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TROISIÈME QUESTION

La mortalité provient-elle de l'emploi des jeunes détenus à des métiers qui ne sont pas en rapport avec leur constitution?

On compte, dans le Pénitencier Saint-Jean, sept

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ateliers dans lesquels les jeunes détenus exercent les métiers de cordonnier, forgeron , serrurier, tapissier, menuisier en fauteuils, menuisierchaisier et chapelier.

L'atelier de cordonnier, où travaillent trente enfants de divers âges, est de vingt-sept centimètres en contrebas du sol de la cour, sur laquelle il prend jour par- quatre ouvertures, y compris la porte. Il existe, en outre, deux petits soupiraux grillés qui donnent rue Mingin ; le sol carrelé est à peu près couvert de rognures de cuir qu'on n'enlève que tous les huit jours, pour les accumuler dans un des coins du local, en un tas énorme, d'où s'exhale une odeur toujours désagréable, mais qui pendant l'été peut devenir malsaine.

Voici les dimensions de cet atelier : hauteur, trois mètres soixante; largeur, cinq mètres soixantedix-huit; longueur, huit mètres quatre-vingtquatre ; ce qui donne un peu plus de six mètres cubes d'air pour chaque enfant.

Si l'on ajoute à cela que six becs de gaz brûlent tous les soirs dans ce local, depuis cinq heures jusqu'à huit heures, pendant cinq mois de l'année, on sera forcé de conclure que cet ateher doit être interdit comme essentiellement insalubre.

De tous les métiers qu'on peut donner à un

enfant, le métier de cordonnier est, d'ailleurs, celui qui lui convient le moins. La phthisie pulmonaire est la maladie du cordonnier et du tailleur. Ce fait, que confirme l'expérience, est facilement explicable : par le défaut d'exercice auquel ces états condamnent les jeunes apprentis; par l'espèce de demi-flexion continue dans laquelle se trouve placée la poitrine; par la gêne extrême qui en résulte pour l'expansion des organes respiratoires ; enfin, par le mouvement incessant et toujours uniforme des bras, action qui fatigue les muscles tlioraciques sans être assez énergique pour favoriser leur développement.

Supprimer ce métier dans les maisons d'éducation correctionnelle serait peut-être une mesure trop radicale, et qui priverait certains enfants du seul état auquel leur organisation physique leur permette de se livrer; mais le métier de cordonnier ne doit être donné qu'aux jeunes détenus qui sont dans V impossibilité absolue d'en exercer un autre.

Forge et serrurerie. — Ces deux ateliers sont convenablement disposés et paraissent suffisamment spacieux. J'aurais cru qu'il était superflu d'ajouter que ces métiers, surtout celui de forgeron, doivent être exclusivement réservés aux enfants les plus grands et les mieux constitués, si je n'avais eu le regret de voir un jeune homme de seize à

dix-sept ans, atteint de phthisie pulmonaire, et n'en continuant pas moins, avec la fièyre qui le dévorait, des travaux qui ne pouvaient que hâter le terme fatal de sa maladie.

Tapissiers. — Dans une salle du premier étage, planchéiée, ayant vingt mètres de longueur sur six mètres douze centimètres de largeur, prenant jour sur la cour par quatre larges croisées, et sur la rue Mingin par quatre ouvertures correspondantes , mais plus étroites, sont installés quatre métiers sur lesquels travaillent dix-sept enfants : il est impossible qu'ils soient placés dans des conditions meilleures et plus salubres.

Menuisiers en fauteuils. — Cinq ou six enfants, occupés à tourner des fauteuils, sont réunis dans une pièce du rez-de-chaussée, au niveau du sol de la cour. Cette pièce, convenablement planchéiée, a sept mètres vingt centimètres de longueur, sur cinq mètres quatre-vingt-dix centimètres de largeur, et n'offre aucune cause d'insalubrité. Il y a lieu de regretter que l'industrie des menuisiers en fauteuils soit une des plus délaissées, quand c'est une de celles qui conviendraient le mieux au développement intellectuel et physique des jeunes détenus.

Menuisiers-Chaisiers. — Ces deux métiers sont exercés par vingt enfants de divers âges, dans une petite salle du rez-de-chaussée, moitié plan-

cliéiée, moitié carrelée, aussi mal aérée que possible, et encombrée par cinq ou six établis pour les menuisiers. Cette salle, dans le sens de sa hauteur, qui est de trois mètres soixante centimètres, est partagée en deux par une demi-rochelle où sont entassés une douzaine de pailleurs en chaises, dont la tête touche au plancher quand ils sont debout.

Si l'on ajoute à tout cela que la malpropreté de ce local témoigne qu'il est rarement nettoyé, on pourra se faire une juste idée de cet atelier, oh s'exercent des métiers qui , par leur nature, conyiennent admirablement aux enfants, mais qui y sont pratiqués dans les conditions les plus fâcheuses.

Malgré cela, pour ne pas. troubler dans cette maison l'organisation du travail, et dans l'espoir que bientôt des locaux spacieux et aérés pourront être donnés aux jeunes détenus , par suite de la translation probable du Pénitencier Saint-Jean à la campagne, il faut se borner à demander, pour ce double atelier : son nettoiement quotidien; la réparation des vitrages, afin que l'aération soit facultative et que les enfants ne soient pas constamment soumis à toutes les intempéries de la saison d'hiver; enfin et surtout, la diminution immédiate du nombre des ouvriers qu'on y fait travailler.

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Chapellerie. — Qu'on se figure , au rez-dechaussée , une pièce carrelée ayant treize mètres soixante-huit centimètres de longueur , cinq mètres trente-six centimètres de largeur sur trois mètres soixante centimètres de hauteur, éclairée par trois larges croisées, dont une seule peut s'ouvrir, chacune des deux autres étant encadrée dans un double compartiment ; c'est là que se fait un travail qu'on appelle arconner. Dans ce local, il y a, de plus, deux fourneaux presque constamment allumés pour l'opération du foulage, en même temps que deux chefs d'atelier et dix-sept enfants de divers âges qui respirent constamment une poussière de poils disséminée dans l'air. Tel est le tableau complet de l'atelier de chapellerie du Pénitencier Saint-Jean.

Sous l'influence d'une pensée et d'un espoir qui déjà ont été pour nous un motif de tolérance, nous croyons qu'on peut se borner à l'enlèvement quotidien des monceaux de poils accumulés çà et là sur le sol, à l'aération fréquente et plus complète de la pièce, à la diminution du nombre des enfants qui s'y trouvent réunis. Néanmoins, toutes ces précautions seraient insuffisantes si l'atelier oïl se fait le travail qu'on appelle arconner n'était complètement séparé de celui où a lieu le foulage, et si l'on n'avait soin, au double point de vue de l'instruction et de la santé des enfants, de

les faire se succéder au moins hebdomadairement dans chacune de ces opérations.

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