‹ Etudes de médecine et d'hygiène publiqueChapitre 32 sur 48 · NEUVIÈME QUESTION · texte numérisé non relu

NEUVIÈME QUESTION

La mortalité provient-elle del'encombremetit du Pénitencier par une population trop considérable ?

La population du Pénitencier Saint-Jean, agglomérée dans le local dont je viens de donner la description, est de cent trente-trois individus, sans compter les surveillants , les gardiens et les chefs d* atelier qui n'y demeurent que le jour. Il est impossible de ne pas considérer l'encombrement comme l'une des causes des maladies qui sévissent dans cette maison et de la mortalité qu'on

y signale. M. le directeur l'a si bien compris que son intention très-arrêtée est de choisir trente enfants qu'il enverrait à la Colonie pour s'y livrer aux travaux agricoles.

Ce projet auquel on ne saurait trop applaudir, et qu'il est prudent de mettre à exécution sans retard, m'impose l'obligation de dire quelques mots de la Colonie agricole.

Au mois d'octobre 1841, cette Colonie fut fondée sur une vaste propriété dite Ducros, située à Villenave-d'Ornon, et achetée dans le but d'y transférer les orphelins alors établis à Gradignan sur une autre location rurale. On débuta par l'envoi dans le quartier Saint-Pierre de vingt-cinq jeunes détenus, qui pour la plupart cherchèrent à s'évader et auxquels on ne parvint que très-difficilement à faire accepter les travaux agricoles. En 1845, on essaya d'établir un second quartier de colons qu'on appela le quartier Saint-Paul, et dans lequel on plaça vingt-cinq nouveaux détenus. Alors, sous l'influence de l'émulation, une ère nouvelle commença, et l'on vit les Orphelins d'une part, les jeunes détenus des quartiers Saint- Pierre et Saint-Paul de l'autre, faire assaut de zèle pour le défrichement et la culture de la portion de terrain qui leur était confiée.

En 1846, on construit un petit quartier pour les jeunes enfants au-dessous de treize ans, où bien-

tôt trente-cinq à quarante petits détenus reçoivent le bienfait d'une éducation toute paternelle, destinée à remplacer celle qui leur aA^ait manqué dans le sein de leur famille.

En 1847, ces quarante enfants sont admis parmi les colons, et l'on crée un nouveau petit quartier pour quatre-vingt-dix enfants au-dessous de treize ans qui, après y avoir été formés à l'étude, à la discipline, et surtout aux pratiques religieuses, passeront à leur tour dans la Colonie, pour y concourir, avec leurs jeunes camarades, à la culture du sol et à l'amélioration de la propriété.

Dans la pensée du fondateur, le petit quartier n'était évidemment qu'une sorte de pépinière où l'on pouvait choisir des sujets à mesure que des vides se faisaient dans la Colonie ; mais ce ne fut qu'à dater du jour où il put mettre à exécution cette heureuse pensée que le succès de sa grande entreprise fut définitivement assuré.

Aujourd'hui l'esprit de cette jeune population est excellent; ces enfants rivalisent de zèle et d'ardeur dans l'accomplissement de leurs travaux ; leur santé est généralement bonne ; cette immense propriété, cultivée dans toute son étendue, est on ne peut plus remarquable par sa bonne tenue comme par le bon ordre qui règne partout ; néanmoins l'œuvre ne sera complète que lorsqu'on aura opéré la translation du Pénitencier

Saint-Jean clans les vastes et beaux bâtiments qui sont en voie de construction.

Quelle heureuse transformation si à cette époque, par suite de combinaisons nouvelles, chaque détenu, après avoir passé au Pénitencier un certain temps d'épreuve, pouvait à son tour être admis dans la Colonie pour s'y livrer aux travaux des champs! (1)

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