CHAPITRE II. — TRAITEMENT PRÉPARATOIRE
573. — S'il était démontré que tous les malades qui arrivent dans un hôpital de vénériens doivent être préparés au traitement mercuriel , l'étal actuel des constitutions me forcerait à ajouter qu'il faut choisir un traitement préparatoire tout à fait opposé à celui qui est
mis maintenant en usage. Ce changement serait fondé sur ce que l'élément qui domine dans les maladies chroniques de notre époque, est le ramollissement de la fibre et la faiblesse du syslèmc nerveux.
574. — Lorsque la syphilis existedepuislongtemps(l), on observe presque toujours un élat de faiblesse générale ; le visage du malade est pâle, ses yeux sont abaltus, ses muscles sont mous, une fièvre lente, entretenue par l'irritation vénérienne, mine le sujet. Les digestions se pervertissent, le pouls devient petit, vibrant et très fréquent; il y a une grande disposition aux crampes; en un mot , le malade présente tous les signes d'une irritation générale du système nerveux.
575. — Tous ces signes prouvent qu'il faut recourir aux moyens fortifiants, qui sont d'autant plus nécessaires que sans eux le mercure aggrave la disposition morbide, ou ne peut attaquer le virus vénérien d'une manière aussi énergique.
576. — Si l'on néglige celte indication , la fièvre lente va en augmentant, ainsi que la disposition aux phlegmasiesérysipélateuses et scrofuleuses,etce qui est plus grave encore , la moindre dose de mercure produit une diarrhée dyssentérique, des sueurs interminables, et, plus ordinairement, une salivation que rien ne peut arrêter, laquelle épuise les forces du malade et laisse une multitude de symptômes consécutifs sans que le virus ait été amoindri ou épuisé.
577. — Le traitement mercuriel développe souvent une disposition aux affections rhumatismales ou goutteuses , aux scrofules, ou même au scorbut; et le pre-
(1) Tous ces symptômes se rencontrent dans la syphilis primitive, surtout lorsque le traitement mercuriel n'a pas réussi.
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inier soin d'an médecin doit ôtrc de les éloigner, si Ton ne veut pas les voir s'aggraver pendant ou après le traitement antisyphilitique, et si l'on désire arrivera une guérison certaine par l'usage du mercure.
578. — Pour diminuer la propension à la diarrhée et ruiner la disposition organique défavorable due au mercure (576), il faut, pour tous les motifs précédents, recourir au traitement fortifiant dirigé de manière à entraver le développement des scrofules, du scorbut, etc. Ces affections se reconnaissent toujours aux symptômes qui leur appartiennent.
579. — Comme moyens fortifiants généraux, je recom mande les bains de pieds, les demi-bains , enfin les bains entiers froids (à 50 degrés Fahrenheit), lesquels doivent ôlre prolongés pendant quelques minutes, ôlre répétés une ou plusieurs fois par jour, et suivis de frictions (1) exercées sur les parties qui ont été mouillées. Comme médicaments internes, il faut user d'abord du suc des plantes amères(si l'irritabilité morbide n'est pas trop développée), avant d'arriver aux substances qui sont à la fois astringentes et amères, au quinquina par exemple. On peut aussi , lorsque la constitution du malade est molle et lymphatique, commencer par administrer des agents excitants et toniques , comme le cardamome, l'huile de menthe poivrée, etc., afin d'activer ensuite l'action des autres médicaments. Il est également très profitable d'aider à l'action des toniques en faisant promener le malade au grand air. Quand l'irritabilité survenue et la faiblesse sont très prononcées et causent desaccidents graves et douloureux, il fauldonnerl'opium à l'intérieur et l'appliquer extérieurement pendant que
(1) Ces frielions doivent être pratiquées avec un morceau cNioffo <W laine.
210 TRATTi DES MALADIES VÉNÉRIENNES.
le traitement fortifiant se continue. Mais si ces deux symptômes sont moins marqués, il faut recourir aussitôt au china, à la limaille de fer et à l'acide sulfurique", qu'il convient de donner tout de suite à l'intérieur à titre de toniques. J'arrive maintenant au traitement accessoire qu'il faut diriger contre les dispositions morbides antérieures à la syphilis.
580. — C'est seulement chez les malades qui présentent quelques-uns des symptômes suivants avant ou pendant l'emploi de ce traitement tonique, qu'il est permis de pratiquer une saignée moyenne qui prépare les voies aces moyens, dont il faut alors augmenter graduellement la puissance. Les émissions sanguines se trouvent indiquées par les symptômes suivants : un enduit blanc de la langue, une soif vive avec envie de boissons froides, une céphalalgie violente, un pouls plein et dur , etc. Mais il faut qu'il n'y ait pas en même temps un mauvais goût de la bouche , de la tension dans le bas-ventre, une dyspepsie marquée, enfin tous les signes d'un mouvement bilieux.
581. — Il est parfois très utile d'ajouter au traitement dont je parle l'usage du suc de cochléaria, de racines aromatiques, de cresson d'eau fraîchement exprimé, celui de boissons fermentées, des fruits, et l'exercice à un air sec et vif; on évite ainsi le scorbut, qui est souvent un très grand obstacle à la guérison de la syphilis. Si Ton n'avait pas le soin de prendre toutes ces précautions chez un malade atteint à la fois du scorbut et de la vérole , et que Ton eût recours au mercure, celui-ci déploierait son action la plus violente , et les ulcères deviendraient bien vite ichoreux et rougeâtres, prouvant ainsi d'une manière évidente qu'ils ne sont pas de nature vénérienne.
582. — Lorsqu'on ajoute a la médication fortifiante l'usage du sel ammoniac et de l'ipécacuanha à doses fractionnées (1), ou celui de l'œlhiops végétal , on parvient à écarter la disposition scrofuleuse, mais la guérison de la vérole est en môme temps enrayée.
583. — De même le bois de gaïac uni à unedissolution alcooliquede sel ammoniac fixe, surtout l'extrait d'aconit joint aux médicaments toniques, surtout aux bains froids , sont très capables d'arrêter le développement de la diathèse goutteuse.
584. — La limaille de fer détruit la chlorose et augmente Iaconsistance du sang artériel , lorsqu'on la donne conjointement à d'autres toniques.
585. — S'il existe quelque disposition aux érysipèles, le malade doit faire usage d'une alimentation composée de poissons , d'aliments végétaux , et faire une très large consommation de fruits et de petit-lait, pendant qu'il prend les médicaments toniques.
586. — L'élixirdeHaller, et tous ceux qui lui ressemblent , servent à diminuer ou à détruire les dispositions phlegmasiques. Seulement leur action n'est ni certaine ni facile à limiter.
587. — Lorsqu'on est ainsi parvenu à détruire la fièvre et à exciter le système nerveux en augmentant les forces du malade , on est généralement arrivé à se débarrasser des symptômes accessoires (2) ou à les amoindrir ; il
(1) 11 faul le donner pendant quinze jours tous les matins, avant le premier repas, de manière à entretenir des nausées continuelles.
(2) Ce traitement préparatoire est indispensable pour les femmes hystériques; sans lui on aurait toujours à redouter quelque accès de convulsions. L'arrivée des règles oblige aussi à suspendre l'administration du mercure, lequel ne doit être repris qu'après la disparition du flux mensiruel. Le flux hémorroïdal réclame les mêmes précautions.
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s'agit alors d'attaquer directement la maladie vénérienne avec le mercure.
588. — On objecterait en vain qu'un semblable traitement préparatoire demande beaucoup de temps , et qu'il oblige à beaucoup ajourner l'emploi du mercure; car s'il existe en même temps que la vérole quelque disposition morbide qui soit une complication grave , il n'y a rien de plus important ni de plus essentiel que de la faire promplement disparaître. C'est seulement dans les cas un peu graves qu'on est obligé de continuer les toniques généraux ou spéciaux pendant trois ou cinq semaines avant de pouvoir arriver au mercure.
589. — Il arrive souvent que les toniques doivent être continués pendant qu'il est fait usage du mercure ; on peut même y recourir largement (1), excepté pour les bains et les fruits.
590. — Mais si les symptômes de la vérole sont graves et menaçants, s'ils constituent, en un mot, la plus grande partie du mal, et que la disposition morbide antérieure à l'infection soit sans importance, il faut recourir aussitôt au mercure et laisser les toniques de côté.
CHAPITRE III. — DES MOYENS qu'il convient de choisir pour remédier AUX effets consécutifs du mercure mal administré.
591 . — Des observations cent fois répétées montrent que la syphilis n'est pas plus sûrement détruite si le mercure excite outre mesure quelques sécrétions (causant la diarrhée , la salivation (2), un flux d'urine , des
(1) 11 faul avoir soin seulement de ne pas les faire prendre deux heures avant et deux heures après le dîner.
('2) Il est digne de remarque que dès le seizième siècle (1502), l'Espagnol Almenar ait recommandé d'éviter aulant que possible la salivation, en raison des obstacles qu'elle apporte b h gueïison.