TRAITEMENT HYGIÉNIQUE ET PRÉSERVATIF
Ce traitement se résume dans les conseils suivants, adressés officiellement aux populations et répétés individuellement par chaque médecin :
1° Éviter les excès de tout genre, surtout l'intempérance et l'abus des boissons alcooliques;
2° Ne rien changer à son régime habituel, à moins qu'il ne soit malsain ou trop excitant;
3" Se priver d'aliments indigestes ; ne manger que des fruits très-mûrs et en petite quantité ;
4° S'abstenir de boissons trop abondantes et surtout glacées ;
5° Se prémunir avec grand soin contre l'humidité et contre les changements brusques de température ; faire usage, dans ce but, de gilets et de ceintures de flanelle;
6° Enfin, dès l'apparition du moindre dérangement, cesser ses travaux ou ses affaires et se mettre au régime le plus simple possible.
TRAITEMENT GURATIF.
Première période (cholèrine). Diète , eau de riz, bains tièdes, cataplasmes sur l'abdomen, lavements amidonnés et laudanisés, potions calmantes , sinapismes aux extrémités ; frictions sur les membres avec un liniment opiacé.
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Le tartre stibié à dose vomitive et plus particulièrement l'ipéca, ainsi que les purgatifs salins, ont été, parait-il, employés avec succès chez certains malades; dans d'autres cas, on a cru devoir leur préférer les astringents.
Quelques rares saignées du bras ont été pratiquées à des sujets très-pléthoriques; cependant, les émissions sanguines locales , surtout à l'épigastre, ont paru généralement plus efficaces.
Mais, de tous les médicaments employés dans cette période, l'opium, porté à des doses assez élevées (10, 15 et 20 centigrammes), est celui qui a produit les plus heureux résultats, quand il a été sagement administré.
Deuxième période (période algide). Séjour au lit, diète absolue, infusions de tilleul, de menthe, de camomille ou autres boissons aromatiques chaudes, auxquelles certains praticiens ont préféré les limonades froides ou glacées et même la glace en nature.
Frictions vigoureuses et persévérantes sur les membres et le long de la colonne vertébrale, soit avec une brosse, soit à l'aide d'une flanelle imbibée, par les uns d'eau-de-vie camphrée, par les autres d'une huile camphrée et opiacée, par d'autres d'un liniment légèrement ammoniacal. Le chloroforme lui-même et l'éther ont été essayés dans les cas de crampes rebelles.
Quelques médecins prétendent s'être bien trouvés'de ventouses scarifiées sur le trajet de la moelle épinière; d'autres, de longues bandes de vésicatoire anglais le long des gouttières vertél3rales; tous cherchaient à ramener la chaleur, soit par des bouches de vapeur, soit par des boules d'eau bouihante ou des Iniques chaudes dont ils entouraient les malades.
Ces moyens de calorification artificielle me semblent beaucoup moins propres à ramener la chaleur qu'à l'entretenir quand elle commence à reparaître. Les frictions , selon moi, doivent leur être préférées, parce qu'en activant la circulation ralentie, elles ont seules le pouvoir de favoriser la réaction. Mais pour qu'elles deviennent efficaces, il faut qu'elles soient faites sur les quatre membres à la fois, sous des couvertures suffisantes, avec autant d'énergie que de persévérance.
On n'arrive à ce résultat qu'à la condition de les faire exécuter sous ses yeux, car eUes ne tardent pas à devenir une telle torture, que les assistants, sur les instances du patient, s'empresseraient de l'en délivrer, tant par compassion que par lassitude, si le médecin n'était là pour opî)0ser à ses supphcations, cette volonté ferme que donnent l'expérience, la foi thérapeutique et le désir d'arracher le malade à une mort prochaine.
Dans le but de favoriser la réaction, on a suc-
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cessivement administré le café pur, le punch au thé et le bi-carbonate de soude , auxquels les médecins chimistes attribuent la propriété de fluidifier le sang.
Contre les deux symptômes prédominants de cette période, les vomissements et les selles, plusieurs de nos confrères ont employé l'ipéca, ainsi que le sulfate de soude, auxquels quelques-uns ont préféré le calomel à dose purgative. Le docteur Hameau, de La Teste, a beaucoup vanté le sulfure noir de mercure. Il assure que ce médicament lui a rendu les plus grands services et qu'il lui doit un très-grand nombre de guérisons.
De tous les remèdes mis en usage, le sulfate de quinine, employé seul, ou associé à l'extrait de quinquina et à des quantités modérées d'opium, lorsque les symptômes nerveux l'ont exigé, est celui qui paraît avoir eu la vogue la plus grande, si ce n'est la plus méritée.
C'est à l'aide de ces moyens, du bi-carbonate de soude, à très-hautes doses, dans une infusion chaude de camomille, et surtout par des frictions, longtemps continuées, faites sur le trajet de la colonne vertébrale et sur les membres, avec un Uniment ammoniacal camphré, que sur quinze cholériques, dont douze ont subi toutes les phases de la période algide, même la suppression des
urines et la cyanose, j'ai eu le bonheur d'en sau- A^er treize.
Pour dire à cet égard toute ma pensée, je dois ajouter que j'attribue moins ces succès au traitement que je viens d'indiquer, malgré toute la confiance qu'il m'inspire, qu'à la résolution que j'avais prise de le faire exécuter autant que possible sous mes yeux, et de ne quitter les malades qu'après avoir constaté le commencement d'une réaction bien franche.
Comme je l'ai déjà dit, le terme de la période algide, c'est V asphyxie ou la réaction.
Contre VasjJhyooie on a successivement employé le vésicatoire épigastrique, à l'aide de l'eau bouillante ; les sinapismes les plus énergiques sur les extrémités et sur la poitrine ; mais ces moyens ont toujours été inutiles, et je ne connais pas un seul cas de guérison obtenue après la manifestation des premiers signes de Yas]}hyœie.
Pour ce qui est de la réaction, on a été plus heureux, car il ne s'agissait que de la favoriser et de la maintenir dans de justes limites.
Troisième période ou de réaction. Au début , continuation des boissons chaudes, des stimulants et des excitants, dans la crainte du retour de l'algidité; anti-spasmodiques divers et soms-nitrate de bismuth en particulier, lorsque les vomissements ont encore reparu ; application de sangsues
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à l'anus ou aux apophyses mastoides, contre la congestion cérébrale qu'occasionne quelquefois la réaction : telle a été la conduite assez généralement observée. Les médecins qui employaient le sulfate de quinine pendant la période algide, l'ont continué, mais à des doses plus faibles quand la réaction est venue. Ce médicament a surtout rendu de grands services dans les cas très-nombreux où sont survenus des accidents typhoïdes et pernicieux.
Convalescence. — La convalescence est cet état intermédiaire entre la maladie et la santé, qui commence dès l'instant qu'on voit disparaître les symptômes morbides caractéristiques, et finit à l'époque oîi l'exercice libre et régulier des principales fonctions se trouve pleinement rétabli.
Elle est d'autant plus longue, d'autant plus fragile, qu'elle succède à une affection plus grave; aussi celle des cholériques exige-t-elle à la fois des précautions minutieuses et des soins assidus. Ne pas la diriger d'une manière convenable, ce serait ajouter, à la somme déjà trop grande des victimes de l'épidémie, celle d'une foule de malades que peuvent sauver des soins bien entendus.
Convaincus de cette vérité, nos confrères du département ont généralement soumis leurs convalescents au régime le plus sévère et à la surveillance la plus active.
L'infusion de quinquina pure ou coupée avec du lait; les frictions sur les membres avec une flanelle imbibée de teinture de quinquina, leur sont fréquemment venues en aide pour hâter les progrès de la convalescence ; mais c'est principalement l'alimentation qui a dû devenir l'objet de toute leur sollicitude, tant pour la rendre sufïlsamment substantielle et tonique, que pour empêcher des excès d'autant plus fréquents que l'appétit des convalescents cholériques s'élève presque immédiatement du premier degré jusqu'à la voracité.
Toutefois, il devenait bientôt nécessaire de se relâcher, à cet égard, de la rigueur primitive, car la privation trop prolongée d'aliments plongeait les uns dans une adynamie fâcheuse, et surexcitait le système nerveux des autres au point de ramener quelquefois la tîèvre et le délire.
Tel est l'ensemble des traitements qui ont été mis en usage dans les deux épidémies cholériques de 1832 et de 1849.
S'il n'est pas possible de se livrer ici, comme dans les cliniques des grands hôpitaux, à l'appréciation comparative de médications et de méthodes qui toutes n'ont certainement pas eu le même degré de puissance et d'efficacité, je dois au moins m' empresser de reconnaître, à l'honneur du corps médical, comme à celui de la population entière
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de la Gironde, que la proportion assez considérable des succès obtenus dans la pratique civile, n'est pas due seulement à l'action salutaire d'une saine t}ièra][)eutique , mais encore au dévouement des médecins et au zèle de ceux qui, n'écoutant que les inspirations du coeur, n'ont jamais hésité à porter secours à un parent ou à un ami.