REMARQUES SUR LE TRAITEMENT PRÉPARATOIRE
les os du nez et de la mâchoire, engendre la gangrène de la bouche et l'ulcération de la langue; les ulcères formés par les bubons suppures se rongent rapidement comme ceux des cancers, sécrètent un pus ichoreux de mauvaise odeur, et se gangrènent sur plusieurs points. Les ulcères de la peau et les végétations amènent une suppuration de mauvaise nature, deviennent douloureux, creusent des cavités profondes , qui donnent lieu à des ulcères fisluleux; le gonflement du périoste amène la carie des os qu'il recouvre; enfin, la diminulion des forces , une diarrhée continuelle, des sueurs coliquatives, et toule la cohorte des symptômes de la fièvre de consomption paraissent successivement. Toutes ces souffrances méthodiquement engendrées conduisent rapidement le malade au tombeau, dernier terme où tous les mortels doivent aboutir.
568. — CeUe erreur, qui consiste à vouloir soutenir l'action du mercure par l'épuisement du corps, va si loin en France, que si l'on voit paraître dans le cours d'un traitement antivénérien quelques-uns de ces symptômes graves qu'engendre souvent la faiblesse, ou si les autres souffrances du malade paraissent s'aggraver, on recourt de nouveau à la méthode antiphlogislique, ou bien on en redouble (1) les rigueurs, toujours au grand préjudice des malades.
569. — On n'avait pas remarqué que les symptômes graves qui peuvent résulter de l'emploi du mercure dans
soumis aux frictions: les trois premiers ne prinnl pas de bains, et eurent une salivaiion très douce ; et les deux autres, qui prirent un bain chaque jour, salivèrent beaucoup et pendant longtemps.
(1) Voyez sur ce sujet les Observations faites et publiées sur les différentes méthodes d'administrer le mercure dans les maladies vénériennes, par de Home. Paris, 1779, 2 vol. in-8.
le traitement de la maladie qui nous occupe, sont raremenl de rature inflammatoire , el que si le métal antisyphilitique ne les déiruit pas toujours, l'excès des forces et l'existence d'un sang riche el pur n'en est pas la cause; en un mot, quand on établit cette méthode , on crut sans doute avoir sous les yeux quelque Gaulois féroce ou quelque rude habitant de la Germanie, dont il était indispensable de répandre le sang écumeux, et de noyer le système nerveux irritable dans des torrents d'eau, tandis qu'on ramollissait ses fibres trop tendues en le plongeant dans des bains lièdes, afin d'éviter que le mercure développât chez lui des accidents inflammatoires dont il deviendrait difficile de se rendre maître. Mais les descendants dégénérés ne sont plus que l'ombre de ces ancêtres, et lorsqu'on leur enlève leur sang, déjà très pauvre, et que Ton continue à rendre celui-ci plus aqueux en faisant boire une énorme quantité de tisane, l'estomac et les intestins débilités par celle énorme quantité de liquide et par des laxatifs, ne peuvent bientôt plus digérer; la peau, qui avait déjà tant de peine à soutenir l'impression de l'air, devient plus impressionnable encore par le séjour dans une chambre chaude et par l'abus des bains lièdes; et le sujet acquiert une disposition incroyable à contracter des refroidissements. L'expérience montre que lorsque ces méthodes ont élé appliquées dans toute leur rigueur, la maladie a eu l'issue la plus funeste. Ce n'est donc pas sans danger que Ton affaiblit la fibre alors qu'il faudrait la tonifier, qu'on épuise la force vitale au lieu de la fortifier, et qu'on excite le système nerveux de manière à lui donner un degré d'excitation bien supérieur à celui qu'il doit avoir.
5î0. — Si l'on veut soutenir que cette méthode a
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plutôt pour but de combattre la maladie vénérienne que de s'opposer aux symptômes redoutables que le mercure a puissance de développer, il faudrait dire pourquoi on essaie de comballre cette affection, qui n'a rien d'inflammatoire, avec des agents qui conviennent à l'état fébrile le plus violent.
571. — Si Ton objecte que les accidents graves et les suites funestes du traitement des maladies vénériennes peuvent dépendre de l'irritation causée par le métal , je répondrai que ceci arrive moins lorsque le traitement préservatif et curalif usité en France n'est poinlappliqué; je m'étonnerai bien plus alors de voir l'usage de ces moyens recommandé en même temps que le métal , dont ils possèdent tous les dangers, et auquel ils pourraient porter secours pour augmenter ses effets dévastateurs.
572. — Si l'on soutient que la saignée, l'habitation d'une chambre chaude, des lorrents de tisane et des bains constituent un traitement diaphoréliquc, qui enlève le mercure et l'empêche d'irriter les intestins et de causer la salivation, je demanderai pourquoi on donne en même temps les purgatifs qui sont opposés à la diaphorèse? Je demanderai également si l'expérience n'a pas maintes fois démontré que les médicaments qui excitent la sueur disposent aux refroidissements, qui ont les suites les plus funestes dans les circonstances présentes.