LETTRE A UN MÉDECIN
compte seul de l'incurabililé du mal, de la désobéissance du malade, ou d'autres petites circonstances semblables, et qui a la conscience assez large pour se contenter de pareilles excuses, pour continuer à combattre les maladies, qu'il regarde à travers le prisme de ses systèmes, avec des médicaments jusqu'ici inconnus, dont l'action n'est pas sans influence sur la vie et la mort.
Où donc trouver des secours certains? disait en soupirant le père accablé des plaintes et des douleurs de ses chers enfants. Partout, autour de lui, ténèbres et désert ! point de soulagement pour son cœur oppressé !
Huit années de pratique exercée avec la plus scrupuleuse attention m'avaient déjà fait connaître le néant des méthodes curatives ordinaires. Je ne savais que trop, par ma triste expérience, ce qu'on devait attendre des préceptes de Sydenham et de F. Hoffmann, de Boerhaave et de Gaubius, de Stoll, de Quarin, de Cullen et de de Haen.
Cependant, peut-être est-il dans la nature même de la médecine , comme l'ont déjà dit plusieurs grands hommes, de ne pouvoir s'élever à un plus haut degré de certitude?
Blasphème, idée honteuse, m'écriai-jc en me frappant le front! Quoi! la sagesse infinie de l'esprit qui anime l'univers n'aurait pas pu produire des moyens d'apaiser les souffrances causées par les maladies, auxquelles elle a cependant permis de venir affliger les hommes!
La souveraine bonté paternelle de celui que nul nom ne pourrait désigner d'une manière digne de lui, qui pourvoit largement aux besoins mémo des animalcules invisibles pour nous, qui répand avec profusion la vie et le bien-èlre dans toute la création, serait capable d'un
SUK L1 URGENCE D'UNE UÉFORMË EN MÉDECINE. 403
acte tyrannique, el n'aurait pas voulu que l'homme fait à son image pût, avec le souffle divin qui le pénètre et Tanime, trouver dans l'immensité des choses créées des moyens propres à débarrasser ses frères de souffrances souvent pires que la mort elle-même! Lui, le père de tout ce qui existe, verrait de sang-froid le martyre auquel les maladies condamnent la plus chérie de ses créatures, et il n'aurait pas permis au génie de l'homme, qui cependant rend tout possible, de trouver une manière facile et sûre d'envisager les maladies sous leur véritable pbiilt de viie, et d'interroger les médicaments pour âriïver à savoir dans quel cas chacun d'eux peut être utile, peut fournir un secours réel et assuré!
J'aurais renoncé à tous les systèmes du monde plutôt que d'admettre un tel blasphème.
Non ! Il y a un Dieu, un Dieu bon, qui est la bonté et la sagesse mêmes! Il doit dbnc y avoir aussi un moyen, créé par lui, d'envisager les maladies sous leur véritable point de vue et de les guérir avec certitude, un moyen qui ne soit pas caché dans des abstractions sans fin et dans des hypothèses dont l'imagination seule fait les frais.
Mais pourquoi ce moyen n'a-t-il point été trouvé depuis vingt ou vingt-cinq siècles qu'il y a des hommes qui se disent médecins?
C'est parce qu'il était trop près de nous ist trop facile, c'est parce qu'il ne fallait pour y arriver ni brillants sophisnies, ni séduisantes hypothèses.
Bien, me dis-je ! Puisqu'il doit y avoir un moyen sûr et certain de guérir, tout comme il y a un Dieu, le plus sage et le meilleur des êtres, je quitterai le champ ingrat des explications ontologiques, je n'écouterai plus les opinions arbitraires, avec quelque art qu'elles aient
Z|0/l LïiTTftlà A UN MÉDKCïN
clé réduites en systèmes, je ne m'inclinerai plus devant l'autorité de noms célèbres; mais je chercherai tout près de moi, où il doit être, ce moyen auquel personne n'a songé, parce qu'il était trop simple, parce qu'il ne paraissait point assez savant, parce qu'il n'était point entouré de couronnes pour les maîtres dans l'art de construire des hypothèses et des abstractions scolastiques. Il ne pouvait convenir qu'à moi seul, qui ne voulais pas, pour complaire à un système, pour flatter un chef de secte, livrer mes enfants en danger à la mort que leur aurait préparée la pratique vulgaire. Aussi n'ai-je point tiré vanité du petit livre (la Médecine de l'expérience, voy. p. 285) dans lequel j'ai fait connaître ce moyen. Il suffisait à ma satisfaction de l'avoir trouvé, de l'avoir présenté à mes frères sous les formes simples qui conviennent h la vérité, et de leur avoir ouvert une nouvelle route, autant qu'il était possible de le faire par écrit, c'est-à-dire sans démonstration au lit du malade dans un hôpital.
Quant à moi , voici de quelle manière je m'engageai dans celte voie nouvelle. Comment parviendrais-tu, me suis-je dit, à savoir pour quels états morbides les médicaments ont été créés? Emploieras-tu expérimenta per mortes dans les maladies elles-mêmes? Oh! non; les vingt-cinq siècles pendant lesquels on a suivi cette seule route apprennent assez qu'elle ne conduit qu'à l'illusion, et jamais à la certitude.
Tu dois, pensai-je, observer la manière dont les médicaments agissent sur le corps de l'homme quand il se trouve dans l'assiette tranquille de la santé. Les changements qu'ils déterminent alors n'ont pas lieu en vain, et doivent certainement signifier quelque chose; car, sans cela, pourquoi s'opércraienl-ils? Peut-être est-ce