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CHAPITRE I. — DES PRÉPARATIONS MERGURIELLES EN GÉNÉRAL

460. — Dès que la maladie vénérienne commença à se répandre (2), aussitôt après la découverte de l'Ame-

(1) Gardane range parmi les symptômes de la syphilis consiituiionnelle la sensibilité de la matrice, sensibilité qui augmente au moment des règles par l'introduction du doigt ou de la verge dans le vagin, cl qui devient la cause de fnaladies graves, entre autres du cancer. J'ai plusieurs, fois observé cet accident, sans pouvoir déterminer s'il était réellement vénérien, n'ayant pas eu à le traiter. Gardane recommandait en pareil cas des frictions avec du cinabre.

(2) Girtanner a rendu très vraisemblable, par ses recherches, que la syphilis nous a été importée d'Amérique vers l'année 1493, et qu'elle a paru à Barcelone avec les vaisseaux de Christophe Colomb.

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rique ? où , à ce qu'il paraît , le mercure était employé contre celle affection , personne ne mit en doute les vertus spécifiques de ce métal. Cette pratique fut suivie dès l'anuée 1515; mais au milieu de ce siècle, l'abus que les empiriques faisaient de ce médicament obligea à lui préférer le gaïac d'abord, puis la salsepareille et le quinquina.

461 . — C'est seulement après avoir subi des transformations que ce métal peut être donné à l'intérieur et pénétrer dans nos liquides (1) en quantité notable; de là vient qu'on a inventé un grand nombre de préparations mercurielles, dont on retrouve les noms avec surprise dans les anciens traités de pharmacie , entre autres , dans les ouvrages de Falk , de Baldinger et dans la pharmacopée de Londres. Il serait vraiment désolant d'être obligé de passer en revue toutes ces formules, d'essayer toutes ces préparations avant de pouvoir traiter convenablement la syphilis ; car toute une génération d'hommes ne suffirait pas à cette lâche ; il suffit de recourir à la meilleure de toutes. Pour reconnaître les attributs de cette dernière , il faut avoir sous les yeux

(1) Le mercure n'agit pas sur le virus vénérien avant d'avoir pénétré dans le système circulatoire, de manière à porter son action sur les secondes voies. Or, les préparations mercurielles douées de quelque activité la portent toutes de préférence sur la bouche, mais à des degrés différents ; le mercure métallique et le sublimé sont moins actifs que tous les autres. Toutes donnent un goût métallique et provoquent une salivation plus ou moins abondante. Pour des observateurs superficiels, la différence d'action de ces composés dépend du degré de leur solubilité dans l'eau, qui 'correspond à la facilité plus ou moins grande avec laquelle ils se dissolvent dans les liquides de l'estomac et dans les autres humeurs du corps; le sublimé , par exemple , s'incorpore plus difficilement que les autres composés de mercure; de plus, l'activité de ces médicaments varie en raisou de l'action qu'ils exercent sur les premières voies. Le sublimé, le précipité blanc, le précipité rouge, agissent de préférence sur l'estomac, et le calomcl sur les intestins.

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ses effets physiologiques et thérapeutiques, afin de ne pas tomber dans un semblable abus.

462. — Qui nous dira, au milieu de ces préparations sans nombre , quelle est celle qui sera la plus énergique, la plus certaine, et en môme temps la plus douce dans son action , qui répondra le mieux au cito, luio etjuconde de Celse? C'est, en effet, bien plus dans cette maladie terrible que dans toutes celles dont l'organisme peut triompher sans le secours de l'art, qu'il importe d'avoir un médicament sur l'effet duquel on puisse compter.

463. — Je crois ne pas me tromper en répondant à celte question de la manière suivante :

La préparation mercurielle la plus certaine dans son action, la plus énergique et la moins perturbatrice sera celle qui donnera à ce métal la faculté de se dissoudre dans les liquides de l'estomac, et d'être ensuite facilement absorbé ; celle dont les effets chimiques seront le moins marqués, mais qui permettra au médicament de déployer toutes ses propriétés spécifiques.

Cette préparation aura la faculté de posséder une action précise que le médecin pourra diriger avec certitude, diminuer ou augmenter suivant le cas.

464. — Les divers composes mercuriels connus jusqu'ici sont bien éloignés de cette perfection ; ils sont trop faibles, et souvent nuisibles. Le cinabre et le lurbith peuvent être cités comme exemples. Je passerai cependant en revue les préparations le plus souvent prescrites.

465. — Pour ce qui regarde les préparations mercurielles caustiques, on m'accordera que les acides minéraux , auxquels elles empruntent leur âcreté , n'ont rien qui puisse leur permettre de guérir la syphilis ; car on ne peut calculer leur puissance contre cette maladie

par les qualités astringentes et antiseptiques qu'elles développent quand on les emploie contre les plaies ordinaires. Je rangerai dans cette catégorie le nitrate de mercure , le sublimé, le précipité blanc (1), leprécipité rouge (2), le mercure doux et le turbith (3).

466. — On a cependant trouvé ces composés parfois assez actifs ; cela tenait à l'irritation accidentelle causée par l'acide qui était uni au métal. Celui-ci n'agissait pas à litre d'irritant spécifique, mais comme agent général, au même titre que le carbonate d'ammoniaque , le gaïac, le garou , le lobélia , les vésicatoires volants, lesquels produisent une fièvre accidentelle et favorisent l'action du mercure dans la vérole, en excitant les forces nerveuses, en activant la circulation, ce qui permet au métal d'atteindre le virus et d'exciter une irritation différente de celle que cause la syphilis , irritation qui détruit cette dernière. Ces préparations mercurielles agissent alors comme le font les vésicatoires contre les douleurs rhumatismales, les vomitifs dans la dyssentérie, l'arsenic dans les fièvres intermittentes; agents qui font cesser ces affections sans avoir aucune vertu spécifique à déployer contre elles.

467. — Cette irritation médicamenteuse est si peu puissante pour la guérison des maladies vénériennes, la force propre du mercure se trouve alors si défectueuse, qu'il arrive plus souvent au malheureux qui est accablé

(1) Turquet de Mayerne est le premier qui ait conseillé de donner le précipité blanc à Tiotérieur (1659).

(2) Mallliioli recommanda le précipité rouge dès 1535 ; il voulait seulement qu'il eût été calciné et lavé ; il le faisait prendre à la dose de 5 grains. Girtanner prétend que Jean de Vîgo avait prescrit ce médicament dès Tannée 1513.

(3) Guillaume Cowes me paraît être celui qui a eu le premier l'idée de donner le turbith à l'intérieur.

par la syphilis constitutionnelle, et qui est traité par le mercure doux, le sublimé, le nitrate de mercure, le précipité blanc, le précipité rouge et le turbith, de mourir que de guérir.

468. — S'il était facile de préparer des sels mercuriels fixes avec des acides végétaux , et de les donner sous une forme précise , il faudrait certainement les préférer. Malheureusement il n'en est pas ainsi. Ces composés agissent sur la fibre sensible des premières voies, quand ils sont suffisamment concentrés , amènent des évacuations au lieu de favoriser l'absorption du métal, condition nécessaire pour qu'il déploie ses effets curatifs. L'expérience prouve aussi qu'ils produisent facilement la salivation , et que , par cela même , ils manquent le but.

469. — D'un autre côté, il faut proscrire l'usage interne des préparations mercurielles presque insolubles , comme le cinabre ou l'sethiops minéral préparé par la voie humide (pulvis hypnolicus) , ou par la voie sèche, parce qu'ils n'ont souvent presque aucune vertu , et qu'ils peuvent, quoique rarement, causer la salivation.

470. — Le motif de la variabilité d'action de ces composés tient à ce qu'il est impossible de préciser la quantité qui sera absorbée et passera dans nos liquides , et agira en conséquence sur les secondes voies. C'est là, comme le remarque Plènk, la raison de l'irrégularité d'action du mercure gommeux ; enfin de toutes les préparations hydrargyriques où il entre du sucre , du miel , des yeux d'écrevisse , de la graisse , des baumes , etc.

471. — Si l'on veut accuser ici le défaut de susceptibilité des vaisseaux absorbants des premières voies , je

répondrai que celte différence tient bien plus à la nature de ces préparations, la susceptibilité de l'organisme n'étant pas également excitée par chacune d'elles. Je crois que leur défaut de solubilité dans les liquides de l'estomac, et la difficulté d'absorption qui en résulte sont bien plus la cause de cette différence d'action que les variétés que présentent parfois les fonctions des vaisseaux absorbants, variétés qui ne sont jamais aussi tranchées.

472. — La partie réellement active de ces composés réside dans celle portion de mercure qui a été oxydée pendant les manipulations. Or, la nature du milieu dans lequel on opère , la température, la force déployée par le préparateur, le temps employé, les soins qu'il apporte à son travail, rendent les résultats si différents, que tantôt la trentième partie du médicament est oxydée, tandis que d'autres fois c'est à peine si la deuxcentième partie subit cette transformation. On ne peut donc jamais les prescrire avec quelque certitude. Tantôt, en effet, ces préparations sont tout à faitinertes, tantôt le médecin obtient une action très violente, alors qu'il en recherche une modérée.

473. — Les effets des fumigations sont tout aussi difficiles à préciser. On emploie, à cet effet, le cinabre, le mercure doux, ou un amalgame, que l'on choisit en raison de la différence d'activité des vaisseaux absorbants de la peau. Il est aussi impossible que pour les composés précédents, de calculer la quantité de métal qui pénétrera dans l'organisme, et de mesurer d'une manière précise la dose qu'il convient de prescrire et le moment où il faut la répéter.

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474. — Onguents mercuiiels. Ces onguents , de forme et de composition diverses, sont employés depuis un grand nombre de siècles contre la lèpre, la gale et les autres maladies de la peau. A la fin du xvc siècle, on les employa contre la maladie vénérienne, qui prenait un développement effrayant, parce qu'on la considérait comme une dermatose.

475. — Ces onguents ne furent jamais complètement abandonnés ; et bien que Ton essayât de temps à autre de les remplacer par des médicaments internes d'une action plus sûre, comme il est arrivé dans les siècles précédents et au milieu de celui-ci; cependant on revint toujours à leur emploi pour le traitement des symptômes externes. Dernièrement encore, pendant que l'on proclamait la toute-puissance du sublimé corrosif, puissance qui n'était qu'un rêve, on était obligé de convenir que ces onguents devaient être placés au rang des agents antisyphililiques les plus importants.

476. — Les raisons principales de cette préférence me paraissent être les suivantes : l°La supposition d'après laquelle la guérison de la maladie vénérienne serait d'autant mieux assurée qu'il y aurait une plus grande quantité de mercure absorbée (1); 2° que ce médicament, en pénétrant par les vaisseaux absorbants cutanés, ne fatigue pas les premières voies, comme il arrive quand il est ingéré dans l'estomac; 3° qu'il est possible , au moyen des frictions, de porter le mercure sur le point même où sa présence est nécessaire.

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