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CHAPITRE in. — DES MÉDICAMENTS QUI NE CONTIENNENT PAS DE MERCURE

54-1. — Les terribles effets des traitements mercuriels, parfois leur impuissance, firent que les praticiens cessèrent de temps à autre de regarder le mercure comme le véritable spécifique de la syphilis, et ils crurent leur conscience engagée à chercher des ressources dans le règne animal et le règne végétal , afin d'éviter les dangers que les médicaments minéraux, et le mercure en particulier, pouvaient causer.

542. — Lors de son apparition en Europe, la syphilis avait une marche bien plus rapide et arrivait beaucoup plus vite qu'à présent à causer des symptômes graves. Les horribles manifestations du virus et l'inexpérience des médecins faisaient que ceux-ci recouraient souvent aux ressources téméraires de 1 empirisme; la honte que cause cette maladie portait aussi les malades qui en étaient atteints à. s'abandonner à ces témérités sans nom, en partie par esprit d'opposition , en partie afin de pouvoir se guérir en secret. Les empiriques ignorants se servaient des remèdes les plus énergiques, et on les voyait alors, comme aujourd'hui, chercher à remplir proinpteinent leur bourse et à procurer une amélioration

rapide, sans s'inquiéter des suites que l<*ur traitement pouvait avoir. Il arrivait souvent que lorsqu'ils cherchaient à produire la salivation , ils faisaient naître les désordres les plus graves, et causaient de véritables muiilalions, plus affreuses souvent que celles de la syphilis elle-même. Il mourait plus de malades des suites du traitement que de celles de la m.iladie. II n'y avait rien alors de plus naturel pour le médecin que de renvoyer toutes les faules au mercure, et de faire tous ses efforts pour s'en passer. Aussi commença-l-on de bonne heure (dès Tannée 1515) (I) à chercher des médicaments non métalliques, dont l'action fut plus en rapport avec la force de l'organisme.

513. — Le bois de gaïac fut la première substance à laquelle on s'adressa. Le chevalier de Hullen fut le premier qui en fit l'éloge (2) dans un livre qu'il lui consacra. Il prétendait avoir obtenu à son aide des guérisons vraiment miraculeuses, dans des circonstances où le mercure avait échoué. Mais le gaïac vint échouer à son tour contre la vérole constitutionnelle.

514. — En Amérique, on fit grand bruit de certains végétaux réputés antivénériens. Ne possédant pas de mercure, les habi'anls de ces contrées avaient employé contre cette maladie leurs plantes les plus énergiques, et avaient souvent procuré, à leur aide , un soulagement véritable.

545. — Cette pratique se répandit peu à peu en Europe, et l'on vil placer auprès du gaïac l'ecorce de quinquina (3), la salsepareille (4) ; enlin, le ceanolhus et la

(1) Depuis 1509, selon Cirtanner.

(2) Un très grand nombre d'auteurs firent de même après lui.

(3) En 1525, d après Girtanner.

(/i) Eu 1530, d'après Girunaer.

lobélie. La coque du levant, la ciguë, le brou de noix , la douce-amère furent également essayés en raison de leur analogie avec les premières substances. Le carbonate d'ammoniaque , l'opium , terminent cette liste.

546. — On faisait , et Ton fait encore avec le bois de gaïac, une décoction aqueuse dans laquelle il entre une ou deux onces de ce médicament; ce liquide pousse aux sueurs et aux urines. Les rameaux les plus tendres, dont les Américains se servent, paraissent avoir une action beaucoup plus énergique que la partie dure du bois qui est usitée dans nos pays. Il agit surtout favorablement sur les constitutions molles (l).

547. — La salsepareille passa peu h peu pour être tout à fait impuissante, jusqu'au moment où les modernes l'ordonnèrent à la dose de 1 à 3 onces par jour, sous la forme d'une décoction aqueuse concentrée (2). La racine de quinquina eut le même sort, et personne ne la recommande aujourd'hui.

548. — Quant à la Lobélie, elle vient de l'Amérique du nord. On fait bouillir une poignée de sa racine sèche dans 12 livres d'eau , en ayant le soin de laisser réduire le tout jusqu'à ce qu il ne pèse que de 6 à 9 livres. Le malade doit en prendre d'abord trois fois, puis quatre fois par jour, une demi-livre chaque fois, et s'arrêter dès que la diarrhée devient intolérable. Il faut suspendre alors pour trois ou quatre jours, et recommencer ensuite jusqu'à complète guérison (3).

(1) Girianncr affirme que ce médicament a pu produire en très peu de temps une plilliisic incurable chez des sujets faiblis et amaigris.

(2) Fordycc et Girlannev disent n'en avoir retiré aucun profit.

(3) On employait jusqu'à 15 livres de ce médicament pour un traitement.

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549. — La coque du Levant (1) a passé pour ôlre douée de propriétés analogues (2); on en mettait 2drachmes dans 3 livres d'eau, et on faisait bouillir le tout jusqu'à ce qu'il fût réduit à 2 livres. Le malade devait boire chaque jour, en deux ou quatre fois, une demilivre de celte décoction. Quant à la douce-amère, on en faisait bouillir une demi-drachme, et l'on ordonnait celte boisson coupée avec du lait. Celte dose pouvait être augmentée de beaucoup, mais graduellement (3). L'écorce verte des noix fraîches ne doit pas rendre de moins grands services (ft) que les substances précédentes.

550. — J'ai eu déjà l'occasion de faire remarquer qu'une foule d'irritations médicamenteuses de nature diverse pouvaient diminuer les symptômes de la syphilis, parce que la réaction qu'elles suscitaient modifiait la disposition morbide primitive des parties

(1) On l'a surtout recommandée pour les douleurs ostéocopes et les syphilides.

(2) On trouve des l'année 1553 la décoction de quelque partie de cet arbuste recommandée par Augcrius Perrière ( De pudendagra lue Hispan., lib. duo. Anlwerp., 1566, VIII, p. 26).

(3) Cela afin d'éviter les convulsions et les vomissements que Girtanner a vu paraître à la suite de ce médicament, dont il fait cependant l'éloge.

(Zi) Girtanner a fait le plus grand éloge de cette substance donnée en décoction à la dose d'une once par jour, quand elle est fraîche, ou en extrait dans les cas les pins invétérés. Cet écrivain recommande également, comme un nouveau médicament non mercuriel, Vastragalus exscapus , dont il a donné une description. 11 l'ordonnait contre les exostoses, les syphilides, les végétations, etc. Winterl l'avait vu prescrire en Hongrie comme un médicament d'un usage connu contre la syphilis; et Quarin pa vanté après lui, tandis que Ilunczovsky l'a vu produire de bons effets contre la goutte et non contre la syphilis. Ce médicament purge, augmente les urines, provoque des sueurs abondantes et une espèce d'éruption. Le malade doit boire deux fois par jour une décoction préparée avec une demi-once de ce médicament bouilli dans une livre d'eau et réduite aux trois quarts.

affectées. Les douleurs se trouvaient ainsi dépassées et calmées, surtout les douleurs ostéocopes.

551. — C'est ainsi que me paraissent agir celles de ces plantes qui sont capables d'améliorer le malade, aussi bien les substances purgatives, comme la Lobélie et la coque du Levant, que les substances diurétiques et diaphoniques, le brou de noix et la douce-amère. Elles semblent, sous ce rapport, surpasser en puissance le turbilh. La salsepareille, qui est à la fois rnucilagineuse el diurétique, ne réussit pas moins à calmer l'irritation morbide causée parla syphilis.

552 — Données pendant le cours d'un traitement mcrcuriel, ces plantes peuvent venir prêter au métal leur puissance spécifique, agissant alors comme le gingembre, qui ne peut, à lui seul, fortifier l'estomac , mais qui est d'une heureuse influence quand on l'associe à des sucs végétaux acides. Peut-être arrive-t-il aussi, après un traitement mercuriel longtemps continué en vain, que l'organisme s'élant accoutumé à l'action de ce métal , les végétaux soulagent en raison de l'irritation étrangère qu'ils produisent. C'est là, sans doute, ce qui les aura fait considérer comme des remèdes antisyphilitiques (t).

553. — Les propriétés dérivatives et évacuantes de ces substances font qu'elles ont guéri une foule de maladies extérieures , même très douloureuses, que l'on avait confondues avec des affections syphilitiques , faute de notions suffisantes. Ceci est certainement arrivé à la coque du Levant et au gaïac, qui n'ont jamais guéri les premiers symptômes caractéristiques de la syphilis, la

(1) Le ledum palustre a une action analogue contre les syphilides ; il faut en donner chaque jour une demi-once en infusion, puis arriver peu à peu à une once.

roséole par exemple, et qui ne peuvent jamais , à plus forte raison, triompher d'une vérole profondément enracinée.

554. — Mais ce qu'il y a de plus grave, c'est qu'on avait coutume (comme il arrive même maintenant encore) de négliger la séméiolique de la syphilis, et de confondre parmi les symptômes réellement vénériens ceux qu'engendre l'usage longtemps pratiqué du mercure, comme la carie, le gonflement des os, les accès de goutte , les scrofules , etc. Le gaïac, la coque du Levant et les autres substances dont je viens de parler , ayant réussi quelquefois contre ces affections, devaient alors passer pour des anlisyphilitiques (1). Il est souvent arrivé, en effet , que l'irritation étrangère causée par ces plantes (surtout celle du gaïac) , rendait de grands services contre les souffrances consécutives à l'emploi prolongé du mercure, souffrances qui étaient le résultat de l'excitation générale de l'organisme et de la décomposition des humeurs ; les ulcères rebelles, le tremblement des membres, certainsmouvemenls fébriles, étaient dans ce cas; et, aujourd'hui encore, ces symptômes passent quelquefois pour vénériens.

555 — Les mêmes raisons avaient engagé Peyrilhe (2) à considérer le carbonate d ammoniaque comme un médicament antivénérien. Si l'on excepte, en effet , l.i carie, le gonflement des os, les aphlhesdu vagin, les bubons devenus squirrheux, et les fistules urinaires, ce médicament paraîtrait capablede guérir d'une manière spéci-

(1) Quelques médecins avaient remarqué ce fait, ei ils l'exprimaient par l'adage suivaul : Luis venereœ mercurius antidotum , mercurit guayacum.

(2) Lemery et SyKius avaient déjà recommandé le carbonate d'ammoniaque contre la vérole, comme Girtanner Ta reconnu.

fique Ions les autres symptômes de cette maladie. Peyrilhc précipitait le sel ammoniac par la potasse ; il en faisait prendre de 15 à 18 grains par jour , allait même jusqu'à 30 grains dans le cas de végétations. Il les faisait dissoudre dans 4 ou 5 onces de véhicule ; le malade devait en prendre le matin et le soir, quatre heures après le repas du jour. On devait continuer ainsi pendant huit jours, cesser pendant le même laps de temps , et reprendre après, continuant ainsi jusqu'à guérison complète. Je crois que ce moyen puissant serait un adjuvant fort utile pour la guérison des maladies vénériennes, et que s'il y a en dehors du mercure une substance capable de guérir cette maladie, c'est évidemment celle dont je viens de parler.

556. — Plenck, Murray, et d'autres encore, disent avoir vu ce médicament augmenter l'inflammation des ulcères vénériens, aggraver la gonorrhée quand elle s'accompagnait d'orchite, produire la strangurie, l'hématurie, et une foule d'autres inconvénients. Pour moi, je l'ai vu rendre de grands services dans les maladies chroniques engendrées par l'usage prolongé du mercure, et diminuer l'irritation qui en était la conséquence.

557. — Un des médicaments qui possèdent le mieux cette vertu , est l'opium (1). Hunter pensait ne pouvoir guérir avec lui le moindre symptôme syphilitique, s'il ne le donnait à des doses croissantes, et même très considérables ; il disait même qu'un homme pouvait en prendre pendant toute sa vie sans guérir. Cet auteur, Grant et moi-môme , avons vu ce médicament se montrer

(1) L'emploi de l'opium dans le traitement de la syphilis n'est pas nouveau. Je trouve que Fernel en faisait souvent usage dès J556. Willis et Simon Pauli suivirent son exemple.

très puissant pour diminuer l'irritabilité morbide causée par un excès de mercure.

558. — La ciguë n'a presque rien de spécifique contre la syphilis. Le bien qu'elle procure est dû à sa grande puissance d'irritation , et si elle a pu faire du bien dans le cas d'accidents vénériens consécutifs, cela tient exclusivement à ses propriétés calmantes et antiscrofuleuses.

559. — Le lézard, que l'on a recommandé contre la vérole la plus invétérée : les gommes, les douleurs osléocopes, les ulcères, la fièvre lente, et dont on rapporte de merveilleux effets, a été employé pour la première fois en Amérique, et plus tard en Europe. Il appartient à l'espèce dénommée par Linné Lacerla agilis. On se sert de l'espèce la plus grosse, les plus petits paraissant être moins énergiques. Ces reptiles se traînent dans les vieilles murailles, et vivent d'araignées, de cousins, de fourmis, de vers de terre, de grillons et de sauterelles.

560. — On prenait cet animal vivant , on lui coupait rapidement la tête, la queue et les pattes, on lui arrachait les intestins, puis on le dépouillait. Après ces opérations préliminaires, le lézard était coupé en un grand nombre de petits morceaux , que l'on roulait dans de la poudre de réglisse, ou que Ton enveloppait dans du pain à chanter. Le malade devait les avaler de suite encore chauds et palpitants , et sans autre préparation. Lorsque le lézard était gros, le malade l'avalait dans le même jour, mais en trois ou quatre fois ; s'il était plus petit, il en fallait plusieurs. Un malade pouvait consommer de trente à cent de ces reptiles pendant son traitement.

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