CHAPITRE III
SOINS A DONNER A l'eNFANT.
§ P'' — Vêtements.
En parlant des enfants , Hoffmann a dit : Ni-
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mium frigus, illis venenum, et de nombreuses recherches, sont venues depuis confirmer cette sentence.
Dans les expériences d'Edwend, qui démontrent la facilité avec laquelle les jeunes animaux se refroidissent et succombent sous l'influence d'une basse température, et dans les travaux de Villermé et de Quetelet, d'où il résulte que la plus grande mortalité des jeunes sujets coïncide avec la saison la plus froide, on trouve la preuve qu'il est indispensable d'avoir recours à tous les moyens possibles pour préserver les enfants du froid.
La clinique vient d'ailleurs à l'appui de ces observations, en montrant que la cause la plus fréquente du sclérême, est certainement le froid.
A Bordeaux, depuis que le tour a été supprimé, l'hospice a recueilli beaucoup d'enfants laissés sur la voie publique, et qu'on relevait moribonds, par suite de cette exposition durant la basse température de la nuit.
Puisque le froid a tant de prise sur les enfants, et qu'il produit de si funestes effets, il est naturel qu^on mette le plus grand soin à les en préserver. Aussi pour atteindre ce but, les nourrices ont l'habitude de faire coucher leurs nourrissons avec elles. C'est une coutume vicieuse, qu'on ne saurait trop proscrire, car l'asphyxie de l'enfant
en est fréquemment la conséquence. Rozen raconte que de son temps il périssait chaque année, en Suède, sept cents enfants environ par suite de cet imprudent usage.
De tous les moyens dont on dispose pour garantir l'enfant de l'action du froid, le meilleur est, sans contredit, celui qui conserve au corps sa chaleur naturelle ; l'insuffisance de vêtements pourrait donc devenir une cause de mort pour des êtres qui se refroidissent avec une si grande facilité ; cependant, s'il faut que l'enfant soit chaudement vêtu, il faut aussi que les vêtements réalisent certaines conditions indispensables au maintien de la santé.
Une compression trop forte, par exemple, pourrait devenir la cause d'une série d'accidents tels que : gêne de la circulation , congestion pulmonaire, vomissements, hémorrhagie ombilicale, convulsions, hépatites, hernies inguinales, etc. Or, le pronostic de la plupart de ces affections étant très-grave , on conçoit que l'existence de l'enfant doit se ressentir de la vanité que mettent les nourrices à faire, suivant leur expression, un maillot solide.
Toutefois, la disposition convenable des vêtements ne saurait suffire à la santé du nourrisson ; leur état de propreté est également nécessaire, car la peau de l'enfant est trop délicate pour qu'on
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puisse, sans inconvénient, la laisser longtemps en contact avec les urines et les matières fécales.
§ II. — Habitation.
Si, dans les familles riches, on choisit pour l'enfant nouveau-né l'appartement le mieux exposé et le plus confortable de la maison, chez les pauvres, au contraire, surtout à la campagne, il n'est pas rare que le nourrisson soit mis dans une chambre située au rez-de-chaussée , et souvent même en contre-bas du sol.
Ces pièces froides et humides, réchauffées ou plutôt ventilées par des cheminées très-vastes, ne sont quelquefois ni planchéiées ni carrelées, et c'est sur le sol lui-même que repose le berceau.
Il est vraiment déplorable qu'à leur arrivée dans la vie, ces pauvres petits êtres se trouvent ainsi placés dans des conditions hygiéniques qui augmentent incontestablement leurs chances de mort!
§ III. — Agglomération.
Malthus , au sujet de l'agglomération des enfants, s'est exprimé delà façon la plus catégorique : « Multiplier, a-t-il dit, les maisons oii les « nouveau-nés seraient reçus sans distinction et « sans limites, ce serait le plus sûr moyen d'ar- « rêter la population. »
En Angleterre, avant 1767, on avait l'habitude d'élever les enfants pauvres dans des établissements situés au sein, des villes, et il s'ensuivait une mortalité de 96 p. %. Effrayé de ces conséquences, le Parlement décida qu'ils seraient envoyés en nourrice à la campagne et , d'après Hamilton, auquel j'emprunte ces détails, l'exécution de cette mesure fît baisser immédiatement la mortalité à 16 p. %.
On regrette que cet auteur n'ait pas fait connaître le genre d'alimentation donné à ces enfants. Il est plus que probable qu'ils étaient soumis à r allaitement artificiel, et dès lors la diminution énorme dans la mortalité ne peut pas être mise exclusivement sur le compte de la dissémination, mais doit être attribuée en grande partie à l'emploi d'une nourriture plus convenable.
« Les hôpitaux établis pour servir d'asile aux « enfants trouvés, dit Raulin, sont de puissantes « ressources pour les conserver ; mais, souvent, ils « les rendent eux-mêmes dangereux par la conta- « gion qu'ils y répandent. Les hommes ne sont « pas faits pour vivre par troupe, les enfants en- « core moins. »
- Leroy ne paraît pas partager cette opinion ; il parle de la nécessité d'élever plusieurs enfants ensemble, parce que, « réunis, dit-il, ils se forti- « fient les uns par les autres, comme des fils ras-
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« semblés multiplient leurs forces mutuelles. » Tout porte à croire que ces lignes ne s'adressaient qu'aux enfants déjà grands. Du reste, Leroy ne cite aucun fait à l'appui de ce qu'il avance.
« L'éducation des enfants en commun, dit Ri- « chard, de Nancy, est une méthode funeste; nous « en avons fait, malgré nous, plus d'une fois l'ex- « périence. Lorsque la rigueur des saisons ou bien « les travaux urgents de la campagne suspen- « daient l'arrivée des nourrices à l'hospice de la « Charité de Lyon, il nous fallait à peine quelques « jours pour voir accumuler trente ou quarante « enfants à la salle de la crèche ; et, malgré le « nombre des filles consacrées à les servir, malgré « toutes les mesures nécessaires à leur conserva- « tion, les pertes étaient nombreuses et dépassaient « toujours les proportions ordinaires. »
Telle est aussi l'opinion que j'ai puisée dans ma propre expérience, car, ayant vu plus d'une fois, sous l'influence de l'agglomération, le muguet, le choléra infantile et autres maladies graves de l'enfance se développer pendant l'été, dans les crèches et à l'hospice de. Bordeaux en particulier, je n'hésite pas à la considérer comme aussi nuisible à la santé des enfants que fatale à leur existence.
§ IV. — Vaccination prématurée.
La vaccination prématurée peut , en certains cas, être une cause de mortalité pour les enfants nouveau-nés.
Si, dans la pratique civile, quand les enfants sont sains et bien constitués, il n'y a aucun danger à pratiquer la vaccination dès la première quinzaine qui suit la naissance, il n'en est pas toujours ainsi dans les crèches et dans les hôpitaux d'enfants. L'agglomération, en effet, peut développer certaines maladies qui viennent contrarier l'évolution régulière de la vaccine ; c'est ainsi qu'à l'hospice des enfants trouvés de Bordeaux, on a vu onze fois des érysipèles graves ou des phlegmons diffus avoir pour point de départ l'inoculation du virus vaccin.
Dix de ces enfants ont succombé, et cependant la vaccination avait été faite avec tout le soin qu'exige cette opération.
Un autre inconvénient des vaccinations prématurées, c'est d'exposer l'enfant, qui doit être allaité à la campagne , à un voyage pénible pendant la période d'évolution des boutons.
J'en appelle au passage suivant d'une circulaire émanée de M. Duchatel, ministre de l'intérieur :
« Les enfants trouvés ou abandonnés et les
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« orphelins pauvres ne seront envoyés en nour- « rice qu'après que leur état aura été constaté « par le médecin de l'établissement. La formalité « qu'exige cet article est d'une extrême impor- « tance, puisque l'existence des enfants en dépend. « La mortalité est déjà fort grande parmi eux, et « un voyage plus ou moins long, entrepris dans « de mauvaises conditions, à un âge aussi tendre « et souvent dans une saison rigoureuse, peut « avoir les suites les plus funestes. »
Je suis donc porté à émettre l'avis qu'il ne faut pas hâter les vaccinations quand on n'y est pas obligé par une épidémie régnante; mais comme je tiens moins à donner ici une opinion personnelle qu'à signaler celle des hommes les plus autorisés par la haute position scientifique qu'ils occupent^ je crois devoir reproduire les documents suivants :
« On peut vacciner à tout âge; cependant, je « ferai remarquer que l'état de congestion des « téguments pendant les premiers jours de la vie « semble contre-indiquer à cette époque la vacci- « nation, et j'ai vu plusieurs fois, à l'hospice des « enfants trouvés, oii l'on vaccine les enfants fort « jeunes, un érysipèle très-intense se développer « sur le membre vacciné. » (Billard : Maladies des enfants, 3® édition, p. 161.)
« La vaccine peut être inoculée à tout âge.
« Cependant, on s'accorde en général à remettre « cette opération à la sixième semaine de la vie. « Cette habitude est fondée sur la rareté de la « variole dans les premiers jours de la naissance, « aussi bien que sur la crainte de provoquer une « maladie qui, légère en général, peut devenir « grave par la faiblesse et le peu de résistance « vitale des enfants naissants. C'est au moins « ce que semblent prouver les fâcheux résultats « obtenus à l'hospice des enfants trouvés. » (Ril- LET ET Barthez i Maladies des enfants ^ 3® édition, t. m, p. 124.)
« A une époque trop rapprochée de la nais- « sance, les conditions sont moins favorables qu'à « deux ou trois mois.
« Avant cet âge, les enfants sont trop faibles. « La fièvre vaccinale peut avoir des inconvé- « nients. » (Valleix : Guide duMèd. prat., 3® édition, t. V, p. 451.)
Enfin, notre savant et très-honoré maître, le D'' Gintrac père : Cours théorique et clinique de pathologie médicale, t. IV, p. 247, émet l'opinion suivante :
« On peut vacciner à tout âge; mais l'époque « de la vie la plus convenable est entre le com~ « mencement du deuxième et la fin du troisième « mois. Selon M. Grégory, c'est durant le qua- « trième. Dans les hospices d'enfants trouvés, on
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« est obligé de vacciner immédiatement après leur « entrée les enfants qui doivent être envoyés en « nourrice. M. Bousquet assure que la vaccine « produit à cette époque de fâcheux effets, une « excitation vive, qui, dans ces organisations en- « core délicates, va retentir sur les voies diges- « tives. Il me paraît très-difficile de se prononcer « à cet égard. »
De ces diverses opinions je conclus que si mes craintes au sujet de la vaccination hâtive trouvent des contradicteurs , elles sont au moins appuyées sur de respectables autorités.
Cet aperçu général sur les causes de la mortalité des nouveau-nés n'aurait aucune raison d'être si, en présence d'un mal qui intéresse la société tout entière , je ne recherchais pas quels peuvent être les moyens de détruire ce mal, ou tout au moins d'en atténuer les désastreuses conséquences.
« La liberté, disait, il y a quelques jours, un « de nos écrivains les plus autorisés (1) , est une « grande et belle chose ; mais celle qui aurait pour « résultat la dégénérescence de l'espèce et la dé- « population ne mérite ni admiration ni respect. »
Je m'associe pleinement à cette pensée, comme
1) A. Latour : Union médicale.
on le verra tout à l'heure quand il s'agira, des enfants assistés, les seuls à mes yeux pour lesquels on puisse songer à l'intervention administrative; mais je suis d'avis que tout, dans cette question, n'est pas également susceptible d'être réglementé. Ne serait-ce pas, en effet, attenter à des libertés très respectables ou aller à rencontre des usages généralement reçus, que de vouloir créer, comme à Paris et à Lyon, des bureaux de nourrices dans le but de placer l'allaitement mercenaire sous la surveillance plus ou moins directe de l'administration ?
Du reste, jamais à aucune autre époque, les circonstances n'ont été aussi favorables qu'elles le sont aujourd'hui pour opérer d'heureuses transformations dans les soins à donner aux nouveaunés. Une étude plus approfondie des maladies de l'enfance peut faire recourir aux secours médicaux, alors qu'autrefois on confiait à la nature seule le salut de ces petits êtres; les principes élémentaires de l'hygiène sont mieux connus; la facilité et la rapidité des voyages permettent des visites fréquentes et inattendues chez les nourrices ; enfin tout semble concourir à améliorer les conditions matérielles de l'existence, et par suite à diminuer la mortalité des nourrissons : le moment serait donc , à mes yeux, bien mal choisi pour substituer l'action administrative à l'in-
fluence bien autrement puissante de la famille et de l'instruction !
Il reste pourtant quelque chose à faire afin d'entrer plus avant dans la Yoie du progrès. C'est de prévenir les mères du danger que courent leurs enfants mis en nourrice, d'éveiller leur sollicitude sur les nombreuses causes de mort dont ils sont entourés, de détruire les absurdes coutumes qui compromettent -si souvent leur existence; c'est enfin de vulgariser parmi les mères et les nourrices ces vérités banales que nous connaissons tous, et qu'il est indispensable de mettre en pratique pour sauver la vie des pauvres enfants. M. Jules Guérin, seul , a soutenu cette opinion à l'Académie de Médecine, et nous ne saurions trop l'en féliciter, puisque nous croyons avec lui que la publication de ces avertissements sous la forme d'une instruction bien simple rendrait les plus grands services.
Conseils aux mères , conseils aux nourrices ; intervention officieuse du médecin dans toutes les questions d'hygiène de l'enfance : voilà pour ce qui concerne l'allaitement hbre.
Au corps médical -seul peut incomber cette belle et utile tâche, nous devrions dire ce grand devoir.
Que du haut des chaires des Facultés et des Écoles , on initie les élèves aux causes si nom-
breuses de la mortalité des nouveau-nés; que dans les académies, dans les sociétés savantes, par la voie des journaux, on appelle l'attention des médecins et des administrations sur ces causes incessantes de la décroissance des populations; que dans la clientèle privée, les médecins s'appliquent à faire adopter les saines pratiques qu'enseigne l'observation de chaque jour ; et de cette croisade professionnelle résultera nécessairement avant peu, sans attenter à la liberté ni aux droits des familles, une diminution notable dans la mortalité des nouveau-nés !