lésion.... Ce diagnostic se fondait sur les raisons suivantes :
1° Que les troubles de la grande circulation n'étaient pas de nature a pouvoir expliquer l'œdème des pieds, l'essoufflement et l'oppression ;
2U Que le bruit anomal perçu au-devant du cœur, était également fort au milieu du sternum et à gauche, particulièrement à la hauteur de la quatrième côte, et qu'il pouvait être produit par un état anomal de l'orifice veineux ou artériel du cœur droit.
Cet homme vit son état s'améliorer et partit de nouveau, pour revenir dans l'année 1864, ayant les jambes enflées, de l'ascite, etc. Mêmes signes. 11 mourut et l'autopsie fut faite le. 50 septembre, deux heures après la mort.
Poitrine : les poumons recouvrent à peine le cœur, qui est trèshypertrophié. Sa largeur est de une fois et demie celle de la paume de la main. La plèvre pulmonaire adhère à la costale à droite, et de même adhérence du péricarde, au poumon gauche. Le cœur a changé notablement de position ; la pointe est tout à l'ait à gauche, et les cavités droites reposent à plat sur le diaphragme ; elles sont très-hypertrophiées. Dans la branche droite de l'artère pulmonaire se trouve un vaste bouchon ancien et décoloré, adhérent à la paroi du vaisseau et mêlé à un peu de sang. Ce bouchon s'est arrêté juste sur l'éperon, à la subdivision de l'artère en deux branches. Du reste, le tronc artériel est vide, mais
510 MALADIES 1>U CŒUli.
présente de petites taches blanchâtres. La branche gauche est fortement dilatée. Les branches de second et de troisième ordre dans les poumons présentent de nombreuses taches blanchâtres. Le ventricule gauche est dilaté. L'aorte est athéromaleuse au-dessus des valvules sigmoïdes, lesquelles sont saines. Le péricarde adhère fortement au cœur; foie cirrhotique.
Nous terminerons ici ce qui a rapport au diagnostic ties maladies organiques du cœur et des vaisseaux.
Nous ajouterons seulement, à titre d'appendice, quelques mots sur l'endocardite aiguë, renvoyant au surplus le lecteur au chapitre du rhumatisme articulaire aigu, pages 172, 174, 175, où nous avons place quelques exemples se rapportant à ce sujet (fig. 151, 152, 153, 156, 158).
Endocardite aiguë. — L'endocardite rhumatismale se reconnaît très-bien à l'auscultation, et sous ce rapport la médecine est pourvue . sans doute de moyens d'observation excellents. Cependant il peut se faire que l'auscultation ne puisse avoir lieu par suite de circonstances tenant soit au malade, et à la disposition des objets qui l'entourent ou le couvrent, soit au médecin lui-même. En admettant que ces circonstances n'existent pas, il est bon de trouver néanmoins un autre signe fourni par le pouls et qui donne lieu de penser que l'endocardite existe. Or ce cas se présente quelquefois.
Un malade âgé de 21 ans est entré à l'hôpital Saint- Antoine le 51 mai pour un rhumatisme articulaire aigu. Le lor juin, on prit le tracé de son pouls; il n'y
ENDOCARDITE AICUË. 317 avait alors pas de signes d'endocardite à l'auscultation, et le pouls régulier était seulement fréquent et légèrement dicrote.
Fig. 429.
Le 2 juin le pouls commençait à montrer une certaine inégalité, mais le cœur ne faisait entendre encore qu'un bruit anomal peu caractéristique, sorte de souffle voilé. Le lendemain, 5 juin, le pouls avait pris le caractère suivant : il était inégal quant à la durée de la diastole du cœur et la montée verticale élait plus brusque et plus élevée.
Fig. 430.
On voit nettement sur ce tracé un signe qui ollrc quelque intérêt au point de vue de l'analyse mécanique du pouls ; c'est que lorsque la diastole du cœur se prolonge, l'artère se vide plus complètement, d'où résultent deux choses:
1° Que la ligne de descente se prolonge beaucoup plus en bas ;
. 2° Que la ligne d'ascension qui suit, ayant plus de chemin à parcourir, est nécessairement plus longue.
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