ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Aucune nécropsie n'ayant été faite en ville, et les notes qui m'ont été transmises des divers points du département oii le choléra s'est montré, ne donnant aucun détail sur l'anatomie pathologique de cette affection, je me trouve réduit à mes re-
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cherches personnelles faites à l'hôpital Saint- André. Voici ce qu'elles m'ont présenté de plus saillant.
Habitude extérieure. — Amaigrissement notable de tout le corps, mais plus particulièrement de la face. Coloration bleuâtre des téguments qui avoisinent les yeux, les lèvres, les ongles, et de ceux qui recouvrent les avant-bras, les pieds et les mains. Froncement et flétrissure de la peau des extrémités supérieures et inférieures. Rigidité musculaire considérable. Rétraction des doigts des pieds et des mains.
Cerveau. — Arachnoïde et pie-mère fortement injectées. Quelquefois un peu d'infiltration sousarachnoïdienne ; engorgement par un sang noirâtre des vaisseaux qui rampent à la surface du cerveau. Substance cérébrale très -injectée et offrant un piqueté rouge assez prononcé. A chaque section, il s'écoule un peu de liquide sanguinolent. Point de fluide dans les ventricules. Rien de particulier dans le cervelet, le mésocéphale et le bulbe rachidien. Sinus de la dure-mère distendus par un sang noirâtre.
Thorax. — Engorgement considérable des poumons. Teinte très-foncée et ramollissement du tissu pulmonaire. Coloration rougeâtre et trèsprononcée de la muqueuse bronchique.
Volume normal du cœur ; teinte violacée de sa
membrane interne ; dilatation de ses cavités droites par un sang noir, poisseux, et pris en caillots peu consistants.
Abdomen. — Traces de phlogose sur la muqueuse gastrique ; rougeur par plaques ; marbrures ; parfois des ecchymoses et des points de ramollissement ; follicules gastriques presque toujours développés.
Injection de la muqueuse intestinale; granulations très-évidentes et très-sensibles au toucher, ayant pour siège la dernière portion de l'intestin grêle.
Calibre du tube digestif parfois rétréci.
Engorgement du foie et de la rate par un sang épais et noirâtre.
Teinte très-foncée des reins, dont le tissu est exempt d'altération.
Rétraction de la vessie, qui ne contient jamais une goutte d'urine.
ÏRAITEMENT.
Le choléra asiatique est-il incurable? Cette opinion est tellement accréditée, même dans le monde médical, que l'on ne peut annoncer la guérison d'un cholérique sans qu'on ne vous réponde
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immédiatement : « Ce n'était ims sans doute le choléra véritable. »
C'est là une erreur qu'il me paraît nécessaire de combattre , dans le double intérêt de la science et de l'humanité.
Il est probable qu'en France, ce cruel liéau n'est pas aussi terrible que dans les contrées où il prend naissance, et que le caractère moins pernicieux de la maladie est pour quelque chose dans la réussite de nos médications ; mais, comme nous ne pouvons apprécier la nature du choléra que par rapport à ce qui se passe chez nous, n'hésitons pas à déclarer que , malgré toute la gravité de cette affreuse maladie, malgré son invasion trop souvent foudroyante , malgré sa marche rapide , ce serait rester au-dessous de la vérité que de ne pas évaluer les guérisons obtenues à la moitié des malades atteints. Toutefois, il faut établir une balance entre les cas toujours plus graves du début, et ceux toujours moins sérieux de la fin des épidémies.
Se laisser aller au découragement, serait donc aussi regrettable que peu fondé, et puisque nous sommes assez heureux pour pouvoir enregistrer un certain nombre de succès, il est essentiel de rechercher quelles sont les méthodes de traitement qu'on a mises en usage pour les obtenir.