PROGRAMME A L'USAGE DES COMMISSIONS AUXILIAIRES
Pour rendre les services qu'on est en droit d'attendre de leur institution essentiellement pratique, les Commissions doivent : .
V Rechercher, dans chaque circonscription, quelle influence peuvent exercer sur la salubrité publique les divers établissements industriels, et les signaler à l'autorité, soit pour les ramener aux conditions de leur autorisation , soit pour leur en imposer de nouvelles.
2° Visiter les logements suspects d'insalubrité, et en particulier les logements garnis, ainsi que les hôtels dits^^es miracles. Ces logements peuvent présenter deux ordres de causes d'insalubrité : les unes, constantes et dues au mode de construction, telles, par exemple, qu'insuffisance d'air dans les chambres , installation vicieuse ou absence de lieux d'aisances , existence de citernes souvent infectes ; les autres , passagères et dues à la malpropreté des appartements , des lieux d'aisances, des cours , des allées, ou à l'engorgement des dalles et à la stagnation d'eaux savonneuses ou putrides.
Il appartient à la Commission des logements insalubres, en vertu de la loi qui l'institue, de faire cesser les premières ; par conséquent, les commissions auxiliaires devront se bor-
ner à les signaler ; quant aux autres, l'intervention de ces commissions devra être immédiate et spontanée. Elles auront le devoir d'employer tous les moyens possibles pour faire disparaître ces causes incessantes d'insalubrilé, et de les indiquer à l'Administration afin que des agents spéciaux puissent s'assurer de l'exécution des mesures proposées.
3° Visiter les maisons où habitent en commun un grand nombre de personnes, telles que maisons d'éducation, asiles et orphelinats, abstraction laite des hospices, casernes, prisons et autres établissements qui relèvent d'administrations spéciales. Il sera particulièrement essentiel de rechercher si le nombre des habitants n'est pas hors de proportion avec la capacité des locaux où ils se trouvent ordinairement réunis; de s'assurer du nombre des lieux d'aisances, de la manière dont ils sont tenus; de la situation des fosses d'aisances relativement aux puits environnants et de l'existence de porcheries ou de toute autre agglomération d'animaux qui pourraient se rencontrer dans quelques-uns de ces bâtiments,
4° Se Uvrer à l'examen très-attentif de la voirie. Cet examen devra particulièrement porter : sur les voies non classées et sur les rues non terminées, dans lesquelles se trouvent encore des terrains vagues, qui peuvent devenir de véritables foyers d'infection ; sur les dépôts d'immondices où trop souvent sont déposés des animaux morts; sur les tas de fumier dans le voisinage des écuries publiques; sur l'infiltration du purin dans l'intervalle des pavés et sur son imbibition dans le sol ; sur l'écoulement des eaux, et en particulier des eaux ménagères; sur l'entassement des matières grasses dans les caniveaux des trottoirs ; sur les urinoirs, ceux des quais en particulier; sur les lieux d'aisances publics; sur les fossés, la* voirs, égouts, puisards , et sur la recherche des meilleurs moyens d'en assurer la désinfection.
5° Procéder à de fréquentes visites chez les marchands de
comestibles et chez les charcutiers, au double point de vue de l'alimentation et de la tenue de ces établissements ; surveiller les tueries, en ce qui concerne l'entassement des détritus et l'écoulement des eaux grasses et sanguinolentes.
A cette mission d'utilité publique, les commissions auxiliaires devront joindre celle non moins importante, mais d'un ordre plus élevé, de profiter des visites à domicile pour donner, à l'occasion, des conseils aux habitants sous le rapport de leur hygiène privée. Ces commissions devront s'inspirer, à cet égard, des instructions officielles que l'administration se dispose à faire publier, et qui gagneront certainement à être transmises par leur intermédiaire, sous une forme à la fois plus familière et plus à la portée de toutes les intelligences.
Enfin, leur œuvre, exclusivement préservatrice aujourd'hui, pourrait prendre un caractère plus directement efficace, s'il leur était réservé d'ajouter un jour aux services déjà rendus, des conseils sur les accidents prodromiques du. choléra, des soins, des consolations et des distributions de secours aux familles les plus frappées et les plus nécessiteuses.
Que les membres des commissions auxiliaires se pénètrent donc de ce programme; qu'ils se divisent en petits groupes à chacun desquels serait attribué un certain nombre de rues dont ils deviendraient les surveillants officieux; qu'après chaque visite, ils s'empressent d'informer brièvement l'Administration de ce qui lui incombe; qu'ils entrent aussi dans les maisons des pauvres; qu'ils tâchent d'y faire disparaître ou du moins
d'y atténuer les causes d'insalubrité qu'on y rencontre à tout pas ; qu'ils aillent s'assurer de temps en temps si leurs conseils ont été suivis , et qu'ils se présentent toujours avec la certitude que l'abnégation, la bienfaisance et la charité sont des clés qui ouvrent toutes les portes.
Si tout cela se faisait avec ensemble, avec persévérance, et surtout si ces mesures préventives pouvaient s'appliquer à la France entière, je ne craindrais pas d'affirmer que nous aurions été les initiateurs d'une grande œuvre d'utilité publique !
Pour tout, le reste nous n'avons qu'à ouvrir nos actes et qu'à reproduire à peu près textuellement les propositions qui nous avaient été inspirées par les précédentes épidémies cholériques. Ainsi nous y verrons que, dans notre premier rapport sur la question du choléra, le 18 août 1849, nous nous occupions : de la reconstitution des conseils d'hygiène d'arrondissement et des commissions cantonales, de l'hygiène des populations et de l'organisation des secours. Or, ce que nous réclamions à cette époque nous parait absolument applicable à la situation actuelle, et nous n'hésitons pas à demander qu'on réorganise immédiatement les conseils d'arrondissement, ainsi que les commissions cantonales, dans tout le département de la Gironde.
Ces commissions, dont le décret constitutif du 18 décembre 1848 et l'arrêté ministériel du 15 février 1849 précisent les devoirs , désignent la composition et fixent le mode de nomination, devraient correspondre avec le Conseil central par l'intermédiaire de l'autorité administrative. Elles indiqueraient les améliorations qu'il conviendrait d'apporter à l'hygiène publique ; elles recueilleraient tous les documents relatifs à l'apparition, aux progrès, à la marche de la maladie et seraient tenues de transmettre ces documents au Conseil central au moins une fois par semaine.
Pour faciliter ce travail, les médecins seraient invités à signaler au maire de chaque commune, tous les cholériques près desquels ils auraient été appelés, et ce magistrat en donnerait immédiatement avis au sous-préfet de l'arrondissement. Enfin , le cas échéant, ces commissions pourraient aussi devenir, s'il y avait lieu, le centre d'une organisation à peu près analogue à celle des commissions auxiliaires instituées dans la ville de Bordeaux.
On verrait aussi dans nos actes que, passant à l'examen de la question hygiénique, nous disions : l'hygiène est le point sur lequel il est de notre devoir d'insister d'une manière toute particulière, car si elle a toujours une grande in-
fluence sur la santé des populations, elle devient indispensable en temps d'épidémie.
Puis, afin de mettre plus d'ordre dans cette étude importante, nous avions fait, de l'hygiène publique et de l'hygiène privée, deux chapitres successifs qui vont trouver ici leur place , mais après avoir subi les modifications exigées par Tétat actuel de la science et par l'expérience du passé.