CHAPITRE PREMIER
l'enfant.
En outre des vices de conformation et des maladies congénitales, si souvent causes de mort, on peut constater chez l'enfant qui vient de naître, et quelquefois même sous les apparences de la santé, non-seulement le germe des affections héréditaires les plus graves, mais encore le résultat de certaines conditions dans lesquelles l'existence lui a été donnée.
Nous allons successivement passer en revue ces tristes éventualités.
§ P^ — Enfants légitimes, enfants naturels. Toutes les maladies, queUe que soit leur nature,
sont en général plus graves chez les enfants naturels que chez les enfants légitimes. Ce n'est point à des obseryations isolées qu'il faut demander la preuve de cette proposition, mais à un ensemble de faits qui se trouvent dans les statistiques relatives aux décès de ces deux catégories d'enfants.
Pendant une période de treize années, la Commission des hospices a placé à la campagne deux mille quatre cent quatre-vingt-onze enfants naturels, ayant moins d'un an ; six cent trente-un sont morts avant d'avoir atteint la fin de leur douzième mois.
Durant la même période, trois cent quatrevingt-dix enfants légitimes ayant moins d'un an ont été placés à la campagne ; soixante-quatorze sont morts dans la première année.
De ces chiffres, qui donnent une mortalité, de 25,33 p. % chez les enfants naturels, et de 18,97 p. % chez les enfants légitimes, il résulte qu'entourés de soins égaux, les enfants naturels sont plus exposés à la mort que les enfants légitimes.
Si cette statistique n'est pas à l'abri de tout reproche, par suite de cette circonstance que les enfants placés à la campagne n'avaient pas tous le même âge à l'époque de leur envoi en nourrice, le calcul tiré de l'exemple suivant donne des ré-
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sultats identiques sans présenter le même inconvénient.
Dans une commune de l'arrondissement de Bordeaux, oti la po^julation est sédentaire et oii tous les enfants sont nourris au sein, il y a eu, pendant une période de onze années, douze cent vingt naissances d'enfants légitimes et quatrevingt-huit d'enfants naturels.
La première catégorie a donné cent cinquantequatre décès, il y en a eu vingt dans la seconde ; donc, la mortalité a été de 12,62 p. % pour les enfants légitimes, et de 22,73 p. % pour les enfants naturels.
Dans leurs études sur le même sujet, Baumann, Sussmilch et Casper sont arrivés aux résultats suivants : premier mois après la naissance, dix décès sur cent enfants légitimes, et vingt-quatre sur cent enfants naturels; pendant les cinq mois suivants, il meurt deux fois plus d'enfants naturels que d'enfants légitimes; enfin, pendant le deuxième semestre, la mortalité des enfants naturels est le double de celle des enfants légitimes; ce qui donne, pour les décès, une moyenne de cinq chez les enfants naturels contre deux chez les enfants légitimes.
La clinique ne doit pas oublier des données aussi positives pour le pronostic des maladies, et les statisticiens doivent aussi en tenir compte pour évi-
ter les erreurs dans lesquelles sont tombés ceux qui ont comparé la mortalité des enfants trouvés à la mortalité ordinaire des autres enfants.
La femme légitime n'ayant pas à rougir de sa maternité, ne cherche pas à gêner le déyeloppement de l'utérus. La fille-mère, au contraire, fait le plus souvent tous ses efforts pour rendre invisible un embonpoint qui trahit sa situation. De là, une compression abdominale à laquelle elle a recours, concurremment peut-être avec des moyens d'un autre ordre et de nature à compromettre la vitalité de son enfant. On ne peut que déplorer ces coupables tentatives qui trop souvent même échappent à l'action de la loi.
§ IL — Mariages j^rècoces:
Dans Y Art de prolonger la vie, Hufeland écrit : « Une trop grande jeunesse ou un âge trop avancé « des parents nuit également à la durée de la vie « et à la vigueur des enfants. On ne devrait jamais « se marier que quand on a atteint le dernier de- « gré dé conformation, c'est-à-dire pour l'homme « à vingt-quatre ans, et pour la femme à dix- » huit. En se mariant avant cette époque, on « s'expose à ruiner sa santé et à donner la vie à « des enfants délicats. »
A cette opinion, Richard, de Nancy, apporte quelques restrictions : « La jeunesse trop grande
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« d'un père ou d'une mère, dit-il, n'a pas sur les « enfants une égale influence. Un père trop jeune « ne produit que des enfants faibles, plus acces- « sibles aux causes morbides, et dont le dévelop- « pement est plus incertain, quel que soit d'ailleurs « l'âge de la mère. Mais un père robuste obtient « d'une mère très-jeune et très-faible, des enfants « d'une forte constitution. »
Dans son ouvrage Sur l'homme et le développement de ses facultés, Quetelet, se basant sur les calculs de Salder, afîirme que pour les enfants qui rés.ultent de rapprochements trop précoces des deux sexes, la probabilité de vie est moindre que pour ceux qui naissent dans des conditions plus normales.
L'autorité de ces grands noms me dispense de toute réflexion à cet égard, et il n'est pas un seul praticien qui, en consultant son expérience personnelle, ne trouve des faits qui confirment ces judicieuses observations.
§ III. — Mariages consanguins,
Rillet, médecin de Genève, range les résultats de la consanguinité sous les titres suivants : P Absence de conception ; 2° Retard de conception; 3° Conception imparfaite ; 4** Produits incomplets ;
5° Produits à constitution imparfaite ;
6° Produits plus spécialement disposés à l'épilepsie, l'idiotie, la surdi-mutité, la paralysie, les maladies cérébrales diverses;
7° Produits lymphatiques, scrofuleux , tuberculeux ;
8" Produits qui meurent en bas âge dans une proportion plus forte que les enfants nés dans d'autres conditions;
9" Produits qui, s'ils franchissent la première enfance, sont moins aptes que d'autres à résister à la maladie et à la mort.
Comme c'est aux deux dernières catégories qu'appartiennent plus spécialement les faits qui doivent m'occuper, je me bornerai, en l'absence de tout document statistique, à signaler quelques observations qui me sont personnelles, et qui sont trop instructives pour être passées sous silence.
Une dame, mariée à son cousin-germain, a eu quatre enfants : les deux premiers, jumeaux et tous deux albinos, n'ont vécu que quarante-huit heures; le troisième, également albinos, a vécu un an.
D'un autre mariage entre cousins-germains sont nés deux enfants, à deux ans d'intervalle, atteints d'ichtyose généralisée, sans qu'il y eût dans la famille d'antécédents herpétiques ni syphilitiques ; le premier a vécu environ soixante
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jours, et le second a succombé à la fin du septième mois.
Trois enfants, issus de mariage entre oncle et nièce sont morts d'hydro-céphalie aiguë dans le courant de la première année.
Grouper et publier de pareils faits, serait rendre un véritable service à l'humanité, si la diminution du nombre des mariages consanguins devait en être la conséquence.
§ IV. — Syphilis.
La question de la syphilis congénitale a été trop étudiée de nos jours pour qu'il soit nécessaire de s'y appesantir longuement. Tout le monde sait combien les nouveau-nés sont victimes de cette cruelle affection.
Richard, de Nancy, rapporte que dans un des hôpitaux de Lyon, sur trente-six enfants nés de mères vénériennes, dix-neuf sont morts peu de temps après leur naissance.
Des travaux récents de MM. Diday et Putégnat, il résulte que presque tous les enfants atteints de syphilis héréditaire succombent dans la première année de leur vie. Enfin, à l'hospice des enfants trouvés de Bordeaux, du P"" janvier 1856 au 31 décembre 1861, sur deux mille sept cent dix-neuf enfants admis, soixante-dix-sept ont présenté les accidents les plus manifestes de syphilis secon-
daire , et sur ce nombre soixante-seize sont morts ayant leur sixième mois.
Il n'y a pas lieu de rechercher ici dans quelles conditions se développe la syphilis infantile, mais les chiffres que je viens de citer sont assez significatifs pour faire comprendre ce qu'il y a de sérieux et de difficile dans l'intervention du médecin, qui a pour devoir de conserver l'enfant sans troubler le repos des familles.