‹ Etudes de médecine et d'hygiène publiqueChapitre 31 sur 48 · HUITIÈME QUESTION · texte numérisé non relu

HUITIÈME QUESTION

La mortalité provient-elle de la situation du Pénitencier au milieu d'un quartier populeux et de la distribution défectueuse de ce bâtiment?

La situation du Pénitencier au milieu d'un quartier très-populeux, dans des rues étroites et malsaines, doit certainement avoir une grande influence sur la santé de jeunes êtres qui auraient

tant besoin d'air et d'espace; mais c'est dans l'insuffisance des bâtiments et dans leur distribution essentiellement défectueuse qu'il faut chercher la principale cause du mal. .

Je me suis suffisamment occupé des ateliers pour n'y plus reyenir ; mais il me reste à parler des salles d'étude, des dortoirs, des cellules et de la cour.

Salles d'étude. — Elles sont au nombre de deux, situées au premier étage et toutes deux planchéiées; l'une est occupée par quarante-huit enfants, l'autre par soixante-quatorze. Cette dernière, qui a yingt-six mètres de longueur sur six mètres douze centimètres de largeur et trois mètres onze centimètres de hauteur, prend jour par onze ouvertures sur la cour et par onze plus petites sur la rue Mingin. C'est la plus belle en même temps que la plus saine de toutes les pièces de la maison.

Dortoirs. — Les dortoirs, au nombre de trois, sont tous situés au premier étage. Les deux plus petits contiennent trente-cinq lits chacun ; ils ont dix-sept mètres quatre-vingt-quinze centimètres de longueur sur six mètres vingt centimètres de largeur et trois mètres trente-cinq de hauteur. Les quatre fenêtres qui les éclairent, deux grandes et deux petites, ne se correspondent pas, ce qui rend l'aération presque impossible. Les lits

sont placés sur quatre rangs, à une très-petite distance les uns des autres.

Le troisième dortoir, qui est aussi planchéié , contient quarante-deux lits, encore sur quatre rangs. Sa hauteur est la même que celle des deux autres dortoirs ; il a trente mètres quatre-yingttreize centimètres de longueur sur six mètres quarante-trois centimètres de largeur. On y remarque huit ouvertures, mais toutes placées du même côté.

Dans ces trois dortoirs, les conditions hygiéniques sont on ne peut plus mauvaises et doivent avoir une très-fâcheuse influence sur la santé des jeunes détenus, puisque chacun d'eux n'y jouit que de dix mètres cubes d'air, quand les quantités réglementaires sont de dix-sept à vingt mètres cubes : dix-sept pour les collèges et les prisons, vingt pour les casernes et les hôpitaux militaires (1). En supprimant une rangée de lits dans chaque dortoir, on améliorerait la situation ; toutefois, ce moyen ne doit être considéré que comme un palliatif tout à fait provisoire.

Cellules. — Elles sont au nombre de trentehuit, dont vingt-quatre seulement- sont occupées; il faut les diviser en deux catégories, celles qui

(1) Boudin. Bu chauffage et de la ventilation des hôpitaux et des prisons.

donnent dans la cour et celles qui donnent sur le jardin des Dames de l'Espérance. Les premières, au nombre de vingt, reçoivent le jour par une croisée assez vaste qui s'ouvre sur la cour; elles sont planchéiées; leurs dimensions sont de deux mètres trente-quatre centimètres de longueur sur un mètre soixante-douze centimètres de largeur. Leur exposition est favorable ; elles ne présentent pas de cause d'insalubrité.

Les cellules de la seconde catégorie, où l'air ne pénètre que par une fente étroite, placée au-dessus de la porte donnant dans le corridor, reçoivent le jour d'une petite fenêtre grillée, de cinquante centimètres de hauteur sur quarante de longueur, située au ras du plafond et ne s' ouvrant jamais.

J'en ai assez dit pour démontrer que les cellules de la deuxième catégorie sont insalubres au premier chef, et qu'il y a lieu d'en interdire mm^diatement l'habitation.

Cour. — La seule cour qui existe dans le Pénitencier est située au centre des bâtiments et se trouve par conséquent environnée de murailles élevées qui iïiterceptent la circulation de l'air. Elle a quarante-un mètres soixante centimètres de longueur sur dix-neuf mètres quinze centimètres de largeur; à l'une de ses extrémités, on remarque six loges de lieux d'aisances, non fer-

niées et d'où s'exhale une odeur infecte. Je crois devoir dire, en outre, que ces loges sont les seules qui existent dans la maison et qu'il n'y en a pas à portée des dortoirs.

Dans cette cour, insuffisante et mal aérée, les détenus s'amusent pendant une demi-heure chaque jour; encore faut-il remarquer que, les jours de pluie, la récréation a lieu dans l'étude, parce qu'il n'y a pas de préau couvert, chose indispensable dans un établissement de cette importance.

En présence de conditions aussi fâcheuses sous tous les rapports, la translation du Pénitencier Saint-Jean à la campagne est absolument nécessaire, et doit être effectuée dans le plus bref délai possible.

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