‹ Etudes de médecine et d'hygiène publiqueChapitre 28 sur 48 · CINQUIÈME QUESTION · texte numérisé non relu

CINQUIÈME QUESTION

La mortalité vient-elle de la persistance d'habitudes vicieuses et d'un défaut de surveillance à ce dernier point de vue?

Au dire de M. le Directeur, et suivant l'opinion de l'honorable confrère attaché comme médecin au Pénitencier Saint-Jean, l'onanisme serait la principale, sinon l'unique cause du développement de la phthisie pulmonaire parmi les jeunes détenus.

Il suffit, en effet, d'avoir quelque expérience en

fait d'observation , pour constater an premier abord, chez la plupart de ces enfants, une altération particulière des traits, et une expression toute spéciale de l'œil, qu'on peut considérer comme l'indice presque certain de cette fatale habitude. M. le Directeur, questionné sur les moyens qu'il met en usage pour combattre ce déplorable penchant, et pour en prévenir les désastreuses conséquences, signale les punitions diverses dont il a déjà été question, parle d'entretiens particuliers qu'il aurait à cet égard avec les enfants , de conférences religieuses fréquentes, enfin d'une surveillance constante , mais particulièrement exercée sur ceux qui se rendent aux lieux d'aisances, 011, sauf les cas d'urgence, ils sont toujours accompagnés d'un gardien. Non-seulement M. le Directeur doit persévérer dans l'application de ces mesures préventives, mais peut-être même serait-il nécessaire qu'il instituât une surveillance nocturne très-active, faite par un employé spécial dont ce serait l'unique mission.

Là semblerait devoir s'arrêter notre intervention, et cependant il est difficile de passer outre sans se demander pourquoi l'onanisme exercerait aujourd'hui sur la population du Pénitencier une influence plus fâcheuse que par le passé?

Surpris de ce fait, et très-intéressé à en connaître la cause, je me suis informé des changements

survenus, depuis une époque plus ou moins reculée, dans les habitudes, dans l'organisation intérieure de cet établissement, ainsi que dans les statuts qui le régissent.

Or, ces recherches m'ont conduit à découvrir qu'avant 1849 les jeunes détenus travaillaient à leurs pièces, qu'ils avaient les deux tiers du bénéfice de leur travail, et que le pécule qui en résultait, était presque toujours assez important pour qu'à l'expiration de leur réclusion, ils pussent avoir les moyens de continuer l'état qu'on avait pris soin de leur apprendre.

Le règlement du 10 octobre 1849 , modifiant à cet égard ce qui avait été fait jusqu'alors, établit un prix de journée dont le maximum de soixante centimes peut descendre jusqu'à dix centimes.

A partir du jour oii cette nouvelle disposition a été prise, le détenu a dû comprendre qu'il ne lui était plus possible, quelque intelligent et laborieux qu'il fût, d'augmenter son pécule, et il a pu en résulter pour lui, sinon du découragement, au moins une tendance bien naturelle à ne faire que tout juste, et sans goût, ce qu'exigeait de lui son chef d'atelier.

Ce résultat a été encore aggravé par une ordonnance ministérielle de laquelle il paraît résulter que M. le Directeur du Pénitencier n'est plus, comme par le passé, redevable à chaque détenu

des deux tiers du prix de journée, ce qui équivaut évidemment à la suppression complète du pécule, désormais remplacé par une sorte d'aumône toute facultative et ordinairement minime, que l'enfant reçoit en partant, ou qu'on lui fait parvenir plus tard.

Si le sentiment de l'intérêt n'est pas un des premiers qui se développent dans notre coeur, c'est certainement un de ceux qui exercent sur nos actes la plus puissante influence. Tout semble s'éteindre en nous : la force, le courage, l'ardeur au travail, et peut-être même le dévouement, le jour oti nous cessons d'avoir un intérêt quelconque à l'accomplissement du devoir ! Tant que le jeune détenu est en apprentissage, l'immense avantage qu'il retire d'une éducation industrielle gratuite peut sans doute suffire à le satisfaire, mais quand l'apprentissage est fini, il lui faut un autre mobile, un nouveau stimulus sans lequel ne tardent pas à survenir le découragement, l'ennui, l'indolence, l'apathie, et avec eux ces passions tristes, ces mauvaises habitudes qui entraînent si souvent après elles la phthisie et la mort.

Bien que je paraisse m' être éloigné de mon point de départ, j'en suis plus près qu'on ne le suppose; et comme conséquence de ce qui précède, je crois devoir émettre le vœu que les jeunes détenus dont l'apprentissage est achevé soient de nouveau

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mis à leurs pièces, et surtout qu'ils sachent bien que le jour de leur libération ils auront un "^écxAe, proportionné à leur travail.

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