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Il est très facile de réfuter les trois raisons

(1) Les frictions seraient alors le seul moyen de faire absorber une grande quantité de métal.

sur lesquelles on s'appuie pour donner la préférence aux frictions sur toutes les autres méthodes. La première est renversée par l'expérience, qui montre qu'une très petite dose de ce médicament, quand elle est capable de produire la fièvre mercurielle (§ 290) peut guérir la syphilis la plus invétérée, et qu'une quantité presque impondérable de ce métal a pu produire une guérison complète. Bien plus, l'usage prolongé du mercure, son absorption en grande masse, cause des affections souvent incurables : une irritabilité nerveuse très pénible, une fièvre de consomption, le tremblement chronique, les scrofules , la carie, etc. ; et cela en laissant le virus avec toute sa puissance. La seconde raison tombe devant les faits ; car les frictions causent souvent des diarrhées accompagnées de coliques. Quant au troisième motif qui est allégué, je me suis déjà expliqué à son sujet (§387) où j'ai montré que le mercure doit envahir toute la masse du sang, s'incorporer en quelque sorte à nos humeurs, avant de pouvoir atteindre les symptômes de la vérole ; que Faction locale du mercure contre le virus vénérien, est une hypothèse frivole, et que ce mode d'emploi du médicament est plus nuisible qu'utile.

478. — L'expérience prouve donc que les frictions ont une action douteuse, qu'elles sont par conséquent suspectes. 1° D'abord la quantité dé mercure qui pénètre dans l'organisme, soit à l'état de métal, soit à l'état d'oxyde , ne peut être évaluée exactement. 2° Mille difficultés s'opposent parfois à leur application; 3° elles ne sont pas toujours en rapport avec la maladie ; 4° elles causent souvent un véritable préjudice au malade.

479. — Pour ce qui regarde le premier point , on suppose que la force déployée par celui qui frictionne n'est pas indifférente. Si une friction pratiquée avec force

favorise l'absorption, celle qui sera faite mollement aura beaucoup moins d'effet. xMais s'il est vrai , comme quelques auteurs le prétendent , qu'un frottement énergique empêche l'absorption, l'effet obtenu, qui est en rapport direct avec la quantité de métal absorbée , sera en rapport inverse avec les efforts déployés par l'opérateur.

480/ — Il est certain, cependant, qu'une douce friction ne favorise pas autant l'oxydation (1) des petits globules mercuriels , et par conséquent leur dissolution dans nos humeurs, qu'une autre plus énergique. Cette différence dans l'oxydation (2) du métal dépend aussi de la préparation de l'onguent , qui est considéré comme parfaite quand on ne reconnaît plus de globules métalliques dans sa masse; mais ce caractère est trompeur. Il y a, en effet, des onguents dont l'aspect est absolument le même, et qui contiennent des quantités variables de mercure oxydé; les uns en renfermant un trentième, les autres un deux-centième seulement. Cette différence tient à la manière dont ils ont été préparés (l). Or, dans une certaine quantité d'onguent napolitain, le mercure oxydé est le seul qui agisse sur le virus syphilitique, celui qui est resté à l'état métallique, même

(1) Je ne puis dire si le frottement qui est déployé dans la préparation de l'onguent mercuriel a pour effet d'oxyder le métal, ou seulement de l'incorporer à la graisse ; celte dernière hypothèse me paraît être la plus vraisemblable. Il n'en est pas moins démontré que la partie oxydée du mercure est la seule qui possède quelque action sur le virus vénérien.

(2) La chaleur ou le froid des ingrédients, la dureté ou la mollesse de la graisse, la pureté du mercure ou son mélange avec d'autres métaux (alliage qui favorise la trituration), remploi de la térébenthine ou son rejet, la force que le préparateur déploie, la dextérité, le temps qu'il consacre à la manipulation, font que l'onguent napolitain est souvent très différent quant à sa composition réelle, bien qu'il soit le même en apparence.

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quand il est 1res divisé, n'ayant qu'une action toute mécanique due à son insolubilité. Qui ne voit, d'après cela, qu'il existe une foule de causes inévitables qui font varier l'action thérapeutique de cet onguent?

481. — La force d'absorption des vaisseaux cutanés est aussi très variable et très infidèle. Il y a certaines dispositions de l'enveloppe cutanée dans lesquelles l'onguent n'est point absorbé, sans que le médecin* puisse s'en rendre compte ; tandis que , dans d'autres moments, il suffit d'étendre de l'onguent napolitain sur l'épiderme (1) pour produire une abondante salivation. Il faut que chez ces malades la peau soit plus sensible à l'action de longuent napolitain dans certaines conditions que dans d'autres circonstances; et que telle portion de leur épiderme ait une faculté d'absorption plus marquée que telle autre (2).

482. — Mais en supposant (ce qui serait incroyable) que nous sachions toujours avec certitude quelle quantité d'oxyde de mercure contient l'onguent, et dans quelle proportion le métal a été absorbé, qui pourra nous dire à quel moment les vaisseaux absorbants cutanés auront versé leur contenu dans la masse du sang ; à quel moment ils seront plus actifs, à quel moment ils le seront moins; et quand il sera nécessaire de répéter

(1) Un homme bien portant, mais très irritable, ayant des morpions autour des parties génitales, étendit sur la partie malade gros comme une noisette d'onguent napolitain. Cette opération ne fut pas répéléc, et s'accomplit sans frottement. Bientôt après ce malade fut s'asseoir dans une promenade publique par un temps venteux et humide. Dès le lendemain, jl fut pris d'une salivation épouvantable, qui dura pendant quatre semaines.

(2) Combien ne reste-t-il pas d'onguent dans les linges, sur la peau du malade, sur les mains de celui qui fait les frictions ? Toute celte quantité ne peut être pesée, et l'on conçoit combien elle doit être variable.

les frictions pour faire saliver le malade , effet qui est toujours redoutable, et qui exige pour se produire le passage d'une certaine quantité de mercure dans le torrent de la circulation.

483 — Pour ce qui regarde le second point (§ 478), il n'est pas rare que les frictions amènent chez les sujets délicats et nerveux, une inflammation érysipélateuse de la peau, la desquamation de l'épiderme ou une éruption miliaire (t) très pruriante , ce qui empoche de les continuer.

484. — Quand même ces accidents ne paraîtraient pas, bien d'autres motifs empocheraient de recourir à ce mode de traitement. Les difficultés qu'il présente dans l'application , le dégoût qu'il cause en raison de sa mauvaise odeur, et bien plus encore les soupçons qu il fait naître , obligent à le repousser. Cependant, l'usage des frictions et l'existence d'une maladie vénérienne sont deux idées tellement liées Tune à l'autre, qu'il est difficile d'éviter l'emploi de cet onguent; d'un autre côté , le malade a tant de peine à pratiquer cette opération sans être découvert par ceux qui l'entourent, que son premier désir est d'y échapper; et ce désir devrait être une loi pour le médecin.

485. — J'arrive à la troisième raison que j'ai donnée (§ 478), et j'affirme que du moment où la syphilis s'est profondément enracinée dans l'organisme, que ses symptômes, en suivant une marche lente et chronique, ont atteint à leur complet développement, les frictions

(1) Ceci n'arrive pas seulement avec les onguents qui contiennent de la térébenthine , la graisse rance produit le môme effet ; or, dans l'onguent le plus frais, le corps gras est toujours plus ou moins altéré. La salivation causée par ce médicament empêche le plus souvent de le continuer, et de produire d'autres mauvais résultais.

17/t TRAITÉ DES MALADIES VÉNÉRIENNES.

mercurielles ne sont plus capables de la guérir. Ceci arrive lorsque la maladie ne se trouve plus aux parties superficielles du corps, qu'elle a envahi les tondons, le périoste, les os eux-mêmes , et que le virus a concentré toute son action sur un de ces tissus.

486. — Quant au quatrième motif sur lequel je me suis appuyé, tout le monde a pu remarquer les nombreux accidents que l'onguent napolitain peut causer. Chacun sait aujourd'hui que les frictions, lorsqu'elles sont longtemps continuées en vue de produire un résultat notable, engendrent une irritation de longue durée, laquelle est entretenue par la grande quantité de mercure qui se trouve agir sur les parties dures aussi bien que sur les partie molles, et qui cause une foule de maladies chroniques plus dangereuses que la syphilis elle-même.

487. — Les humeurs deviennent acres, la fibre, qui est entretenue dans un état de vibration contre nature , tombe dans le relâchement, et la force vitale s'affaiblit peu à peu. De là naît du trouble dans les digestions, l'insomnie, la faiblesse, des accès de chaleur passagère, une fièvre de cachexie , des ulcères chroniques, des douleurs osseuses et des tumeurs scrofuleuses, des douleurs analogues à celles de la goutte, un tremblement chronique, symptômes qui sont les effets les plus habituels du mercure (§ 649).

488. — L'absorption probable du virus vénérien, puisé dans un bubon, et son passage dans le torrrent circulatoire, doivent être souvent attribués au mercure. L'expérience montre qu'il en est réellement ainsi , surtout lorsqu'on pratique les frictions sur le point où les vaisseaux absorbants peuvent prendre le métal pour le porter directement dans la tumeur.

489. — Lorsqu'on traite un bubon par des frictions mcrcurielles longtemps continuées, et que la tumeur s'indure, il y a beaucoup à craindre qu'elle devienne cancéreuse, comme on le voit souvent.

490. — D'après les observations de Fabri, sur trente malades traités parles frictions, quinze au moins seraient pris d'une salivation, souvent inattendue, salivation qu'il est parfois très difficile d'arrêter, et qui met en danger les organes dans lesquels s'accomplit cette sécrétion. Celle-ci est à la fois affaiblissante, inutile, douleureuse , et même dégoûtante. Des ulcères rongeants de la bouche et de la langue , la chute des os palatins , de la luette, la carie des os maxillaires et des cornets, en sont les conséquences habituelles. L'usage que Ton fait actuellement de cet onguent, que l'on recommande presque en se jouant, nous offre une faible copie de cet effrayant tableau ; mais on en retrouve encore tous les traits ; on arrive bien quelquefois à éviter, par beaucoup de précautions, le scandale de la salivation, sans arriver à guérir le malade et sans le mettre à l'abri de ces suites redoutables qui sont presque aussi fréquentes aujourd'hui qu'autrefois (§ 49).

491. — L'emploi de l'onguent napolitain, quand il existe une gonorrhée, fait que celle-ci se transforme en un écoulement secondaire, en raison du relâchement dans lequel il met le système lymphatique, et de l'irritabilité mercurielle qu'il peut causer.

492. — Que ne devrais-je pas dire des mauvais résultats de ces frictions, lorsqu'il existe une complication antérieure d'une maladie chronique non vénérienne (§487), et que l'on a déjà employé le mercure sans succès contre les symptômes de la syphilis ?

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