DANS LA VILLE DE BORDEAUX
Conseil central d'hygiène publique et de salubrité, séance du 15 décembre 1871.
Tout le monde est unanime à reconnaître que c'est dans les maisons obscures et humides, dans les rues basses et peu accessibles au soleil, où une population misérable est accumulée dans des logements malsains, que le choléra a multiplié ses victimes. En un mot, l'entassement, l'insalubrité et la misère ont partout contribué puissamment à étendre et à aggraver les ravages de l'épfdémie.
A. Tardieu, Dict. d'hygiène, vol. 1, p. 300.
Le choléra-morbus asiatique est encore bien loin de nous ; il y a même lieu d'espérer que cette nouvelle calamité ne viendra pas fondre sur notre malheureux pays ; néanmoins, Messieurs, on ne saurait trop approuver la sollicitude de l'administration municipale, exprimant le désir que le Conseil d'hygiène publique et de salubrité de la Crironde lui vienne en aide , tant ^our la re-
cherche des diverses causes d'insahtbritè qui peuvent exister dans notre cité, que pour l'indication des mesures susceptibles de les atté?iuer ou de les faire disparaître.
Si je n'ai pas reculé devant l'importance et la difficulté d'une étude d'ensemble sur ce sujet, c'est que cette étude n'est, à vrai dire, qu'une récapitulation de tous les travaux du Conseil depuis sa fondation jusqu'à ce jour, et qu'elle restera entre les mains de l'Administration, non-seulement comme un document toujours utile à consulter, mais encore comme un programme des améliorations à introduire dans l'hygiène publique de la ville de Bordeaux.
Marchés. — La construction récente de nos marchés a été faite dans des conditions si favorables , au double point de vue de la commodité des habitants et de la salubrité publique, que nous devons nous borner à recommander la continuation des précautions déjà prises pour entretenir dans nos principaux centres d'approvisionnements la propreté la plus parfaite, en y ajoutant cependant deux mesures qui, toujours bonnes, deviendraient indispensables en temps d'épidémie; je veux parler du nettoyage fréquent des
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serrages et du lavage, à l'eau chlorurée, de la partie des halles destinée à la boucherie, à la charcuterie et à la vente du poisson.
Une des choses qui laissent le plus à désirer dans toutes les grandes villes et dans la nôtre en particulier, c'est la qualité des produits mis en vente. Rien n'est plus apte en effet à provoquer des dérangements intestinaux et à prédisposer au choléra, que des viandes ayant déjà subi un certain degré de décomposition ou que des fruits dont la maturité n'est pas complète. La surveillance la plus sévère est donc à cet égard nécessaire et serait certainement plus utile dans les rues que dans les marchés eux-mêmes.
Une multitude de marchandes ambulantes parcourent les faubourgs, où elles vendent, à prix réduits, des produits de qualité inférieure ; c'est là que, séduites par le bon marché, viennent s'approvisionner les familles pauvres qui trouvent dans la consommation de ces aliments, trop souvent avariés, des causes d'altération profonde pour leur santé.
Il est indispensable, sans doute, que les produits de qualité secondaire soient mis à la disposition des classes nécessiteuses; mais ce sont les aliments inférieurs surtout qu'il importe de ne laisser vendre que dans le plus parfait état de conservation ou de maturité.
Le 15 juillet 1856, M. le préfet de la Gironde nous communiquait une lettre de M. le ministre de l'agriculture et du commerce, dans laquelle ce haut fonctionnaire demandait l'ayis des Conseils d'hygiène pour savoir s'il n'y aurait pas lieu de provoquer leur intervention dans la vente des substances alimentaires avariées, avant que les maires ne fussent appelés à délivrer des certificats d'innocuité. Nous pensâmes alors, et nous pensons encore, que pour concilier les intérêts de la santé publique avec le droit que les autorités municipales tiennent des dispositions de la loi du 21 avril 1818, il serait utile de subordonner l'acceptation de ces substances à l'avis des Conseils d'hygiène.
Le 20 décembre de la même année (1856), le Conseil recevait de M. le préfet une lettre l'informant que, par décision ministérielle, on appliquerait la mesure proposée aux substances médicinales, mais que, pour les aliments. Son Excellence s'en rapportait à la prudence des maires, ceux-ci pouvant d'ailleurs recourir aux lumières des Conseils d'hygiène toutes les fois que l'appréciation des substances avariées présenterait de sérieuses difficultés. Vous le voyez, Messieurs, la question de l'alimentation publique a toujours été l'objet de notre sollicitude, et nous devons considérer comme un devoir d'appeler l'attention sur
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ce sujet au moment où l'Administration se préoccupe d'une nouvelle invasion de l'épidémie qui a déjà fait, à plusieurs reprises, de si cruels ravages dans certains quartiers de notre ville.
Nous signalerons particulièrement une industrie qui, n'étant pas classée dans les établissements insalubres, échappe ordinairement à la surveillance et qui est presque toujours une source de dangers pour la population. Je veux parler des charcutiers et des marchands de comestibles.
Les opérations auxquelles ils se livrent, dans l'intérieur de leurs maisons, sont, pour la plupart, des causes graves d'insalubrité parce qu'elles se pratiquent dans des arrière-magasins ou dans de petites cours qui ne sont ni assez aérées ni assez spacieuses pour un pareil travail. ■ Mais il est une circonstance encore plus grave : c'est l'emploi presque constant que font ces industriels de viandes ou de graisses ayant déjà éprouvé un commencement d'altération. Tout le monde sait d'ailleurs que la charcuterie offre toujours dans sa composition une saveur épicée ou aromatique et que c'est sous le couvert de ces arômes artificiels que se débitent des viandes plus ou moins avariées.
Il est, en outre , incontestable qu'à certains jours de la semaine, on ne passe pas devant ces
magasins " sans être incommodé par des émanations tellement putrides, que pour tâcher de s'y soustraire les voisins sont souvent obligés de s'enfermer chez eux. N'y aurait-il pas lieu, pour remédier à ce fâcheux état de choses, d'instituer une Commission permanente chargée d'exercer une surveillance incessante sur toutes les industries qui , en faisant subir aux aliments , par fraude ou par négligence, des altérations de diverses natures, compromettent si gravement la santé des populations ?
Abattoirs. — Ces établissements doivent être considérés sous le double rapport de l'alimentation publique et de l'exploitation industrielle.
Sous le rapport de l'alimentation, tout semble avoir été prévu dans les règlements qui régissent l'abattoir général. On a pris toutes les précautions possibles pour empêcher l'introduction d'animaux malades ou la sortie de viandes de mauvaise qualité; mais il n'en est pas ainsi de certaines tueries particulières et de quelques abattoirs non autorisés, qui existent dans les environs de Bordeaux, et oh l'on conduit chaque jour des animaux malades, pour les abattre et les livrer à la vente, en dehors de tout contrôle.
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Au mois de janvier 1853, M. le préfet de la Gironde me transmit une lettre de M. le Commissaire central de police, lui dénonçant que des porcs atteints de ladrerie avaient été conduits et vendus sur nos marchés. Une commission fut nommée qui constata la vérité des faits et qui, par l'organe de notre collègue M. Peyronny , demanda :
Que la viande des porcs ladres fût interdite sur tous les marchés et dans toutes les charcuteries du département ;
Que MM. les maires et commissaires de pohce fussent tenus de faire mettre à exécution les dispositions prescrites sur la salubrité des comestibles : par l'article 3, titre II, de la loi des 16 et 24 août 1790 ; par l'article 605 de la loi du 4 brumaire an IV, et par les articles 96-98 du code pénal;
Que l'Administration instituât des langueyeurs qui auraient mission de visiter les porcs achetés sur le marché, quand ils en seraient requis par l'acquéreur; ou qu'à défaut de cette institution, il fût permis aux charcutiers de s'ériger en syndicat, et de désigner un ou plusieurs langueyeurs payés par eux, pour se rendre compte de l'état des porcs mis en vente, sauf le recours des marchands à une expertise contradictoire , par l'intermédiaire des agents de la police, qui appelleraient le vétérinaire de la ville ;
Qu'enfin, les porcs reconnus ladres fussent marqués au feu, sur le dos, du mot : Ladre.
Telles étaient les mesures préventives que nous proposions il y a dix-huit ans. Ont-elles été mises à exécution ?
Il est permis d'en douter, puisqu'il est dit, dans un rapport de M. l'adjoint au maire, sur l'enquête relative à une récente affaire de l'abattoir, que V article 36 de l'arrêté municijjal du 20 novembre 1856 autorise la vente, à des prix réduits, des porcs atteints de ladrerie dont l'usage ne présente aucun danger pour l'alimentation.
C'est une opinion que nous ne saurions partager, et nous considérons comme un devoir, de redire à l'Administration que la suppression des abattoirs clandestins, la vérification la plus sévère des viandes foraines, des issues et surtout de la ladrerie des porcs, lui sont imposées comme des mesures d'urgence pour sauvegarder la santé publique.
Si nous passons maintenant à l'étude des abattoirs considérés comme établissements insalubres de première classe, nous ne pouvons nous empêcher de constater une fois de plus, combien il est fâcheux que celui de la ville de Bordeaux se" trouve placé, non -seulement au milieu d'un quartier populeux , mais encore dans le centre
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d'établissements publics oii sont appelés à séjourner constamment un grand nombre d'individus. Nous voulons parler de l'Hospice des vieillards, de l'Asile des aliénées et du Petit séminaire.
Ce voisinage, fatal à ces établissements, a toujours été pour le Conseil l'objet d'une grande préoccupation ; il a cherché, à plusieurs reprises, les moyens de le rendre aussi inoffensif que possible, et peut-être aurait-il atteint ce but si sa voix eût été plus écoutée.
Dans cette circonstance, j'ai tenu à ce que la Commission, qui déjà plusieurs fois avait été appelée à visiter l'abattoir, s'y rendît encore, et je me suis fait un devoir de l'y accompagner, pour constater avec elle qu'aucune de ses propositions n'avait été prise en considération et qu'aucune des améliorations réclamées par elle n'avait été introduite dans le régime ou dans l'installation de cet établissement.
Nous disions, en effet, en 1865 :
« V II sera établi un système de conduits souterrains des- « tinés à emporter directement , dans l'égout le plus voisin, « toutes les eaux provenant du lavage des tueries et des tri- « perles. »
Ces eaux et ces résidus s'écoulent encore à ciel ouvert.
« 2° Un clapet automobile sera adapté à chaque conduit,
« à sa jonction avec le canal principal, afin d'empêcher les « miasmes d'être refoulés dans l'intérieur de l'abattoir.
« Une grille à mailles serrées sera placée à la naissance de « chaque conduit , dans le but de retenir les détritus entraî- « nés par l'eau. Après chaque lavage, ces détritus seront « immédiatement réunis aux autres matières solides desti- « nées à être enlevées tous les jours de l'abattoir. »
En l'absence de ces conduits, il ne pouvait être question ni de clapets automobiles ni de grilles à mailles serrées.
« 3° Les pavés seront remplacés par l'asphalte dans toutes « les allées qui , par leur voisinage immédiat avec les tueries « et les triperies, sont susceptibles de recevoir et de retenir « dans les interstices une partie du sang et les déjections des « animaux abattus.
« Il en sera de même pour les cours où se trouvent les « barriques dans lesquelles est momentanément conservé le « sang des animaux. »
Ces allées sont encore pavées ; le sang et les déjections continuent, malgré de fréquents lavages, à s'infiltrer dans la terre.
« 4° Les joints des dalles qui recouvrent le sol des tripece ries seront garnis avec un ciment capable de supporter, « sans se gercer, les brusques variations de température que « peuvent lui faire subir les lavages successifs à l'eau chaude « et à l'eau froide. »
Les pentes des triperies ont été modifiées pour la facilité de l'écoulement des eaux, mais les joints des dalles n'ont pas été cimentés.
« 5° Il est formellement interdit de conserver les suifs et
« les dégras pendant plus de vingt-quatre heures, et de les « fondre dans une dépendance de l'abattoir autre que la fonce derie générale, qui s'y trouve établie, conformément à l'ar- « ticle 4 de l'ordonnance du 14 mai 1828.
Les suifs et les dégras sont encore conservés dans chaque triperie pendant un temps indéterminé ; leur fonte n'a lieu que lorsqu'on en a accumulé une quantité suffisante, c'est-à-dire lorsqu'ils ont déjà subi un degré assez avancé d'altération, et c'est dans chaque triperie qu'a lieu cette fonte à feu nu qui donne lieu à des émanations tellement fétides que la rue des Douves, immédiatement contiguë à l'Hospice des vieillards, est transformée, dans toute son étendue, en un véritable foyer d'infection.
« 6° Il sera pourvu , dans le plus bref délai possible , à la « complète installation de la fonderie générale de l'abattoir, « mais elle ne sera mise en activité qu'après qu'il aura été « constaté qu'elle remplit toutes les conditions voulues.
« Quant à l'installation de cette fonderie , elle devra être « faite d'après les principes admis par le Conseil d'hygiène, « pour tous les établissements de ce genre , et dont voici les « principales dispositions :
1" « Les corps gras ne seront jamais fondus à feu nu, mais « bien par l'intermédiaire de l'eau acidulée formant baince marie.
2" c( La fonte devra se faire dans des vases clos, munis de ce tuyaux conduisant la vapeur dans la cheminée des fource neaux.
3® ce Les fourneaux seront isolés du mur de 20 centimètres ;
a ils seront mis en communication avec mie cheminée cons- « truite en briques et dont la liautem' au-dessus du sol devra « être de 30 mètres au moins, afin qu'en tout temps elle '< puisse faire appel aux émanations provenant des cliau- « dières.
4® (c Après la fonte du suif, les eaux grasses restées dans <( les chaudières seront déversées dans un aqueduc souter- « rain, qui les emportera directement dans l'égout le plus « voisin, w
Cette fonderie existe : mais elle est loin de mériter le titre de fonderie générale de l'abattoir, car la plupart des tripiers fondent eux-mêmes à leur compte, dans des locaux restreints et mal appropriés à cet usage.
Vous le voyez. Messieurs, les prescriptions relatives à ce vaste établissement de première classe qu'on appelle l'Abattoir, n'ont même pas reçu un commencement d'exécution.
Il ne nous reste donc qu'à demander, avec une nouvelle insistance, la mise en vigueur de l'article 4 de l'ordonnance du 14 mai 1828, l'accomplissement des améliorations déjà tant de fois réclamées, et la création d'un bassin contenant une quantité d'eau suffisante pour entraîner rapidement à la rivière le sang et les déjections qui pourraient s'accumuler dans les conduits ou les égouts.
Les mêmes causes d'infection se rencontrent moins nombreuses peut-être, mais non moins nui-
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sibles à cause de leur dissémination, chez quelques-uns des charcutiers de notre ville et dans certaines tueries particulières des .environs de Bordeaux.
L'inspection des charcuteries, en l'absence d'une commission spéciale, pourrait rentrer dans les attributions de la commission des logements insalubres et devrait être l'objet d'une surveillance constante de la, part du commissaire de police du quartier.
Quant aux tueries particulières, il faut, lorsqu'elles ne sont pas autorisées , les faire fermer immédiatement, et si elles fonctionnaient sous le couvert d'une autorisation régulière, il resterait encore à s'assurer que les prescriptions qui leur ont été imposées sont exécutées rigoureusement.
Logements insalubres. — Quand on est appelé, comme le sont les médecins, à visiter chaque jour les demeures des pauvres; quand on voit ces chambres étroites et basses, sortes de cellules ou pénètrent à peine l'air et la lumière ; quand on traverse ces petites cours oîi sont accumulés çà et là des tas de boarriers infects, ces allées sombres et humides où le pied rencontre
des ordures à chaque pas ; quand on arrête son regard sur ces étroits caniveaux d'oii regorgent les eaux ménagères; enfin, quand on entre dans ces garnis malsains, où souvent sont entassés hommes, femmes, enfants et vieillards infirmes, on croit avoir découvert la cause principale de la dissémination et de la propagation des miasmes infectieux qui engendrent les maladies épidémiques ou contagieuses !
Dans tous les cas, on ne sort jamais de ces habitations que profondément pénétré des proportions considérables que doit prendre, en temps d'épidémie, la grave question des logements insalubres. Cette question est en effet la plus intéressante et la plus pratique de toutes celles qui se rattachent à la prophylaxie du choléra, et ce n'est pas sans raison qu'on a considéré l'insalubrité des habitations comme la principale source de toutes les misères, de tous les vices et de toutes les calamités d'un état social.
Étant donnée la cause première qui engendre le choléra, on pourrait afîîrmer que son étiologie secondaire est absolument la même partout, et qu'elle se résume dans ces trois mots : alimentation, agglomération, émanations malsaines.
Nous nous sommes occupés de l'alimentation dans les précédents chapitres; dans celui-ci, nous
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nous bornerons à dire, en ce qui concerne les agglomérations d'individus, que puisqu'elles sont un danger, leur dissémination avant l'invasion de la maladie doit être considérée comme une nécessité toutes les fois qu'elle est possible.
Quant aux émanations provenant des substances corrompues, tout se résume dans l'application des mesures de salubrité qui sont utiles en tout temps , et au nombre desquelles se place en première ligne l'assainissement des habitations.
La ville de Bordeaux doit, il est vrai, à la nature de son commerce et aux habitudes généralement assez laborieuses de sa population, l'heureux privilège de ne pouvoir être comparée à certains grands centres manufacturiers, où les ouvriers, en nombre considérable, sont entassés dans des caves humides ; mais^ si dans notre cité il n'y a pas urgence à l'intervention administrative pour les masses, il n'en est pas de même pour certaines individualités ; car, ici comme partout ailleurs , il existe de ces demeures du malheur dont l'air est tellement vicié qu'il tue au lieu de faire vivre ^ qu'il attaque les enfants dans le sein de leur mère et les conduit à une dècréjntude précoce à travers l'anémie^ les scrofules, le rachitisme et le tubercule!
Dans l'instruction générale publiée au mois de septembre dernier par le Comité consultatif d'hy-
giène de France, on lit le passage suivant que je transcris textuellement :
« Il est aujourd'hui généralement admis que ce qui est « particulièrement dangereux auprès d'un cholérique, c'est « ce qui se dégage de ses déjections. »
Il résulte évidemment de cette affirmation que si, de toutes les causes d'insalubrité qui s'offrent à nous chaque jour dans l'intérieur des logements, l'infection des cabinets d'aisances est certainement une des plus fréquentes, il ne doit pas y en avoir de plus dangereuse en temps d'épidémie cholérique.
Ce serait empiéter sur les droits et les devoirs de la commission des logements insalubres que de traiter ici le côté pratique de ce sujet; mais il nous paraît d'autant plus nécessaire d'appeler toute sa sollicitude sur cette cause de contagion, qu'on ne la trouve pas seulement dans la demeure du pauvre , mais qu'on la rencontre aussi, et souvent à un haut degré, dans presque tous les établissements publics, voire même dans l'habitation somptueuse du riche , où son influence n'est pas moins délétère.
« Excellents hôtels, dit Arthur Young, en parlant de son «c séjour à Bordeaux au mois d'août 1787, entre autres l'hôtel « d'Angleterre et celui du Prince des Asturies. Nous trouvâ- « mes à ce dernier tout ce qu'on peut souhaiter, mais avec « un contraste que l'on ne saurait trop condamner : ainsi
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c nous avions un appartement très-élégant, on nous servait « en vaisselle plate, mais les lieux d'aisances étaient le même « temple d'abommation que l'on eût trouvé dans les boues M d'un village. » (Voyage en France).
La commission des logements insalubres de Paris fonctionne avec une extrême régularité, et je puis ajouter, avec un grand dévouement ; aussi résulte- t-il des rapports généraux qu'elle publie annuellement, sur l'ensemble de ses travaux, qu'elle a déjà rendu d'immenses services. Je ne doute pas que la commission de Bordeaux, imitant cet exemple, ne poursuive avec persévérance l'oeuvre d'utilité publique qu'elle a déjà commencée, et aux débuts de laquelleje me félicite d'avoir pris une part active. Quant à nous , nous n'hésiterons jamais à réclamer que l'attention de cette commission soit appelée sur les questions qui nous paraissent lui incomber d'une manière spéciale ; car c'est en multipliant les sources auxquelles seront puisés les renseignements, qu'il sera possible de rendre de plus en plus efficace la loi essentiellement humanitaire du 13 avril 1850.
Établissements insalubres. — Ayant à la fois pour mission de sauvegarder la santé publique et de protéger l'industrie, nous sommes obligés,
dans l'intérêt de celle-ci, de rechercher et de proposer tout ce que nous croyons être susceptible d'assurer son innocuité. Or, il arrive qu'autant nous apportons de soin dans l'étude des opérations ou des procédés qui peuvent atténuer et même faire disparaître les inconvénients ou les dangers des établissements insalubres, autant les industriels, tantôt par une économie mal entendue, tantôt et le plus souvent par une négligence coupable, semblent s'appliquer à se soustraire à toutes les exigences des règlements qui les concernent. Les uns s'empressent d'étendre le champ de leur exploitation, sans autorisation nouvelle; d'autres se livrent à des opérations qui modifient absolument le classement de leur industrie; celui-ci se plait à nous tromper en instahant son établissement suivant un plan tout autre que ce (;iui était annoncé ; celui-là ne donne à ses appareils ni les dimensions, ni la place, ni le mode de construction indiqués par nous ; presque tous enfin s'installent, fonctionnent et provoquent les réclamations de tout un quartier, non-seulement avant que l'autorisation leur ait été accordée, mais souvent même avant d'avoir songé à la demander.
Il n'en sera plus ainsi désormais; j'aime du moins à l'espérer, puisque M. le Préfet, plus heureux que ses prédécesseurs, a pu obtenir du Con-
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seil général une allocation de 2,000 fr. pour la création d'une place d'inspecteur de la salubrité publique.
Grâces lui en soient rendues au nom des populations dont je me félicite de pouvoir être ici l'interprète, car c'est un grand bienfait qu'il vient de réaliser en leur faveur !
Que ce nouveau fonctionnaire soit intègre, vigilant et consciencieux; qu'il soit mis en relation directe et fréquente avec le Conseil dont il aura toujours à s'inspirer dans l'accomplissement de sa difficile mission ; surtout, qu'il soit nanti du droit de verbaliser, à l'égal des commissaires de police ou des gardes-champétres , et nous ne verrons plus les industriels se jouer à la fois de l'Administration, du Conseil et de l'intérêt général, par l'inobservation constante des prescriptions qui leur sont imposées.
Hospices. — Tout a été dit sur nos hospices et particulièrement sur la Maternité, par notre honorable collègue le docteur Gellie, dans son remarquable rapport sur Pélegrin. Il n'y a plus à y revenir : on sait que les conditions d'insalubrité de ces établissements consistent dans la situation des uns et dans l'encombrement des autres. Pour-
suivra-t-on le projet de translation i AdMc sub jtidice lis est! Le Conseil se plaît à croire que, dans cette circonstance, l'intérêt des pauvres primera les autres considérations.
HÔPITAL Saint-André. — Je n'ai pas eu besoin d'aller le visiter. J'y ai passé les meilleures années de ma vie : et comme les errements d'autrefois sont encore, ou à peu de chose près, les errements d'aujourd'hui, je peux dire que je le connais.
Le principal vice de cet établissement hospitaher, splendide sous tous les rapports, est d'être trop restreint eu égard à sa population moyenne. Il n'y a pas longtemps qu'une occasion de l'agrandir, par l'annexion de la caserne Saint- Raphaël, sembla s'oifrir à l'Administration dans une circonstance exceptionnellement douloureuse et qui, du moins j'aime à l'espérer, ne se reproduira jamais. Que ne s'est-on empressé de la saisir au passage, ne fût-ce que pour faire disparaître cette incroyable anomalie d'une caserne à côté d'un hôpital? Ce ne sont pas les avis qui ont manqué.
Passant maintenant à des questions de détail, et ce sont précisément celles qui ont souvent le
plus d'importance quand il s'agit d'hygiène et de salubrité publique, permettez-moi, Messieurs, d'arrêter votre attention sur deux faits qui me paraissent d'une haute gravité, et que je ne pourrai jamais vous signaler dans une occasion à la fois plus opportune et plus solennelle.
Personne ne se doute qu'il n'existe pas de fosse d'aisances dans l'hôpital Saint-André, et le Conseil n'apprendra pas sans quelque surprise que toutes les matières fécales, déjections des cholériques, thyphiques, dyssentériques ou autres malades, sont reçues dans deux canaux qui passent sous les deux façades Est et Ouest. Là, deux écluses de chasse, alimentées, par l'eau des bains d'un côté, par l'eau de la buanderie de l'autre, sont levées chaque jour et entraînent, dans un conduit souterrain, toutes ces matières, tous ces détritus, toutes ces immondices, vers le Peugue, qui, coulant naguère à ciel ouvert, les conduisait à la rivière en traversant la ville, au grand détriment des populations.
Je vous laisse à penser quel doit être, en temps d'épidémie , le résultat d'une pareille disposition, surtout quand j'aurai ajouté le détail suivant sur lequel j'appelle votre sérieuse attention.
Entre la salle 2 et la salle 3, deux salles de chirurgie, on trie chaque matin, sur les dalles, la charpie, les cataplasmes, les linges souillés de
sang, de pus, ou de toute autre matière en état de putréfaction. Tout ce qui peut resservir, même la charpie, est remis en circulation dans les salles après un ou plusieurs lavages ; tout ce qui est trop vieux ou trop souillé, est jeté dans l'aqueduc du côté ouest, à l'angle du jardin qui sépare la salle 1 de la salle 2, pour aller rejoindre les matières fécales, déjections ou autres immondices, et con-^ tribuer avec elles à répandre dans l'atmosphère des principes virulents ou des miasmes infectieux. Que le Conseil, à cette occasion, me permette de lui lire encore un passage de l'instruction officielle dont M. le Préfet nous a transmis un certain nombre d'exemplaires :
« jy expérience a fait admettre que le principe générateur « du choléra se répand dans l'air ambiant; qu'il s'attache « aux linges, aux hardes, à la literie, à toutes les substances « susceptibles de s'imprégner de la matière des déjections « cholériques; qu'il peut conserver son activité dans l'eau^ « infecter les fosses d'aisances, les égouts, les cloaques, les « puits, les réservoirs, les cours d'eau^ même les grandes « rivières qui traversent les villes, pénétrer dans un sol po- « reux en rapport avec des eaux souterraines, et y rester à « l'état latent jusqu'au jour où, sous l'influence de certaines « conditions de chaleur et de sécheresse, il s'en dégagera « avec des effets plus ou moins pernicieux. »
: Le doute n'est donc pas possible, et j'ajoute : la tolérance d'un pareil état de choses n'est -plus permise. -
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Loin de nous la pensée de proposer ici des modifications radicales dans la construction de notre magnifique hôpital. Le système d'un canal spécial, recevant toutes les immondices de la maison, est d'ailleurs préférable peut-être à des fosses dont il faudrait trop fréquemment opérer la vidange, mais il nous paraît urgent :
Que les lieux d'aisances ordinaires soient interdits aux malades atteints de maladies contagieuses;
Que des bassins spéciaux leur soient affectés;
Que ces bassins soient immédiatement déversés dans des fosses mobiles disposées ad hoc ;
Que les lieux d'aisances, les bassins et les fosses mobiles soient fréquemment désinfectés, à l'aide de liquides ou de substances pulvérulentes suivant le but qu'on se propose d'atteindre;
Que les linges imprégnés de pus, de sang ou de matières putrides quelconques, soient désinfectés par une macération de vingt-quatre heures au moins dans une solution concentrée de chlorure de chaux;
Que la charpie et le linge trop souillés soient immédiatement brûlés, afin qu'ils ne puissent plus être remis en circulation ;
Que ces différentes opérations soient faites dans un local éloigné des salles ;
Que la vanne de l'écluse de chasse soit levée
plusieurs fois par jour, et qu'on véritîe si la quantité d'eau est assez considérable pour entraîner rapidement toutes les matières déversées dans le canal;
Enfin, que l'administration municipale, complétant son œuvre de salubrité publique, fasse continuer jusqu'au boulevard le grand canal collecteur du Peugue et de la Devèze.
HÔPITAL Saint-Jean. — Ce bâtiment manié, remanié de cent façons différentes depuis une vingtaine d'années, n'a jamais subi de transformations que dans un seul but : augmenter le nombre des jjïaces. Or, l'hôpital ne s'est pas agrandi.
Construit dans l'espace compris entre le cours Saint-Jean et la rue des Incurables, l'hôpital vrai (car il faut distraire de l'ensemble la maison du directeur, les services généraux et un petit jardin) l'hôpital vrai offre un parallélogramme de huit cents mètres carrés environ. Les bâtiments sont trop élevés, les salles s'ouvrent les unes dans les autres, les fenêtres,, déjà insuffisantes, sont obstruées de Persiennes à poste fixe, et au miheu de toutes ces conditions désavantageuses on compte cent cinq lits dans les salles des femmes et quarante-cinq dsuis celles des hommes.
A chacun de ces deux services est attribuée une petite cour entourée de murs et surplombée de tous côtés par les maisons voisines. Ces deux entonnoirs augmentent encore le défaut d'aération intérieure.
Enfin, une autre circonstance vient aggraver la situation des femmes :
Deux catégories, filles soumises, filles clandestines, se partagent le quartier droit. Or, ces deux classes devant ajuste titre être séparées, il arrive que lorsque les filles soumises prennent l'air, les autres sont confinées dans un petit ouvroir ridiculement exigu, et que lorsque celles-ci jouissent de la Cour, les premières sont reléguées dans leur salle.
En un mot, 1" encombrement est à son comble et le mal ne peut que s'accroître de jour en jour, vu l'augmentation considérable du personnel.
Si malgré ces inconvénients les conditions sanitaires de cette maison sont habituellement favorables, peut-on raisonnablement espérer qu'il en serait de même dans le cas oii une épidémie sévère viendrait à s'abattre sur notre ville ? Nous n'oserions l'affirmer.
DÉPÔT DE Mendicité. — Cet établissement est bien entendu; il ne laisse rien à désirer au point
de vue de l'aération, de T emménagement intérieur, de Tordre et de la propreté; les lits des dortoirs sont seulement beaucoup trop rapprochés les uns des autres, mais j'ai hâte d'ajouter que cet inconvénient paraît devoir prochainement disparaître, par suite de l'annexion de deux maisons voisines récemment achetées.
En l'absence de toute infirmerie, les malades atteints d'ulcères aux jambes ou d'affections chirurgicales diverses se trouvent mélangés aux autres pensionnaires. Ce mélange pouvant devenir nuisible, il faut se hâter d'y mettre un terme.
Le croirait-on? le dépôt de mendicité n'a pas encore été gratifié de l'eau de la ville, et par la nature de sa population, c'est peut-être l'établissement oîi il est le plus essentiel d'avoir de l'eau à discrétion ; aussi les cabinets d'aisances sont infects, et nous ne saurions trop insister sur la nécessité de remédier immédiatement à cette grave cause d'insalubrité, soit par une aération plus complète , soit par de fréquents lavages , car, en temps d'épidémie, elle pourrait avoir des conséquences funestes. "
Prisons. — Dans la prison départementale, on a renoncé au système cellulaire, et les détenus
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travaillent en commun; mais ils ont encore le bénéfice de la cellule pour les repas et pour le sommeil.
Les résultats statistiques constatés par notre collègue le d'' Gellie, médecin de la prison, et qui a bien voulu me faire visiter cet établissement dans tous ses détails, témoignent suffisamment que l'hygiène des prisonniers et la salubrité du local ne laissent rien à désirer.
Que vous dirai-je de la prison municipale, qui m'a été ouverte avec une grande obligeance par M. le Commissaire central de police de la ville de Bordeaux ?
Ici , des lits de camp couverts de paille , dans des salles peu spacieuses ne recevant le jour et l'air que par d'étroites fenêtres, et où sont entassés pêle-mêle, en nombre qui varie de dix à quarante, des adultes, des vieillards, des enfants, chose éminemment regrettable ! presque tous plus ou moins couverts de vermine , quelques-uns m-éme atteints de maladies contagieuses. Là, d'autres salles plus petites, contenant trois ou quatre lits pour les gens qui paient.
Une cour et des lieux d'aisances qui, à l'heure de ma visite, étaient relativement propres. Le sont-ils toujours?
La paille est-elle renouvelée trois fois par semaine, comme j'en ai reçu l'assurance? J'aime à
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le croire, iDieri que les habitués de la prison soutiennent le contraire !
Quoi qu'il en soit, il nous paraîtrait urgent que les murs fussent badigeonnés à la chaux , au moins deux fois par an, et que les lieux d'aisances fussent lavés, chaque jour, à l'eau chlorurée.
Ce qu'il y a surtout d'important à signaler dans cette prison , dont l'installation est absolument celle des prisons transitoires dites violons^ c'est qu'il existe un assez grand nombre d'individus auxquels il arrive de vivre dans ce local malsain, et de coucher sur la paille sans pouvoir se déshabiller, pendant six, huit, quinze jours, un mois, et souvent plus.
Or, ces conditions, à peine tolérables pour vingtquatre ou quarante-huit heures, cessent absolument de l'être lorsque l'incarcération se prolonge au-delà de ce terme , et certainement , en temps d'épidémie cholérique, la prison municipale ne tarderait pas à devenir, par cela seul, un véritable foyer d'infection , en même temps qu'une cause incessante de contagion et de propagation de la maladie.
Ce fait, d'une haute gravité, mérite la sérieuse attention de l'autorité supérieure.
Casernes. — En m' adressant à l'autorité mili-
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taire, j'aurais pu certainement pénétrer dans les casernes et peut-être y aurais-je découvert des causes d'insalubrité ; j'ai mieux aimé m' abstenir. Les casernes, ainsi que l'hôpital militaire, ressortissent au ministère de la guerre; or, je ne doute pas que le personnel médical auquel est confiée la santé de nos soldats, ne veille à faire disparaître tout ce qui pourrait la compromettre , et qu'il ne s'applique, surtout dans la triste perspective d'une invasion épidémique, à éviter les circonstances qui seraient de nature à favoriser la propagation de la maladie.
Cimetières. — 11 n'y a pas de question qui ait été pour le Conseil un objet plus constant d'étude et de préoccupation que celle du cimetière de la Chartreuse.
En 1860, appelés à rechercher la cause des infiltrations qui se produisaient dans un grand nombre de caveaux, vous déclarâtes qu'un drainage complet était le seul moyen d'en obtenir l'assèchement.
Ce drainage , commencé le 25 novembre 1864, n'était pas achevé en mai 1865, et on n'avait encore drainé que les allées, négligeant ainsi les parties du cimetière qui auraient dû surtout être desséchées, c'est-à-dire remplacement des tombes.
Il en résulte que, même depuis le drainage, les fossoyeurs ont souvent ouvert des caveaux oti les cadavres étaient complètement plongés dans l'eau. Cependant les expériences d'Orfîla avaient appris que, si la décomposition se fait avec assez de rapidité dans les terrains de sable et de gravier, elle n'achève son oeuvre de destruction qu'avec une extrême lenteur dans les terrains humides.
Plus tard, en 1862, M. le Maire de Bordeaux soumit à l'approbation de M. le Préfet une délibération du Conseil municipal, relative à un plan de distribution de concessions perpétuelles contiguës les unes aux autres et placées sur trois rangs.
L'avis du Conseil fut :
V Que, s'il y avait urgence absolue à établir un nombre considérable de concessions nouvelles, il était indispensable de les disséminer sur une vaste surface, leur accumulation en triple rangée dans un espace resserré pouvant devenir une cause puissante d'insalubrité ;
2° Que l'économie de terrain obtenue par la contiguïté des concessions ne saurait compenser le danger que peut occasionner l'accumulation des produits de la décomposition des corps, et qu'il devait toujours y avoir au moins un mètre de terrain entre chaque caveau ;
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3° Que désormais les ventes de concessions perpétuelles dans le cimetière actuel devaient être interdites, et qu'i fallait chercher immédiatement un local convenable pour l'installation d'un autre cimetière.
Depuis lors, neuf ans se sont écoulés, les ventes de concessions perpétuelles se sont continuées, peut-être même ont-elles été plus nombreuses, et l'emplacement du nouveau cimetière n'est pas encore trouvé.
Sans doute, les sépultures particulières sont dans les usages , dans les moeurs de notre époque, et elles témoignent de tendances trop respectables pour qu'on ne donne pas satisfaction à ce sentiment pieux ; mais , quand on réfléchit au voisinage du cimetière .de la Chartreuse, à son étendue considérable, à sa situation à l'ouest de la ville, et quand les tables de mortalité (1) permettent de constater que les décès, relativement plus considérables dans la paroisse Saint-Bruno que dans toute autre, sont dus surtout à des maladies infectieuses, telles que la fièvre typhoïde ou l'angine couenneuse, il est impossible de ne pas considérer comme une cause d'insalubrité de la plus haute gravité l'accroissement du nombre des concessions perpétuelles.
(1) Relevés statistiques du d"" Méran. — Année 1868^ p. 689.
Cette opinion est également celle de mon honorable confrère et ami, le d"" Vergely, qui, dans son intéressante étude sur les cimetières, s'exprime ainsi :
« Sous l'influence de causes hygiéniques diverses, pendant « la guerre de Crimée, en cinquanle-sept jours, on a vu « mourir du typhus six cent trois infirmiers sur huit cents, « et plus de quatre-vingts médecins militaires. Il me semble « que pareille chose peut arriver pour la population d'une « grande ville qui possède dans son enceinte un vaste cime- « tière, c'est-à-dire un immense enclos où les cadavres livrés « à la décomposition dans le sein de la terre, l'imprègnent « de liquides qui laissent échapper dans l'air les miasmes a organiques les plus redoutables.
« En temps ordinaire, ajoute-t-il, cette population ne sem- <c ble pas trop incommodée par ces vapeurs putrides aux- « quelles elle est en partie accoutumée; mais, que des <i circonstances diverses , telles que variation brusque de « l'atmosphère, maigre récolte, troubles politiques, viennent « modifier les conditions dans lesquelles elle se trouve, le mé- « phitisme du cimetière viendra certainement aggraver les « maladies régnantes, peut-être même favoriser le dévelop- « pement d'une maladie épidémique. »
Enfin, Messieurs, m' étant rendu, le mois dernier, au cimetière de la Chartreuse, avec quelques-uns de nos collègues, pour rechercher si les fouilles, pratiquées au bout de six ans dans le champ commun , ne donnaient pas lieu à des émanations dangereuses, et si le charnier ou sont
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déposés les ossements était réellement, comme on nous l'avait affirmé, un véritable foyer d'infection, j'ai pu constater qu'il n'en était rien.
Nous affirmons que tous les cadavres étaient entièrement consommés dans la partie de l'ancien cimetière oii les fouilles se faisaient à cette époque. Quant à la vaste fosse qui sert d'ossuaire, et sur laquelle est comme suspendu une sorte de châssis vitré, il ne s'en échappait aucune exhalaison délétère. On se demande cependant pourquoi ces os ne sont pas brûlés avec ce qui reste des parois de chaque cercueil : ce serait d'autant plus facile que le public est généralement persuadé que les choses se passent ainsi.
Notre mission une fois accomphe, pendant que nous traversions une des grandes allées, nous fûmes tous comme enveloppés au même instant par une sorte de vapeur qui, si elle n'avait pas ce caractère de putridité franche qu'on trouve dans l'atmosphère des amphithéâtres, avait quelque chose d'écœurant et de nauséeux qui la rendait intolérable. Elle provenait d'un caveau qu'on venait d'ouvrir dans le voisinage pour une sépulture du lendemain.
Il est facile de se rendre compte du danger de pareilles émanations , qui se reproduisent chaque jour sur un ou plusieurs points du cimetière, et qui, en temps d'épidémie, par suite de l'accrois-
sèment de la mortalité, doivent prendre de larges et très-regrettables proportions.
Dans les champs communs, en effet, l'épaisse couche de terre qui recouvre les corps, absorbe et peut jusqu'à un certain point dénaturer les gaz et les liquides produits par leur décomposition ; il n'en est pas de même lorsque les corps se putréfient dans l'intérieur des tombes. Les gaz méphitiques ne sont alors ni détruits ni absorbés ; ils se font jour lentement, soit par les fissures des constructions, soit par les défauts des scellements, ou, s'ils sont retenus et comprimés jusqu'à la prochaine ouverture du caveau, ils font alors irruption au-dehors , exerçant avec force leur délétère influence sur la santé des malheureux préposés à ce travail.
« Je fus frappé (dit encore le docteur Vergely, en parlant « des fossoyeurs) de l'uniformité de leur aspect. Ils sont « maigres, jaunes, et se livrent à leurs travaux avec lenteur; a leur marche, la façon dont ils se servent de leur bêche, « tout dénote chez eux une certaine faiblesse, et j'ai reçu, « d'un surveillant en chef, l'assurance que ces pauvres gens « ne vivent pas longtemps. »
" Puis il ajoute :
« Qu'importe que les fièvres malignes ne les enlèvent pas, « si une intoxication graduelle, insidieuse et lente, abrège fl leurs jours. Le danger du méphitisme n'en reste pas moins . « démontré. »
L'intérêt avec lequel le Conseil a écouté, dans
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son avant-dernière séance, l'exposition faite par M. Martin-Barbet des divers procédés auxquels on pourrait avoir recours pour neutraliser des exhalaisons aussi dangereuses, témoigne suffisamment de sa conviction qu'il faut j remédier dans le plus bref délai possible; toutefois, la question a paru si grave que le Conseil a préféré la renvoyer à une commission spéciale. En attendant ses conclusions je vous prie, Messieurs, de déclarer :
Qu'il est indispensable de choisir, dans le plus bref délai possible, un ou plusieurs terrains pour la création immédiate d'un ou de plusieurs cimetières, si tant il était vrai qu'en les multipliant, on sauvegardât mieux les convenances de la population et les exigences de la salubrité publique;
Qu'il faut immédiatement rechercher quels seraient les meilleurs moyens d'empêcher ou d'atténuer les exhalaisons méphitiques qui résultent de l'ouverture des caveaux;
Qu'il est essentiel, en cas d'épidémie, de prescrire l'emploi très abondant du chlorure de chaux, soit dans les bières, soit dans les tombes, avant comme après le dépôt du cercueil.
L'action du chlore a pour résultat d'enlever aux gaz qui résultent de la décomposition de la matière organique leurs caractères délétères, tandis que les préparations phéniquées ou créoso-
tées rendraient cette matière imputrescible, ce qui serait contraire au but qu'on désire atteindre par l'ensevelissement des corps.
Voirie. — Les étrangers qui traversent notre ville en emportent tous cette bonne impression que les rues y sont larges et bien percées, que les places y sont spacieuses, que la hauteur des maisons n'est pas exagérée, qu'enfin, au point de vue de la viabilité, Bordeaux est dans des conditions de salubrité parfaite.
Cette appréciation est vraie d'une manière générale ; cependant, si ces étrangers avaient parcouru les quartiers qui constituent ce qu'on appelle le vieux Bordeaux, ils auraient constaté que la plupart des voies laissent beaucoup à désirer, sous le rapport de l'alignement, de la largeur, du pavage, de l'entretien, et qu'un trop grand nombre de rues ou d'impasses sont transformées en de véritables cloaques, sur lesquels nous devons appeler toute la sollicitude de l'autorité.
Il y aurait pourtant de notre part, un manque de justice, en même temps que de reconnaissance, à ne pas profiter de cette occasion pour adresser nos remerciements à l'Administration
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qui, en créant la grande et belle voie du Peugue, a fait disparaître beaucoup de ces rues étroites et malsaines et de ces impasses privées d'air et de jour, dans lesquelles l'existence des malheureux, condamnés à les habiter, ne pouvait qu'être abrégée par l'altération lente et successive des sources de la vie.
Mais qu'on prenne bien garde, dans la distribution qu'on a cru devoir faire des terrains en façade, à ne pas créer de nouvelles impasses ou de nouveaux passages qui deviendraient, à leur tour, le réceptacle de toutes sortes d'immondices.
Ce serait peut-être le moment de nous demander si des spéculateurs ont le droit, en dehors du plan d'ensemble, d'ouvrir des rues, de bâtir des maisons, les unes en contre-bas, les autres en contre-haut des terrains circon voisins, de façon à préparer pour l'avenir des causes d'insalubrité presque irréparables, et dont il est facile de trouver de nombreux exemples dans les faubourgs de notre ville oti tant de voies n'ont pas- encore été acceptées par la municipalité.
Poser la question, c'est à mes jeux la résoudre : cependant, comme il ne saurait nous appartenir de soulever une discussion de droit administratif, nous nous bornerons à signaler ici, au point de vue de la salubrité publique, les graves
conséquences de cette endémie moderne, à laquelle on pourrait donner le nom de fièvre de parcellement. -
Voilà pour l'ensemble : maintenant passons aux détails.
Au commencement de l'année 1855, le choléra venait à peine de frapper sa dernière victime, que déjà le Conseil tournait ses regards vers le passé, comme pour y chercher quelque enseignement utile ou quelque indication qui le mît sur la voie de nouveaux services à rendre.
Il ne lui fut pas difficile de constater que l'épidémie avait sévi surtout dans les paroisses Saint- Martial, Saint-Bruno, Saint-Nicolas, Saint-Michel, Sainte-Croix, et que, dans chacune d'elles, les rues les moins favorisées sous le rapport de la salubrité avaient été de beaucoup les plus maltraitées.
Mais un grand fait attira son attention : c'est qu'en 1849 comme en 1854 une certaine partie des Chartrons et, à l'extrémité opposée de la ville, le Saugeon , avaient été plus frappés à eux seuls que tous les autres quartiers réunis. Le Saugeon surtout, où pas une demeure ne fut épargnée et oîi me présentant en pleine épidémie pour visiter une des maisons le plus cruellement atteintes, j'en vis enlever le dernier habitant. Depuis huit jours, c'était le septième!
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Or, au Saugeon on comptait six rues assez larges et convenablement pavées ou macadamisées, bordées de maisons d'assez bonne apparence, généralement peu élevées et presque toutes pourvues de grands jardins en bon état de culture. Sur ces six rues , deux venaient s'ouvrir par leur côté nord dans la rue du Saugeon, une seule avait deux ouvertures et les trois autres s'entre-croisaient en manière de double impasse.
C'est particulièrement à cette disposition, qui, si elle dure encore, pourrait avoir les mêmes conséquences, que nous attribuâmes la prédilection fatale de l'épidémie, à deux époques différentes, pour une localité salubre en apparence, mais Be composant en réalité d'un réseau de Aboies sans issues où les miasmes venaient s'abattre et restaient pour ainsi dire incarcérés.
Aux Chartrons , ce sont les rues Lombard , Maurice, Bourbon, Chantecrit, Dupaty, Surson et plusieurs autres adjacentes qui, en 1849 comme en 1854, firent les frais de la mortalité cholérique. N'était-il pas naturel de supposer qu'il y existait des causes inconnues et permanentes d'insalubrité? Le Conseil m' ayant confié la mission de les rechercher, je me souviens qu'après avoir constaté l'état des lieux, je ne fus plus étonné que d'une seule chose : c'est que les maladies de
tous genres ne fussent pas plus fréquentes et plus meurtrières dans ce quartier.
Il existait, en effet, au niveau de ces rues et sur le derrière des Ctiartrons, un périmètre d'environ dix à douze hectares, borné au nord par la manufacture Vieillard, au sud par les rues Maurice, Lombard et Surson, à l'ouest par le chemin de La Barde, à l'est par la rue Dupaty et son prolongement, immense espace qui était traversé en tous sens par de nombreux fossés sans écoulement, cloaques infects qui ne se desséchaient partiellement qu'au moyen d'une évaporation lente ou d'une infiltration successive.
Ces fossés entouraient de toute part ce vaste marécage et se subdivisaient en petites sections où des savonneuses, à l'aide de barrages mobiles, retenaient sans pouvoir la renouveler, l'eau nécessaire aux besoins de leur industrie; quelquesuns longeaient, du sud au nord, les rues Chantecrit, Dufour et Bourbon, pour se terminer vers le chantier de M. Gièze, par des embranchements sans issues ; tous communiquaient entre eux et se déversaient les uns dans les autres, mais leur ensemble , faute d'une voie commune d'évacuation, ne pouvait constituer qu'un réseau de bourbiers d'oîi s'exhalaient les émanations les plus délétères.
Si l'on retrouve encore quelques-unes de ces
graves causes d'insalubrité, l'Administration doit s'empresser de les faire disparaître, car les populations, en cas d'invasion épidémique, seraient exposées aux mêmes dangers.
Aujourd'hui cependant, je me plais à le reconnaître, il s'est produit une amélioration notable dans l'hygiène des Chartrons et de Bacalan.
Le prolongement de la rue Dupaty, l'ouverture du cours du Médoc, la construction de la gare du chemin de fer, la continuation du boulevard de ceinture dans les marais des allées de Boutant et de Bacalan, la construction des docks, sont autant de travaux qui ont exercé la plus heureuse influence sur ^assainissement de cette partie de la ville; et pourtant de tout cela il ne faudrait pas conclure qu'il ne reste plus beaucoup à faire.
Certes, l'ouverture du cours du Médoc et la construction de l'aqueduc qui longe cette voie sont des créations d'une importance incontestable; mais, pour donner à cet aqueduc le degré d'utilité qu'il devrait avoir, il n'aurait pas fallu l'arrêter au cours Balguerie-Stuttemberg qu'il traverse ; on aurait dû le prolonger bien au-delà, afin de faire disparaître plusieurs petits cours d'eau, et surtout l'estey Crébat, qui a toujours été pour le quartier de la Grange-Rouge un véritable foyer d'infection, et qui, n'ayant pas d'écoulement, est
dans des conditions plus détestables et plus dangereuses encore que par le passé.
Qu'il nous soit permis de faire une observation analogue relativement à la construction des quais : si elle a considérablement amélioré une grande partie des Chartrons, il est à regretter que le quartier qui en avait le plus besoin n'ait pas joui du même avantage.
Jusqu'au Magasin des vivres, en effet, il n'y a pas lieu de trop se plaindre ; mais quand on parcourt la rue de Lormont, rue très-longue et trèspeuplée, on est péniblement impressionné par l'état d'insalubrité des voies nouvellement ouvertes sur sa partie gauche, car elles sont, pour la plupart, absolument impraticables. Le côté droit de cette rue n'est pas , de bien s'en faut , dans des conditions hygiéniques meilleures. De nombreux fossés servent de déversoir à toutes les immondices des maisons voisines, et se trouvent, par cela même, transformés en véritables sentines dont les émanations méphitiques pour raient devenir la source des plus graves accidents.
Il nous reste. Messieurs, à étudier la voirie en ce qui touche à la police administrative.
Et d'abord, que dire du balayage et de l'arrosage des rues, si ce n'est que ce sont deux opéra-
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tions connexes qui devraient être faites simultanément.
Personne n'ignore que les commissaires de police et les appariteurs ont l'ordre d'en assurer l'accomplissement; mais tout le monde sait bien que cette prescription n'est presque nulle part conve nablement exécutée. Du reste, il faut bien le reconnaître, l'application de cette mesure est deyenue très incomplète depuis l'existence des chaussées.
Autrefois, les propriétaires étaient tenus de faire arroser et balayer, régulièrement chaque jour, le devant de leur maison jusqu'au miheu de la rue; aujourd'hui, cette double opération n'étant faite qu'une fois la semaine par l'entrepreneur de la ville, qui d'ailleurs ne l'accomplit souvent que pour la forme et presque toujours très-irré-* gulièrement, les chaussées bombées sont recouvertes de matières de toute nature que le vent emporte et qui rendent sans effet les balayages et les arrosages des habitants.
Il serait donc bien préférable de remettre en vigueur les anciens règlements et d'imposer à chaque propriétaire l'obligation de l)alayer et d'arroser la moitié de la rue qui fait face à sa demeure et surtout de nettoyer les caniveaux des trottoirs, ou croupissent des matières organiques en décomposition, déposées par les eaux ménagères.
Je viens de parler des règlements. Ah! Messieurs, ce n'est pas ce qui manque! Ce qui fait défaut partout et toujours c'est leur exécution.
L'entrepreneur de l'enlèvement des boues et bourriers, par exemple, est lié par un cahier des charges qu'ont rédigé les hommes les plus compétents, et qu'ont discuté à plusieurs reprises des conseils municipaux successifs; on croit être arrivé à la perfection, puis on s'aperçoit bientôt que cet entrepreneur n'a ni assez d'hommes, ni assez de chevaux , ni assez de tombereaux pour que le service se fasse d'une façon régulière; et la vérité vraie, c'est qu'il y a des rues de notre ville où l'on ne sait pas s'il existe des tombereaux pour l'enlèvement des beurriers, des immondices et même des animaux morts, qui restent indéfiniment accumulés dans les ruisseaux. Ce sont pourtant des causes d'insalubrité au premier chef, que l'autorité se garderait bien de tolérer au centre de la ville, et sur lesquelles elle ferme les yeux dans les quartiers oti il serait d'autant plus urgent qu'on ne les rencontrât pas, que la population y est plus pressée et que ses conditions d'hygiène sont généralement détestables.
Ecuries publiques. — Il ne faut pas confondre
les écuries publiques avec ce que l'on appelle des pensions de chevaux. Ces dernières, qui ne reçoivent que des animaux de luxe, peuvent être en tout point assimilées aux écuries particulières si bien tenues à Bordeaux.
Celles auxquelles nous faisons allusion, et que nous considérons comme compromettantes pour la salubrité publique, sont plus particulièrement situées dans les environs des places Saint-Julien et des Capucins, dans les rues Saint-Antoine, Figuières, Pont-Long, et surtout à La Bastide. Elles sont généralement obscures, privées d'air et de lumière; le peu de litière qu'on y voit recouvre et déguise des fumiers entassés pendant toute la semaine, peut-être même pendant plusieurs semaines de suite. Il se dégage de ces écuries une odeur ammoniacale très-désagréable, qui se répand jusque dans la rue, où les urines s'écoulent à tout instant du jour, s'infllirent dans les fissures des pavés et séjournent dans les ruisseaux pour y être décomposées par l'action solaire, au préjudice de l'air ambiant.
Pour obvier à ces graves inconvénients, nous avons demandé à plusieurs reprises que les propriétaires de ces établissements fussent tenus :
1° D'assurer, par de fréquents et abondants lavages, le facile écoulement des urines ;
2° De diriger ces urines vers un récipient, qui
devra être vidé tous les jours, à moins qu'elles ne puissent être déversées directement, par un canal couvert, dans Tégout le plus voisin ;
3° De faire enlever régulièrement, toutes les vingt-quatre heures, les fumiers et les litières.
Lieux d'aisances publics. — Le petit nombre des lieux d'aisances publics, je devrais dire leur absence presque complète, fait que la plupart des rues un peu obscures ou isolées, que toutes les impasses, voire même quelques-unes des parties les plus abritées de nos quais, deviennent un réceptacle de matières fécales qui répandent dans le voisinage des émanations insupportables.
Il est indispensable de remédier à ce grave inconvénient, surtout dans les parties de la ville oîi se trouvent de grandes agglomérations de travailleurs.
CoLONNES-URiNOiRES DES QUAIS. — Ce qui prouve la grande utilité de ces colonnes , c'est leur emploi fréquent.
Lorsqu'il en était temps encore, c'est-à-dire au moment même de leur construction, le Conseil s'éleva avec insistance contre le système des récipients à vidanges périodiques. Aujourd'hui que
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le fait est accompli, il ne nous reste qu'à réclamer une grande exactitude dans cette vidange nocturne, le nettoiement fréquent des récipients, et leur désinfection en cas d'épidémie.
On s'occupe, sur certains points,-4e la reconstruction des quais. Pourquoi ne pas profiter de cette circonstance pour envoyer directement à la rivière, à l'aide d'un petit canal intérieur, les urines qui se répandent sur la voie publique où elles forment de larges cloaques? Les colonnes pourraient alors être arrosées par un petit courant d'eau se renouvelant incessamment.
Vidanges. — Ce service se fait dans notre ville, le jour à l'aide des appareils hydro-haromètriques, la nuit par l'ancien système.
La vidange hydro-barométrique est d'une exécution facile et relativement assez prompte; mais, si elle est sans désagréments pour les voisins, il n'en est pas de même pour les habitants de la maison, car les émanations les plus fétides s'échappent de la fosse pendant plusieurs jours. Ne pourrait-on pas exiger de l'entrepreneur la désinfection des fosses?
Quant à la vidange nocturne, tout le monde sait que les passants sont condamnés à fuir les rues dans lesquelles elle se pratique. Il y a donc
urgence à réclamer l'application rigoureuse des procédés de désinfection à l'aide desquels cette industrie se croit permis de se donner la qualification de vidange inodore.
Mais il existe une autre infraction sur laquelle il est indispensable d'appeler la plus extrême surveillance, en même temps que la plus grande sévérité : je fais allusion à l'habitude, prise depuis quelques a,nnées par les hommes qui conduisent les tonnes, de déverser, au moyen d'une manche, les matières liquides dans les égouts. C'est évidemment là une cause grave d'insalubrité et cependant, malgré nos avertissements réitérés, elle continue à se reproduire impunément, même dans les plus beaux quartiers de notre ville.
Egouts. — Au mois de juin 1854, en pleine épidémie, je fus appelé auprès d'un employé du service actif de la Douane , qui venait d'être frappé du choléra.
« J'étais de faction, me dit-il, à côté d'une « bouche d'égout d'oîi s'échappait une odeur pu- « tride. Je suis victime d'un véritable empoison- « nement ! »
Six heures après, il avait cessé de vivre.
De ce fait, très-saisissant, il y a deux conclusions à tirer :
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La première, c'est que les mêmes causes d'insalubrité qui, en temps ordinaire, se bornent à exercer une influence fâcheuse sur la constitution médicale, peuvent, en temps d'épidémie, devenir non-seulement terribles, mais foudroyantes.
La seconde, c'est que les bouches d'égout de notre ville sont, pour la plupart, de véritables foyers d'infection.
Pourrait-il en être autrement quand elles sont presque toujours encombrées par des matières animales ou autres, dont l'accumulation se produit en quantité telle, surtout dans les égouts à petite section , qu'elles subissent sur place tous les degrés de la putréfaction, malgré l'écoulement bi-quotidien de l'eau des bornes-fontaines.
Le seul moyen d'éviter ces exhalaisons délétères, est d'oblitérer l'orifice de chaque égout par un clapet automobile^ ce qui ne doit pas empêcher de fréquents lavages qui, dans les époques d'épidémie, pourraient être rendus quotidiens et pratiqués avec de l'eau assez fortement chlorurée.
Un autre inconvénient d'une haute gravité se rattachait au mode de construction de nos égouts : je veux parler de l'inondation des parties les plus basses de novre ville pendant la période des grosses marées.
Les travaux nécessités par la construction des
quais ainsi que par la canalisation du Peugue et de la Devèze , auraient dû mettre un terme à ce fâcheux état de choses qui provenait, paraît-il, de ce que les orifices d'égouts se trouvant ouverts du côté du fleuve, les murs étant d'ailleurs en très mauvais état, il devait y avoir, dans certaines circonstances, un refoulement des eaux, et parfois des débordements inévitables.
Mais si la cause n'existe plus, nous ne devons pas laisser ignorer à l'Administration que l'effet persiste, puisque les caves des rues Margaux, Cheverus, Montméjean et Gouvion sont encore inondées plusieurs fois par an, même en dehors des époques de grosses marées.
Il ne nous appartient pas de rechercher les nouveaux motifs de ces inondations ; cependant, si l'on considère qu'elles ne se produisent que dans les quartiers riverains du Peugue et de la Devèze, qu'elles ont lieu en plein été, qu'elles ne sont plus le résultat du refoulement des eaux de la Garonne, qu'enfin elles ne se sont manifestées qu'à dater du jour où le grand canal collecteur a remplacé les anciens lits des ruisseaux, on arrivera certainement à cette conclusion : qu'elles sont dues à l'absence complète de moyens d'écoulement pour les eaux d'infiltration.
A l'Administration d'aviser ; car ces conditions déjà compromettantes pour les intérêts des pro-
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priétaires, pourraient, par leur persistance, devenir très nuisibles à la santé des habitants.
Marais. — Ce travail, déjà bien long, prendrait des proportions exagérées si je voulais présenter ici un résumé, même succinct, de toutes les études auxquelles s'est livré le Conseil d'hygiène sur les marais. Il me paraît à la fois plus simple et plus pratique de reproduire les conclusions des deux derniers rapports dont cette question a été l'objet.
Au mois de mars 1860 (1), après avoir exposé l'état fâcheux d'insalubrité dans lequel se trouvaient à cette époque les marais de Bordeaux, de Bruges et de Rivière ; après avoir donné un aperçu des dépenses qu'entraînerait leur assainissement et de la plus-value qui en résulterait pour chaque hectare de terrain ; après avoir étudié les deux systèmes auxquels on pourrait avoir recours en s'appuyant sur la loi du 16 septembre 1807 ; enfin après avoir rappelé que, dans les nombreuses épidémies dont Bordeaux a souffert, la fraction de son territoire qui avoisine ces marais a toujours été la plus maltraitée, notre
(1) Travaux du Conseil d'hygiène, vol. VI, page 266.
honorable collègue M. Clemenceau terminait ainsi son rapport :
« La commission vous propose, à l'unanimité, d'insister a auprès de M. le Préfet, afin qu'il veuille bien prendre des a mesures :
« 1" Pour la plus prochaine et la plus active exécution des «projets de dessèchement et de colmatage des marais de « Bordeaux, de Bruges et de Rivière;
« 2" Pour l'ouverture immédiate et la mise en état des « voies destinées à faciliter l'écoulement des eaux qui se « répandent sur ces fonds ;
« 3° Pour l'enlèvement de tous les barrages et autres cons- « tructions mettant obstacle, même momentanément, à cet « écoulement;
« 4" Pour la fermeture, sans aucun délai, des coupures a par lesquelles les eaux extérieures sont introduites dans les « murais. »
Plus tard, au mois de juin 1868, dans une circonstance mémorable et dont y m persoj27ieUement de graves motifs pour me souA^enir, le Conseil adoptait à l'unanimité les conclusions suivantes de mon rapport sur les marais de Belleville :
* V Les marais de Belleville sont dans les conditions les « plus regrettables d'insalubrité ;
« 2" Le grand égout collecteur et les autres travaux entre- « pris jusqu'à ce jour sont sans influence actuelle sur l'amé- « lioration de ces marais ;
« 3° 11 est indispensable de procéder à leur assainissement « dans le plus bref délai possible, par appUcalion de la loi
« du 16 septembre 1807. Une étude d'ensemble, confiée à a des hommes spéciaux, peut seule indiquer quels sont les « moyens d'arriver à ce résultat. »
Voilà ce que nous demandions il y a bientôt douze ans, pour assainir l'immense périmètre paludéen situé au nord de Bordeaux , et ce que nous réclamions, il y a quatre ans, pour le marais de Belleville, ce foyer d'infection placé dans l'enceinte même de notre cité !
En ce qui concerne les grands marais de Bordeaux et de Bruges, il est juste de reconnaître que des travaux très importants et très utiles ont été exécutés dans ces dernières années, avec l'aide de subventions accordées par l'État, par le Département et par la Ville de Bordeaux ; mais l'œuvre d'assainissement est loin d'être accomplie, et la partie la plus dangereuse, celle qui est la plus rapprochée de la ville et qu'on peut appeler intra- urbaine, reste encore à l'état de bourbier infect.
Quant aux marais de Belleville, s'il y a une légère amélioration dans leur situation, elle n'est due qu'aux travaux exécutés par quelques particuliers ; mais il faut des efforts bien autrement sérieux, et surtout des etforts entrepris avec des vues d'ensemble, pour faire disparaître à bref délai toutes les causes d'insalubrité qui sont
accumulées dans ce quartier et qui menacent incessamment la santé des habitants de toute la ville.
Cours d'eau. — Les cours d'eau qui traversent notre ville sont au nombre de trois : la Devèze, le Peugue et l'Eau-Bourde ou estey de Bègles.
1° La Djvèze. — Le premier établissement de quelque importance que l'on rencontre sur les bords de la Devèze, pouvant altérer la pureté de ses eaux et déverser dans son lit des matières plus ou moins infectes , est situé à la Glacière ; c'est la fabrique de produits tartreux du sieur Crespy.
De cet établissement s'écoulent, en assez grande abondance, des résidus d'une odeur repoussante, dont une partie croupit dans des fossés pendant que l'autre vient se déverser dans la Devèze (1).
Un peu plus bas se trouve le moulin de Tocqueville ; on s'explique difficilement pourquoi,
(l)Un arrêté préfectoral, du 27 septembre 1867, interdit formellement au sieur Crespy le déversement de ses résidus dans la Devèze, et un rapport du Conseil d'hygiène, du 22 novembre de la même année , réclame , d'une manière absolue , le maintien de cette interdiction.
D'INSALUBRITE 443
étant en chômage depuis longtemps, il retient néanmoins les eaux au détriment des propriétés voisines.
Plus près de Bordeaux, en amont comme en aval de la propriété Jonhston et dans cette propriété même, le ruisseau, dépourvu de la pente nécessaire à son écoulement, est transformé en une sorte de mare bourbeuse ; or, vous remarquerez, Messieurs, que sur ce point les habitations sont déjà nombreuses, et que, par cette circonstance très aggravante, les causes de l'altération des eaux se multiphent à l'infini.
Enfin, la Devèze, au moment de pénétrer en ville, le long du cimetière de la Chartreuse dont elle reçoit les eaux de drainage, ne constitue plus, surtout en été, qu'un véritable bourbier, d'oîi s'exhalent les émanations les plus méphitiques.
2° Le Peugue. — Au chemin du Tondu, visà-vis la propriété Jonhston, ce cours d'eau est arrêté par une forte digue munie de vannes, qui dépend d'un moulin ne marchant plus qu'à la vapeur depuis plusieurs années. Il en résulte, d'une part, que les terres en amont sont inondées par l'infiltration des eaux ; de l'autre, qu'il y a impossibihté radicale d'exécuter un curage, qui serait pourtant de la plus grande nécessité.
Sur la rive droite, il existe aussi une autre fabrique de produits tartreux, dans laquelle on
retrouYe toutes les négligences et tous les inconvénients signalés un peu plus haut, à l'occasion de l'établissement du sieur Crespy; puis le Peugue arrive à Lescure, qu'il traverse sur un fond de gravier, sans rencontrer le moindre obstacle, pour pénétrer de là dans la propriété Colombier oîi un canal en pierre lui a été ménagé.
Pourquoi n'en est-il pas ainsi sur tout son parcours ? Pourquoi tous nos cours d'eau ne sont-ils pas traités de la sorte ? Ce serait le complément indispensable de ce qui a déjà été fait pour l'assainissement de la ville de Bordeaux.
3° Eau-Bourde ou esteij de Bègles. — La qualité de ses eaux est actuellement gravement compromise par le voisinage d'une usine destinée à l'épuration de l'huile de pétrole.
Le Conseil doit se souvenir que dans une de ses dernières séances, il a "été lu un rapport concluant à ce qu'on prît immédiatement des mesures sévères pour empêcher les eaux de lavage de cette usine de s'écouler dans les fossés où , par une infiltration lente, elles compromettent à un tel degré l'eau des puits environnants et celle de l'estey, que l'une et l'autre sont devenues tout à fait impropres au blanchissage du linge ainsi qu'à la boisson des animaux.
Une autre usine déverse aussi dans FEau- Bourde d'abondantes matières en putréfaction :
c'est la fabrique d'huile de pieds de bœuf du sieur Guérineau ; il y aurait à yérifier si cet industriel se conforme aux prescriptions qui lui ont été imposées.
Enfin, la compagnie des chemins" de fer du Midi, après avoir détourné de leur ancien lit les eaux de ce ruisseau, les retient au moyen d'un barrage et leur conserve ainsi un niveau si élevé, relativement à celui des terres environnantes , qu'au grand détriment de la santé pubhque, elle l'a transformé en un vaste marais. Il est vrai que cette compagnie en fait exécuter le comblement à ses frais, mais le travail est si considérable et s'accomplit avec une telle lenteur, qu'il est à craindre que les populations ne restent encore longtemps exposées à cette grave cause d'insalubrité.
C'est d'ailleurs à partir de ce point que les eaux de l'estey de Bègles sont plus particulièrement bourbeuses, fétides et corrompues. En vain a-ton le soin, tous les-jours, de faire lever les vannes du barrage; ce moyen est loin d'opérer un renouvellement complet de cette masse liquide, à laquelle ne sont pas imprimés le mouvement et la rapidité nécessaires pour l'entraînement de la vase qui s'accumule incessamment.
De tout cela il résulte, comme conclusion pratique, qu'un curage à fond de l'Eau-Bourde et de ses affluents, opération qui devrait être fré-
44t) DES CAUSES
quemment renouvelée, est indispensable dans le plus bref délai possible.
Si maintenant, parcourant avec vous. Messieurs, les communes limitrophes de Bordeaux, je pouvais vous faire constater les nombreux foyers d'infection que créent d'incessantes infractions à la police des cours d'eau, dans les affluents ou embranchements qui sillonnent par milliers ces communes ; si je pouvais vous conduire sur les bords de ces ruisseaux fangeux et presque sans écoulement qui, sur la route de Mérignac, un peu avant la Glacière, reçoivent les eaux méphitiques de vingt-cinq ou trente lavoirs superposés ; si je pouvais vous faire pénétrer dans l'impasse de la rue de Marseille, le long de ce petit cours d'eau, presque à sec dans la saison chaude, qui sert de lieux d'aisances, non-seulement aux passants, mais à toutes les maisons du quartier, et qui reçoit journellement les détritus et les immondices d'un charcutier riverain; si je pouvais vous introduire, à deux pas de la Croix-Blanche, dans les jardins que traversait naguère à ciel ouvert le ruisseau de Durand, subissant tout le long de son parcours une série de retenues pour les besoins des ménages ; vous seriez non moins surpris qu'effrayés de tant d'incurie, et vous vous demanderiez quelle peut en être la cause !
Comme il n'est pas dans les attributions du Conseil de la rechercher, j'hésiterais, je l'avoue, à vous la faire connaître, si je n'étais pénétré de cette conviction que, lorsqu'il s'agit de la santé pubhque, il faut avoir le courage de tout dire et de tout écouter.
La cause de ce déplorable état de choses, c'est qu'un arrêté du 21 janvier 1811 met le curage des cours d'eau non navigables entre les mains des maires ; c'est que ces magistrats, les uns par ignorance, les autres par faiblesse, ceux-ci par incurie, ceux-là par manque d'initiative, tous par défaut d'entente et d'unité d'action dans une entreprise qui devrait être une œuvre d'ensemble, attendent qu'une circonstance exceptionnellement fâcheuse vienne les faire sortir de leur torpeur administrative.
Que le curage des cours d'eau et de leurs affluents soit désormais confié aux préfets, avec le concours actif du service hydraulique, et les choses ne se passeront plus ainsi!
C'est par ce vœu que je termine. Puisse-t-il arriver jusqu'à l'autorité supérieure, et surtout puisse-t-il être exaucé!
Lavoirs. — Bordeaux est entouré d'un réseau
de lavoirs publics ou particuliers qui , pour quare motifs principaux, doivent être considérés comme très nuisibles à la santé publique.
Le premier , c'est qu'ils sont généralement situés à l'ouest et au sud-ouest de la ville, qui se trouve ainsi sous le vent de ces établissements pour la plupart insalubres.
Le second , c'est que les ruisseaux de quelque importance, qui reçoivent les eaux du plus grand nombre de ces lavoirs, se dirigent sur Bordeaux et le parcourent dans toute sa longueur : tels sont Testey de Bègles, le Peugue, la Devèze, le ruisseau de Caudéran, celui des Moines et l'estey Crebat;
Le troisième , c'est qu'en été la sécheresse a tellement diminué les eaux qu'il n'y a presque plus d'écoulement; alors, il s'accumule dans le lit des ruisseaux, et il se dépose sur la berge, des quantités de matières savonneuses et putrescibles qui, en s' évaporant, répandent au loin les miasmes les plus délétères.
Le quatrième enfin , c'est qu'à l'époque de cette sorte d'assèchement naturel, les savonneuses pratiquent des retenues par suite desquelles le linge des habitants est lavé, pendant plusieurs jours consécutifs, dans une eau corrompue, bourbeuse et fétide.
Le moyen le plus sûr et le plus facile de sauve-
D'INSALUBRITE 449
garder, à cet égard, la santé publique, serait évidemment d'ordonner la suppression de pareils lavoirs ; mais on ne saurait oublier que, d'une part, leur multiplicité répond précisément à un besoin impérieux de notre époque, que de l'autre, un grand nombre d'ouvrières seraient ainsi privées de leur unique ressource.
Il ne reste donc qu'un seul moyen de se soustraire à cette fâcheuse alternative : c'est de se mettre résolument à l'œuvre, et de créer sans retard de nombreux lavoirs publics, installés dans de bonnes conditions de salubrité, sur plusieurs points de notre ville, ainsi que dans les communes de la banlieue.
Alors, mais alors seulement, l'Administration pourra sans crainte interdire le lavage du linge dans les eaux fangeuses des ruisseaux qui traversent notre ville, ainsi que dans celles, plus fétides encore, de la plupart de leurs affluents ; et, dans le cas oîi l'autorité ne se croirait pas suffisamment autorisée à cette mesure radicale, soit par la loi du 14 décembre 1789 qui lui impose le devoir de veiller à la salubrité publique, soit par celle des 16 et 25 août 1790, elle pourrait peutêtre invoquer l'arrêt du Parlement du 2Q janvier 1729, dont nous lui avons déjà révélé l'existence à propos de l'Eau-Bourde. Nous pouvons d'ailleurs affirmer de nouveau, aujourd'hui
même , qu'une clause , introduite dans les actes de vente des terrains de l'ancien archevêché, interdit formellement aux acquéreurs la faculté de jeter ou d'entreprendre, dans le lit des ruisseaux la Devèze et le Peugue, quoi que ce soit qui puisse altérer la pureté de leurs eaux.
Vous comprenez, Messieurs, quelle est l'importance de cette clause, et quel parti pourront en tirer nos administrateurs le jour oîi ils seront décidés à délivrer Bordeaux des causes d'insalubrité qu'on rencontre à tous pas sur le cours des ruisseaux qui traînent lentement leurs eaux noirâtres et méphitiques au milieu de notre belle cité.
La Bastide. ■ — Il serait difficile de rencontrer ailleurs une réunion de faits aussi compromettants pour la salubrité publique que ceux qui se trouvent groupés dans le faubourg de La Bastide, dont la population est d'environ huit mille habitants.
Cette question était trop importante et trop complexe pour qu'on n'en fît pas l'objet d'une étude spéciale dont notre honorable collègue le d'' GelUe a bien voulu se charger. Nous nous occupeions donc successivement avec lui de l'ensemble et des détails , en commençant naturelle-
D'INSALUBRITE 451
ment par ces derniers et en adoptant les mêmes divisions que pom^ la yille de Bordeaux.
P Marché. — Il n'existe à La Bastide qu'un seul marché dont l'emplacement est en ayant du pont. Ce marché en plein vent n'a pas une grande importance, mais il serait désirable que le sol fût pavé et que le balayage en fût fait chaque jour avec plus de soin.
2° Abattoir. — Il n'y a pas d'abattoir public, mais n'y a-t-il pas plusieurs de ces tueries particulières ou abattoirs clandestins, d'où sortent souvent des viandes avariées qu'on livre à la consommation sans avoir été soumises à aucune inspection? C'est à surveiller.
3" Logements insalubres. — Ils sont très nombreux, et ce n'est pas sans une profonde tristesse que l'on voit des familles entières entassées dans des taudis infects, dont l'air corrompu constitue, en temps ordinaire, un danger qui deviendrait très redoutable dans l'hypothèse d'une invasion épidémique.
Il est indispensable de faire remarquer qu'à La Bastide, comme autrefois au Saugeon, la plupart des maisons n'ont pour fosses d'aisances que des tonnes en bois enterrées dans le sol. C'est assez dire que l'Administration a le devoir de faire cesser immédiatement un état de choses aussi regrettable, et qu'elle doit faire appel à
la commission des logements insalubres pour lui venir en aide.
4° Vidanges. — De ce qui précède, il résulte évidemment que le système de' vidanges mis en usage à La Bastide est aussi . primitif que possible. Il consiste à déverser ou à transporter des matières fécales dans les fossés dont elles contribuent de la façon la plus dangereuse à corrompre les eaux stagnantes.
Il faut se hâter de mettre un terme à un pareil état de choses.
6° Établissements industriels. —^ Ils sont encore sans importance et ne méritent aucune mention spéciale.
6° Écuries particulières et publiques. — Elles sont on ne peut plus mal tenues ; on pourrait même dire qu'il n'en est pas une seule où des dispositions convenables aient été prises pour assurer l'écoulement des eaux de lavage et des urines, qui apportent l'infection sur la voie publique. L'une d'elles est spécialement affectée au remisage des porcs : c'est un véritable foyer d'infection.
De fréquentes visites devraient être prescrites aux agents de l'autorité, pour veiller à ce que ces écuries fussent tenues dans les conditions de propreté exigées par les règlements et réclamées à la fois par la santé des habitants et par celle des animaux.
l"" Caserne. — A défaut de caserne, une vaste remise, dans d'assez bonnes conditions de propreté, est seule affectée à un détachement de cayalerie de peu ^l'importance comme nombre.
8" Cimetière. — r Le cimetière le plus rapproché, celui de Cenon-La-Bastide, est situé de telle façon qu'il ne peut exercer aucune influence dangereuse sur la santé des habitants.
go Yoirie. — L'état de la voirie à La Bastide est dans les conditions les plus fâcheuses.
Le service du balayage et du nettoiement des rues n'est fait que par deux tombereaux, l'un pour le quartier de Queyries, l'autre pour celui de la Benauge. On nous a affirmé qu'une fois remplis, ces tombereaux disparaissent pour ne plus revenir; en sorte, qu'il ne serait enlevé chaque jour que deux charretées d'immondices; il existerait même des rues où l'enlèvement des bourriers n'aurait lieu qu'une ou deux fois par semaine. Ajoutons qu'un grand nombre de ces rues non classées, dépourvues de caniveaux et de tout moyen d'écoulement des eaux pluviales et ménagères, sont transformées, à la moindre pluie, en de véritables fondrières, oii il est impossible à une charrette, lourdement chargée, de s'aventurer. Le service public du balayage et de l'enlèvement des immondices est donc très-défectueux, très-incomplet; on pourrait même dire
qu'il est impraticable. Les détails que nous allons mettre sous les yeux du Conseil Yont le démontrer.
Pour apporter un peu de clarté et de méthode dans la nomenclature des rues non classées, que nous croyons devoir signaler comme réclamant des travaux immédiats d'assainissement, nous aA^ons divisé le faubourg de La Bastide en trois zones.
La première zone renferme les rues situées entre le quai des Queyries et la gare du chemin de fer.
Dans cette zone nous signalerons d'une manière toute particulière :
La rue Bouthier, qui doit réunir l'avenue de Paris au quai des Queyries. Cette voie, d'une grande utilité, est dans un état qui rend impossible l'écoulement des eaux ;
La rue Hortense, allant de la rue de Queyries au quai du même nom : véritable fondrière ;
La rue Renier et la rue Ribes, parallèles à la rue Hortense, et dans le même état ;
La rue Gèraud, très petite et très rapprochée du fleuve : encore plus impraticable que les précédentes.
Pour toutes ces rues, non encore acceptées par l'Administration, et qui sont des foyers d'infection très dangereux, le Conseil croit devoir ré-
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clamer des travaux de nivellement, de macadamisage, et l'établissement de caniveaux.
La deuxième zone est comprise entre la gare et l'avenue de Paris. Elle contient :
Le village Davin, qui renferme 15 à 20 maisons, et qui se trouve sur la gauche de l'avenue deParis, immédiatement après le premier passage à niveau du chemin de fer. Les conditions d'insalubrité de la principale rue de ce village étant absolument les mêmes que celles des rues précédentes, il est de toute nécessité de réclamer les mêmes travaux d'assainissement ;
La rue Rollatide, transformée en impasse par la construction de la gare du chemin de fer. Il y aurait lieu de supprimer l'égout qui se trouve à l'entrée de cette rue ; les détritus de toutes sortes qu'y jettent les habitants en font un foyer d'infection. Les eaux pluviales et ménagères pourraient être conduites par des caniveaux dans l'égout nord de l'avenue de Paris ;
Les rues Fau, de Pineau et Sainte-Marie, qui sont dans les mêmes conditions d'insalubrité;
La Rue Jardel, qui n'est pas encore classée et qui résume à elle seule ce qui a été dit de toutes les autres rues, car il est absolument impossible de se figurer un ensemble de conditions aussi repoussantes. Son classement est d'une si indispensable nécessité, que nous regardons cette
mesure comme une des plus urgentes que le Conseil ait à demander à l'Administration.
La troisième zone est formée par les terrains situés entre l'avenue de Paris et la rue de Benauge. On y trouve :
La cité Fatin , située entre l'avenue de Paris, la rue Bonnefin, le chemin de la Rotonde et la rue Béranger. Cette partie de La Bastide compte plusieurs voies nouvelles et ne peut être convenablement assainie que par des travaux de macadamisage et par l'établissement de caniveaux ;
La Rue Picard^ qu'il est important de classer pour qu'on puisse y établir un égout souterrain, indispensable à l'assainissement de cette rue ;
La vara^e du Pont du côté du Quai Deschamps, et la route qui relie ce quai à la passerelle en suivant le bord de l'eau ; l'une et l'autre demandent des améliorations qui auraient une heureuse influence sur l'état sanitaire de cette partie de La Bastide.
Avant de nous occuper des fossés et des aqueducs compris dans ces trois zones, nous croyons devoir dire un mot de l'avenue de Paris, dont les proportions grandioses -sont admirées de tout le monde, mais qui malheureusement laisse beaucoup à désirer au point de vue de l'écoulement des eaux et de la salubrité des habitations.
La disposition du terrain et des bas-côtés est telle que, dans la saison des pluies, cette magnifique voie se trouve transformée en une rivière de boue, qui la rend impraticable aux piétons.
Le pavage de la portion comprise entre le pont et le premier passage à niveau du chemin de fer, l'établissement de trottoirs, avec pentes bien étudiées pour un facile écoulement des eaux, pourraient seuls remédier à ces inconvénients sérieux.
Ce grand travail d'utilité publique a été, paraît-il, étudié et adopté par l'administration des ponts et chaussées. Espérons que rien ne viendra mettre obstacle à sa prochaine exécution.
Trois autres voies nous paraissent également réclamer l'emploi du pavage. La première, est la large chaussée qui conduit du pont à la gare du chemin de fer d'Orléans, et qui offre les mêmes inconvénients que l'avenue de Paris ; la seconde, est la voie très courte située entre la porte de l'entrée principale de la gare des marchandises et l'avenue de Paris ; la troisième, est la rue Serr, qui longe dans toute son étendue le côté sud des gares des voyageurs et des marchandises. Le sol de ces rues est. incessamment défoncé par le passage de charrettes et de camions lourdement chargés.
Il nous reste maintenant à passer en revue les
aqueducs et les fossés qui exigent des travaux d'assainissement, et à rechercher quels sont les égouts souterrains dont la construction nous parait immédiatement nécessaire.
Dans la première zone, le fossé de la Rotonde vient d'être curé par les soins du syndicat des marais de Queyries ; mais cette opération aurait besoin d'être pratiquée plus souvent qu'elle ne l'a été jusqu'ici, parce que ce fossé reçoit toutes les eaux de lavage des machines du chemin de fer d'Orléans, et qu'elles y restent stagnantes à cause du peu de déclivité du terrain. Cette circonstance, qui a motivé à plusieurs reprises des plaintes très-justifiées, a déjà été l'objet d'un rapport de notre regretté collègue M. Fauré.
Depuis peu, il a été construit un canal pour conduire ces eaux grasses dans l'aqueduc ; c'est certainement une bonne mesure, mais il s'agit de savoir si l'expérience ne démontrera pas qu'elle est encore insuffisante. Dans tous les cas, il nous semble que la compagnie d'Orléans devrait être mise à contribution pour le curage plus fréquent du fossé de la Rotonde.
Le fossé Nuyens^ parallèle à celui de la Rotonde a les mêmes aboutissants ; il est aussi dans les plus détestables conditions. L'eau fétide et corrompue qu'il renferme exhale des miasmes d'autant plus dangereux qu'elle passe à quel-
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ques mètres du bureau de bienfaisance, où les sœurs de charité tiennent une classe d'enfants. Nous demandons que le curage de ce fossé, qui est à la charge du syndicat, soit ordonné sans retard.
Le fossé Mauriac part aussi de la rue de Queyries, et n'arrive pas jusqu'au fleuve; il est donc sans écoulement et constitue un foyer permanent d'infection. En attendant que l'exhaussement des terrains permette de le supprimer, il est indispensable de le rattacher au fossé Nuyens par un canal passant sous la rue de Queyries.
Le fossé Géraiid a besoin de fréquents curages, parce qu'il reçoit les eaux infectes d'une brasserie voisine, qui devrait participer à son bon entretien.
Dans la deuxième zone :
Le fossé de la rue Sainte-Marie exige un curage immédiat; il pourra être supprimé dès qu'aura été classée la rue du même nom.
Le fossé de la remise des omnibus règne tout le long de l'établissement de la compagnie des omnibus et reçoit, sans écoulement possible, toutes les eaux de lavage des voitures et des écuries, ainsi que les urines d'un grand nombre de chevaux. C'est un cloaque des plus infects. On ne peut songer à l'améliorer sérieusement
qu'en obligeant la Compagnie à remplacer le fossé qui existe par un canal à fond imperméable, mis en communication avec celui de Tayenue de Paris, au moyen d'un aqueduc voûté, partant du point oîi ce fossé abandonne la prairie marécageuse qu'il côtoie dans toute sa longueur.
Tous ces exemples montrent la perturbation apportée par la construction des gares d'Orléans dans le régime des eaux qui devront à l'avenir se jeter dans l'aqueduc nord de l'avenue de Paris, au lieu de se déverser dans le fleuve.
Dans la troisième zone :
Le fossé de Benauge, dont l'eau est toujours stagnante, et qui reçoit les matières fécales d'un grand nombre de maisons, est un des foyers d'infection les plus dangereux que renferme La Bastide. Il importe donc qu'il soit supprimé le plus tôt possible; cette amélioration ne peut être obtenue que par la construction de l'égout souterrain de la rue Picard, qui doit compléter celui de la rue Durand, et amener les eaux dans le collecteur de l'avenue de Paris.
En attendant la réalisation de ce projet, le fossé de Benauge doit être curé fréquemment dans toute son étendue ;
Le fossé séjparatif de M. de Pineau et des riverains de la rue Picard a besoin d'un curage complet, et de plus il doit être relié au système
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d'égouts projeté, par le prolongement du fossé qui longe l'ancienne mairie ;
Les fossés Ducheyron et Letellier, dont les eaux sont dans un état de corruption extrême, reçoivent les matières fécales d'un grand nombre d'habitations. La suppression de ces fossés est absolument nécessaire; elle pourrait être obtenue par la création, dans la rue Letellier, d'un égout se dirigeant de l'ancienne église vers la Garonne. En attendant, un curage immédiat est indispensable.
Enfin, pour terminer cette longue énumération des mesures d'assainissement que nous réclamons en faveur de La Bastide, nous devons demander la reconstruction de l'aqueduc du chemin de Gourillon, le long de la propriété Bourges.
Comment se lait-il que des conditions aussi préjudiciables à la santé des populations, aient pu prendre naissance et se perpétuer sous les yeux de l'Administration supérieure, sans qu'aucune mesure ait été adoptée pour y apporter remède?
La réponse à cette question est très-complexe, et par conséquent nécessite quelques explications.
Le sol sur lequel est bâti le faubourg de La Bastide est un terrain d'alluvion marécageux,
qui s'incline vers la Garonne, par une pente si peu sensible qu'on peut dire qu'il est tout à fait plat. Cette circonstance explique combien les eaux doivent s'écouler difficilement vers la rivière, et comment aussi le plus léger obstacle doit les rendre stagnantes dans les nombreux fossés qui les dirigent vers les égouts ou vers la Garonne, après de longs et sinueux parcours.
Mais il existe une autre circonstance, dont nous devons particulièrement signaler la fâcheuse influence sur l'assainissement de La Bastide : c'est que la plupart des propriétaires de terrain ont construit des maisons, avec l'espérance de les voir former des rues qui devront plus tard être classées à cause des exigences de la circulation. Le but des spéculateurs s'est réalisé, mais il existe un grand nombre de petites voies qui ne sont pas encore acceptées, et dont le mot cloaque exprime seul l'état qu'elles présentent. Il est vraiment bien affligeant que l'Administration ait été impuissante à empêcher le développement graduel d'un état de choses aussi nuisible à la santé des populations !
Enfin, l'établissement de la gare du chemin de fer d'Orléans a eu aussi sa part d'influence sur les mauvaises conditions hygiéniques de La Bastide, par suite du grand nombre de fossés que la Compagnie a fait supprimer, sans se préoccuper
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de donner aux eaux de nouveaux moyens d'écoulement. (1)
De tout cela, Messieurs, il y a une conclusion, pratique mais bien regrettable, à tirer : c'est que, dans le cas où quelque épidémie à forme grave éclaterait à Bordeaux, aucune autre partie de la ville n'offrirait au fléau, pour y exercer ses ravages, un terrain mieux préparé.
D'ailleurs, tous les médecins qui ont l'habitude de voir des malades à La Bastide, savent très bien que les fièvres intermittentes, les fièvres typhoïdes, les ophthalmies, la dipthérite avec ses diverses manifestations , le muguet et le choléra infantile, y sont relativement plus communs et plus meurtriers que dans les autres parties de la ville. C'est ainsi que notre honorable confrère le d*" Chabrely affirme qu'en une seule saison, il a pu constater 200 cas de dyssenterie. Le d"" Montalier, médecin du chemin de fer d'Orléans, a également remarqué que les ouvriers de la gare, qui habitent La Bastide avec leurs familles, sont atteints, dans une proportion relativement considérable, de maladies sérieuses, particulièrement de celles qu'on rencontre dans les pays maréca-
(1) Nous tenons cette observation importante <\e M. l'ingénieur Wolff, détaché pour le service de la ville, et qui nous a fourni, avec la plus extrême obligeance, tous les renseignements dont nous avons eu besoin.
geux ; et les sœurs de charité, chargées du bureau de bienfaisance, déclarent que la plupart des maladies qui atteignent les indigents auxquels elles fournissent les médicaments, exigent l'emploi à hautes doses des préparations de quinquina.
Il ne suffit donc pas, pour satisfaire aux exigences d'une situation aussi grave , de formuler quelques vœux d'assainissement partiel; le devoir du Conseil, en pareille circonstance, est de rappeler à l'Administration les grands principes d'hygiène publique sans l'application desquels il lui serait impossible de placer le faubourg de La Bastide dans des conditions durables de salubrité.
En conséquence, nous proposons :
1° De faire étudier, pour le mettre à exécution le plus promptement possible, un système général d'égouts souterrains et voûtés, qui ne laissent aucune rue de La Bastide sans un écoulement facile de ses eaux vers la rivière ;
2° D'établir, pour le service et le lavage des rues, préalablement pavées, un système de bornes-fontaines analogue à celui qui existe à Bordeaux ;
3° De classer immédiatement quelques-unes des voies les plus utiles à la circulation, et de choisir particulièrement celles dont l'état olfre le plus de -danger pour la salubrité publique ;
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4" De faire remblayer, soit aux frais de la ville, soit aux frais des propriétaires s'il y a lieu, tous les terrains en contre-bas ;- . -
5° De s'opposer, à l'avenir, par tous les moyens possibles, à ce qu'aucune nouvelle construction soit élevée en dehors d'un nivellement général et d'un plan d'ensemble adopté par l'Administration, après l'accomplissement des formalités légales.
Ici, Messieurs, s'arrêterait notre œuvre, si je ne tenais à la compléter en résumant cette longue étude dans une série de propositions que j'ai l'honneur dé soumettre à l'approbation du Conseil.