‹ Études de médecine clinique faites avec l’aide de la méthode graphique et des appareils enregistreurs; Le pouls, ses variations et ses formes diverses dans les maladiesChapitre 88 sur 117 · INSUFFISANCE AORTIQUE ET MALADIES DE L'AORTE · texte numérisé non relu

INSUFFISANCE AORTIQUE ET MALADIES DE L'AORTE

Il faut bien le dire, du reste, sous le nom d'insuffisance aortique, on décrit souvent des affections dans lesquelles la maladie de l'aorte prédomine et est vraiment l'élément principal; ce qui explique pourquoi nous reconnaissons des caractères identiques au pouls de la vieillesse, de l'athérome aortique et de la maladie prof-rement appelée insuffisance aortique. Les réflexions qui précèdent s'appliquent également à ces trois ordres de lésions, lesquelles peuvent d'ailleurs se trouver toutes les trois sur le môme sujet.

Certains autres éléments accessoires peuvent se rencontrer également dans ces trois variétés ; par exemple, la modification du pouls par l'élévation du bras ; il en est de même de l'irrégularité des battements et des convulsions ou mouvements ataxiques du cœur consistant dans des systoles inégales ou avortées, des intermittences ou du rhythme géminé et trigéminé. Pour connaître la question sous toutes ses faces et éliminer les causes d'erreur, il faut avoir longuement étudié et; recueilli un Irès-^rand nombre de tracés.

On verra par les exemples qui suivent que l'insufsance aortique comporte de grandes variations dans le type du pouls, non-seulement d'un sujet à l'autre, mais chez le même sujet. Ces variations pourraient dérouter des observateurs qui attacheraient une trop grande importance à cerlains caractères variables lels que :

1° La hauteur du tracé ;

±' La forme du sommet ;

5° La nature des irrégularités.

Sur un homme de 57 ans, atteint d'une insuffisance nortique avec palpitations ; le pouls présentait plusieurs types fort différents en apparence :

1" Le type banal eonsistant en une grande amplitude avec montée verticale, sommet formant pointe, plateau de petite dimension, descente oblique ;

Fig. 536. — Premier type.

2° Lorsque l'instrument était trop serré et la pression du ressort exagérée, la forme changeait, la hauteur du tracé était moindre, l'action de la force vive ne se faisait plus autant sentir, le crochet était différent, le plateau était arrondi et formait le sommet du tracé;

Fig. 537. — Forte pression du ressort.

5° Dans un autre moment, c'était l'amplitude qui dominait et le plateau était moins visible;

Fig. 558. — Même malade. Autre type

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1° En lï 11 on observait des palpitations avec le type géminé.

Fig. 359.

Ces palpitations, d'un caractère spécial, devaient être, ici, rapportées à Faction de la digitale.

Diverses circonstances dont on peut quelquefois se rendre compte exercent une influence sur la forme des tracés.

l u homme âgé de 65 ans, hôte habituel des hôpitaux, présentait une insuffisance aortique caractérisée, à l'auscultation, par un double souffle à la base du cœur. Le deuxième souffle, plus fort que le premier, s'entendait au niveau du sternum, et même à droite, il n'y avait pas d'autre trouble fonctionnel que des palpitations assez rares, des congestions passagères du foie, des hémorrhagies hémorrhoïdales et des épistaxis fréquentes. Grâce à l'immobilité et à un régime très-doux, cet homme vivait, d'une vie à la vérité mé diocre, mais exempte de graves accidents, depuis plusieurs années. On ne remontait pas à l'origine de sa maladie. 11 succomba une année après les observations dont.il est ici question; on trouva le cœur hypertrophié, les valvules de l'aorte indurées, de façon qu'elles étaient insuffisantes, et l'aorte tout à fait altérée, crétacée, dilatée, etc. Le pouls offrait au doigt la sensa-

LoRAIN. — PoUlS. i»

lion bien connue dont nous avons parlé plus haut; le tracé sphygmographique était un type et comme un modèle parfait de celle espèce de lésion circulatoire.

Fig. 340.

Dans les moments de trouble, quand le cœur était ataxique et que les convulsions cardiaques survenaient, le tracé offrait une déformation qui en rendait moins nets les caractères spécifiques.

Fig 54t.

En élevant le bras, on sentait au doigt la brusquerie de l'ondée sanguine accrue par cette posture, et, en ramenant le bras à la position horizontale, on percevait, des différences notables dans la brusquerie du choc et dans l'amplitude du pouls.

Le tracé du bras levé montre une excessive aniplilude due à ta vacuité absolue de l'artère, c'est-àdire à l'absence de toute tension; aussi le tracé v acquiert-il loule l'amplitude possible; avec le bras horizontal, on ramène une certaine tension et on di-

INSUFFISANCE AORTIQUE ET MALVDIKS DE L'AORTE. 259 mînuè l'amplitude ainsi que l'action delà force vive.

flras vertir.il. Bras horizontal.

Fig. 542.

En réalilé ce pouls si singulier que l'on obtient par le bras levé n'est que l'exagération de l'état ordinaire, et il peut même arriver que le bras horizontal donne un pouls qui atteigne la limite extrême de son type, et soit en tout sembla ble à celui qu'on obtient en levant le bras. Il en était ainsi chez notre malade, lorsqu'il avait eu des hémorrhagies qui avaient diminué la tension artérielle, ainsi que le montrent les deux tracés qui suivent :

Fig. 343. — liras horizontal.

Fig. 344. — Bras horizontal.

L'observation qui suit est analogue à la précédente; elle montre trois choses principales :

1° Que le pouls est variable d'un jour à l'autre, quant à l'intensité de ses signes caractéristiques, et qu'il est par conséquent nécessaire de ne pas s'en rapportera un seul tracé, mais de suivre le malade et de l'observer plusieurs fois; ainsi les deux premiers tracés, quoique offrant déjà des caractères d'une certaine importance pour un œil exercé, peuvent être considérés comme de faibles spécimens du type;

Fig. 345.

Fi g. 546.

' "2° Que le pouls recueilli sur le bras levé verticalement donne \o maximun du type (I);

Fi'g .Vn. — i^as levé.

(1) Nous avons montré plus haut (p. 137) que cette méthode (l'élévation du liras) amplifiait le pouls non-seulement dans les cas d'insuffisance aortique, ce qui était connu, mais dans heauroup d'autres cas, et qu'on pouvait, en quelque sorte, en généraliser l'emploi.

INSUFFISANCE PORTIQUE ET MALADIES DE L'AORTE. 26J ">" Que ce même maximum peut être obtenu à certains moments avec le bras horizontal.

Fig. 5i«. — Bras horizontal.

Le sphyginographe ne peut pas toujours rendre ayec exactitude La sensation ressentie par le doigt placé sur l'artère, en ce qui concerne le degré d'amplitude du pouls.

Le tracé sphygmographique permet, par contre, d'analyser les moindres et les plus fins détails du pouls, ce que ne peut l'aire le doigt ; mais la pression de l'instrument vient-elle à écraser ou seulement à gêner l'expansion de l'artère : le tracé cesse d'être vrai, il est déformé; c'est ce qui arrive quelquefois lorsqu'on veut obtenir le tracé du pouls sur le bras levé verticalement. Il peut se faire que les difficultés d'adaptation de l'instrument soient telles, qu'on ne puisse le mettre au point et qu'il faille ainsi renoncer à obtenir le tracé vrai. Tel était le cas chez un homme de 59 ans atteint d'insuffisance aortique. Chez ce malade, les tracés recueillis sur le bras horizontal étaient très-caractéristiques, tandis que le tracé recueilli verticalement ne donnait pas une idée vraie du pouls :

Fig. 3'*U. — Premier tracé : bras horizontal.

Le second tracé est encore plus caractéristique ; on y voit, en outre, des palpitations :

Fig. 350. — Deuxième tracé : bras horizontal.

Fig. 551. — Troisième tracé : bras levé.

La même observation s'applique aux deux tracés suivants recueillis sur un homme de 42 ans, atteint d'affection aortique (athérome). Le pouls pris sur le bras

Fig. 552. — Bras horizontal.

Fig. 353 — Bras levé.

horizontal est caractéristique, il a toute son amplitude, lorsque l'instrument est bien appliqué et que la pression est mise au point, tandis que le tracé est déformé

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