DES LÉSIONS DE TEXTURE ET DE SENSATION
parties actives qui soient absorbées dans un temps donné, ils en auraient conclu que la partie du médicament dissoute dans nos liquides pouvait devenir trop considérable, et produire de violentes perturbations. Enfin, ils rejetteraient aussi le traitement préparatoire affaiblissant usité en France, parce qu'il vient augmenter encore, autant que possible, la puissance déprimante du mercure.
651. — Mais le motif qui a surtout rendu le traitement mercuriel redoutable se trouve dans la légèreté impardonnable qui fait négliger aux médecins de rechercher le rapport qui existe entre la puissance de cet agent et les effets qu'il produit. C'est ainsi qu'on a regardé les accidents engendrés par son usage prolongé comme des symptômes de la syphilis , et qu'on les a traités comme tels, revenant à l'administration du mercure, insistant sur son emploi, cela au grand détriment du malade, qui devenait victime de l'incurie des praticiens. S'agissait-il de sujets faibles, chlorotiques , scrofuleux ou scorbutiques, chez lesquels le mercure avait produit des ulcères rongeants de la bouche, on augmentait la dose jusqu'au point d'amener la carie des os du nez et de la mâchoire. Ces derniers symptômes étaient considérés comme vénériens, et traités comme tels; ils augmentaient alors jusqu'à devenir dangereux et mortels. La même faute, c'est-à-dire l'usage trop prolongé du mercure, faisait que les bubons suppures se transformaient en ulcères rongeants, lesquels, sous l'influence de ce médicament, dont l'emploi était continué, devenaient gangreneux ou cancéreux. L'état cachectique allant ensuite toujours en augmentant, on voyait naître une fièvre consomptive, des hémorrhagieS) la diarrhée, des sueurs nocturnes^ enfin, la mort arrivait
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comme conséquence inévitable de toutes ces erreurs.
652. — Combien d'occasions n'aurait-on pas eu de reconnaître que du moment oit les symptômes vénériens cessent de s'améliorer sous l'influence des préparations mercurielles ordinaires données à doses croissantes; que du moment où, dans le cours d'un traitement mercuriel, il survient de nouvelles lésions, de nouvelles douleurs, des symptômes qui n'appartiennent pas à la maladie, ou bien que ceux de la syphilis augmentent, il faut s'attaquer aussitôt à la disposition constitutionnelle qui vient mettre obstacle au traitement, que cette disposition s'appelle scrofule, chlorose, érysipèle, goutte, scorbut, ou seulement faiblesse et irritabilité générales, et qu'il faut mettre absolument de côté toute espèce de préparations mercurielles qui ne feraient que les aggraver. Il ne faut jamais oublier que toutes les douleurs qui résistent au mercure ou qui augmentent sous son influence, que toutes les lésions (gonflement, ulcères, carie, etc.) qui naissent, s'aggravent ou s'étendent pendant l'emploi de ce médicament, ne sont pas exclusivement vénériennes; qu'elles sont quelquefois d'une nature toute différente ; qu'elles ne disparaissent pas sous l'influence immédiate de cet agent donné à doses croissantes (1), mais qu'elles vont toujours en s aggravant. Si l'on avait cet axiome constamment devant les yeux, on n'aurait pas tant de malheurs à déplorer, et la santé des malades ne se trouverait pas altérée pour toujours par le traitement mercuriel, comme on l'abseï ve si souvent.
653. — J'ai dit les affections dont la nature n'est plus essentiellement vénérienne; car les malades dont les affections s'aggravent sous l'influence de l'usage prolongé du mercure ne sont pas toujours pour cela exempts
(1) A tous ces symptômes s'ajoutait souvent une salivaiion dangereuse.