‹ Etudes de médecine homoeopathiqueChapitre 99 sur 116 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Do la syphilis des nouveau-nés.

663. — Les maladies vénériennes des enfants ont rarement été l'objet des recherches des médecins. Plusieurs raisons en ont été la cause : d'abord, cette maladie n'est pas très fréquente au début de la vie; ensuite, les enfants qui en sont atteints tardent rarement à succomber ; enfin, cette affection est souvent méconnue. Doublet (1) est celui qui a le mieux écrit sur ce sujet; je suivrai son ouvrage en plusieurs points.

664. — La plupart des auteurs admettent que l'enfant est contaminé dans le sein de sa mère ; d'autres, ce sont les moins nombreux (2), admettent chez les nouveau-nés la nécessité d'un contact immédiat à la suite duquel la maladie paraît et s'étend. Plusieurs raisons m'obligent à me ranger à ce dernier avis.

665. — Les premiers ne peuvent s'appuyer sur ce fait que la guérison de la syphilis chez une femme enceinte entraîne nécessairement la naissance d'un enfant bien portant ; car un adulte ne peut être guéri de la syphilis constitutionnelle sans que tous les symptômes primordiaux, idiopathiques, aient disparu. Au contraire, la syphilis secondaire des enfants pourrait paraître congénitale, parce que chez eux tous les accidents ont une marche plus rapide que chez les adultes, et que les symptômes locaux ont une grande tendance à se généraliser. Cela tient à ce que leurs tissus sont plus délicats et plus irritables, à ce que leur peau est plus fine et leur circulation plus rapide qu'à un âge plus avancé. Mais, je

(1) Girtaniier a traité ce sujet très complètement; mais surtout Malion, Berlin, Putégnat, Diday dans ces derniers temps. (2; Surtout Girtanner.

le demande, qui donc a vu, au moment même de leur naissance, des enfants avoir sûr le corps des taches syphilitiques ou des ulcères sur les amygdales? qui a jamais observé, chez eux, d'ulcères secondaires ou seulement une syphilide? L'apparition de ces symptômes au bout de plusieurs mois ne prouverait rien ici; car les parties du corps d'un fœtus où l'on observera des symptômes syphilitiques sont précisément celles où la contagion a pu avoir lieu, celles qui, se trouvant recouvertes d'un épiderme mince, sont plus facilement contaminées (1) que chez les adultes, ou encore ces parties qui auront été comprimées et contuses pendant le travail de la parturition. L'épiderme de ces enfants est si délicat que le virus peut être absorbé par les parties qui en sont recouvertes, ce qu'on n'observe pas chez les adultes en raison de conditions opposées. Cet épiderme est même d'autant plus susceptible que l'état maladif de la mère cause souvent des naissances prématurées, ou, au moins, fait que l'enfant est faible et délicat. Je veux, toutefois, éclaircir ces difficultés, et je le ferai la première fois que l'an me présentera un enfant né d'Une mère atteinte de la syphilis constitutionnelle , mais chez laquelle il n'existera aucun symptôme d'accident primitif, c'est-à-dire aucune trace de blennorrhagie, de chancres ou de végétations,

666. — Les symptômes suivants, propres à la biennorrhagie, s'observent sur les mêmes parties que chez les adultes, c'est-à-dire là où il n'existe pas d'épidémie et où

(i) L'infection de la nourrice par l'enfant qu'elle allaite, n'est pas une chose rare. Comment pourrait-on expliquer qu'un enfant communique un chancre au mamelon , en lelant , s'il ne porte, lui-même quelque ulcère primitif. à la face externe ou à la face interne des lèvres? il faudrait admettre avec cela que la syphilis générale peut engeudrer des accidents primitifs, ce qui n'arrive jamais.

il n'y a pas eu de solution de continuité. Ainsi, les paupières, surtout les paupières supérieures, se gonflent et s'enflamment; elles sont d'abord sèches, mais elles ne tardent pas à sécréter une matière acre, purulente, d'un jaune verdâtre, souvent très abondante (symptôme de la blennorrhagie de l'œil, quand elle est due à un contact direct). Pendant le sommeil, les paupières se collent l'une à l'autre; ce qui est un des symptômes essentiels de cette affreuse maladie chez les enfants ; puis il paraît des taches sur la cornée; mais la suppuration de l'œil et la cécité en sont rarement la conséquence. Les oreilles peuvent fournir la même suppuration.

667. — Les coins de la bouche, le frein de la langue, la partie antérieure des gencives, se couvrent de petites ulcérations dont le fond et les bords sont indurés, c'est-à-dire de véritables chancres. Des bubons des glandes parotides et sous-maxillaires en sont la conséquence.

668. — Les narines sécrètent une matière purulente (blennorrhagie nasale), qui se concrète et forme des croûtes.

669. — Les symptômes des parties génitales , les chancres du gland et de la vulve, la strangurie, le gonflement des testicules et des grandes lèvres, les gerçures et les pustules à l'anus, sont les manifestations les plus ordinaires de la maladie. La gonorrhée ne s'observe pas sur les parties génitales des enfants mâles; on rencontre seulement chez les petites filles un écoulement vulvaire jaunâtre qui se distingue facilement du suintement aqueux auquel les enfants nouveau-nés du sexe féminin sont parfois sujets.

670. — Les symptômes qui paraissent chez les enfants sur des parties où la contagion ne peut avoir lieu chez les adultes sans blessure préalable, ne sont, le plus

souvent, que des signes de syphilis puisée dans les organes génitaux de la mère. On observe des inflammations de la peau sur les parties qui recouvrent immédiatement les os, parties qui sont contaminées par le pus au moment où le fœtus traverse le vagin pendant l'accouchement. Ces symptômes se développent d'autant mieux que l'épiderme est plus fin et permet plus facilement l'absorption, et qu'il a été contus au moment de la naissance. Ces symptômes sont les suivants :

671. — La peau qui recouvre les os frontaux, les temporaux, l'occipital, les omoplates, le sacrum et le coccyx, les os des orteils et les talons, est extérieurement rouge et enflammée; l'épiderme tombe, les plaies, ainsi dépouillées, suppurent et se couvrent d'une croûte blanche, sous laquelle s'accumule (1) une humeur acre et infecte. Lorsque les parties deviennent noires, cela tient au développement de la gangrène, signe d'une mort prochaine.

672. — On observe autour de l'ombilic la même inflammation et des ulcérations aussi graves et dépendant de la môme cause. Cela tient à la constriction à laquelle on soumet cette région après la naissance , et aussi au travail d'élimination qui est nécessaire pour la chute du cordon ombilical ; ces deux circonstances favorisent, en effet, l'action du virus sur ces parties.

673. — Les symptômes qui indiquent chez les adultes l'absorption du virus s'observent aussi chez les enfants quelque temps après leur naissance; je veux parler de l'engorgement des glandes. Les bubons paraissent aux glandes du cou, des oreilles ou des aisselles, suivant que les chancres existent aux lèvres, au cuir chevelu ou sur

(1) D'autres fois il 9C forme sur ces mêmes points des tumeurs enflammées, brunâtres, molles, qui donnent Jieu ù des ulcérations dangereuses.

les épaules; dans les glandes de l'aine, si les chancres occupent les parties génitales ou s'ils existent au niveau de l'os sacré, du coccyx ou des orteils. On les rencontre sur tous ces points, si le virus chancreux a été absorbé par l'enveloppe cutanée sans ulcération préalable. Ces bubons sont plus fréquents et plus faciles à naître chez les enfants que chez les adultes. Ces tumeurs passent à la suppuration lorsque le mercure n'intervient pas pour détruire le virus. Lorsqu'elles s'ulcèrent, la maladie a une grande tendance à envahir les os les plus voisins.

674. — Les symptômes de la syphilis secondaire paraissent toujours plusieurs (1) semaines après la naissance; beaucoup d'auteurs disent au bout de deux mois. La peau se recouvre alors de taches bleuâtres, comme chez les adultes; ces taches deviennent peu à peu proéminentes, et se recouvrent d'une croûte sèche et verdâtre; ou bien ce sont de simples excoriations qui succèdent aux chancres, paraissent dans le pli des aisselles ou dans ceux du jarret, ou encore dans la rainure interfessière. Ces gerçures ont une teinte blanc jaunâtre. D'autres fois la peau se recouvre d'une multitude de petits points semblables à des écailles de son ; des ulcères secondaires naissent sur les amygdales et dans la bouche ; des pustules paraissent sur le dos des doigts et des orteils, s'ulcèrent, rongent les ongles à leur racine et les font tomber; des gerçures suintantes se forment autour de l'anus. On n'observe pas chez les enfants de gonflement des os, ni de blennorrhagie chez les sujets mâles.

675. — Les enfants porteurs de cette maladie sont toujours maigres et faibles; leur peau, surtout celle du visage, est bleuâtre; elle est plissée et ridée comme celle des vieillards.

676. — La méthode ordinairement suivie pour guérir (1) Girtanner a dit de dix à quarante jours.

la syphilis des nouveau-nés consiste à soumettre la mère à un traiiement mercuriel avant son accouchement, si Ion est en droit de craindre que l'enfant naisse syphilitique; c'est elle encore que Ton prend pour intermédiaire pendant l'allaitement, mais on ne donne jamais le mercure directement à l'enfant (1).

677. — Si la mère se soumet au traitement avant la parturition, il faut lui donner des boissons rafraîchissantes, des acides, de légers purgatifs, des bains, en même temps qu'on lui fait prendre des mercuriaux ; on rend ainsi la maladie plus supportable et l'accouchement plus facile. Après la délivrance, et à partir du douzième jour qui suit les couches, on pratique tous les deux jours une friction avec 1 ou 2 drachmes d'onguent napolitain ; faisant consommer ainsi de 3 à 4 onces de cette pommade dans l'espace de cinq, douze ou trente semaines. Pendant ce temps , la mère doit allaiter son enfant, afin de lui faire prendre le spécifique antivénérien en même temps que son lait.

678. — Si l'enfant a déjà subi un commencement de traitement mercuriel dans le sein de sa mère, il se trouve habitité à l'action de ce médicament, et le lait mercuriel ne lui cause aucune souffrance ; sinon, si le mercure n'a jamais pénétré dans ses tissus, ce lait lui donne des tranchées, de la chaleur, lui enlève l'appétit , surtout quand le petit malade n'est pas tenu assez chaudement, ou lorsqu'au contraire il est exposé à une trop grande chaleur. Il faut alors cesser les frictions, user de moyens calmants, de boissons émollientes et de lavements.

679. — Sans cela, on voit survenir les ulcères d'hôpital, qui enlèvent un très grand nombre d'enfants.

ri) Maintenant on emploie les fumigations , comme le veut Girlanner, ou bien on fail prendre chaque soir à la malade 80 gouttes de la liqueur de Van Svvicien. Ces deux moyens sont également nuisibles et dangereux.

680. — Peu après, vers la sixième semaine, arrivent une fièvre lente, la diarrhée, etc., accidents qui causent un très grand nombre de décès.

681. —Les autres enfants échappent peu à peu au danger, les accidents vénériens s'effacent successivement, et le malade reste plus ou moins exposé aux affections ordinaires à son âge.

682. — Tout ce qu'il est possible de dire jusqu'à présent, c'est que la syphilis des nouveau-nés est curable ; quant au traitement suivi jusqu'à ce jour, il, est tellement entouré de dangers qu'il est impossible de recommander son imitation. La première remarque qui se présente, porte sur le grand nombre de femmes enceintes dont la santé doit se trouver altérée par l'administration du mercure continuée pendant un temps qui varie entre cinq et trente semaines, et par les autres moyens affaiblissants qu'on y ajoute; et comme ce traitement est mal ordonné, il ne guérit pas toujours là où il devrait le faire. Si la mère porte une syphilis constitutionnelle très développée, ce traitement ne produit aucun soulagement chez elle ni chez son enfant, et ce dernier meurt presque toujours. D'un autre côté, le traitement suivi pendant la grossesse, laissant une disposition maladive spéciale, des souffrances indépendantes de cet état et plus habituelles, ou d'autres circonstances encore, font souvent que la mère n'est pas en état de nourrir. Il faut alors confier l'enfant à une nourrice; mais celle-ci court d'autres dangers , car le contact des chancres que l'enfant porte dans la bouche cause souvent des gerçures et des ulcères au mamelon, puis l'engorgement des seins, la cessation de la sécrétion laiteuse, toutes conditions qui empêchent de continuer l'allaitement. Les chancres des lèvres et du frein de la langue rendent la succion difficile, même impossible. De plus, ce traitement est

long, le petit malade succombe souvent avant qu'il soit fini, ou bien l'air de l'hôpital engendre des affections mortelles pour lui. Quant au petit nombre de ceux qui échappent à la mort, l'irritation entretenue par le mercure, la faiblesse qui l'accompagne et qui est due à l'action produite par ce médicament, prédisposent l'enfant à des maladies graves ou à une cachexie chronique dont la mort est la conséquence. Je ne m'étendrai pas davantage sur les dangers que ce traitement peut avoir pour la mère et pour l'enfant, parce que j'en ai déjà parlé à propos des inconvénients du traitement par les onguents.

683. — Je ne puis apprécier non plus l'utilité réelle d'un hôpital destiné à recevoir les enfants de la classe bourgeoise quand ils naissent entachés de syphilis, et dire si un semblable établissement offrirait assez d'avantages pour compenser les sacrifices que son entretien exigerait. Je ne connais qu'un hôpital de ce genre, c'est celui qui existe en France (1), où l'on s'occupe mieux que chez les autres nations des besoins de l'humanité souffrante.

684. — Je ne me prononcerai pas non plus sur la méthode que l'on suit dans le traitement de la syphilis pour les enfants âgés de six mois au plus, méthode qui consiste à leur faire prendre, comme aux adultes, une dissolution de sublimé corrosif, mais seulement à des doses plus faibles. Je ne puis nier que ce médicament leur ait été donné avec plus d'avantage que chez les sujets plus âgés, la dose étant d'un dixième, d'un huitième, puis d'un quart, et enfin d'un demi-grain dissous

(1) Cet établissement était l'hospice de Vaugirard, qui avait alors pour médecin Fr. Doublet, auteur d'un Mémoire sur les symptômes et le traitement des maladies vénériennes chez les enfants nouveau-nés. Paris , 1791, in-8. Depuis il a élé réuni à l'hôpital des Enfants malades.

dans une tisane sucrée. Mais combien d'enfants succombent avant d'avoir atteint cet âge. et de pouvoir faire usage de ce précieux médicament! N'oublions pas qu'il est question ici de la syphilis des nouveau-nés, et que le sublimé n'est point applicable au moment de la naissance.

685. — L'administration publique pourrait certainement venir en aide aux populations pour concourir à la conservation des enfants, but (1) qu'elle devrait se proposer. Il faudrait pour cela qu'elle fût convaincue comme je le suis, et comme une foule d'observations et d'expériences peuvent le faire admettre, que les enfants ne contractent la syphilis que par le contact direct des organes génitaux de la mère pendant l'accouchement (2). Il faudrait aussi qu'elle pût se convaincre que l'on peut souvent traiter une femme enceinte, porteur d'accidents yphilitiques primitifs, sans lui faire courir aucun danger, sans l'exposer à un accouchement prématuré, et qu'il n'est pas plus difficile de la guérir que tout autre sujet d'une faible constitution.

686. — On m'accordera, sans doute, le premier point; mais le second peut, je l'avoue, susciter quelques difficultés. On dit qu'un traitement mercuriel radical offre

(1) Girlanner dit qu'une mère syphilitique accouche presque toujours vers le sixième ou le septième mois de sa grossesse d'un enfant mort, cela sans cause extérieure appréciable. 11 rapporte cet avortement à la mauvaise qualité du sang delà mère, sang qui doit servir à la nutrition du fœtus. D'autres fois les mouvements de l'enfant cessent à partir du sixième ou du septième mois; cependant l'accouchement se fait à terme, mais l'enfant vient mort et à demi putréfié. Enfin, s'il naît vivant, il est maigre, décharné, et ne tarde pas à mourir. Quelle perle pour la postérité! N'est-il pas nécessaire de chercher un traitement plus sûr pour guérir la syphilis des femmes enceintes, afin d'éviter ce deuil aux familles et celte perte aux États ?

(2) On ne devrait jamais, dans les maisons d'accouchement, laisser une femme syphilitique atteindre au terme (le sa grossesse san,s Çlre

250 TRAITÉ DlvS MALADIES VÉNÉRIENNES.

beaucoup d'inconvénients pour la mère et pour son enfant, et qu'ainsi on ne doit essayer de les guérir qu'après l'accouchement (I); je réponds qu'agir de la sorte, c'est supposer que le traitement est plus redoutable que la maladie, ce qui est vrai quand on emploie les frictions, le calomel, etc. Mais ces dangers n'existent plus quand on emploie le mercure soluble avec les précautions dont j'ai parlé; je puis dire que je dois à ce médicament la vie de plus d'une mère et de plus d'un enfant. Je renvoie, pour l'application, à ce que j'ai dit plus haut, laissant à la sagacité du médecin le soin de modifier mes préceptes suivant les circonstances accessoires qu'il rencontrera.

687. — Un enfant nouveau-né atteint, de syphilis n'offre pas de grandes ressources si les symptômes extérieurs sont arrivés à un haut degré de développement, si le sujet est amaigri, qu'il ne puisse plus teter ou que la mère ne soit plus en état de le nourrir; mais ici encore il ne faut pas se désespérer.

688. — Dans cette dernière hypothèse, il est impossible de réussir sans le secours d'une nourrice; carie pauvre petit être s'habiluerait difficilement à une alimentation trop riche, et ne pourrait triompher à la fois de cette difficulté et d'une maladie aussi dangereuse que la syphilis. Ou essaie, en même temps, de lui faire boire un peu de lait de chèvre (ce qui est important surtout quand

guérie de ^ous les symptômes qu'elle peut présenter. Tout au moins devrait-on faire cicatriser les chancres des parties génitales par l'extrait de Saturne , afin d'éviter que l'enfant soit infecté au moment de sa naissance. On pourrait ensuite, après l'accouchement , entreprendre un traitement mercuriel destiné à détruire le virus. Toutefois, il est toujours préférable de faire suivre ce dernier pendant la grossesse.

(1) Qui peut compter le grand nombre dévoilements qui arrivent chez les malheureuses pour lesquelles on observe les prescriptions méthodiques, et qu'on ne veut pas guérir de la syphilis avanl leur accouchement ?

l'enfant ne peul leler) , el l'on remplace ainsi toute au Ire espèce de nourriture jusqu'à ce qu'il y ait une amélioration notable obtenue. A partir de ce moment, on passe à une alimentation plus riche, où Ton fait entrer des biscuits et plusieurs autres substances légères. Quant au médicament, il faut recourir au mercure soluble dès qu'on est appelé auprès du malade, après l'avoir débarrassé des saburres des premières voies. Le mercure soluble est en effet la seule préparation dont l'action douce, appropriée et rapide, puisse faire naître des espérances qu'aucune autre ne saurait réaliser.

689. — Le plus souvent, il est inutile de donner plus d'un grain de ce médicament. Le mieux est de le mêler avec une drachme de poudre de réglisse, et de donner de ce mélange (toujours en une seule dose et une fois par jour) 5 grains le premier jour, 7 grains le second, etc., jusqu'à ce qu'on observe l'altération du visage, l'agitation, les coliques, la mauvaise odeur de l'haleine, la chaleur des yeux, etc., signes certains de la fièvre mercurielle. Si ces symptômes fébriles sont de médiocre intensité, et si la modification de la maladie est peu marquée, il faut revenir au mercure et le donner comme je viens de le dire , en ayant soiu de s'arrêter dès que la fièvre mercurielle est assez forte pour faire taire les symptômes vénériens. A. partir de ce moment, on se contente de donner à l'enfant du lait de chèvre, lequel doit composer toute sa aourriture jusqu'à complète guérison.

690. — S'il est possible de faire nourrir l'enfant par sa mère dès les premiers moments qui suivent la naissance, on se contente de faire prendre à celle-ci le mercure soluble aux doses que j'ai indiquées pour les adultes. Il faut commencer dès qu'on est appelé près de la malade, en ayant soin; toutefois, d'observer toutes

les précautions (1) et de permettre l'usage des moyens accessoires que son état réclame. Dès que la fièvre mercurielle paraîtra, le lait de la mère deviendra un moyen curatif assez énergique pour guérir l'enfant.

691 . — Il faut donner à la nourrice le mercure soluble aux mêmes doses qu'à la mère, et avec les mêmes précautions, lorsque cette femme doit donner le sein à un enfant infecté de la syphilis. Ce médicament a, dans ce cas, un double effet : d'abord, il préserve la nourrice de l'infection, et, de plus, son lait, étant rendu médicamenteux, peut devenir curatif à lui seul dès que la fièvre mercurielle est assez intense pour qu'il en soit ainsi.

692. — Mais quand il est impossible de faire donner le sein à un enfant, ou quand on ne veut pas le fairç, il faut, dans l'intérêt du traitement, mettre le nouveau-né à la campagne et le confier à des mains sûres.

693. — Pendant le traitement, il faut baigner l'enfant deux fois par jour dans de l'eau de guimauve tiède, le laisser dans ce bain pendant quelques minutes, puis l'essuyer doucement. On saupoudre ses gerçures et ses excoriations avec de la poudre de lycopode, ou bien on les recouvre avec de la charpie de toile. On le change deux fois par jour de linge jusqu'à la guérison ; on donne à l'enfant autant de mouvement que possible, et l'on renouvelle très souvent l'air de sa chambre. Il faut combattre la constipation avec des lavements d'eau de savon. S'il existe de petits aphthes, on les touche avec un pinceau trempé dans de l'eau contenant un centième ou un cinquantième d'acide sulfurique.

(1) Si rien ne s'y oppose , la guérison sera complète dès le douzième jour des çouçlies.

Depuis que cet ouvrage est sous presse, j'ai eu l'occasion de faire plusieurs observations que je désire consigner ici.

Sous le rapport de la préparation du mercure soluble (1), je crois qu'il faut éviter que le nitrate de mercure, dont on est obligé de se servir, contienne du chlorure de mercure, afin de n'avoir aucun acide libre mêlé au sel métallique avant d'opérer sa précipitation. Je crois utile, en conséquence, de laver les cristaux de sel mercuriel avec un dixième de leur poids d'eau distillée, de les faire sécher ensuite entre deux feuilles de papier avant de les dissoudre et de les précipiter. J'ai remarqué aussi que l'esprit de sel ammoniac, ne contenant qu'une quantité inappréciable d'acide chlorhydrique, devait être préféré, comme moyen de précipitation, aux coquilles d'œuf calcinées, et que le mercure soluble préparé par ce procédé était bien préférable. Il n'y a pas, en effet, d'acide plus répandu dans la nature que l'acide chlorhydrique, et je n'en connais pas non plus qui gêne davantage notre préparation. Or, quel que soit le soin apporté par le préparateur dans ses manipulations, il est très difficile d'éviter sa présence. De là vient que le précipité obtenu est blanc, ce qui est du à la présence d'une certaine quantité de mercure doux qui a des effets parfois funestes. Dans ce cas, le mieux est de faire bouillir, pendant une heure, le précipité avec cinquante fois son poids d'eau distillée, de décanter, et de faire sécher le résidu entre deux feuilles de papier brouillard.

Si l'on voulait m'objecter (contrairement au § 619) que l'estomac le plus sain renferme toujours une certaine

(1) Voy. la préface.

quantité d'acide ehlorhydrique, lequel décompose le sel mercuriel, même quand celui-ci ne renferme aucune trace de précipité blanc, et qu'un effet semblable doit avoir lieu dans l'intestin, je répondrais par les faits que me fournit mon expérience personnelle. J'ai remarqué, en effet, que le précipité blanc, introduit dans l'estomac, loin d'agir comme poison, forme une petite masse insoluble et caustique, et que le mercure soluble, pris dans les mêmes conditions, forme une très faible portion de précipité blanc, qui cause bien quelques nausées passagères et de faibles tranchées, mais que le mucus intestinal enveloppe et entraîne bientôt. Du reste, cet accident n'est pas à craindre quand, après avoir pris son médicament, le malade boit une couple de verres d'eau de Sellz* car, d'après un grand nombre de recherches, je puis affirmer que l'acide carbonique, développé parla fermentation, dissout le précipité blanc qui aurait de la tendance à se former, et même le turbith ; que cette dissolution est entretenue par la température de l'estomac, tandis qu'il se formerait un précipité inévitable si le composé mercuriel rencontrait dans l'estomac de l'eau de chaux ou du carbonate d'ammoniaque caustique. En observant toutes ces précautions, il sera possible d'éviter les tranchées que l'oxyde de mercure cause toujours.

Parmi les antidotes les plus capables de combattre les mauvais effets du mercure mal administré, surtout les ulcères rongeants (§§ 331, 381, 403, 648, 649), je citerai le foie de soufre, dont j'ai eu occasion d'éprouver maintes fois la valeur (§ 608). Ce médicament calme aussi très bien l'irritation chronique causée par un long emploi de ce médicament, les douleurs des membres, la fièvre consomplive, les sueurs nocturnes et la salivation.

Un jeune homme qui s'était fait traiter d'une gonorrhée, accompagnée de petits chancres, avait pris en six semaines une telle quantité de mercure doux qu'il lui était survenu une salivation dont rien ne pouvait triompher ; et de plus, une fièvre hectique, avec d'abondantes sueurs nocturnes, des douleurs déchirantes dans les membres, un tremblement général et de grosses pustules sur la peau du ventre. Ces symptômes nouveaux ayant été considérés comme vénériens, le mercure fut donné de nouveau ; alors les pustules se transformèrent en ulcères profonds qui atteignirent jusqu'à un demi-pouce de diamètre, s'enflammèrent, s'entourèrent de bords élevés, et se couvrirent d'une croûte pseudo-membraneuse du plus mauvais aspect. Mais ce qu'il y avait de plus grave encore , c'était dès ulcérations qui avaient envahi la gorge, la partie postérieure des fosses nasales, les amygdales, le voile du palais et la luette; ces ulcères menaçaient de détruire les parties molles; un pus sanguinolent coulait par les fosses nasales, et le malade ne pouvait articuler une parole; il était très amaigri et très abattu. Aucun moyen ne parvint à le soulager jusqu'à ce que je lui donnasse 10 grains de foie de soufre (1) en vingt-quatre heures. Ce médicament produisit une amélioration rapide, de sorte que les autres moyens, c'est-à-dire l'acide sulfurique, que j'employai pour arrêter la fièvre de suppuration., et une solution de nitrate d'argent, avec laquelle je touchai les ulcères de la bouche, firent un bien rapide et durable. Ce malade fut bientôt en état de sortir, ce qui permettait d'aérer sa chambre. Le traitement fut continué pendant plusieurs

(1) Je fus aussi obligé d'administrer le foie de soufre à dos personnes bien portantes , qui avaient couché dans la môme chambre que le malade, et qui avaient été prises spontanément de salivation et de sueurs nocturnes, tant l'air était vicié par les vapeurs mercurielies.

semaines avec avantage, et la guérison était presque complète lorsque ce jeune homme, étant resté exposé au froid par un temps rigoureux, fut pris par la fièvre. On avait négligé, sans m'en avertir, la précaution d'ouvrir les fenêtres, comme je l'avais recommandé. Le malade retomba très vite dans son premier état de souffrance; les ulcères de la gorge et de la périphérie du corps reparurent avec une nouvelle intensité ; le gland lui-même se couvrit çà et là de petits ulcères profonds et rongeants qui ne parurent jamais, du reste, sur les points où les chancres avaient existé; la fièvre avec ses sueurs nocturnes, les douleurs déchirantes des membres? la salivation, reparurent et -gagnèrent chaque jçur en intensité. J'employai tout ce qui avait eu jusque-là un bon effet, mais ce fut sans succès,. et en peu de jours ce malade arriva aux portes du tombeau : il ne comprenait plus rien, avalait à chaque instant sa salive, ne reconnaissait plus ses amis, et ne pouvait plus se remuer dans son lit. Je soupçonnai alors que l'air renfermé dans la chambre pourrait bien contenir dés vapeur mercurielles , et que celles-ci, agissant sur le malade, avaient renouvelé toutes ses souffrances. Je me mis alors à faire prendre à ce moribond 3 grains de foie de soufre en solution par heure ; le succès fut tel qu'au bout de douze heures il y avait déjà une amélioration sensible, et qu'en continuant ce médicament et l'usage des autres moyens que je lui avais adjoints, je le ramenai peu à peu à la vie et à la santé. J'ordonnai d'exposer à découvert, dans la chambre, une dissolution de foie de soufre, destinée à détruire chimiquement les vapeurs mercurielles qui pouvaient vicier l'air. J'abandonne les conséquences de ce fait aux méditations des praticiens.

On ne peut connaître l'essence des maladies et les changements cachés qu'elles produisent dans le corps : il y a donc de l'absurdité à prétendre fonder le traitement sur les conjectures qu'on établit sur ce sujet. On ne saurait deviner les vertus curatives des médicaments au moyend'hypothèses chimiques, ou avec le secours des impressions qu'ils exercent sur le sens de l'odorat, de la vue et du goût, et il est absurde de vouloir, d'après les présomptions qui naissent d'une pareille source, appliquer à la guérison des maladies ces substances dont l'abus entraîne tant de danger. Une telle méthode a beau invoquer l'usage général en sa faveur, être même la seule qu'on suive depuis des milliers d'années, il n'en est pas moins contraire à la raison et aux intérêts du genre humain de prendre pour des vérités les vagues hypothèses qu'on se forge sur la nature intime des maladies, et d'opposer à celles-ci des vertus non moins imaginaires attribuées aux médicaments.

Il faut que ce qui a besoin d'être enlevé dans chaque maladie pour la convertir en santé soit clairement inconnaissable à nos sens, et que chaque médicament exprime d'une manière manifeste et appréciable ce qu'il peut guérir avec certitude, avant que nous soyons fondés à l'employer contre une maladie quelconque.

(1) Ce mémoire a paru, dans un journal ^en 1813.

Sans cela la médecine ne cessera d'être une sorte de loterie où Ton joue sur la vie de ses semblables, et jamais elle ne deviendra un véritable secours pour l'homme malade.

Je vais faire voir ce qui s'offre à nous d'incontestablement guérissable dans les maladies, et comment il faut s'y prendre pour s'assurer des vertus curatives que possèdent les médicaments, afin d'employer ensuite ces substances à titre de remèdes.

Nous ne pouvons connaître la vie que d'une manière empirique, par ses manifestations ou phénomènes, et il est absolument impossible de s'en faire mue idée à priori, par des spéculations métaphysiques. Jamais les mortels n'apercevront, jamais ils ne découvriront par des conjectures, ce que la vie est en elle-même et dans son essence intime.

La vie de l'homme et ses deux états, la santé et la maladie, ne sauraient être expliqués par aucun des principes qui servent à l'explication d'autres objets. La vie ne peut être comparée à rien dans le monde, si ce n'est à elle-même. Nul rapport entre elle et une machine hydraulique ou autre, une opération chimique, une décomposition et une production de gaz, une batterie galvanique. En un mot, elle ne ressemble à rien de ce qui ne vit point. La vie humaine n'obéit sous aucun rapport à des lois purement physiques, qui n'ont de force que parmi les substances inorganiques. Les substances matérielles dont l'organisme humain est composé ne suivent plus, dans cette combinaison vivante, les lois auxquelles la matière est soumise dans l'état de non-vie, et elles ne reconnaissent que les lois propres à la vitalité ; elles sont alors animées et vivantes, comme le tout est animé et vivant. Dans l'organisme règne une force fon-

damentale, ineffable et toute-puissante, qui anéantit toute tendance des parties constituantes du corps à se conformer aux lois de la pression, du choc, de la force d'inertie, de la fermentation, de la putréfaction, etc., et qui les soumet uniquement aux lois merveilleuses de la vie, c'est-à-dire les maintient dans l'état de sensibilité et d'activité nécessaire à la conservation du tout vivant, dans un état dynamique presque spirituel.

L'état de l'organisme dépendant donc uniquement de celui de la vie qui l'anime, il s'ensuit que le changement auquel nous donnons le nom de maladie est également, non point un effet chimique, physique ou mécanique, mais le résultai de modifications dans la manière vivante dont l'homme sent et agit, c'est-à-dire un changement dynamique, une sorte de nouvelle existence, dont la conséquence doit être d'amener un changement, dans les propriétés des principes constituants matériels du corps.

L'influence des causes inorbifiques, dont la plupart agissent du dehors pour engendrer en nous les diverses maladies, est aussi presque toujours tellement invisible et immatérielle (1), qu'elle ne saurait ni altérer immédiatement la forme et la substance des parties constituantes de notre corps, ni verser dans nos veines aucun liquide acre et nuisible, capable de modifier et de corrompre chimiquement la masse de nos humeurs, hypothèseinsoulenable etsanspreuves, imaginée par quelques têtes remplies d'idées mécaniques. C'est par leur virtualité que les causes excitatrices des maladies agissent sur l'état de notre vie d'une manière purement dyna-

(1) Il faut excepter quelques maladies chirurgicales et les maux produits par des corps étrangers non susceptibles cTôtre digérés qui s'introduisent quelquefois dans le canal alimentaire.

w260 ESPRIT DE LA. DOCTRINE HOMOEOPATHIQUE.

inique, en quelque sorte spirituelle. Elles commencent par désaccorder les organes de la force vitale, et l'existence modifiée qui en résulte, le changement dynamique qui s'ensuit, entraîne un changement dans la manière de sentir (malaise, douleurs) et d'agir (anomalie des fonctions) de chaque organe en particulier et de l'ensemble des organes, ce qui doit nécessairement en entraîner aussi dans les liqueurs dont nos vaisseaux sont pleins, et déterminer la sécrétion de substances inaccoutumées, C'est là l'inévitable résultat du nouveau caractère qu'a pris la vie, caractère qui diffère de celui qu'elle a dans l'état de santé.

Ces substances inaccoutumées ou anormales qui se manifestent dans les maladies ne sont donc que des produits de la maladie elle-même ; elles doivent nécessairement Ctre excrétées tant que cette dernière conserve son caractère actuel, et elles font ainsi partie de ses symptômes. Ce sont uniquement des effets et par suite des manifestations de l'anomalie qui existe à l'intérieur, et quoiqu'elles soient souvent contagieuses pour d'aulres personnes saines, elles n'exercent sur le corps malade qui lésa produites aucune action capable d'engendrer ou d'entretenir la maladie, c'est-à-dire qu'elles ne réagissent point comme causes morbifiques matérielles (1), pas plus qu'un homme ne peut infecter d'aulres parties de son corps ou augmenter son mal avec le liquide qui découle de son chancre ou de son urètre atteint de gonorrhée, pas plus qu'une vipère ne peut se

(1) On ne peul donc pas plus, en balayanl el éloignant mécaniquement ces substances, larir la source d'où elles dépendent et guérir la maladie elle-même, qu'il n'est possible de raccourcir la durée d'un coryza ou de le guérir en se mouchant souvent ; on a beau ne pas se moucher, le coryza n'en dure pas un jour de moins que ne le comporte sa nature.

ESPRIT DE LA DOCTRINE UOAKffiOL'ATllIQUE. 261

faire une morsure mortelle ou dangereuse avec son propre venin.

D'après cela, il est évident que les maladies de l'homme, engendrées par l'influence dynamique et virtuelle de causes morbifiques, ne sont originairement que des modifications dynamiques et pour ainsi dire spirituelles du caractère vital de notre organisme.

On voit sans peine que ces altérations dynamiques du caractère vital de notre organisme, auxquelles nous donnons le nom de maladies, n'étant autre chose que des changements dans la manière de sentir et d'agir, elles ne peuvent non plus s'exprimer que par une agrégation de symptômes, et que c'est seulement sous celte forme qu'elles peuvent arriver à notre connaissance.

Puisque, dans un acte aussi important pour la vie humaine que la curation d'une maladie, il n'y a d'autre objet de guérison à admettre qu'un état du corps malade distinctement reconnaissable à l'aide des facultés dont nous sommes doués ; puisque nous ne devons pas prendre d'autre guide, attendu qu'invoquer de simples conjonctures ou des hypothèses dénuées de preuves, ce serait démence, et môme attentat contre l'humanité, il suit de là que les maladies, modifications dynamiques du caractère de la vie, s'expriment uniquement par des modifications dans la manière de sentir et d'agir de notre organisme, c'est-à-dire uniquement par une agrégation de symptômes appréciables. Il n'y a non plus que ceuxci qui puissent être l'objet de la guérison dans chaque cas de maladie. En effet, tous les symptômes étant enlevés, il ne reste que la santé.

Les maladies n'étant que des altérations dynamiques de l'état de notre organisme et du caractère de notre vie, il n'est pas non plus possible aux hommes de les

262 ESPRIT DI«; LV DOCTIUNE HOMOEOPATHIQTJG.

anéantir autrement qu'au moyen de puissances et de forces qui soient également capables de produire des modifications dynamiques dans l'état de l'organisme humain. En d'autres termes, les médicaments guérissent les maladies d'une manière virtuelle et dynamique (1). Ces substances actives et ces forces qui sont à noire disposition (médicaments) opèrent la guérison des maladies par la même puissance dynamique de modifier l'état acluei et le caractère vital de noire organisme, dans sa manière de sentir et d'agir, que celle en vertu de laquelle elles affectent aussi l'homme en santé, le modifient dynamiquement, et provoquent en lui certains symptômes morbides dont là connaissance, comme on le verra plus loin, nous procure les notions les plus certaines sur les états maladifs que chacun de ces médi-

(1) Ils ne les guérissent ni par de prétendues propriétés dissolvantes et mécaniquement incisives, dépuralives et évacualives, ni en vertu d'une activité qui les rendrait propres à expulser électivement des principes morbifiques imaginaires, ni au moyen d'un pouvoir antiseptique, agissant comme sur de la viande pourrie, ni par aucune influence chimique ou physique, comme s'ils agissaient sur des choses matérielles mortes, ainsi que les écoles médicales l'ont de tout temps imaginé et rêvé. i\ la vérité, les médecins modernes ont jusqu'à un certain point commencé à considérer les maladies comme des modifications dynamiques, et cherché d'une certaine manière à les combattre dynamiquement aussi par des médicaments. Mais, ne reconnaissant pas que l'activité sensible, irritable et nutritive de la vie est variable à l'infini in modo et qualilate, seuls changements intimes qui puissent venir à notre connaissance par leur réflexion a l'extérieur; ne considérant pas ces changements, tels qu'ils sont réellement, comme le seul objet de guérison qui ne puisse induire en erreur; n'admettant hypolhéliquement qu'une augmentation et une diminution anormales de cette activité quoad quantitatem ; enfin attribuant non moins arbitrairement aux substances médicamenteuses la vertu de ramener cetie augmentation et celte diminution au type normal, moyen dont ils se servent pour expliquer la guérison, ils n'ont également devant les yeux que chimères, chimères quant à l'indication, et chimères quant à la manière d'opérer des médicaments.

camenls peut guérir le plus sûrement. Il n'est donc, dans le inonde, rien qui puisse accomplir la guérison, nulle substance ou force qui soit apte à produire dans l'organisme humain un changement de nature à en expulser la maladie, si ce n'est un agent susceptible de désaccorder l'état de l'homme en général ( dynamiquement), et en conséquence aussi de modifier morbidement l'état des sujets qui se portent bien (1).

Mais, d'un autre côté, il n'y a point non plus dans la nature d'agent ni de force capable d'affecter morbidement l'homme en santé, qui ne possède en même temps le pouvoir de guérir certains états morbides.

Maintenant, puisque la faculté de guérir une maladie et celle de produire une affection morbide chez les personnes bien portantes sont inséparables l'une de l'autre dans tous les médicaments, et que ces deux facultés procèdent manifestement d'une seule et môme source, c'està dire de la puissance qu'ont les médicaments de modifier dynamiquement l'état de l'homme, et que par conséquent aussi ceux-ci ne peuvent point agir sur les malades d'après une autre loi naturelle inhérente que celle qui préside à leur action sur les individus se portant bien, il suit de là que la puissance du médicament qui guérit la maladie chez les malades est la môme que celle qiii lui fait exciter des symptômes morbides chez l'homme en pleine santé (2).

Nous trouverons donc aussi que la puissance curative des médicaments, ou ce qui peut être opéré par chacun d'eux dans les maladies, ne s'exprime jamais plus clai-

(1) Par conséquent, cette puissance n'appartient à aucune substance qui ne serait, par exemple, que nourrissante.

(2) La différence du résultat dans ces deux cas dépend uniquement çle celle de l'objet à modifier.

26& ESPRIT DE LÀ DOCTIUNE HOMOEOPATHIQUE.

rement et ne peut arriver à notre connaissance d'une manière plus pure et plus complète, que parles phénomènes et symptômes morbides (sortes de maladies artificielles) auxquels ses substances donnent lieu chez l'homme en santé ; car dès que nous avons sous les yeux le tableau des symptômes morbides particuliers produits chez l'homme bien portant par les diverses substances médicinales, il ne nous reste plus qu'à recourir à des expériences pures, seules capables de déterminer quels sont les symptômes médicamenteux qui toujours font cesser et guérissent certains symptômes morbides d'une manière rapide et durable, pour connaître d'avance celui d'entre les médicaments dont on a étudié les symptômes particuliers, qui est le plus sûr moyen de guérison dans chaque cas donné de maladie.

Quelque simple, vraie et naturelle que soit celte proposition, quoiqu'on soit en droit de croire qu'elle aurait déjà dû depuis longtemps être admise comme principe fondamental dans l'appréciation des vertus curalives, cependant personne jusqu'ici n'en a eu aucun soupçon, môme éloigné. Pendant les milliers d'années sur les événements desquels l'histoire s'exerce, nul n'a pressenti celte source si naturelle de la connaissance des propriétés curatives des médicaments, et n'a eu l'idée d'y recourir avant d'employer ceux-ci dans les maladies elles mêmes. Jusqu'au temps actuel, on a toujours cru ne pouvoir constater l'action des médicaments que d'après le résultat de leur application à l'homme malade: on cherchait à la connaître dans les circonstances où tel médicament donné ( le plus souvent un mélange de diverses substances ) avait été efficace contre un cas également donné de maladie. Mais le résultat heureux de l'administration d'une substance médica-

ESPRIT DIS L/V DOCTIUNIS UOMOEOPAT[lIQUI«:. 2G5

menteuse, môme, ce qui se rencontre rarement, dans un cas de maladie décrit avec exactitude, ne saurait jamais nous faire connaître les circonstances dans lesquelles cette substance pourrait désormais être salutaire, puisque, à l'exception des maladies produites par un miasme fixe, la petite vérole, la rougeole, les syphilis, la gale, etc., ou de celles qui sont dues à plusieurs vices toujours semblables à eux-mêmes, comme la goutte, etc., toutes les autres ne sont que des cas isolés, c'est-à-dire que chacune apparaît dans la nalure sous la forme d'un assemblage différent de symptômes, que jamais elle n'a existé, ou n'existera jamais exactement semblable à ce qu'on la voit êlrc aujourd'hui, et que, par conséquent, la réussite d'un remède dans tel ou tel cas ne peut servir à conclure que la même substance opérera la guérison dans un autre cas (qui sera différent). Le rapprochement forcé de ces cas de la maladie que, dans sa sagesse, la nature a rendus différents à l'infini, leur réunion sous un certain nombre de formes nominales, comme celles que la pathologie crée arbitrairement, est une œuvre humaine, sans réalité, qui entraîne de continuelles illusions, et qui fait sans cesse confondre ensemble des étals différents les uns des autres. Une autre méthode non moins incertaine et sujette à induire en erreur, quoique généralement suivie de toute antiquité, consiste à établir des propriétés curalives générales pour les médicaments, d'après l'effet qu'ils ont produit dans des cas isolés. En procédant ainsi, la matière médicale, se fondant sur ce qu'un médicament a produit, par exemple, de temps en temps et dans quelques cas morbides, une sécrétion d'urine plus abondante, de la sueur, l'apparition des règles, la cessation des convulsions, une sorte de sommeil, l'ex-

pectoralion, etc., érige cette substance en diurétique, sudorifique, emménagogue, antispasmodique, soporifique, béchique, etc., confondant ainsi les mots de pendant l'usage avec ceux de par l'usage, concluant du particulier au général, contre toutes les lois de la logique, et faisant môme du conditionnel l'absolu; car ce qui n'a pas le pouvoir de provoquer dans tous les cas l'urine, la sueur, les règles, le sommeil, l'expectoration, ne saurait non plus, pour l'homme qui raisonne juste, mériter absolument le litre de sudorifique, de diurétique, d'emménngogue, de soporifique, de béchique. C'est là cependant ce que fait la matière médicale ordinaire. Somme totale, il est impossible que, dans des associations si diversifiées de symptômes différents, telles que sont les maladies infiniment variées de l'homme, l'emploi d'un moyen puisse mettre au jour son action médicamenteuse pure et primitive, et enseigner ce qu'on doit positivement attendre de lui sous le rapport des modifications à éprouver de l'organisme. Les médicaments ne peuvent nous fournir ces renseignements qu'autant qu'on les fait agir sur l'homme en santé.

Interrogeons-nous ensuite l'expérience, pour savoir d'elle quels sont les éléments morbides artificiels (ou observés par suite de l'action des médicaments) sur le secours desquels on peut compter dans certains états morbides naturels ; lui demandons-nous si le moyen de ramener la santé de la manière la plus certaine et la plus durable consiste à employer soit les médicaments qui sont aptes à produire chez l'homme en santé un état maladif différent de celui qu'on veut guérir, soit ceux qui déterminent chez l'homme bien portant un état opposé à celui qui a liçu dans les cas dont on se propose la guérison, soit enfin ceux qui provoquent chez les su-

ESPRIT DE Lk DOCTRINE IIOMQEOPATHIQUE. 267

jetsen bonne santéunélat analogue* la maladie naturelle qu'on a sous les yeux, car il n'y a que ces trois manières possibles de modifier l'organisme, la réponse à une semblable question n'est point équivoque.

Déjà, par soi-même, il est manifeste que des médicaments qui agissent en sens différent (allopatliiquement), qui ont de la tendance à produire, chez l'homme bien portant, des symptômes non identiques avec ceux qu'embrasse la maladie dont on se propose la guérison, ne sauraient, d'après la nature des choses, être convenables et salutaires, et qu'ils doivent agir d'une manière en quelque sorte oblique ; autrement chaque maladie pourrait être guérie promptement, sûrement et avec durée par le premier médicament venu. Mais comme chaque médicament possède un mode d'action différent de celui des autres, comme chaque maladie détermine, d'après les lois éternelles de la nature, un désaccord de l'organisme humain différent de celui qui est occasionné par les autres, celte proposition implique contradiction, ce qui suffit pour démontrer l'impossibilité d'un bon résultat en pareil cas, tout changement quelconque ne pouvant être opéré que par une cause appropriée, et non per quamlibel causam. Aussi l'expérience confirme-t-elle tous les jours qu'avec ces mélanges disparates de médicaments inconnus, la pratique vulgaire produit sans doute toutes sortes d'effets, mais que la guérison est celui qui se rencontre le moins.

La seconde manière de traiter les maladies par des médicaments consiste à employer des substances qui agissent d'une manière contraire (énanliopalliiquement ou antipatliiquement) à l'état morbide existant. Il n'est pas difficile non plus de concevoir qu'une pareille méthode ne saurait jamais procurer de guérison durable,

268 HSPR1T DE LA DOCTRINE 1ÏOMOEOPATIJ1QUE.

parce que le mal ne doit pas tarder à reparaître, et à un degré plus fort qu'auparavant. Voici ce qui arrive en pareil cas. D'après une disposition admirable de la création, les êtres organisés vivants n'obéissent point aux lois de la nature inorganique; ils ne reçoivent point, comme celle-ci, l'impression des choses extérieures d'une manière purement passive, ne cèdent pas comme elle aux influences du dehors,* mais tendent à établir le contraire de cette action qu'ils ressentent (1). A la vérité le corps humain vivant éprouve, dans les premiers moments, quelque changement par suite de l'action qu'exercent sur lui les puissances physiques; mais ce changement n'est pas durable, comme dans les êtres inorganiques, et ainsi qu'il devrait l'être pour que la puissance médicamenteuse agissant en sens inverse de

(1) Le suc vert qu'on vient d'exprimer d'une plante et qui ne jouit plus de la vie, ne larde pas à pâlir sous l'influence de la lumière solaire, et finit par se décolorer, tandis que la plante vivante qu'on a fait étioler dans une cave reprend promplement sa teinte verte naturelle, par l'effet de son exposition au soleil. Une racine tirée de terre et sèche (morte), se détruit bientôt dans un sol chaud et humide, au lieu qu'une racine vivante y pousse de vigoureux rejetons. La bière mousseuse se change rapidement en vinaigre à 96 degrés du thermomètre de Fahrenheit, dans une bouteille; mais, à la même température, dans l'estomac, elle cesse de fermenter, et devient en peu de temps un suc nourricier très doux. La viande à demi pourrie, mangée par un homme bien portant, est celle qui fournit les excréments les moins fétides, tandis que le quinquina, qui arrête si puissamment la putréfaction dans les substances animales privées de la vie, opère sur les viscères sains de manière à produire des vents de l'odeur la plus repoussante. La chaux s'empare de tous les acides dans la nature organique; mais lorsqu'elle est ingérée dans un estomac sain, elle détermine communément des sueurs aigres. Tandis qu'il n'y a rien qui préserve plus sûrement la fibre animale morte de la putréfaction que le tannin, les ulcères de l'homme vivant deviennent sordides et verts quand on les asperge fréquemment de tannin. Une main plongée dans l'eau chaude devient ensuite plus fraîche que l'autre main qui n'a point été baignée, et cela d'autant plus que l'eau du bain était plus chaude.

la maladie pût produire un effet stable, une guérison durable. Bien loin de là, l'organisme humain vivant tend à déterminer, par antagonisme, le contraire précisément de l'affection qu'il a reçue du dehors (1). Ainsi la main qu'on a tenue pendant quelque temps plongée dans de l'eau à la glace, ne reste plus froide après en avoir été retirée, ou ne se borne pas à reprendre la température de l'air ambiant, comme il arriverait à une boule de pierre ; elle ne conserve pas non plus la chaleur du reste du corps; mais plus l'eau du bain est froide, plus cette eau a longtemps agi sur la peau saine de la main, plus aussi cette dernière s'enflamme et devient chaude après avoir élé retirée.

Il ne peut donc pas manquer d'arriver qu'un médicament agissant en sens opposé des symptômes de la maladie ne modifie en bien que pour un temps très court (2) le symptôme morbide existant, et ne larde pas à être obligé de céder à l'antagonisme qui prédomine dans les corps vivants et qui provoque le contraire, c'està-dire un état opposé à l'amélioration fallacieuse produite par le palliatif, et semblable au mal primitif. Or cet état est une véritable addition faite à la maladie première, qui n'a point été guérie ; c'est par conséquent celle maladie première à un degré plus fort. Le mal

(1) C'est la loi de la nature, d'après laquelle remploi de chaque médicament produit bien d'abord certains changements dynamiques et symptômes morbides dans le corps humain vivant ( effet primitif )f mais détermine ensuite, au moyen d'un antagonisme particulier, qu'on peut appeler, dans beaucoup de cas, penchant à la conservation de soimême, un état directement opposé à celui-là {effet secondaire). C'est ainsi, par exemple, que l'usage des substances narcotiques détermine d'abord l'insensibilité, ensuite rendolorissement.

(2) De même qu'une main qu'on s'est brûlée ne reste guère froide et sans douleur qu'autant qu'on la laisse plongée dans l'eau froide.

continue certainement ainsi à toujours s'aggraver, après que le palliatif ou le médicament agissant d'une manière opposée et énantiopalhique, a épuisé son action.

Ainsi la douleur d'une brûlure à la main est calmée promptement, mais pour quelques minutes seulement, par l'eau froide, après quoi la douleur cuisante et l'inflammation deviennent plus vives qu'elles ne l'étaient auparavant. L'inflammation, effet secondaire de l'eau froide, s'ajoute à l'inflammation, effet primitif de la brûlure et que l'eau froide n'a pu détruire. Le sentiment pénible de plénitude qu'on éprouve dans l'abdomen par l'effet du resserrement habituel du ventre paraît cesser comme par enchantement, aussitôt après l'action d'un purgatif; mais, dès le lendemain, la plénitude douloureuse reparaît, avec la tension de l'abdomen et le resserrement du ventre, et au bout de quelques jours, ces accidents sont même plus graves que par le passé. La stupeur somnolente que produit l'opium est suivie de nuits dans lesquelles on dort beaucoup moins que de fcoulutne. Mais ce qui démontre que cet état consécutif est une véritable aggravation, c'est que quand on lui oppose de nouveau le palliatif (par exemple, l'opium à une insomnie habituelle ou à une diarrhée chronique), il faut le donner à plus forte dose, comme pour combattre une maladie plus forte, si l'on veut qu'il produise, pendant tout aussi peu du temps que la première fois, la même apparence d'amélioration.

C'est dans les maladies chroniques, pierre de touche de la vraie médecine, que le caractère nuisible des moyens palliatifs ou agissant énantiopathiquement, se prononce surtout à un haut degré ; car en les répétant, il faut, si l'on veut qu'ils produisent leur effet décevant, une apparence fugace d'amélioration, lés dbnûef à des

ESPRIT Dli LA DOGTllINii IIOMOEOPlTniQUE. 271

doses toujours de plus en plus fortes, qui compromettent fréquemment la vie, et qui assez souvent causent réellement la mort du malade (1).

Il ne reste donc plus qu'une troisième manière d'employer les médicaments pour guérir réellement : c'est d'en donner chaque fois un qui ait de la tendance à provoquer dans l'organisme une affection morbide artificielle analogue, et le plus analogue qu'il est possible au cas maladif présent.

Il est facile de prouver par le raisonnement que cette manière d'employer les médicaments est la plus parfaite méthode, la seule qui soit bonne, ainsi que le constatent déjà d'innombrables observations, et que le démontrent l'expérience des médecins partisans de ma doctrine, et celle des faits qui se passent chaque jour sous nos yeux.

Pour ne citer qu'un petit nombre de faits qui s'offrent journellemeht à nous, je rappellerai que la douleur cuisante produite par l'eau bouillante versée sur notre peau Se calme en approchant du feu la partie, si fclle est médiocrement brûlée, ou en la tenant continuellement humectée d'eau-de-vie ou d'essence de térébenthine chaude, qui occasionne une sensation encore plus vive de brûlure. Ce mode infaillible de guérison est fort usité parmi les artisans. La douleur cuisante que l'alcool et l'essence déterminent reste ensuite seule pendant quelques minutes encore, attendu que l'organisme, homœopathiquement débarrassé par elle de l'inflammation excitée par la brûlure, ne larde pas à réparer la lésion de la peau et forme un nouvel épiderme, ce qui empêche l'esprit dé pénétrer davantage. C'est ainsi

(1) Gomme lorsqu'on répète l'opium a dose toujours croissante pour pallier les symptômes graves d'une maladie chronique.

272 ESPBIT DE LA DOCTRINE HOMOEOPATQIQUE.

qu'en quelques heures on guérit, à l'aide d'un moyen excilanl des douleurs cuisantes, une brûlure qui, traitée par des palliatifs rafraîchissants el des onguents ordinaires, dégénère en un ulcère malin, et continue ordinairement à suppurer pendant des semaines et des mois, en causant beaucoup de douleur. Les danseurs de profession savent par une longue et vieille expérience que, quand on s'est échauffé au plus haut point en dansant, on se rafraîchit très bien, pour quelques instants, en se découvrant et buvant de l'eau froide, mais qu'infailliblement ensuite on est atteint d'une maladie mortelle, et sagement, au lieu de s'exposer à l'air, ou d'ôter leurs vêlements, ils prennent une boisson échauffante de sa nature, du punch ou du thé chaud avec du rhum, ce qui, joint à une douce promenade dans la chambre, les débarrasse promptement de la fièvre chaude produite par la danse. De même un vieux moissonneur, après s'être fatigué outre mesure à l'ardeur du soleil, ne prend jamais qu'un verre d'eau-de-vie pour se refaire : à peine une heure s'est-elle écoulée, qu'il n'éprouve plus ni froid ni chaleur, et qu'il se trouve parfaitement bien. Nul homme expérimenté ne s'avisera de plonger dans l'eau chaude ou d'approcher du feu un membre gelé; l'application de la neige ou le frottement avec de l'eau à la glace est le remède homœopathique connu de tout le monde en pareil cas. Le malaise produit par une joie trop vive (gaieté délirante, agitation, tremblement, mobilité excessive, battement de cœur, insomnie) cède d'une manière prompte et durable au café, qui produit les mêmes phénomènes quand on n'y est point habitué. 11 y a encore une foule d'événements journaliers qui confirment celte grande vérité, que la nature a voulu qu'il fût possible aux hommes de se débarrasser de

ESPRIT DE LA B0CTRINE HOMQEOPATQIQUE. 273

leurs longues maladies par de courtes maladies très analogues à celles-là. Des peuples qui avaient langui pendant des siècles dans l'esclavage et l'apathie, se réveillèrent, reprirent le sentiment de leur dignité, et recouvrèrent leur liberté, après avoir été foulés aux pieds par la tyrannie d'un conquérant.

On n'aura pas de peine à comprendre d'après quelles lois de la nature s'opère et doit s'opérer la seule curatfon rationnelle des maladies, leur curation homœopalhique.

La première -loi naturelle qu'on ne saurait méconnaître ici, est celle-ci : raffectibiliié de l'organisme vivant par les maladies naturelles est, sans comparaison, plus faible que celle par les médicaments.

Tous les jours et à chaque heure une foule de causes excitatrices de maladies agissent sur nous, mais n'ont pas le pouvoir de détruire notre équilibre, de rendre malades ceux qui se portent bien. L'activité de la force vitale conservatrice qui réside en nous résiste ordinairement à la plupart de ces causes, et l'homme conserve la santé. Ce n'est que quand elles sont arrivées à un haut degté d'intensité, et que nous nous y exposons trop à découvert, que nous tombons malades ; mais même alors, nous ne le devenons gravement que quand, pour l'instant, notre organisme a un côté faible et prôtantplus particulièrement aux attaques, qui le rend plus apte à être affecté par la cause morbifique présente (simple ou composée), et à être mis par elle en désaccord.

Si les puissances naturelles, tant morales que physiques , auxquelles on donne le nom de causes morbifiques, avaient un pouvoir absolu de désaccorder l'organisme humain, comme elles sont répandues partout, i. 18

274 ESPRIT DE LA DOCTRINE IIOMOEOPATltlQÛE.

elles n43 hisseraient personne en santé ; tout le monde serait malade, et nous n'aurions môme point Vidée de la santé. Mais comme, généralement parlant, les maladies ne sont que des exceptions dans l'état des hommes, et qu'il faut le concours d'un si grand nombre de circonstances et de conditions diverses, de la part tant des puissances morbifiques que du sujet à rendre malade, pour qu'une maladie soit réellement produite par ces causes excitatrices, il s'ensuit que Thomme est si peu susceptible d'être affecté par de semblables causes, qu'elles nepeuvent jamais, d'une manière absolue, le rendre malade, et qu'au moins ne peuvent-elles désaccorder son organisme au point de le plonger dans l'état de maladie, qu'autant qu'il y existe en lui une prédisposition spéciale.

Mais il en est tout autrement des puissances dynamiques artificielles que nous appelons médicaments. En effet, tout vrai médicariient agit en tout temps, dans toutes les circonstances, sur tous les corps vivants et animés, et il excite dans ces derniers les symptômes qui lui sont particuliers ( même susceptibles de frapper les sens, lorsque la dose a été assez forte), de sorte qu'évidemment tout organisme humain vivant doit être, en tout temps et d'une manière absolue, saisi et en quelque sorte infecté de la maladie médicamenteuse, ce qui, comme on sait, n'est nullement le cas des maladies naturelles (1).

Il suit incontestablement de toutes ces observations,

(1) Les maladies pestilentielles eiles-inêmes ne sont pas contagieuses d'une manière absolue, el n'attaquent point tout le monde. Les autres maladies respectent un bien plus grand nombre d'hommes, quoique ceux-ci s'expo&ent trop aux \icissiludes du temps, à celles des saisons, et à Tinflucnce d'une foule d'autres impressions nuisibles.

ESPRIT DE LÀ DOCTRINE IlOMOEOPATtlIQUE. 275

que le corps humain est beaucoup plus enclin à être affecté el modifié par les puissances médicinales que par les causes de maladie et les miasmes contagieux, ou', ce qui revient au même, que les puissances médicinales ont une vertu absolue de désaccorder l'organisme humain, ht que les affections morbifiques n'en ont qu'une trèfc conditionnelle, susceptible d'être vaincue par l'autre.

A la vérité il suit déjà de là que les maladies peuvent être guéries par des médicaments, c est-à-dire que l'affection morbide peut être éteinte, dans l'organisme malade, lorsqu'on lui oppose la modification convenable provoquée par une substance médicamenteuse. Mais, pour que la guérison ait lieu réellement, il faut que la seconde loi de la nature se trouve également observée.

Cette seconde loi dit qu'une affection dynamique plus forte éteint, d'une manière durable, une autre affection dynamique moins forte dans l'organisme vivant, lorsque la première ressemble à la seconde, quant à l'espèce.

En effet, comme je crois l'avoir prouvé, la modification dynamique à espérer du médicament ne doit point être d'une autre espèce que la modification maladive, ne doit pas être allopathique, afin qu'il n'en résulteras un désordre plus grand encore, ce qui arrive dans la pratique vulgaire ; elle ne doit pas non plus être opposée, ou énanliôpathique, afin qu'elle n'ait point pour effet une simple apparence de soulagement, une simple palliation, inévitablement suivie de l'exaspération du mal primitif; elle doit être semblable, c'est-à-dire que le médicament, pour procurer une guérison durable, doit avoir la propriété de faire naître des symptômes analogues chez l'homme qui jouit de la santé.

Maintenant, comme les affections dynamiques de

276 ESPRIT DE LA DOCTRINE HOMOEOpmiIQUE.

l'organisme dues soit àla maladie, soit aux médicaments, ne sont reconnaissables que par des manifestations de changements survenus dans la manière d'agir et de sentir, et que par conséquent aussi la ressemblance de ces affections dynamiques ne peut s'exprimer que par celle des symptômes, mais que l'organisme, étant bien plus susceptible d'èlrc attaqué par Je médicament que par la maladie, cède davantage à l'affection médicamenteuse, c'est-à-dire se laisse plus modifier par elle que par l'affection maladive analogue, de là suit incontestablement qu'il doit être débarrassé de l'affection maladive lorsqu'on fait agir sur lui un médicament qui, différent de la maladie par sa nature (t), se rapproche le plus possible d'elle par l'analogie de ses symptômes, c'est-à-dire esthomœopathique ; car l'organisme, en sa qualité d'unité vivante, ne peut admettre à la fois, deux affeelionsdynamiques semblables, sans que la plus faible soit obligée de céder à la plus forte. Or puisqu'il a de la tendance à être affecté plus fortement par un médicament que par une maladie analogue, celle-ci doit nécessairement le quitter, et il se trouve ensuite guéri.

Qu'on ne s'imagine pas que quand, pour guérir l'organisme vivant de sa maladie, on lui communique une affection nouvelle et semblable, par une dosedemédicament homœopathique, il se trouve par là plus chargé qu'auparavant, c'est-à-dire qu'une addition ait été faite à sa maladie, de même qu'une lame de plomb, com-

(1) Sans celte différence naturelle entre l'affection maladive et l'affection médicamenteuse, il n'y aurait pas de guérison possible; si les deux affections étaient non-seulement semblables, mais encore de même na: ture, c'est-à-dire identiques, ii ne surviendrait rien, ou tout au plus une exaspération du mal, de mêiiK qu'on n'obtiendrait jamais la guérison d'un chancre en le pansant avec le pus pris sur le chancre d'une autre personne.

ESPRIT DE LA DOCÏUINE IIOMOEOLWTI11QUE. *2~1

primée par un poids de fer, s'amincit encore davantage lorsqu'à celui-ci on ajoute une pierre, ou comme une pièce de cuivre échauffée par le frottement devient plus chaude encore si on la plonge dans de l'eau bouillante. Il n'en est point ainsi. Notre organisme vivant ne se comporte pas d'après les lois physiques de la nature morte ; il réagit avec un antagonisme vital pour, en qualité de tout vivant et clos de toutes parts, se débarrasser de sa modification maladive et la laisser s'éteindre en lui, quand il vient à être saisi d'une autre affection semblable plus forte, excitée par un médicament homœopalhique.

Voilà comme notre organisme vivant réagit d'une manière dynamique et en quelque soute spirituelle. En vertu d'une force active par elle-même, il fait cesser dans son intérieur une modification discordante plus faible (la maladie), dès que la puissance plus forte du médicament homœopathique lui procure une affection autre, mais très analogue. End autres termes, l'unité de sra vie ne permet pas qu'il puisse souffrir simultanément de deux désaccords généraux semblables, et il faut que l'affection dynamique présente (maladie) cesse dès qu'une seconde puissance dynamique (médicament), plus capable de le modifier, agit sur lui, et provoque des symptômes ayant beaucoup d'analogie avec ceux de l'autre. Quelque chose d'analogue se passe dans l'esprit humain.

Par exemple, une jeune fille affligée de la mort d'une compagne, qu'on mène auprès de pauvres enfants dont le père, leur unique soutien, vient de périr, ne devient pas plus triste à la vue de ce tableau touchant, mais y puise un motif de consolation; son propre malheur étant plus faible, elle se trouve guérie des regrets que

278 ESPRIT DE L>Y DOCTRINE HOlUppOJPATUlQUE.

lui inspirait sa compagne, parce que l'esprit, qui est un, ne peut être agité que d'une, seule affection de même nature a. la fois, et qu'une affection s'éteint en lui, lorsqu'une autre analogue^ mais plus forte, s'empare de lui, et l'impressionne à la manière d'un médicament homœopatbique. Mais la jeune fille ne se consolerait pas, si sa mère se mettait en colère contre elle (puissance allopathique) ; loin de là, ce nouveau chagrin, d'une autre nature, né ferait que rendre son esprit plus malade encore. De même une fête joyeuse n'agirait sur elle que comme un palliatif, qui la distrairait seulement pendant quelques heures, parce que la nouvelle affection qui en résulterait serait énantiopathique, et, lorsqu'elle rentrerait dans la solitude, sa tristesse n'en deviendrait que plus profonde, elle pleurerait plus amèrement que jamais la perte de sa compagne. Ce qui a Heu ici dans la vie morale, arrive là dans la vie organique. Notre vie, qui n'est qu'une, ne peut êlre en proie simultanément à deux affections dynamiques générales à la fois; car lorsque la seconde ressemble à la première, mais qu'elle a plus de force, elle ne manque jamais de l'éteindre et de la faire cesser.

Mais, si l'organisme humain jouissant de la santé est déjà plus susceptible de recevoir l'impression des médicaments que celle des maladies, comme je l'ai démontré, dans l'état de maladie, il ressent l'impression des médicaments homœopalhiques avec incomparablement plus de forcé que celle des médicaments allopathiques ou énanliopalhiques, et il l'éprouve même au suprême degré, parce qu'étant déjà poussé par la maladie à la manifestation de certains symptômes, il doit se trouver disposé à en laisser paraître d'analogues pro-

voqués par le médicament, de même qu'une affection morale rend plus impressionnable aux récits d'affections du môme genre. Il doit donc n'être utile et nécessaire que de donner la plus petite dose possible du médicament pour procurer la guérison, et la nécessité de faire prendre une dose très faible ressort déjà de ce qu'ici la puissance dynamique du médicament arrive au but, non par la quantité, ynais par la virtualité et la qualité ( appropriation dynamique , homœopathie ). Plus considérable, elle ne serait point utile, mais nuirait, parce que, d'un côté,. elle ne guérirait pas la modification dynamique de l'affection morbide plus certainement qu'une très faible, et que, d'un autre côté, elle produirait une maladie médicamenteuse plus compliquée, qui est toujours un mal^ quoiqu'elle se dissipe dans un laps de temps déterminé.

L'organisme est donc fortement affecté par la puissance d'une très petite dose même d'une substance médicinale qui peut conlre-balancer et éteindre la totalité des symptômes de la maladie par sa tendance à provoquer des symptômes semblables. Ainsi que je l'ai déjà dit, il est délivré de l'affection maladive au moment où l'affection médicamenteuse s'empare de lui, affection par laquelle il est infiniment plus enclin à se laisser modifier que par l'autre. „

Si les puissances médicinales, même à fortes doses, n'affectent l'organisme en santé que pendant un petit nombre déterminé de jours, on conçoit qu'une faible dose, et dans les maladies aiguës une très petite dose, comme l'expérience a prouvé qu'elle doit être dans les traitements homœopathiques, puisse n'affecter le corps que pendant très peu de temps, pendant même quelques heures seulement, puisque alors l'affection médica-

menteuse qui a pris la place de la maladie se dissipe insensiblement et ne tarde point à être remplacée par la santé parfaite.

Il ne peut point y avoir d'autres lois que celles-là d'après lesquelles la nature de l'organisme vivant procède à la guérison durable des maladies par les médicaments, et c'est effectivement de cette manière qu'elle afgit avec une certitude pour ainsi dire mathématique. Il n'y a point au monde un" seul cas de maladie dynamique (à l'exception de l'agonie, dé la décrépitude et de la destruction d'un viscère ou d'un membre non indispensable à l'existence) dont les symptômes ne puissent être rencontrés avec une grande ressemblance parmi les effets positifs de quelque médicament, qui ne puisse être guéri par ce médicament (1) d'une manière rapide et durable. De toutes les méthodes curatives imaginables, il n'en est pas une seule qui puisse débarrasser l'homme malade de la maladie avec plus de facilité, de certitude, de promptitude et de solidité, que l'administration d'un remède homœopathique à petite dose.

Addition. — J'ai lu plusieurs critiques qui portaient à faux sur la seconde partie de ma matière médicale

(1) Les guérisons elles-mêmes qui, dans des cas rares de la pratique vulgaire, étonnent par leur succès, n'ont lieu qu'en raison d'un médicament homœopathique que le hasard a glissé dans la formule. Jusqu'ici, \rs médicaments ne pouvaient point être choisis honiœopalhiquement oontre les maladies par les médecins , puisque ceux-ci ne cherchaient point leurs effets positifs, leurs effets observables chez l'homme en santé, que, par conséquent, ils les ignoraient, qu'ils ne regardaient pas comme applicables au traitement des maladies ceux que le hasard m'a fuit connaître avant et depuis mon ouvrage, et qu'ils ne soupçonnaient point la nécessité, pour obtenir des guérisons radicales, d'une coïncidence entre les effets des médicaments et les symptômes des maladies.

ESPRIT DK LA DOCTRIMÏ 1JOMOEOPA J UIQUE. 281

pure, el notamment sur le mémoire \ni\iu\e: Esprit de la médecine liomœopatlriqiie (1).

Je pourrais, à l'exemple de tant d'autres, les présenter ici dans toute leur nudité ; mais je n'en ferai rien. Je ne veux pas me charger du péché d'éterniser ces folies et leurs auteurs, et j'aime mieux ne point révéler ces faiblesses de mes contemporains à la postérité, qui sera sans nul doute plus éclairée.

Cependant je me permettrai quelques réflexions générales.

Jouer sur les mots, tordre le sens des phrases, se perdre en longs discours inintelligibles auxquels on croit donner un vernis scientifique, accumuler des injures, et emprunter des doutes à la théorie, quand il faudrait prouver le contraire par des faits, me semble un système d'attaques par trop ridicule contre une chose telle que l'homoeopalhie. Elle n'a rien à craindre de si misérables moyens, dont tout l'effet retombe sur ceux qui les emploient.

Mais je vais indiquer à mes adversaires un moyen plus puissant, infaillible, pour renverser, s'il est possible,

(1) De quelle instruction n'ont pas fait preuve mes critiques I Je parlerai seulement de ceux qui ont écrit homopathie et homopathique au lieu d'homœopathie et Iwmœopathique. Ils démontrent par là qu'ils ne connaissent pas l'immense différence entre lu.w -et Suoiov, et qu'Us croient ces deux mots synonymes» N'auraient-ils donc jamais entendu parler de ce que tout le monde sait, de la scission en deux branches irréconciliables que la différence infinie entre op.cuoio; cl ôaotcûaicç produisit jadis dans l'Eglise chrélienue? Ignoreraient-ils assez le grec pour ne pas savoir qu'6|7.ôv veut dire semblable ( par exemple : Kî; c{j.ôv Xe'-/.c? Êw*va£aivoi , Iliad. 3), et ojaoiov, analogue. Jamais riiomœopalhie n'a prétendu guérir les maladies par la môme puissance que celle qui les produit; elle veut le faire par une puissance qui n'est point identique, mais seulement analogue, paji' un médicament qui ne peut produire qu'un étal morbide analogue à la maladie.

cette doctrine qui menace d étouffer leur art conjectural.

L'homœopathie repose uniquement sur l'expérience. Imitez-moi, dit-elle à haute voix, mais imitez bien, et vous verrez à chaque pas la confirmation de ce que j'avance. Ce que nulle matière médicale, ce qu'aucun système de médecine, aucune thérapeutique n'avait fait ni pu faire jusqu'ici, elle le demande à grands cris ; elle veut être jug^c d'après les résultats.

La voilà donc précisément où vous voulez qu'elle soit. Vous pouvez donc lui donner le coup de mort.

Prenez des cas de maladie l'un après l'autre, décrivezles d'après la marche tracée dans VOrganon} peignez-les si bien, d'après tous leurs sympiômes perceptibles, que l'auteur lui-même de l'homœopathie n'ait rien à dire contre l'exactitude du tableau, et, en supposant que ces cas soient de ceux pour lesquels on peut trouver un remède parmi les médicaments essayés jusqu'aujourd'hui, choisissez la substance médicamenteuse qui y est le mieux appropriée, homœopathiquemen t parlant, donnezla seule et sans mélange, à des doses aussi faibles que le prescrit la doctrine, en éloignant toute autre influence médicinale, et si le malade ne guérit pas, s'il ne guérit pas promptemenl, s'il ne guérit pas doucement, s'il ne guérit pas d'une manière durable, couvrez publiquement l'homœopathie de honte, en proclamant l'insuccès d'un traitement suivi rigoureusement d'après ses principes.

Mais abstenez-vous, je vous prie, de tout faux. L'imposture tôt ou tard est démasquée et flétrie d'ineffaçables stigmates (1).

(\) Qu'on songe, par exemple, à la fameirse histoire répétée partout, d'une maladie qu'avait, disait-on, Kotzebue, et dont on pré lendit que la médecine fondée sur la théorie de rexcilement Ta Vait* guéri comme

ESPRIT DE LA DOCTRINE UOMOEOPATtlIQUK. 283

Si, après que vous aurez agi en conscience, d'autres non moins consciencieux que vous arrivent aux mêmes résultats en répétant vos essais, si tout ce que l'homœopathic promet à celui qui la suit fidèlement n'arrive point, alors cette doctrine peut être considérée comme perdue, Elle est perdue si elle ne<se montre pas efficace, si même elle ne déploie pas jine efficacité remarquable.

Connaissez-vous un meilleur moyen d'accabler celte doctrine, qui n'a besoin que d'en appeler au bon sens et aux esprits dégagés de préjugés pour trouver accès partout? On serait tenté de le croire.

Continuez donc, dans vos livres et dans vos journaux, à prôner, jusqu'au dégoût, le jargon journalier de votre école, et à fausser par malice le sens de ce que l'ignorance n'a pas pu dénaturer. Continuez à calomnier, à injurier. L'homme impartial n'en verra que mieux de quel côté est le bon droit.

L'homœopathie n'en paraîtra que plus avantageuse par comparaison. Elle dissipera la nuit des absurdités consacrées par le temps; car elle enseigne à procurer des secours certains dans des maladies contre lesquelles on n'en avait point encore trouvé.

Que direz-vo.us en voyant l'auteur de l'homœopalhie et ses vrais disciples guérir proportionnellement beaucoup plus de malades atteints des affections les plus graves et les plus chroniques, que vous n'en pourrez soulager, et le faire sans peine, d'une manière durable, avec des médicaments en petite quantité, qui sont doux et sans goût désagréable? Ce que vous appelez votre art

par miracle. Il ne tarda pas à être prouvé que celle maladie était fantastique, qu'on Tavîiil imaginée en faveur de la théorie alors régnante, et la honte du mensonge pèse encore, pèsera éternellement sur le nom de celui qui se Test permis.

284 ESPRIT DE LA. DOCTHIINE UO.UOEOP/YTUIQUE.

vous permet-il d'en faire autant? Un pareil résultat ne renverse-t-il pas votre misérable scepticisme théorique et l'impuissant charlatanisme de votre pratique?

Voulez-vous obtenir les mêmes succès? Imitez-moi franchement et loyalement.

Ne le voulez-vous pas? Continuez à vous traîner dans votre ornière d'aveugle observance, dans la nuit des systèmes que vous avez rêvés, attirés çà et là par les feux follets de vos autorités solennelles, qui vous laissent dans l'embarras là précisément où leur secours vous serait nécessaire.

Et si voire aventureuse pratique, dans laquelle vous voyez ordinairement arriver ce que vous ne vous proposiez ou promettiez pas, fait naître en vous de la bile, qui cherche à s'épancher en calomniant un art qui vaut mieux que le vôtre, continuez à dire qu'ils sont aigres ces raisins que le pédaniisme ou la paresse vous empêche d'atteindre, et laissez-les à d'autres qui méritent mieux que vous de les avoir.

Continuez, si vous y trouvez plaisir, à lancer vos traits envieux contre l'homoeopathie; mais sachez bien qu'en s'altachant à la vérité, l'envie est comme le serpent, qui s'use les dents plutôt que d'entamer la lime.

§ I. Considéré comme animal, l'homme a été créé plus dépourvu de ressources que tous les autres animaux. 11 n'a ni armes pour se défendre comme le taureau, ni agilité pour fuir ses ennemis comme le cerf; il n'a point d'ailes ou de nageoires,; pomt d'abri impénétrable aux agressions du dehors comme la tortue, ou de retraite qui le mette à l'abri comme une foute d'insectes et de vers; point de ressource physique qui écarte de lui ses ennemis, comme le hérisson et la torpille; point d'aiguillon comme l'abeille, point de venin dans les dents comme la vipère. Il est exposé, nu et sans défense, à toutes les attaques des ennemis de son espèce. Comme animal, il ne peut non plus rien opposer à l'action des éléments et des météores; il n'est protégé contre les flots ni par le poil brillant du phoque, ni par le plumage épais cl gras de la cane, ni par la cuirasse luisante des scarabées aquatiques. Son corps , dont la pesanteur spécifique le cëde à peine à celle de l'eau, surnage plus difficilement, que celui d'aucun autre quadrupède. Il n'a pas, comme l'ours polaire ou l'eider du nord, un vêtement impénétrable aux v^nts glacés. En venant au monde, l'agneau sait trouver le sein de sa mère; mais l'enfant périrait si une mère tendre n'approchait pas le sien de sa bouche. Nulle part la nalure ne lui offre sa

(1) Ce fragment a paru en 1805.

nourriture loute préparée, comme au myrrnécophtige les fourmis, aux ichneumons les chenilles, ou aux abeilles le calice ouvert des fleurs. Il est assujetti à un bien plus grand nombre d£ maladies que les animaux, qui, en outre, ont pour résister aux ennemis invisibles de la vie un art inné également invisible, un instinct dont luimôme est dépourvu. L'homme seul quille péniblement les entrailles de sa mère; seul ii en sort nu, faible, sans défense, privé de tout ce qui pourrait rendre son existence supportable, de tout ce dont la nature s'est montrée prodigue môme envers l'insecte qui rampe dans la poussière.

Où donc est la bonté du Créateur qui a. pu déshériter l'homme, et l'homme seul, parmi tous les animaux, des nécessités de la vie?

Mais la source éternelle de l'amour n'a déshérité dans l'homme que l'animalité, afin delui dispenser avec plus de profusion cette étincelle de la Divinité, cet esprit qui lui fait trouver de quoi satisfaire à tous ses besoins, assurer son bien-être et se créer les immenses ressources par lesquelles il s'élève bien au-dessus de tous les ôlres vivants; cet esprit qui, impérissable en lui-môme, sait procurer à sa périssable enveloppe des moyens de conservation, de garantie, de défense et de bien-être supérieurs à lous ceux que les créatures les plus favorisées peuvent se vanter d'avoir reçus immédiatement de la nature.

C'est sur cette énergie de l'esprit humain à découvrir des ressources que le père des hommes avait principalement compté pour détourner les maux dont l'organisme délicat de ses enfants pourrait être atteint.

11 fallait que les efforts dont le corps était capable à lui seul pour éloigner les maladies fussent très bornés,

afin que l'esprit humain sentit 'd'autant mieux la nécessité de chercher des secours plus efficaces que ceux dont le Créateur avait jugé à propos de mettre la source dans la simple organisation.

Piien de ce que la nature renferme ne devait servir (el qu'elle nous l'offre à la satisfaction de nos besoins; il fallait que notre esprit trouvât dans ses propres ressources les moyens de l'étendre d'une manière indéfinie pour assurer complètement notre bien-être.

Elle fait sortir des épis de blé du sein de la terre, non pour que nous fassions immédiatement usage de cette nourriture grossière et malsaine, mais afin que nous la débarrassions par la fermentation et la chaleur de tous les principes médicinaux et nuisibles qu'elle peut contenir, de manière à en préparer du pain, c'està-dire un aliment perfectionné par la puissance de notre génie, et désormais incapable de nuire. Depuis la création du monde, la foudre tue les animaux et les hommes; mais le Créateur a voulu que l'esprit de l'homme parvînt à imaginer un appareil qui empêche le feu du ciel d'atteindre sa demeure.

C'est ainsi qu'il permet à tous les agents naturels d'agir sur nous à notre détriment, jusqu'à ce que nous trouvions quelque chose qui nous mette à l'abri de leur influence ou qui en diminue les inconvénients pour nous.

De même, il permet à l'innombrable cohorte des maladies d'attaquer notre organisation délicate, de la bouleverser, de la mettre eh danger de mort et de destruction, sachant bien que ce qu'il y a d'animal en nous est rarement capable d'éloigner l'ennemi, sans souffrir beaucoup des efforts que cette tâche lui impose , ou même sans y succomber. Mais il fallait que les ressources

288 LA MÉDECINE DE l'eXPÉRIUNCE.

médicalrices de l'organisme abandonné à lui-même fussent faibles, bornées el insuffisantes, afin que notre esprit fût contraint d'exercer aussi sa" noble prérogative dans une circonstance où il s'agit du plus précieux des biens terrestres, la santé et la vie.

Le père du genre humain ne voulait pas que nous agissions comme agit la nature; il .voulait que nous fissions plus que la nature organique, mais non de la même manière, mais non avec ses moyens. Il ne nous a point donné le pouvoir de créer un cheval, mais il nous a mis en état d'exécuter des machines dont la force dépasse celle de cent chevaux et dure plus longtemps. Il nous a permis de construire des vaisseaux dans lesquels, à l'abri des monstres de la mer et de la fureur des ouragans, et entourés de toutes les commodités de la vie, nous pouvons faire le tour de la terre, ce que ne saurait jamais exécuter un poisson; aussi nous a-t-il refusé des nageoires, des branchies et une vessie natatoire, qui ne nous suffiraient point pour accomplir de telles choses. Il ne nous a pas donné les ailes du condor, mais il a voulu que nous pussions découvrir l'art d'emprisonner un gaz léger dans des tissus qui nous portent silencieusement au milieu des régions atmosphériques, jusqu'où nul habitant ailé de l'air ne saurait s'élever.

De môme, il ne permet pas qu'à l'instar de l'organisme humain livré à lui-même, nous nous servions du sphacèle pour détacher du corps un membre écrasé, mais il a armé notre main d'un couteau acéré qui opère la séparation avec moins de douleurs, moins de fièvre et beaucoup moins de danger pour la vie. Il ne permet pas que nous nous servions, comme la nature, des mouvements appelés crises pour guérir une foule de fièvres; il n'est point en notre pouvoir d'imiter les sueurs criti-

Ik MÉDECINE DE L 'EXPERIENCE. 289

ques, les urines critiques, les abcès critiques, les saignements de nez critiques; mais, en cherchant bien, nous trouvons des moyens qui nous permettent de guérir les fièvres plus rapidement que ne le font ces crises, plus sûrement, plus facilement et avec moins de douleurs, avec moins de danger pour la vie, avec moins de souffrances consécutives,

Je m'étonne donc de ce que la médecine s'est élevée si rarement au delà de l'imitation de ces mouvements grossiers, et de ce qu'elle a cru dans presque tous les lemps qu'elle n'avait rien de mieux à faire pour guérir les maladies que de provoquer aussi des évacuations par la sueur, les selles, le vomissement, l'urine, la saignée ou des ulcères artificiels. Telle a été, en.effet, la méthode favorite depuis les temps les plus anciens jusqu'aux plus rapprochés de nous : on y est revenu sans cesse lorsque les méthodes fondées sur des spéculalions abstraites manquaient à leurs promesses. Comme si ces imitations incomplètes et forcées étaient la même chose que les crises auxquelles l'énergie propre de la nature donne lieu dans ses laboratoires cachés! comme si ces crises étaient la meilleure manière d'abattre la maladie ! comme si elles n'étaient pas plutôt des preuves de l'impuissance [thérapeutique à laquelle l'Être suprême a condamné avec intention notre nature abandonnée à elle-même! Jamais il n'a été en notre pouvoir d'exciter ces efforts spontanés de l'organisme par des moyens arlilicieîs, et la chose en elle-même implique contradiction. Jamais la volonté du Créateur n'a été que nous agissions en ce sens. Sa volonté était que nous perfectionnassions notre individu tout entier, par conséquent aussi notre corps et la guérison de ses maladies.

Jusqu'ici il n'y a que la pure chirurgie qui ait suivi en partie cette marche sage et prudente. Tandis que la nature livrée à elle-même ne parvient souvent à expulser une esquille qu'en n'excitant une fièvre qui compromet la vie, et une suppuration qui détruit presque tout le membre; le chirurgien, après avoir incisé convenablement les parties molles qui la recouvrent, l'extrait sans trop de douleurs, sans suites redoutables, et presque sans atteinte portée aux forces. Une fièvre lente, avec d'insupportables douleurs minant l'existence jusqu'aux portes du tombeau, est presque là seule chose que l'organisme puisse opposer à une grosse pierre développée dans la vessie; mais, à l'aide d'une incision, la flnaiii habile d'un chirurgien débarrasse le malade en quelques minutes de ce corps étranger, et lui épargne ainsi de longues souffrances terminées par une mort déplorable (1). Faudrait-il donc chercher à imiter la gangrène et la suppuration d'une hernie étranglée, parce qu'avec la mort la nature ne connaît pas d'autre moyen pour y mettre un terme? Aurait-on assez fait pour sauver les jours de l'homme qui perd tout son sang par une grosse artère que de lui procurer, comme la nature, une syncope qui suspende l'hémorrhagie pendant une demi-heure? Remplacerait-on par là le tourniquet, la ligature, le tamponnement?

À la vérité, ce sera toujours un sujet digne de toute notre admiration que de voir la nature abandonnée à elle-même, privée des secours de la chirurgie, et ne recevant du dehors rien qui puisse l'aider, parvenir dans bien des cas à guérir des maladies et des accidents,

(1) Ce u'esl que depuis l'époque où Halmemann écrivait ce passage que l'ou a inventé la Litliouilie , ou l'art de broyer la pierre dans la vessie. C'est une des belles découvertes de la chirurgie française.

LA MÉDECINE DE l'eXPEKIENCE. 291

quoique souvent avec beaucoup de peine et de douleur et en compromettant la vie. Mais elle n'agit point ainsi pour que nous l'imitions Nous ne pouvons, nous ne devons pas l'imiter, puisqu'il y a des moyens infiniment plus faciles, plus prompts et plus sûrs, que noire esprit est destiné à créer pour les besoins de ta plus nécessaire et de la plus respectable des sciences, la médecine.

§ IL La médecine est une science d'expérience. Elle s'occupe de détruire les maladies par des moyens qu'elle leur oppose.

La connaissance des maladies, celle des moyens propres à les combattre, celle de la manière dont on doit employer ces moyens, voilà ce qui la constitue.

§ III. Tandis que le sage et bon Créateur tolérait la possibilité d'innombrables étais du corps humain qui s'écartent de la santé, il devait nous montrer clairement les moyens d'acquérir, sur le compte des maladies, autant de connaissances que nous avons besoin d'en posséder pour trouver les remèdes propres à triompher d'elles : il devait nous montrer non moins clairement ceux de découvrir dans les médicaments les propriétés qui les rendent propres à la guérison des inaladies. Autrement il aurait laissé ses enfants sans secours, ou bien il exigerait d'eux plus qu'ils ne peuvent faire.

Cet art si nécessaire à l'humanité souffrante ne peut donc point être caché dans les abîmes sans fond de spéculations creuses, ni dans le vide sans bornes des conjectures. 11 doit être près de nous, tout près de nous, dans la sphère de nos perceptions externes et internes.

Les niëd^cîhs oh l perdu deux mille ans à rechercher

les changements invisibles que l'intérieur du corps éprouve dans les maladies, la cause première de cellesci et leur essence intime, parce qu'ils croyaient ne pouvoir pas les guérir avant d'avoir ces connaissances qu'il est impossible d'acquérir.

Quoique l'inutilité de si longs efforts ne soit point encore une preuve de l'impossibilité d'arriver au but où ils tendent, le fait expérimental de leur inutilité pour la guérison suffirait déjà pour mettre cette impossibilité hors de doule. Car le grand esprit du monde, le plus conséquent de tous les êtres, n'a rendu possible que ce qui était nécessaire.

§ IV. S'il ne nous est jamais permis d'apercevoir les changements intérieurs du corps qui sont la base ou la source des maladies, la connaissance des causes extérieures qui ont produit ces dernières a quelque utilité.

Point d'effet sans cause. Les maladies ont donc aussi leurs causes, quelque cachées qu'elles soient pour nous dans la plupart des cas.

Nous remarquons quelques maladies, en petit nombre, qui proviennent toujours d'une seule et même cause. Telles sont celles qui dépendent d'un miasme, la rage, la maladie vénérienne, la peste du Levant, la fièvre jaune, la petite vérole, la vaccine, la rougeole et quelques autres. Elles ont cela de particulier qu'elles restent toujours semblables à elles-mêmes, et que, dépendant d'un principe contagieux toujours identique, elles conservent constamment le même caractère et la môme marche, à part quelques nuances provenant de circonstances accessoires, et qui ne changent rien au fond des choses.

11 se peut aussi que quelques maladies auxquelles

LA MÉDECINE DE l'eXPÉIUIlNCE. 293

nous ne saurions encore assigner de miasme, comme la goutte noueuse, la fièvre intermittente des marais, et plusieurs autres endémiques dans diverses contrées, dépendent également d'une seule cause, qui reste toujours la même, ou d'un concours toujours identique de plusieurs circonstances déterminées et dont l'association a lieu très facilement, sans quoi elles ne constitueraient pas des maladies si bien caractérisées, et ne seraient pas si fréquentes.

Ces maladies, en petit nombre, les premières au moins, c'est-à-dire les miasmatiques, peuvent être considérées comme des maladies à part, et recevoir au besoin des noms spéciaux.

A-t-on trouvé un remède pour Tune d'elles, il la guérira toujours et partout, parce qu'une maladie de ce genre reste, quant au fond, toujours semblable à ellemême dans ses symptômes, c'est-à-dire dans les représentants de sa cause interne, aussi bien que dans ses causes.

Toutes les autres maladies sont si différentes les unes des autres, quant à leurs symptômes, qu'on peut hardiment soutenir qu'elles dépendent d'un concours de plusieurs causes disparates, c'est-à-dire variant sous le rapport de leur nombre, de leur nature et de leur intensité.

Il est possible de calculer combien de mots produiraient les vingt-quatre lettres de l'alphabet combinées ensemble, quelque grand qu'en soit le nombre ; mais il ne l'est pas d'énumérer les maladies différentes les unes des autres, parce que notre corps peut être affecté par d'innombrables influences extérieures, pour la plupart encore inconnues, et par tout autant d'influences intéri eures.

294 14 MÉDECINE DE l'eXPÉUÏENCE.

Toutes les choses qui exercent une action quelconque, et te nombre en est incalculable (1), peuvent influer sur notre organisme, qui est en connexion et en conflit avec toutes les parties de l'univers, et produire en lui des changements aussi variés que le sont elles-mêmes les causes qui les déterminent.

Quelle diversité ne doit-il pas y avoir dans le résultat de l'action de ces puissances, lorsque plusieurs d'entre elles influent à la fois sur nos corps, dans un ordre

(1) Parmi ces choses, je citerai les innombrables odeurs, les émanations pins ou moins nuisibles des substances sans vie et organiques, les gaz si diversement irritants", qui agissent sur nous dans l'atmosphère, dans nos habitations et dans nos ateliers, ou qui se dégagent de Peau; de la terre, dos animaux, des plantes, pour venir nous frapper, l'insuffisance cjes aliments indispensables à l'entretien de la vie, l'absence de Pair pur et du grand air; la surabondance ou le défaut de lumière solaire ; l'excès ou le défaut des deux sortes d'électricité; les variations de la pression atmosphérique; celles de la sécheresse ou de l'humidité de Pair; les propriétés encore inconnues des hautes montagnes, relativement à celles des lieux bas et des vallées profondes ; les particularités des climats; l'habitation dans de vastes plaines, dans des déserts privés d'eau et de végétation, sur les bords de la mer, près des marais, sur des montagnes, dans des forêts ; l'influence des divers vents ; celle d'un temps très variable ou trop longtemps uniforme; celle des orages et de plusieurs météores; l'excès de la chaleur oii du froid de l'air; la fraîcheur on le trop grand chaud de nos vêlements et de nos logements; la gêne de nos membres par les habillements; le degré de froid et de chaleur de nos aliments et de nos boissons; la propriété qu'ils ont souvent d'exercer une action nuisible, médicamenteuse ou modifiante, sur nous, comme le vin , l'eau-de-vie, la bière aromatisée, l'eau chargée de substances étrangères, le café, le thé, les épices exotiques et indigènes, les sauces, les liqueurs, le chocolat, les pâtisseries, certains légumes et animaux , soit qu'ils la possèdent par eux-mêmes, soit qu'elle se développe par des négligences dans la préparation, par la corruption ou la falsification, la malpropreté du corps, des vêlements, dea habitations, les substances nuisibles que le défaut de soin laisse introduire dans les aliments, en les préparant ou en les conservant, la poussière des matériaux nuisibles qu'on travaille dans nos fabriques; la négligence des mesures de police propres à assurer le bien-être général; l'abus de nos forces, l'excès ou te défaut de mouvement, la surabondance des excrétions, la surexcitation

varié de succession et à des degrés divers d'intensité, puisque ces corps offrent tant de variétés dans leur organisation, et diffèrent tellement d'eux-mêmes aux diverses époques de la vie, que nul individu humain ne ressemble entièrement à un autre, sous quelque rapport que ce soit !

De là vient qu'à l'exception du petit nombre des maladies douées d'une existence à part, toutes les autres, en innombrable quantité, sont tellement différentes (t)

des sens, les attitudes contraires à la nature que commandent diverses professions; le défaut d'exercice d'une partie ou du corps entier; l'irrégularité dans les heures du repos, des repas, du travail; l'abus ou le défaut de sommeil ; l'excès dans les travaux de tèle en général , ou dans ceux qui fatiguent quelqu'une de nos facultés, qu'on exécute à contrecœur et par contrainte ; les passions tumultueuses ou enivrantes, excilées paï la lecture, l'éducation, l'habitude et les relations sociales; l'abus dés plaisirs de l'amour; les reproches de la conscience; la misère, les chagrins domestiques, la crainte, la frayeur, les contrariétés, etc.

(1) Ici se rangent une foule de maladies qu'on a regardées comme identiques, soit parce qu'on n'a point assez rigoureusement comparé leurs symptômes, soit parce qu'on n'a eu égard qu'à quelque analogie plus ou moins frappante, telles que l'hydropisie, les scrofules, l'atrophie, l'hypochondrie, les rhumatismes, les spasmes, etc. Cette seule circonstance, que le traitement qui a réussi dans un cas n'a produit aucun effet dans dix autres, aurait déjà dû suffire pour faire soupçonner une différence jusqu'alors inobservée. A la vérité, on pourrait dire qu'entre les deux classes de maladies il s'en trouve une de maladies en quelque sorte mixtes, par exemple, le tétanos, le tic douloureux de la face, le diabète, l'angine de poitrine, la phthisie pulmonaire, le cancer, etc., qui , bien que différentes dans beaucoup de cas, cl par cela même exigeant alors un traitement différent, se ressemblent néanmoins dans quelques autres, sous le point de vue de leurs symptômes et des moyens qu'elles réclament ; mais celte distinction ne sert pas beaucoup dans la pratique, et n'a par conséquent guère d'utilité réelle, puisqu'il faut toujours examiner le cas avec une grande attention pour découvrir les remèdes qui y sont appropriés. Les remèdes une fois trouvés, peu importe de savoir que la maladie s'est déjà offerte avec tous ses symptômes, avec les mêmes exigences thérapeutiques, celte connaissance ne pouvant conduire à celle d'un traitement plus efficace que celui donl on a constaté la rigoureuse appropriation.

296 L/V MÊDliClINE DE t,'jËXP£Ul£JNGIS.

que chacune d'elles ne s'observe guère qu'une seule fois, et que chaque cas morbide qu'on rencontre doit être considéré et traité comme une maladie individuelle qui n'a encore jamais paru telle qu'on la voit aujourd'hui, chez telle personne, dans telles circonstances, et qui jamais non plus ne se reproduira exactement pareille (1).

L'essence intime de chaque maladie, de chaque cas morbide isolé, en tant que nous avons besoin de la connaître pour guérir, s'exprime par les symptômes, dont le véritable observateur étudie l'ensemble, l'intensité individuelle, les connexions et la succession.

Après avoir reconnu tous les symptômes existants et appréciables de la maladie, le médecin a trouvé la maladie elle-même ; il en a une idée complète, il en sait tout ce qu'il doit savoir pour la guérir.

Pour arriver à la guérison, il faut avoir un portrait fidèle de la maladie, comprenant la totalité de ses sym^ ptômes. A cela on doit joindre, quand la chose est possible, la connaissance de la cause (2),. afin de pouvoir,

(1) Comment est-il venu dans l'idée de partager ces inconjungibilia en classes, ordres, familles, genres, espèces et variétés, ainsi qu'on le pratique pour les êtres organisés, et d'imposer des noms à ces états si variables d'un corps composé de tant d'éléments divers et soumis à tant d'influences différentes l Des millions de cas morbides, qui ne se présentent pour la plupart qu'une seule fois, n'ont pas besoin qu'on leur donne des noms : ils exigent seulement qu'on leur porte secours. On a profilé de quelques ressemblances extérieures , d'une apparente identité de la cause , ou de la similitude également apparente d'un ou plusieurs symptômes, afin de pouvoir les traiter plus facilement avec un même remède.

(2) De môme l'instituteur à qui l'on confie l'éducation (Pun enfant gâté, doit commencer par bien l'étudier, afin de pouvoir choisir les moyens convenables pour le ramener à la vertu. Il n'a besoin de connaître ni l'organisation intime de son corps, dont la connaissance est inabordable aux mortels, ni d'apercevoir son âme, dont la vue lui est également iulcr-f

LA ÀIÉDlSCliNlS Dli l'eXPISUIEiNCIC. 297

après la guérison obtenue à l'aide des médicaments, extirper cette cause elle-même par une correction apportée au régime, et prévenir ainsi une récidive (I).

Le médecin qui veut tracer le tableau de la maladie n'a besoin que d'observer avec attention et de copier avec fidélité (2). Il doit éviter les conjectures et les suggestions.

§ V. Le malade expose la marche de ses souffrances; les assistants retracent son état ; le médecin regarde, écoute, palpe, etc., pour reconnaître ce qu'il y a de changé et de non ordinaire en lui, et il écrit toutes ses remarques dans un certain ordre, afin d'avoir le tableau de la maladie.

Les symptômes les plus constants, les plus prononcés, les plus pénibles pour le malade, sont les principaux de tous. Le médecin les marque comme étant les traits les plus saillants du tableau. Les symptômes les plus singuliers, les plus extraordinaires fournissent les traits caractéristiques, distinctifs, individuels (3).

Le médecin écoute silencieusement le malade et ceux qui l'entourent, en notant tout avec soin. Puis il rede-

dite. Il doit chercher à «avoir, quand il peut rapprendre, quelles sont les causes qui ont perverti la moralité de son élève; mais uniquement pour les écarter -de lui à l'avenir, et prévenir une récidive.

(1) Si Ton nedécouvre aucune cause qu'il soit au pouvoir de l'homme d'éloigner à l'avenir, la guérison par un médicament remplit tout ce qu'on se propose. Le médecin ne doit jamais imaginer ou suggérer de causes occasionnelles.

(2) On n'a point de peine à tracer une douzaine de figures humaines sur le papier, dans l'espace d'une heure, quand on ne tient point à la ressemblance ; mais une seule esquisse bien ressemblante exige au moins le môme laps de temps, et elle demande en outre heaucoup plus de lalent pour observer, beaucoup plus de fidélité à reproduire ce qu'on voit.

(3) Voyez Exposition de la doctrine médicale homœopathique, Ix* édition, avec des Commentaires, par le docteur Léon Simon, Paris; 1855, p. 172.

298 LA MÉDECINE DE l'eXPÉRIEJSCE.

mande quels ont été et sont encore les symptômes les plus soutenus, les plus fréquents, les plus forts, les plus pénibles ; il invite de nouveau le malade à indiquer exactement ses sensations, à bien retracer la marche des accidents, à signaler d'une manière rigoureuse le siège de ce qu'il ressent; il prie les assistants de recommencer leur récit, en choisissant les termes qui leur semblent exprimer avec le plus de précision ce qu'ils ont déjà dit à l'égard des changements observés par eux chez le malade.

Si, en comparant ce nouveau récit avec celui qu'on lui a déjà fait, le médecin trouve coïncidence entre eux sous le rapport des expressions, il doit les admettre pour vraies, et les regarder comme le langage de l'intime conviction. S'ils ne s'accordent point ensemble, il soumet la différence au malade ou aux assistants, afin qu'ils décident lequel des deux récits est le plus conforme à la vérité. De cette manière, il confirme ce qui doit être, et rectifie ce qui a besoin d'être modifié.

Si son tableau n'est point encore complet, s'il y manque des parties ou des fonctions du corps de l'état desquelles le malade et les assistants n'aient rien dit, le médecin adresse des questions relatives à ces parties et à ces fonctions, mais conçues en termes généraux, afin de pousser ceux qu'il interroge à dévoiler d'eux-mêmes les spécialités.

Une fois que le malade, en qui seul, si ce n'est dans les maladies simulées, on doit avoir pleine confiance, pour ce qui regarde ses sensations, a fourni ainsi de lui-même un tableau assez complet de sa maladie, il est permis au médecin de lui adresser des questions plus spéciales.

Mais comme ces questions ont un peu le caractère de

LA MÉDECINE DK L'eXPÉIIIKNCK. 299

suggestions, le médecin ne regarde pas les premières réponses qui lui sont failes comme l'expression de la vérité; après en avoir tenu note, il reproduit ses interrogations sous une autre forme et dans un autre ordre, en recommandant de ne rien ajouter et de se borner à retracer exactement l'état des choses.

Cependant il arrivera souvent qu'un malade intelligent épargnera ces questions spéciales au médecin, et qu'il glissera delui-mème dans son récit l'indicalion des circonstances qui les rendent nécessaires.

L'examen étant terminé, le médecin ajoute ce que lui-môme a observé en silence chez le malade, et le Compare avec ce que lui onl dit les assistants.

C'est alors que le médecin se fait informer des médicaments, des remèdes populaires ou autres traitements qui ont été mis en usage jusqu'alors, et surtout pendant les derniers jours. Il demande principalement quels ont été les accidents avant l'usage ou pendant la suspension de tous médicaments. Cette dernière forme est celle qu'il admet comme représentant l'état primitif; l'autre est une modification partielle et artificielle de la maladie, qu'il faut cependant quelquefois prendre et traiter telle qu'elle est, quand l'occasion est pressante et ne souffre aucun délai. S'agit-il d'une affection chronique, on laisse le malade sans médicaments pendant quelques jours, afin que la maladie revienne à sa forme primitive, et l'on diffère jusque-là d'en étudier scrupuleusement les symptômes, afin de pouvoir établir le plan du traitement sur des symptômes durables et purs, et non sur les symptômes passagers et faux que le dernier moyen employé a fait naître. Il n'y a que le cas pressant d'une maladie aiguë qui puisse faire négliger cette précaution.

En dernier lieu, le médecin s'enquiert des circonstances commémoratives, mais d'une manière tout à fait générale. Sur dix cas, à peine s'en trouve-t-il un où le malade et les assistants puissent assigner une cause certaine. Mais s'il s'en rencontre une indubitable, presque toujours elle a déjà été indiquée pendant le récit même de la maladie. Le plus souvent, quand on est obligé de foire des questions à son égard, on n'obtient que des renseignements incertains.

J'excepte les causes honteuses, que le malade et les assistants ne déclarent pas volontiers, du moins spontanément, et dont le médecin doit s'enquérir par des questions réservées ou par des informations indirectes. Ce cas à part, il est souvent nuisible, ou au moins inutile, de recourir aux suggestions pour trouver la cause occasionnelle, d'autant plus que la médecine n'en connaît qu'un petit nombre d'après lesquelles elle puisse recourir à des remèdes certains sans avoir égard aux symptômes de la maladie qu'elles ont fait naître.

En prenant toutes ces précautions, le médecin obtient un tableau exact et pur de la maladie ; il a sous les yeux un portrait fidèle de cette maladie elle-même, sans lequel l'homme, qui ne connaît rien que d'après le témoignage de ses sens, ne saurait saisir aucune qualité des choses, et moins que toute autre une maladie.

La maladie étant trouvée, il faut en chercher le remède.

§ VI. Toute maladie a pour fondement un stimulus particulier, contre nature, qui trouble les fonctions et le bien-être de nos organes.

Mais l'unité de la vie des organes et leur concours

LA. MÉDECINE DE L'EXrÉRIENCE. 301

dans un but commun ne permettent pas que deux effets produits par des stimulations générales contre nature puissent exister ensemble et simultanément dans le corps de l'homme.

De là une première proposition expérimentale : Lorsque deux stimulations générales contre nature agissent à la fois sur le corps, si elles ne sont pas de même nature, l'une d'elles, la plus faible, doit être suspendueet réduite au silence par l'autre, la plus forte, pendant quelque temps (1).

De là aussi une seconde proposition expérimentale : Quand les deux stimulus ont une grande analogie l'un avec l'autre, l'un des deux, le plus faible, est entièrement éteint et anéanti, lui et ses effcvls, par la puissance analogue de l'autre, qui est plus fort.

Ainsi, par exemple, qu'un homme contracte à la fois la rougeole et la petite vérole (deux stimulus hétérogènes), mais que la rougeole éclate la première, celleci disparaît aussitôt qu'arrive le jour d'invasion de la variole, et c'est seulement après que cette dernière est

(1; Cetle proposiiion expérimentale est précisée davantage encore par une autre que voici : Lorsque (comme dans une cure palliative) la stimulation générale ajoutée par l'action du médicament est directement opposée 5 celle qui existait déjà dans le corps (maladive), cetle dernière s'éteint avec une grande promptitude; mais si l'irritation médicamenteuse est hétérogène sous tous les rapports ù celle qui cause la maladie (comme dans les révulsions et les traitements appelés généraux), celle-ci ne se trouve suspendue qu'autant que la nouvelle irritation a beaucoup plus de force qu'elle, et ne l'est promplemcnt que quand celle dernière est extrêmement violente. Si les irritations opposées, hétérogènes, sont des maladies, et, ce qui n'a lieu que rarement, si elles ont une égale force, de manière qu'elles ne puissent pas se suspendre l'une l'autre, ou qu'elles ne le puissent pas pendant longtemps, elles finissent par se confondre en une seule maladie, qui se laisse alors guérir comme maladie simple et homogène, quoiqu'on ait donné aux affections qui sont dans ce cas le nom de maladies compliquées.

302 LA MÉDECIN li DE l'eXPjIrJUMCE.

guérie, que la rougeole reparaît et termine son cours naturel. C'est ce que j'ai vu souvent (1). Larrey nous apprend aussi que la pesle du Levant s'arrête dès que la variole commence à régner, mais qu'elle recommence après la cessation de l'épidémie variolique.

Ces deux couples d'irritations corporelles sont de nature hétérogène : voilà pourquoi l'une est suspendue par l'autre, quoique seulement pour un certain laps de temps.

Mais si les irritations corporelles contre nature sont de nature homogène, la plus faible est détruite par la plus forte, et cette dernière seule accomplit son action, tandis que l'autre se trouve déjà totalement éteinte et anéantie. Ainsi la variole anéantit la vaccine ; celle-ci est arrêtée dans son cours dès que le miasme variolique auparavant déposé dans le corps fait irruplion, et elle ne reparaît plus après la cessation de la petite vérole.

Le miasme vaccinique qui, outre son effet bien connu de produire la vaccine, a encore la tendance à faire naître une éruption de petits boulons rouges et bordés de rouge, surtout à la figure et aux avant-bras, tendance qui, dans certaines conditions encore inconnues, se réalise ordinairement peu après la dessiccation de la vaccine, guérit d'autres exanthèmes cutanés dont le sujet était atteint auparavant, pourvu qu'il y ait une grande analogie entre les deux affections (2), et il les guérit sans retour.

(1) Dans une épidémie de gonflement fébrile des glandes parotides, j'ai vu l'affection cesser au.ssilol que la vaccine eut pris, ne reparaître qu'au bout de quinze jours, quand la rougeur périphérique des boutons eut disparu, et accomplir alors sa marche septénaire. .

(2) Ce qui prouve que c'est bien celte fausse vaccine, et même seule-

LA MrêDECINi: DE L'iiXPlÎRIliNClï. 303

Ces deux couples d'irritations contre nature ne peuvent point subsister ensemble dans le môme corps, d'où il suit que l'irritation morbide ajoutée à celle qui existait déjà détruit cette dernière, non pas seulement pour un certain temps, mais pour toujours, à cause de l'analogie qui existe entre elles ; elle l'éteint tout à fait, l'anéantit, la guérit complètement.

11 en est de même du traitement des maladies par des médicaments.

Si Ton oppose à la gale des ouvriers en laine de forts purgatifs, par exemple du jalap, peu à peu elle cède complètement, aussi longtemps que l'on continue l'usage des purgatifs, parce que les effets de ces deux irritations contre nature ne peuvent point subsister en môme temps dans le corps. Mais dès que l'effet de l'irritation artificielle cesse, c'est-à-dire dès qu'on met de côté les purgatifs, la gale suspendue revient telle qu'elle était auparavant, parce que, de deux irritations hétérogènes, l'une ne peut anéantir l'autre, et ne fait que la suspendre pendant quelque temps.

Mais si Ton porte dans le corps attaqué de la gale, une nouvelle irritation, dontla nature soit autre, et dont cependant le mode d'action ressemble beaucoup au sien, par exemple du foie de soufre calcaire (1), qui, d'après

ment la tendance de la vaccine à la produire, et non la vaccine ellemême, qui guérit ces exanthèmes pustuleux , c'est que ceux-ci persistent tant que la vaccine proprement dite suit son cours, et ne disparaissent qu'après la guérisou des boutons, lorsque vient le tour de la fausse vaccine à se déclarer. La vaccine a encore de la tendance à produire une autre éruption sous la forme de petits boutons semblables à la miliaire, et parfois suintants, mais qui paraissent épargner le visage, les avantbras et les jambes ; celte éruption en guérit également une qui lui ressemble.

. (1) ,lie§ bains imprégnés de gaz hydrogène sulfuré produisent, surtout dané les plis des articulations, le même exanthème psoriforme, qui dé-

SO/l LA MEDECINE DE L'EXPERIENCE.

mes observations personnelles et celles de quelques autres, produit une éruption très analogue à la gale, comme deux irritations générales contre nature ne peuvent pas subsister à la fois dans le corps, la gale disparaît, non pas seulement pour un court espace de temps, mais pour toujours, à cause de sa grande analogie avec la nouvelle irritation, c'est-à-dire que la gale des ouvriers en laine guérit réellement par l'usage du foie de soufre calcaire, et, d'après le même motif, par celui du soufre en poudre et des bains sulfureux.

Les maladies môme qu'un observateur superficiel considère comme étant purement locales (1), sont éga-

mange principalement le soir; c'est pour cela qu'eux aussi guérissent rapidement et radicalement la gale des ouvriers en laine.

(1) L'unité de la vie de tous les organes et leur concours dans un but commun permettent difficilement a une maladie quelconque d'être ou de rester purement locale, de même qu'il n'est pas possible que l'action d'un médicameni quelconque demeure locale et que le reste du corps n'y prenne aucune part. Tout l'organisme y participe réellement, quoique un degré un peu plus faible que le point où la maladie dite locale frappe surtout les yeux, que celui sur lequel on applique le remède ap^ pelé topique. Les personnes atteintes de dartres sont exemptes de la peste, suivant Larrey, et les Européens se garantissent de celte maladie, dans la Syrie, au moyen d'exutoires entretenus continuellement en aclivité, comme l'ont vu, de nos jours, Larrey, jadis Fabrice de Milden et Plater; tant il est faux que les dartres et les exuloires soient dos affections purement locales, puisqu'une irritation si violente et si générale que la peste du Levant ne peut subsister avec eux dans un même corps. Mais l'exemption ne dure pas au delà de l'irritation morbide qui en est la condition. Deux enf nts épïleptîqucs ne ressentaient aucune atteinte tant que durait une éruption à la léte dont tous deux étaient affectés ; mais l'épilepsie reparaissait dès que l'exanthème guérissait (Tulpius). Ainsi, nous voyons souvent la nature, par des ulcères malins aux jambes, et le médecin, par des cautères, non pas guérir, mais suspendre des maladies décidément générales, parce que les cautères et les ulcères aux jambes, quand ils ont duré quelque temps, sont devenus des irritations contre nature générales ; mais les attaques d'apoplexie, l'asthme, etc., reparaissent dès que l'ulcère ou l'exutoire vient à guérir. Un épileptique fut

lement supprimées par une nouvelle irritation porlée sur la partie, soit pendant quelque lemps, lorsque les deux irritations ont une tendance hétérogène ou opposée, comme, par exemple, la douleur d'une brûlure est instantanément suspendue par l'eau froide, et ne se fait pas sentir tant que dure l'immersion, mais reparaît avec violence dès qu'on retire la partie brûlée de l'eau ; soit tout à fait et pour toujours, c'est-à-dire qu'elles sont complètement guéries, lorsqu'il y a une grande analogie entre la dernière irritation et la première. Ainsi, quand l'action du médicament, par exemple de l'irritation artificielle appliquée à une brûlure, est bien d'une autre nature que celle de l'irritation morbide, mais a toutefois une tendance fort analogue, comme ici l'alcool très concentré, qui produit sur les lèvres presque la même sensation qu'une flamme qu'on en approcherait, la peau brûlée, si l'on continue les arrosements sans interruption, se trouve totalement guérie et libre de douleurs, en quelques heures dans les cas graves, et bien plus tôt dans les brûlures légères, tant il est vrai que, même localement, deux irritations ne peuvent point se rencontrer dans le corps, sans que l'une suspende l'autre, lorsqu'elles sont dissemblables, ou sans que l'une détruise l'autre, lorsqu'il y a analogie entre elles quant à la manière d'agir et à la tendance.

Ainsi, pour guérir, nous n'aurons besoin que d'opposer à l'irritation morbide un médicament approprié,

exempt d'accès tant qu'on entretint son cautère, mais l'épilepsie revint de suite, et plus grave qu'auparavant, lorsqu'on supprima cet ulcère ( Pechlin). On voit, d'après cela, que des irritations en apparence locales, quand elles ont duré quelque temps, deviennent ordinairement des irritations générales, et que lorsqu'elles ont assez de force, elles peuvent suspendre ou guérir des maladies générales, suivant qu'il y a hétérogénéité ou analogie entre elles et ces dernières.

c'est-à-dire une aulre puissance morbide dont l'action ressemble beaucoup à celle de la maladie.

§ VIL Comme les aliments sont nécessaires à l'homme qui se porte bien, de même les médicaments ont été trouvés salutaires dans les maladies ; mais ils ne le sont pas d'une manière absolue, et ne le sont que d'une manière relative.

Les aliments purs, pris jusqu'à cessation de la faim et de la soif, entretiennent nos forces en réparant les pertes qu'entraîne l'exercice de la vie, et sans porter le désordre dans les fonctions des organes, sans nuire à la santé.

Mais les substances auxquelles on donne le nom de médicaments sont d'une nature tout à fait opposée. Elles ne nourrissent point. Ce sont des excitants contre nature, destinés uniquement à modifier notre corps sain, à troubler la vie et les fonctions des organes, à faire naître des sensations désagréables, en un mot à déranger la santé et provoquer des maladies.

Il n'existe pas un seul médicament qui n'ait cette tendance (1), et toute substance qui ne la possède point n'est pas un médicament. Cette r.ègle ne souffre aucune exception.

(1) Un médicament qui, donné seul, sans mélange, et en quantité suffisante, à un homme bien portant, produit un effet déterminé, c'està-dire une série déterminée de symptômes propres, conserve, même aux plus faibles dnses, la tendance 5 faire naître ces phénomènes. A de très peliies doses déjà, les médicaments héroïques manifesient leur action sur les personnes en santé, môme robustes. Ceux dont l'action est moins puissante exigent que, pour ces expériences, on les donne en quaniités considérables. Mais les plus faibles de tous ne développent leur action absolue que chez les sujets exempts de maladie qui sont très délicats, irritables et sensibles. Les uns et les autres, c'est-à-dire les' plus faibles comme les plus forts, manifestent également leurs effets absolus dans les maladies, mais alors tellement mêlés avec les symptômes morbides, qu'il faut la plus grande habitude pour pouvoir les distinguer.

C'est uniquement par cette propriété de faire naître une série de symptômes morbides spécifiques chez l'homme bien portant, que les médicaments peuvent guérir les maladies, cVsl-à-dire éteindre l'irritation morbide en lui opposant une contre-irritation appropriée.

Assez semblable, sous ce rapport, aux miasmes spécifiques des maladies (celui de la variole, celui de la rougeole, le venin de la vipère, la bave des animaux enragés, etc.), chaque médicament simple suscite une maladie parliculière, une série de symptômes déterminés, que nul autre médicament au monde ne peut produire exactement semblable.

Comme chaque plante diffère des autres par sa forme extérieure, son mode propre d'existence, sa saveur, son odeur, etc., comme chaque minéral ou chaque sel s'éloigne de tous les autres, tant par ses qualités physiques que par ses propriétés intimes, de même, tous les médicaments diffèrent les uns des autres sous le rapport de leurs vertus médicinales, c'est-à-dire de la faculté qu'ils ont de rendre malade. Chacun d'eux détermine, d'une manière qui lui est exclusivement propre, une modilîcalion dans l'étal présent do notre santé.

4 La plupart des substances appartenant au règne animal et au règne végétal (1) sont médicamenteuses dans

(1) Les animaux et végétaux dont nous nous servons, à litre d'aliments, remportent sur les autres en ce qu'ils contiennent davaniage de parties nutritives, et en ce que les vertus médicinales dont ils jouissent à l'état grossier tantôt sont peu prononcées, <-t tantôt, lorsqu'elles ont une grande énergie, peuvent être détruites par la dessiccation, par l'expression du suc nuisible, par la fermentation, par l'exposition à la fumée, par l'action de la chaleur, ou par l'addition du sel marin, du sucre, mais principalement du vinaigre. 11 suffit que le suc récemment exprimé d'une

leur état grossier ; celles qui proviennent du règne minéral le sont, et dans cet état, et après avoir subi des préparations.

Les médicaments ne manifestent jamais leur véritable puissance absolue d'une manière plus pure que chez les hommes en pleine santé, pourvu qu'on ait soin de les donner seuls et sans nul mélange.

Déjà plusieurs des plus actives parmi ces substances ont été essayées chez des sujets bien portants, et Ton a recueilli les symptômes auxquels elles donnent lieu (1).

Si Ton veut approfondir davantage cette nouvelle sou rce de connaissances, il faut essayer l'un après l'autre tous les médicaments, forts et faibles, en éloignant avec soin les circonstances accessoires capables d'exercer une influence quelconque, et noter les symptômes qu'ils font naître, dans l'ordre de leur apparition. De cette manière, on aura un tableau exact de la forme morbide que chacune des substances médicamenteuses a par elle-même le pouvoir de provoquer chez les personnes qui jouissent de la santé (2).

plante vénéneuse reste pendant une journée dans un lieu tempéré, pour que la fermentation alcoolique s'y développe, et lui fasse déjà perdre beaucoup de ses vertus médicinales ; mais l'y laisse-t-on un ou deux jours encore, la fermentation acétique s'est emparée de lui, et toutes ses propriétés médicinales spécifiques ont disparu, le sédiment qui s'y forme est alors incapable d'exercer aucune action nuisible, comme l'amidon de froment.

(1) Si l'on compare les cures qui ont quelquefois été obtenues par l'effet d'un hasard heureux, à l'aide de ces mêmes médicaments, l'homme môme le plus imbu de préjugés ne pourra s'empêcher de reconnaître l'analogie frappante qui existe entre les symptômes provoqués par eux chez les personnes bien portantes et ceux par lesquels étaient caractérisées les maladies dont ils ont procuré la guérison.

(2) Quand on se propose d'étudier ainsi les effets de médicaments peu énergiques, il faut en faire prendre, à jeun, une dose assez forte,

LA MÉDECINE DU l'ë.XPJSRIëNCIS. 309

En procédant ainsi, on se procurera une suffisante quantité d'agents propres à exciler des maladies artificielles, ou, en d'autres termes, de médicaments, pour avoir la facilité de choisir lorsqu'il s'agira de traiter une maladie naturelle.

Alors, après avoir scrupuleusement examiné la maladie qu'on se propose de traiter, c'est-à-dire noté tous les phénomènes appréciables, dans l'ordre de leur succession, en signalant avec soin les symptômes les plus graves, il ne reste plus qu'à opposer à cette maladie un agent médicinal capable d'exciter par lui-même tous les symptômes qui la caractérisent, ou du moins la plupart d'entre eux, les plus considérables, les plus singuliers, et de les faire naître dans le même ordre, pour la guérir à coup sûr, promptement et sans retour.

mais toujours unique, et de préférence sous forme de dissolution. Veut on apprendre à connaître aussi les symptômes qui ne se sont point montrés celle fois, on peut répéter l'expérience, soit sur une autre personne, soit sur le môme sujet, pourvu alors que ce soit seulement quelques jours après, quand il ne reste plus aucune trace de l'action de la première dose. Le môme esprit d'exactitude et de scepticisme doit présider encore à l'annotation des symptômes provoqués. Si les médicaments sont très faibles, il faut non-seulement qu'on les donne à dose fort élevée, mais encore que la personne bien portante soit d'une constitution délicate et très impressionnable. On admet sans hésiter les symptômes saillants, évidents; quant à ceux qui semblent équivoques, on ne les inscrit qu'avec doute, jusqu'à ce que des expériences nouvelles les aient confirmés. En s'informant de ces symptômes médicinaux , il faut éviter toute espèce de suggestion avec non moins de soin qu'on en doit apporter à celte même recherche quand elle a pour objet les symptômes des maladies. On s'en lient généralement au récit spontané de la personne mise en expérience, sans rien imaginer, sans rien extorquer en quelque sorte par des questions indiscrètes : il importe surtout de ne rien suggérer, eu égard à la manière d'exprimer les sensations. Quant à la recherche des symptômes médicamenteux parmi ceux de la maladie primitive, c'est un sujet d'une très haute portée qu'il faut laisser aux maîtres dans l'art d'observer.

Le résultat de celte méthode conforme à la nature est infaillible ; il est tellement certain, sans exception, et sa rapidité dépasse à tel point toute attente, que nulle autre manière de traiter les maladies ne saurait rien offrir d'analogue.

Mais ici il faut avoir égard à la grande et importante différence qui existe entre le traitement positif et le traitement négatif, ou , comme on est dans l'usage de les appeler, entre le traitement radical et le traitement palliatif. L'action des médicaments simples sur l'homme en santé détermine d'abord des phénomènes et des symptômes qu'on peutappeler la maladie positive provoquée spécifiquement par ces substances, ou leur effet positif etprimitif.

Quand cet effet est passé, il survient, par des transitions difficiles à apercevoir( I ), le contraire précisément de ce qui avait eu lieu d'abord, des symptômes directement opposés et négatifs, qu'on nomme effet consécutif. C'est ce qui arrive surtout aux médicaments tirés du règne végétal.

Maintenant, si Ton applique à une maladie un médicament dont les symptômes positifs ou premiers aient la plus grande analogie avec les siens, c'est là un traitement positif ou curalif ; il arrive ce qui doit avoir lieu d'après la seconde proposition expérimentale, c'est-àdire une amélioration prompte et durable, qu'on peut compléter en redonnant le médicament à des doses de plus en plus faibles et de plus en plus éloignées, si la première ou les deux premières doses n'ont pas suffi pour procurer une entière guérison.

(i) Pendant ce laps de temps, des symptômes du premier ordre alternent encore aiec ceux du second ordre , jusqu'à ce que ces derniers prennent le dessus, et qu'on n'aperçoive plus qu'eux seuls.

LA MÉDECINE DE L'EXPÉRIENCE. 31i

De cette manière, en effet, on oppose à l'irritation contre nature existant dans le corps une autre irritation morbide aussi analogue que possible, mais prépondérante, et qui l'éteint complètement, parce que deux irritations contre nature ne peuvent subsister à la fois dans le corps de l'homme, et qu'il s'agit ici d'irritations de même nature (1).

A la vérité, on introduit par là une nouvelle maladie dans le corps, mais avec cette différence, quant au ré sullat, que la maladie primitive a été éteinte par celle qu'on a excitée artificiellement, et que la durée de cette dernière, après la victoire qu'elle a remportée, expire au bout d'un laps de temps bien moins long que celui de toute maladie naturelle quelconque, même de la plus courte.

Un fait digne de remarque, c'est que, quand le médicament positif ou curatif correspond exactement par ses symptômes primitifs à ceux de la maladie qu'on veut combattre avec lui, il ne se manifeste aucun des symptômes consécutifs ouxéactionnaires de ce médicament, et que son action cesse entièrement au moment où l'on devrait s'attendre à voir commencer l'apparition de ses effets négatifs. Si la maladie était de nature aiguë, elle disparaît dans le peu d'heures que la nature assigne à la durée des symptômes médicamenteux primitifs, et il ne reste que la guérison. Il y a là véritable extinction dynamique mutuelle.

(1) Ainsi, quand un homme, non accoutumé aux liqueurs fortes, s'est épuisé par un exercice forcé, et se plaint d'une chaleur brûlante, d'une soif dévorante el de pesanteur dans les jambes, une seule gorgée d'eaudc-vie suffit quelquefois pour dissiper ces accidents en moinvS d'une demi-heure, parce que l'eau-de- wc a coutume de les produire, pendant son actiou primitive, chez les personnes qui n'ont pas rhabituiie d'en boire.

Dans les cas les plus heureux, les forces reviennent donc sur-le-champ, et Tonne voit aucune trace des convalescences qu'il est si ordinaire d'observer.

Une aulre vérité non moins surprenante, c'est qu'il n'existe pas un seul médicament qui, appliqué d'une manière curative, soit plus faible que la maladie à laquelle il convient. Nulle irritation morbide naturelle ne résiste à une irritation morbide médicamenteuse ayant la plus grande analogie possible avec elle.

Si l'on n'a pas seulement fait choix du remède positif, si Ton a en outre rencontré la dose convenable, et des doses d'une incroyable exiguïté suffisent pour les traitements curaliPs, le médicament détermine, dans l'heure qui s'écoule après la prise de la première dose, une aggravation qui dure rarement jusqu'à trois heures, et que le malade considère comme une exaspération de sa maladie, mais qui n'est autre chose que la manifestation des symptômes primitifs, dont l'intensité, un peu supérieure à celle des accidents morbides, avec lesquels ils onl généralement une grande analogie, motive et explique son erreur momentanée.

En pareil cas, la première dose suffit ordinairement pour guérir une maladie aiguë.

Mais si la première dose du médicament curalif par* faitement approprié n'est pas un peu plus forte que la maladie, et qu'en conséquence l'aggravation particulière dont je viens de parler n'ait point lieu pendant la première heure, la maladie n'en est cependant pas moins éteinte en grande partie, et il ne faut plus que quelques doses, de moins en moins fortes, pour l'anéantir complètement (1).

(1) Dans les maladies très chroniques, il est nécessaire, aprèb le réta-

Si Ton n'a pas soin alors de diminuer toujours les doses, si on les laisse aussi fortes, ou même qu'on les accroisse, à la maladie primitive, qui a déjà disparu, succède une sorte de maladie médicinale artificielle, qu'on a ainsi excitée sans nécessité (1).

Mais les choses se passent d'une tout autre manière dans les traitements palliatifs, où l'on emploie un médicament dont l'effet positif et primitif est le contraire de la maladie.

Presque immédiatement après l'administration d'un pareil médicament, il survient une sorte d'amélioration, un refoulement pour ainsi dire instantané de l'irritation morbide, mais qui dure peu, comme, par exemple, lorsqu'on applique de l'eau froide sur une brûlure. Ces médicaments sont ce qu'on appelle des palliatifs.

Les palliatifs n'empêchent l'irritation morbide d'agir sur l'organisme que pendant la durée de leurs symptômes primitifs, parce qu'ils déterminent alors dans le corps une irritation qui est le contraire de la maladie ; mais ensuite la réaction, qui s'exerce en sens inverse

blissement parfait de la santé, de donner encore pendant quelques mois une très petite quantité des médicaments qui ont triomphé, mais en ayant soin d'éloigner toujours de plus en plus les doses, afin d'éteindre les dernières traces d'un mal auquel l'organisme était habitué depuis des années, et de détruire jusqu'à celles qui ne sont plus assez fortes pour tomber sous nos sens.

(1) Mais si l'on s'aperçoit que le sujet a besoin de continuer à prendre une dose pareille, ou môme plus forte, du médicament curatif, pour ne poiul éprouver de récidive, c'est un signe certain que la cause productive de la maladie subsiste encore (et il faut la détruire si l'on veut que la guérison se soutienne), ou que le malade a commis, soit quelque écart de régime (qu'il a abusé du thé, du café, de Tcau-de-vie), soit quelque faute de conduite (allaitement par une femme faible, abus des plaisirs vénériens, vie trop sédentaire, irritation continuelle du caractère).

de l'action primitive, vient coïncider avec l'irritation morbide primitive et l'aggraver (1).

Pendant la réaction du palliatif, et quand ce dernier a élé mis de côté, la maladie empire. La douleur d'une brûlure est plus vive quand on retire la main de l'eau froide, qu'elle ne l'était avant l'immersion.

Comme, dans le traitementcuratif et positif, il survient, pendant la première heure, une petite aggravalion, à laquelle succède ordinairement une amélioration et une guérison qui n'en sont que plus durables, de même, dans le Utilement palliatif, on observe, pendant la première heure, presque instantanément même, une amélioration fallacieuse, qui diminue de moment en moment, et qui, à l'expiration de l'action primitive, purement palliative ici, non-seulement laisse reparaître la maladie telle qu'elle était avant qu'on fît prendre le médicament, mais y ajoute encore un peu de l'effet con-

(1) L'ignorance de cet axiome expérimental a été cause que jusqu'ici les médecins n'ont guère choisi que des palliatifs pour le traitement des maladies ; l'apparence de souLagement-qui résultait de là presque instantanément les induisait en erreur. De même les parents d'un enfant mal élevé se fout illusion quand ils croient le guérir de ses caprices et de sa turbulence par des friandises. L'enfant se lait, à la vérité, aussitôt après avoir reçu un premier gâteau ; mais ce palliatif demeure sans effet au prochain accès de méchanceté; il faut en donner davantage, et chaque jour de plus en plue, jusqu'à ce qu'enfin tout reste inutile. L'enfant n'en est devenu que plus opiniâtre, plus méchant, plus turbulent. Ses parents, dignes de compassion, cherchent alois d'autres palliatifs, des joujoux, des habits neufs, des paroles flatteuses, qui finissent également par ne plus eue d'aucun secours, et produire peu à peu un effet contraire, c'est-à-dire ajouter à la maladie morale pi i-milive. Tandis que si , dans le principe, on eût eu recours à la sévérité, et qu'en cas de récidive on n'eût pas hésité à y revenir, on aurait guéri le mal d'une manière positive et durable, on .l'aurait coupé par la racine. Ce moyen augmente bien d'abord la turbulence et les cris de l'enfant, mais il n'en produit par la suite que plus de calme et un changement plus avantageux dans les manières.

sécutif de ce dernier, qui, par cela même que l'effet primitif élait le contraire de l'état morbide préexistant, a une grande analogie avec celui-ci. Le résultat définitif est donc l'aggravation et l'exaspération de la maladie.

Yient-on alors à répéter le palliatif, la première dose ne suffit déjà plus; il faut l'accroître (1), et continuer sans cesse à relever, jusqu'à ce que le médicament ne soulage plus du tout, au que les effets coïncidents de ces doses toujours croissantes aient déterminé des accidents, qui, lorsqu'ils sont parvenus à un certain degré, font souvent taire la maladie primitive, et lui en substituent une autre, nouvelle et au moins aussi grave (2).

Ainsi, il n'est pas rare qu'une insomnie chronique cède pour quelque temps à. des doses journalières d'opium prises le soir, parce que l'effet primitif de cette substance, qui agit ici comme palliatif, est de porter au sommeil ; mais comme son effet secondaire est de pro-

(1) On en trouvera des exemples, entre autres, dans J.-H. Schultes, Dissertatio quacorporishumanimomentanearum alteralionum specimina quœclam expenduntur. Ualle, 17Zil, §18. On ne se borne pas à accroître les doses, fréquemment aussi on change de palliatifs, du moins dans les affermions chroniques qui en admeilent plusieurs , par exemple dans l'hystérie. Là, on prescrit l'asa fœlida, lecastoréum, le ^albanum, le sagapenum, l'esprit de corne de cerf, la teinture de succin, enfin l'opium à doses toujours croissantes, parce que chacune de ces substances ne produisant, dans ses effets primitifs, qu'un état à peu près contraire à la maladie, et non pas analogue à elle, elle ne soulage qu'une ou deux fois, après quoi son action devient toujours de plus en plus faible, et finit par se réduire ù rien. On varie ces médicaments jusqu'à ce qu'on en ail épuisé la liste, ou jusqu'à ce que le malade se lasse d'un traitement qui n'a pas de fin, ou jusqu'à ce que les effeis consécutifs aient amené une nouvelle maladie quj exige un autre mode de traitement.

(2) A-t-on ensuite le bonheur de faire cesser cette maladie engendrée par le palliatif, l'affection primitive reparaît d'ordinaire, ce -qui prouve, conformément à la première proposition expérimentale, qu'elle n'avait été que suspendue et non anéantie ou guérie.

duire l'insomnie, c'est-à-dire d'ajouter à la maladie primitive, on est obligé d'augmenter continuellement la dose jusqu'à ce qu'une insupportable constipation, une anasarque, un asthme ou quelque autre des maux consécutifs de l'opium interdise de l'employer plus longtemps.

Mais quand on n'administre que quelques doses du palliatif contre un mal habituel, et qu'on le suspend avant qu'il ait pu provoquer de graves symptômes accessoires, on ne tarde pas à se convaincre qu'il ne pouvait rien contre la maladie primitive; que loin de là même il l'aggravait par son action secondaire, que par conséquent il ne procurait en réalité qu'un secours négatif. Ainsi, par exemple, le malade qu'on voulait guérir d'une insomnie chronique se plaignait-il seulement de dormir trop peu, une dose d'opium prise le soir lui procure bien sur-le-champ une sorte de sommeil; mais s'il cesse au bout de quelques jours l'emploi de ce moyen, qui n'agit ici que comme palliatif, alors il ne peut plus dormir du lout(l).

§ VIII. L'emploi des médicaments à titre de palliatifs n'est utile et nécessaire que dans un petit nombre de cas, dans ceux surtout où la maladie s'est développée rapidement et menace d'un danger presque instantané.

(1) Mais si l'on a un état soporeux à combaltre, l'opium, qui, dans les effets primitifs, est une irritation fort analogue à cette maladie, la guérira, et à la plus faible dose possible; si quelques-uns de ses symptômes primitifs, par exemple le ronflement pendant un sommeil qui n'est guère qu'un assoupissement , avec la bouche béante, les pupilles tournées en haut, les yeux à demi ouverts, la loquacité' en dormant, l'engourdissement en se réveillant, etc., rencontrent des symptômes analogues dans la maladie, comme le typhus en offre fréquemment des exemples, la guérison aura lieu d'une manière prompte et durable, sans convalescence, parce qu'alors l'opium sera remède positif et curalif.

Ainsi, pair exemple, dans l'asphyxie par congélation, après les frictions à la peau et l'exposition graduelle à une température de plus en plus élevée, rien ne rend plus promptement à la fibre musculaire son irritabilité, aux nerfs leur sensibilité, qu'une forte infusion de café, dont l'action primitive est d'accroître la mobilité de la fibre et le sentiment de toutes les parties de notre corps, qui, par conséquent, se trouve être un palliatif dans le cas en question. Mais ici il y a danger à temporiser, et d'ailleurs on n'a point à combattre un état morbide soutenu ; car, dès que la sensibilité et l'irritabilité ont été ranimées, môme par un palliatif, l'organisme qui n'a subi aucune lésion rentre dans ses droits, et le jeu des fonctions reprend de lui-même, sans qu'on ait besoin de recourir à nul autre moyen.

De même, il peut y avoir des cas de maladies chroniques, par exemple de convulsions hystériques ou d'asphyxies, où l'influence temporaire d'un palliatif (comme l'odeur d'une plume grillée) soit indiquée d'une manière pressante, uniquement pour remettre le malade dans son état ordinaire de maladie, qui n'offre aucun danger, et qui ensuite exige, pour être guéri, l'action plus durable et toute différente de médicaments cura tifs.

Mais quand un palliatif n'opère pas en peu d'heures ce qu'on attend de lui, on ne tarde pas à voir se manifester les inconvénients dont j'ai parlé plus haut.

Dans les maladies aiguës, celles même qui parcourent le plus rapidement leurs périodes, il est plus convenable à la dignité du médecin, et plus avantageux pour le malade, de traiter par des moyens positifs ou curatifs. De cette manière, on triomphe d'elles plus sûrement, en général aussi plus promptement, et sans convalescence.

Cependant les inconvénients des palliatifs se réduisent à peu de chose dans les maladies aiguës légères (1). Les principaux symptômes disparaissent en grande partie après chaque dose de ces médicaments, jusqu'à ce que le cours naturel de la maladie soit arrivé à son terme, moment où l'organisme, qui n'a pas eu le temps d'être mis trop en désordre par -les effets consécutifs des moyens dont on s'est servi, rentre dans ses droits, et peu à peu triomphe simultanément de la maladie elle-même et des accidents consécutifs du médicament.

Mais si le malade guérit pendant qu'on fait usage des palliatifs, il aurait guéri également sans nul remède; il aurait guéri dans le même laps de temps, parce que les palliatifs ne raccourcissent jamais les périodes naturelles des maladies aiguës, et il se serait plus aisément rétabli ensuite, d'après les motifs que je viens d'indiquer. Une seule circonstance, celle que les palliatifs apaisent de temps en temps les symptômes les plus gênants, fait que ce mode de traitement semble au malade et à ceux qui l'entourent l'emporter sur l'abandon de la maladie à elle-même, quoiqu'il n'ait pas de prééminence réelle. Donc, le traitement curatif et positif a, même dans les maladies qui parcourent rapidement leurs périodes, un avantage incontestable sur tous les soulagements qu'on peut obtenir à l'aide des palliatifs, parce qu'il abrège la durée de l'affection, la guérit réellement avant qu'elle ait. fourni sa carrière entière, et

(1) Une circonslance encore rend les palliatifs inconvenants, c'est qu'ordinairement on n'emploie chacun d'eux que pour faire taire un seul symptôme morbide, et que les autres symptômes sont, ou négligés, ou combattus par d'autres palliatifs produisant tous tles effets consécutifs qui entravent la guérison.

ne laisse-aucun symptôme après elle, si le remède a été choisi de telle manière qu'il corresponde parfaitement au cas.

§ IX. On pourrait objecter contre ce mode de traitement que< depuis l'existence de la médecine, les médecins ne s'en sont point encore servis, et que cependant ils ont guéri des malades.

L'objeclion n'est que spécieuse. Car depuis qu'il y a une médecine, les maladies qui réellement ont guéri d'une manière prompte et durable par des médicaments, et dont le rétablissement n'a pas été l'effet du temps, de l'écoulement complet du terme assigné aux maladies aiguës, ou de la prépondérance insensible et graduelle de l'énergie du corps, ont guéri, quoique à l'insu du médecin, d'après la méthode que je viens d'exposer, c'est-à-dire par l'action curative d'un médicament (1).

Cependant il est arrivé quelquefois (2) aux méde-

(1) Pour juger de cela, il faut choisir, dans les écrits d'un observateur dont Pexaclilude et la véracité ne soient pas douteuses, le cas où la gué-< rison rapide, non d'uni: maladie aiguë, dont la nature est de se terminer d'elle-même en un laps de temps assez court, mais d'une maladie chronique, a été obtenue sans récidive par un seul médicament et non par un mélange de drogues contradictoires. A coup sûr, ce médicament était très analogue à la maladie, dans ses effets primitifs, puisque la guérison a été durable. Si c'eût été un palliatif, donné à dose toujours croissante, l'apparente guérison ne se serait pas soutenue, ou du moins aurait été suivie d'affections consécutives. Sans un remède positif ou curalif, on ne peut jamais obtenir une guérison prompte, douce et durable. Dans les cas où des mélanges de drogues ont procuré des guérisons rapides- et soutenues, on trouve que la substance prédominante est également de nature positive, ou bien le mélange forme un composé dont chaque ingrédient ne remplit pas sa fonction propre, mais est modifié par les autres dans sa tendance, de sorte qu'après les.mutuelles .neutralisations dynamiques, il reste une puissance médicinale inconnue, à l'égard de laquelle nul mortel ne saurait deviner pourquoi elle a agi comme elle l'a fait. (2) C'est ce qui est arrivé à Hippoccate; d'autres médecins ont reconnu

cins de soupçonner que la véritable guérison tient à cette aptitude des médicaments, aujourd'hui confirmée par une foule de faits, à cette tendance qui leur est inhérente de provoquer des symptômes analogues à ceux de la maladie. Mais ce rayon de vérité a rarement pénétré dans l'esprit de notre école, perdue au milieu d'un nuage de systèmes.

§ X. Après qu'on a trouvé le remède en suivant cette marche tracée par la nature elle-même, il reste encore un point important, qui est de déterminer la dose.

Un médicament positif ou curatif peut, sans qu'il y ait de sa faute, produire le contraire de ce qu'il devrait opérer, lorsqu'on l'emploie à des doses exagérées. En pareil cas, il engendre môme une maladie plus forte que ne Tétait celle qui existait auparavant.

Quand on tient la main plongée pendant quelques minutes dans l'eau froide, on y ressent une diminution de chaleur, c'est-à-dire du froid : les veines s'effacent, les parties molles sont affaissées sur elles-mêmes et moins volumineuses, la peau est pâle et le mouvement difficile. Ce sont lh quelques-uns des effets primitifs de l'eau froide sur l'homme en santé. Mais si l'on retire la main de l'eau et qu'on l'essuie, il ne se passe pas longtemps avant qu'un élat de choses contraire ait lieu ; la

depuis que la propriété qu'a la rhubarbe d'exciter le mal de ventre est la cause de sa vertu d\ipaiser la colique, comme la propriété vomilive de Hpécacuanha est celle de la vertu qu'il a d'arrêter à petites doses le vomissement. De même, Delharding a vu que l'infusion de feuilles de séné, qui donne des coliques aux personnes bien portantes, les guérit chez l'adulte, et il croit que ce résultat doit tenir à l'analogie des effets. Je passe sous silence le conseil que d'autres (J. D. Major, A. Brendel , A. F. Dankwerts, etc.) ont donné de guérir les maladies par d'autres maladies provoquées arliiiciellemcut.

LA MÉDECINE DE L'jSXPÊMKNCE. 321

main devient plus chaude que l'aiilre, on y remarque une turgescence plus prononcée dans les parties molles, les veines sont plus saillantes, la peau est plus rouge, le mouvement plus vif et plus énergique, en un mot la vie semble y êlre exaltée. C'est là l'effet secondaire ou consécutif de l'eau froide sur le corps de l'homme qui se porte bien.

C'est aussi là environ la dose la plus forte à laquelle on puisse employer Teau froide, avec un succès durable, comme moyen positif ou curalif, dans un état de débilité pure qui est analogue à ses effets primitifs dans le corps en santé. Je dis la plus forte dose, parce que, quand il s'agit d'exposer le corps entier à cette eau, et que la température de celle-ci est très basse (1), on est obligé d'abréger la durée de l'application, afin d'abaisser la dose au degré convenable.

Mais si la dose de ce remède se trouve considérablement élevée sous tous les rapports, ses effets primitifs exaspèrent les symptômes morbides propres au froid, jusqu'à produire un élat de maladie que la partie dont on veut parla guérir la faiblesse ne peut ou peut à peine faire cesser. Si la dose est portée plus haut encore, si l'eau est très froide ( à 40° F.), la surface exposée à son action fort étendue (2), et la durée de l'immersion plus longue qu'elle n'a coutume de l'être (3), il s'ensuit l'engourdissement du membre entier, une crampe des muscles, souvent môme la paralysie (4), et si lo corps

(1) Proportionnellement à tel degré de faiblesse, 70° F. pourraient Cire tin froid aussi considérable que 60° pour une faiblesse moins grande.

(2) Par exemple toute la jambe.

<3) Par exemple pendant deux 'heures.

(4) A la vérité, il y a des exemples de bons effets produits par des doses même excessives du médicament positif ou curalif, dans certains I. 21

entier est demeuré une heure ou davantage plongé dans l'eau froide, la mort ou du moins l'asphyxie par congélation arrive chez l'homme bien portant; mais elle se fait beaucoup moins attendre quand l'action du froid s'exerce sur un corps affaibli.

Il en est de même pour tous les médicaments, même pour ceux qui s'administrent à l'intérieur.

L'homme accablé de chaleur, de soif et de fatigue, qu'une seule gorgée d'eau-de-vie restaure dans l'espace d'une heure, comme je l'ai dit plus haut, tomberait dans une syncope (probablement mortelle) si, en pareil cas, au lieu d'une seule gorgée, il buvait un ou deux litres d'eau-de-vie à la fois, c'est-à-dire s'il prenait le même remède positif, mais à une dose excessive, qui le rend nuisible.

Qu'on ne croie pas que ce caractère nuisible des doses exagérées appartienne uniquement aux substances employées comme médicaments positifs ou curatifs. Les palliatifs aussi produisent de grands inconvénients lorsqu'on en force la dose; caries médicaments sont des substances nuisibles par elles-mêmes, qui ne deviennent remèdes que par l'appropriation, sous des closes convenables, de leur tendance naturelle. à rendre raa-

cas réservés aux maîtres de Tari. Ainsi j'ai vu l'effet paralysant primitif d'une très grande dose de froid exercer manifestement un effet curatif sui' un homme dont le bras droit, déjà paralysé presque en eniier depuis plusieurs années, élail toujours froid et comme engourdi. Un jour de fêle, cet homme voulut aller prendre du poisson dans un étang gelé pour régaler ses parents et ses amis. Ne pouvant saisir ces animaux avec son bras, gauche, il élail obligé de, s'aider des faibles mouvements qu'exécutait encore le membre paralysé. Pendant plus d'une demi-heure il resta ainsi occupé dans de l'eau à la glace. Le résultat fut que le bras paralysé ne tarda pas à se gonfler et à s'enflammer; mais au bout de quelques jours il élail ^uéri et au&sj robuste que l'autre, sans la moindre trace de paralysie, q^i avait disparu à jamais..

ladeaux maladies qui ont avec elles une analogie positive ou négative.

Ainsi, pour nous borner à l'exemple lirédes moyens négatifs ou palliatifs-, une main glacée se rétablit promplement dans l'atmosphère d'unechambrechaude(à 80° F.); cette chaleur modérée agit ici comme un moyen doué d'une tendance contraire à celle du froid, c'est-à-dire comme pallialif, sans nuire sensiblement, parce que la dose n'est pas trop forte, et qu'elle n'a besoin d'être employée que très peu de temps, pour guérir le faible étal morbide qui s'est développé avec rapidité.

Mais que la main déjà rendue tout à fait immobile el insensible par le froid, c'est-à-dire gelée, vienne à être plongée subitement, pendant une heure, dans de leau à 120 degrés, température que l'autre main pourrait encore supportera-elle meurt sans rémission; la gangrène s'empare d'elle, et elle tombe.

Un homme robuste, qui s'est fortement échauffé, ne tarde pas à reprendre ses sens dans une atmosphère d'une température modérée (d'environ 65° F.), sans éprouver aucun dommage appréciable de la part de ce palliatif; mais qu'aussitôt après ce violent échauffement, il reste plongé pendant une heure dans une rivière, immersion que son corps non échauffé supporterait pendant le même laps de temps sans en souffrir, et on l'en retirera mort, pu atteint du plus dangereux typhus.

L'eau froide soulage palliativement une partie qui a été brûlée; mais si l'on y appliquait sur-le-champ de la glace, elle tomberait en sphacèle.

Il en est de même aussi des moyens internes. Si une femme qui s'est beaucoup échauffée à la danse avalait une grande quantité d'eau à la glace, chacun sait ce qu'il en

2>c2li LA MÉDECINIÏ DR l'eXPÉIUENCE.

résulterait d'ordinaire, et cependant une petite cuillerée de la môme eau ne lui aurait pas fait de mal, quoique ce soit précisément le môme palliatif, seulement à moindre dose. Mais, quelque échauffée qu'elle puisse ôtre, elle se rétablit d'une manière sûre et durable si l'on fait choix d'un moyen curatif dont les effets primitifs correspondent à l'état où elle se trouve, et qu'on administre ce moyen à une dose suffisamment exiguë, c'està-dire si on lui fait avaler un peu de thé chaud, avec une petite quantité de liqueur spirilueuse(l), et qu'elle se promène lentement dans une chambre peu échauffée ; tandis qu'un grand verre d'eau-de-vie lui aurait attiré une fièvre ardente.

§XI. Celui qui observe avec attention peut seul avoir une idée du degré auquel la susceptibilité du corps à 1 égard des irritations mécaniques s'exalte dans les maladies. Cette exaspération surpasse toute croyance quand la maladie est arrivée à une haute intensité. Un malade atteint du typhus, que nous voyons plongé dans le coma, insensible aux secousses qu'on lui imprime et sourd à tous les bruits, revient promptement à lui sous l'influence d'une dose minime d'opium, fut-elle même un million de fois moins forte que celle qu'aucun médecin aurait jamais prescrite.

La sensibilité d'un corps très malade pour les stimu-

(1) Ce dernier exemple fait voir en môme temps la justesse de la proposition que, quand l'état de la maladie est porté au plus haut degré, et qu'il ne reste plus que quelques heures pour guérir, remploi du moyen curatif ou positif a très faible dose est infiniment préférable à celui des palliatifs, quand bien même ou ne donnerait d'abord ceux-ci qu'en très petite quantité. En supposant que les palliatifs ne nuisent point, toujours est-il certain qu'ils ne sont pas utiles; tandis que la plus faible dose du mo} en curatif parfaitement approprié peut arracher à une mort certaine, dans les cas même où l'on n'a plus à disposer que de quelques heures pour procéder à la guérison.

L/V MÉDECINE DE l'eXPEUIENCK. 325

lations médicamenteuses est portée, dans beaucoup de cas, à un tel point qu'on voit agir sur ce corps et commencer à l'exciter, des puissances dont on a même été jusqu'à nier l'existence, parce qu'elles ne font rien ni sur l'homme en santé, ni dans quelques maladies qui sont sans rapports avec elles. Je citerai ici pour exemple la force héroïque du magnétisme animal, de cette influence immatérielle d'un corps humain vivant sur un autre, qui s'exerce dans certains modes de contact ou de quasi-contact, et produit une excitation si énergique sur les personnes qu'une constitution délicate et une grande sensibilité rendent très sujettes tant aux émotions vives qu'aux mouvements résultant d'une irritabilité musculaire très développée. Celte force animale ne se montre pas le moins du monde entre deux personnes robustes et saines, non parce qu'elle n'existe point, mais parce qu'elle est beaucoup trop faible pour pouvoir ou devoir se manifester entre personnes bien portantes; tandis qu'elle n'agit souvent qu'avec trop d'intensité dans les états morbides de la sensibilité et de l'irritabilité, comme le font également des doses minimes d'autres médicaments curalifs chez un sujet très malade.

Il en est de môme des applications du barreau aimanté et du contact avec d'autres métaux, dont les effets médicamenteux sont absolument insensibles dans le corps doué de la santé.

D'un autre côté, il est aussi vrai que surprenant que les personnes môme les plus robustes, lorsqu'elles sont atteintes de maladies chroniques, ne peuvent, malgré toute la force de leur constitution, et quoiqu'elles supportent sans inconvénient diverses irritations nuisibles fort énergiques, comme- les excès dans le boire et dans

le manger ou l'abus des purgatifs, ne peuvent, dis-je, prendre une dose minime du médicament positif qui convient à leur affection, sans en ressentir l'impression avec tout autant de force qu'un enfanta la mamelle.

§ XIÏ. Il est, en médecine, un petit nombre de substances qui agissent presque uniquement d'une-manière chimique, les unes en condensant la fibre vivante, tout aussi bien que la fibre morte ( comme ie tannin), en diminuant sa cohésion, sa roideur (comme les graisses); les autres, soit en s'emparant des substances nuisibles, qui peuvent exister da-ns le corps ou du moins dans les premières voies, comme la chaux ou les alcalis neutralisent les acides dans l'estomac, comme l'eau hydrosulfurée se combine avec certains oxydes métalliques, soit en les décomposant, comme il arrive aux alcalis et au foie de soufre à l'égard des sekmétalliques, soit enfin en détruisantchimiquement des parties du corps,*comme le fer rouge. Si l'on. excepte ces substances peu nombreuses, Jes opérations pour la plupart mécaniques de la chirurgie , et quelques corps nuisibles et insolubles qui se sont introduits du dehors dans l'économie, les autres médicaments agissent d'une manière purement dynamique (l), et guérissent sans provoquer devacua-

(1) La méthode curaiive et dynamique ramenant les maladies à la santé d'une manière aussi prompte et immédiate que puissante et douce, tous les moyens appelés généraux , révulsifs et évacuants, qui bouleversent l'organisme contre le vœu de la nature, comme les vomitifs, les purgatifs, les stidorifiques, etc., sont inutiles et nuisibles. Les médicaments qui produisent ces eflVts violants et révolutionnaires ne le font pour la plupart que par l'excès de leurs doses. Fn abusant ainsi des vomitifs, on n'aperç» H pas plusieurs des propriétés spécifiques du tartre slibié, de Pipéracuanba, de l'asant, etc., qui , à petites doses, peuvent les rendre des médicaments beaucoup plus salutaires dans d'autres circonstances. De même, les nombreuses subs:ances médicinales dont on est dans l'usage d'abuser pour provoquer ces purgations et évacua lions, dont

LA JMtéDBCINE DE l' EXPÉRIENCE. 327

lions, sans occasionner de révolutions violentes, ni même appréciables.

Cette action dynamique des médicaments est «presque entièrement spirituelle, commue la vitalité elle-même, qui se réfléchit sur l'organisme. Elle Test surtout d'une manière évidente pour les remèdes positifs ou curatifs, avec cette particularité singulière qu'une trop forte dose peut nuire et occasionner des désordres graves dans le corps, tandis qu'une dose faible, aussi minime même que possible, peut ne pas rester sans produire un effet salutaire, pourvu que le moyen soit bien indiqué.

La seule condition presque qui soit nécessaire pour que l'effet se développe pleinement et amène la guérison, c'est que le médicament convenable entre en contact avec -la fibre vivante et sensible ; mais peu importe l'exiguïté de la dose qui agit dans celte intention sur les parties sensibles du corps vivant.,

Si une certaine petite dose de teinture étendue d'opium

le vrai médecin n'a presque jamais ou n'a que très rarement besoin, sont xlestinées à remplir des indications bien autrement utiles que celles qu'on leur a connues jusqu'à présent : ce n'est que quand on les fait prendre en excès qu'elles déterminent cet ellel tumultueux, et presque tous les autres médicaments peuvent devenir vomitifs ou purgatifs lorsqu'on en abuse au même degré. Les prétendus signes de saburres dans les premières voies et de turgescence de la bile, l'amertume de la bouche, le mal de tète, l'anorexie, le dégoûl, les nausées, le mal de vcnlre. et la consiipation réclament ordinairement de tout autres moyens que des purgatifs et des vomitifs : la maladie, envisagée dans tout son ensemble, est souvent guérie en peu d'heures par quelques gouttes de la substance curalive qui convient, et ces symptômes menaçants disparaissent avec elle, sans évacuations, d'une manière tellement insensible qu'on ne sait ce qu'ils sont devenus. Il n'y a qn'un petit nombre de cas où il soit permis de recourir à de tels évacuants: c'est quand l'estomac ou le c.mal intestinal est surchargé d'aliments indigestes, ou cQnlienl soit des corps étrangers, soit quelque poison.

est capable d'enlever un degré déterminé de somnolence contre nature, la centième partie, la millième môme de cette close suffit presque toujours pour arriver au môme but , et Ton peut atténuer bien davantage encore la dose, sans que la plus minime cesse de produire les mêmes effets curatifs que la première.

J'ai dit que la mise en contact du médicament avec la fibre vivante et sensible est presque la seule condition de son action. Cette propriété dynamique a une portée telle qu'il est tout à fait indifférent pour le résultat que le contact ait lieu avec telle ou telle partie, pourvu seulement qu'elle soit dépouillée d'épiderme. Peu importe que le médicament dissous pénètre dans 1'eslomac, reste dans la bouche, ou soit appliqué sur une plaie, sur un point dénudé quelconque de la peau.

Quand on n'a point a craindre d'évacuations, disposition vitale particulière de l'organisme qui a la puissance spéciale d'anéantir l'énergie dynamique d'un médicament, l'introduction de ce dernier dans le rectum ou dans le nez remplit pleinement les vues du médecin, c'est-à-dire que, s'il a le pouvoir de le faire, il n'en guérit pas moins efficacement un certain mal d'estomac, un genre particulier de céphalalgie, une espèce de point de côté, une crampe dans le mollet, ou tout autre mal siégeant dans une partie qui n'a point de connexions anatomiques avec celle à laquelle on l'applique.

Il n'y a que l'épiderme dont la surface du corps est recouverte qui apporte quelque obstacle à l'action des médicaments sur la libre sensible qu'il recouvre; mais cet obstacle n'est point insurmontable. Les médicaments agissent aussi à travers l'épiderme, seulement ils le font avec moins de force. Leur action alors est plus fai-

ble quand ils sont en poudre, plus énergique lorsqu'ils sont dissous, et d'autant plus prononcée dans ce dernier cas que la dissolution se trouve mise en rapport avec une surface plus étendue.

Cependant l'épiderme est plus mince sur quelques points, où par conséquent aussi l'action s'exerce avec plus de facilité. Tels sont le bas-ventre, surtout au creux de l'estomac, les aines', le creux des aisselles, le pli des bras, l'intérieur des poignets, le creux du jarret, etc. Ces points sont les plus sensibles à l'action des médicaments.

Le frottement ne contribue guère à favoriser l'action des médicaments qu'en rendant la peau plus sensible, et la fibre plus susceptible d'être impressionnée par la puissance médicinale spécifique, qui de là s'étend en rayonnant dans tout l'organisme.

Si l'on frotte les cuisses jusqu'à exalter la sensibilité, et qu'ensuile on applique dessus de l'onguent mercuriel, le résultat est le même que si l'on avait frictionné ces parties avec l'onguent.

La vertu spécifique des médicaments demeure la même, qu'on les emploie à l'extérieur ou à l'intérieur, qu'on les mette en contact avec la fibre sensible par le dehors et par le dedans du corps.

L'oxyde noir de mercure, pris par la bouche, guérit les bubons vénériens d'une manière au moins aussi prompte et aussi sûre que les frictions aux cuisses avec l'onguent napolitain. L'immersion des pieds dans une dissolution étendue de sublimé corrosif guérit les ulcères à la bouche aussi rapidement et aussi sûrement que l'ingestion de cette liqueur dans l'estomac, surtout si l'on a soin de frictionner la partie avant de la baigner.

La poudre de quinquina étalée sur le bas-ventre, guérit la fièvre intermittente que ce médicament a la propriété de guérir lorsqu'on le fait prendre à l'intérieur.

Mais comme l'organisme malade est généralement beaucoup plus sensible à l'action dynamique des médicaments, de môme aussi la peau des personnes malades l'est plus que celle des sujets qui se portent bien, 11 suffit d'une petite quantité de teinture d'ipécacuanha versée dans le pli du bras, pour faire cesser la tendance à vomir chez des personnes très malades.

§ XIII. La seule puissance médicinale de la chaleur et du froid semble ne point être aussi exclusivement dynamique que celle des autres médicaments. Lorsque ces deux agents sont employés à titre de remèdes positifs, la plus petite dose possible ne suffit pas pour produire l'effet. Il faut que tous deux soient à haute dose, c'est-à-dire aient une assez grande intensité, si l'on veut que leur action salutaire s'accomplisse rapidement. Mais cette apparence est fallacieuse. La puissance du froid et du chaud n'est pas moins dynamique que celle des autres médicaments, et la différence tient à lhabiluile que nos corps ont déjà de l'influence qu'elle exerce à certaines doses. Pour que le froid et la chaleur puissent remplir l'office de médicaments, il faut les pousser au delà du degré accoutumé, peu s'il s'agit d'un effet positif, beaucoup si l'on n'a en vue qu'un effet négatif ou palliatif.

Vvm chaleur égale à celle du sang est déjà, pour la plupart des habitants de nos climats, supérieure à celle dont ils ont l'habitude; de sorte qu'un bain.de pieds à 98y ou 99° F. est assez chaud, quand il n'existe pas d'autres symptômes, pour faire cesser d'une manière

hk MÉDECIN K DE INEXPÉRIENCE. 331

positive, la chaleur dans la tête ; mais veut-on procurer un soulagement palliatif dans un casde brûlure, on a besoin déjà d'une eau beaucoup plus fr-ôid-e que celle dont nous sommes accoutumés à baigner les parties saines de notre corps, et d'autant plus froide , jusqu'à un certain degré néanmoins, que l'inflammation est plus forte (l).

Ce que je viens de dire relativement à la nécessité d'accroître un peu le froid et le chaud quand on veut les employer dans des vues curatives, s'applique aussi à tous les aulres médicaments dont le malade a déjà contracté l'habitude. Ainsi, chez les personnes qui sont accoutumées au vin, àl'ea.u>de-vie, à l'opium, au café, etc., il faut. donner ces substances à des doses un peu plus fortes que celles qui sont passées en habitude. . La chaleur et le .froid appartiennent, avec l'électricité, à la catégprie des excitations médicinales dynamiques les plus diffusibles. L'épiderme ne peut ni diminuer, ni arrêter .leur action, probablement parce que celte membrane leur sert en quelque sorte de conducteur et de véhicule. Il en esJ, sans doute de même à l'égard dp magnétisme animal, de l'action médicinale du barreau aimanté, vl en général de la puissance exercée par l'application des métaux à l'extérieur. Le galvanisme semble pénétrer un peu moins. facilement à travers Fépiderme.

§ XIV. Quand nous prenons la peine d'y faire atten-

(1) Dans le cas môme où l'inflammation est considérable, ou n'a d'abord besoin que dVau à environ 70° F., pour procurer un soulagement palliatif; mais d'heure* en heure il tant en prendre qui soit un peu plus froide, si Ton veut que le soulageaient peisi>le tel qu'il a été dès le principe. Il faut accroître de temps en temps l'intensité du froid, comme on est obligé d'augmenter la dose des aulres palliatifs qui s'administrent à l'intérieur.

332 LA MÉDECINE DE l'eXPÉRIUNCE.

tion, nous reconnaissons promptement que la nature est en état de produire les plus grands effets avec des moyens simples et souvent très faibles. L'imiter en cela doit être le but des efforts de l'esprit humain. Mais plus nous accumulons ensemble de moyens pour atteindre à un seul but, plus nous nous écartons de notre modèle, plus les résultats auxquels nous arrivons sont mesquins.

Avec un petit nombre de moyens simples employés l'un après l'autre, mais plus souvent encore avec un seul, nous pouvons ramener les plus grands désordres de l'économie malade à l'état naturel d'harmonie, nous pouvons guérir, et parfois en très peu de temps, les maladies les plus chroniques, en apparence incurables ; tandis que, sous l'influence de moyens mal choisis et môles en grand nombre les uns avec les autres, nous voyons les moindres maux dégénérer en maladies graves et incurables.

Laquelle de ces deux méthodes choisira celui qui vise à la perfection ?

C'est toujours à un seul moyen simple, exempt de tout mélange, qu'il appartient de produire les effets les plus salutaires, pourvu qu'on l'ait bien choisi, qu'il soit le plus approprié, et qu'on le donne à la dose convenable. Jamais il n'est nécessaire d'employer simultanément deux de ces moyens.

Nous donnons un médicament pour détruire la maladie entière avec le secours de cette seule substance, ou, si ce but ne peut être complètement atteint, pour voir, après que le remède a épuisé son action, quels sont les accidents qui exigent encore qu'on les combatte. Un, deux ou tout au plus trois médicaments suffisent pour anéantir la plus grande maladie. Si la guérison

JA MEDECINE DE ï/ EXPÉRIENCE. 333

n'a pas lieu, c'est à nous qu'il faut s'en prendre ; la faute n'en est ni à la nature ni à la maladie.

Voulons-nous pouvoir juger de ce qu'un remède opère et laisse encore à faire dans une maladie ; nous ne devons donner qu'un seul médicament simple à la fois. Une addition quelconque ne fait qu'embrouiller le point de vue, et comme, s'il nous est à la rigueur possible de connaître les symptômes de l'action d'un remède simple, il ne nous Test point d'apprécier les forces combinées et en parlie décomposées les unes par les autres d'un mélange de médicaments, nous sommes hors d'état, quand nous voulons faire le départ et des effets du moyen et des symptômes morbides, de distinguer, parmi les changements survenus, quels sont ceux qui doivent être mis sur le compte de la maladie, ou qui dépendent de tel ou tel ingrédient ; par conséquent aussi nous ne pouvons savoir laquelle de ces drogues doit désormais être abandonnée ou continuée, ni quelle substance doit être substituée à l'une ou à l'autre, ou à toutes. Dans un pareil traitement, nul phénomène ne saurait être ramené à sa vraie cause. Sur quelque point que nous dirigions nos regards, nous ne rencontrons qu'incertitude et obscurité.

La plupart des substances médicinales simples déterminent, chez l'homme qui se porte bien, une série souvent fort étendue de symptômes positifs. Le médicament approprié peut donc souvent renfermer, dans ses effets primitifs, le type de la plupart des symptômes appréciables de la maladie qu'on veut traiter, avec plusieurs autres types analogues qui le rendent également apte à guérir d'autres maladies.

Maintenant, la seule chose que nous ayons à désirer, c'est qu'un médicament convienne, ou, en d'autres termes, qu'il ait par lui-même la faculté de produire la plu-

pari des symptômes qu'on découvre dans les maladies; que par conséquent il soit en étal, quand on l'emploie comme remède ou comme contre-irritation, de détruire ou d'éteindre ces mêmes symptômes dans le corps malade.

Nous voyons qu'une seule substance simple possède celle propriété dans toute sa plénitude, quand on la choisit convenablement.

11 n'est donc jamais nécessaire d'employer plus d'un médicament simple à la fois, quand on en trouve un qui s'adapte bien au cas morbide.

Il est très probable aussi, il est même certain que, dans un mélange de plusieurs médicaments, chacun d'eux en particulier n'agit plus d'une manière à lui propre sur la maladie, el ne peut plus, troublé comme il l'est par ses concurrents, exercer la tendance spécifique qui lui appartient, mais que l'un agit à l'opposite de l'autre, et que tous modifient ou détruisent mutuellement leurs effets; en sorte que le concours de plusieurs forces décomposées l'une par l'autre dans le corps, donne lieu à un résultat moyen que. nous ne pouvons désirer, parce qu'il nous est impossible de le prévoir d'avance, ni même seulement de le soupçonner.

En effet, l'expérience nous apprenant qu'une irritation générale en éteint ou en réprime une autre, suivant qu'il y a entre elles soit analogie, ou analogie, soit une grande différence d'intensité, quand plusieurs médicaments agissent ensemble sur le corps, l'action des uns détruit en partie celle des autres (t), et il ne reste pour

(1) Voilà pourquoi les doses souvenu énormes de divers médicaments héroïques qui entrent dans certaines formules compliquées ne produisent fréquemment pas d'effets bien remarquables. Une de ces drogues violentes, prise seule à pareille dose , aurait causé la mort dans beaucoup de cas.

attaquer la maladie que la portion d'action qui n'a été combattue par rien dans le mélange. Or nous ne pouvons savoir si celte action* restante convient ou non, parce que nous n'avons aucun moyen de calculer ce qui doit rester..

Tout cas morbide quelconque n'exigeant jamais qu'un seul médicament simple, aucun médecin digne de son litre n'aura la fantaisie de recourir à des mélanges, et de travailler ainsi lui-môme en sens inverse du but auquel il veut atteindre. Ce sera, au contraire, un signe infaillible qu'il est sûr de son affaire, si on le voit ne prescrire qu'une seule substance, qui, étant bien choisie, ne peut manquer de guérir la maladie d'une manière prompte, douce et. durable.

§ XV. Si les accidents sont légers et en petit nombre, c'est une incommodité insignifiante, qui réclame à peine l'usage des médicaments, et qui n'a besoin que d'un changement de régime pour guérir.

Mais si l'on n'aperçoit qu'un ou deux symptômes graves, chose d'-ailleurs assez rare, le cas est plus épineux que quand il y a un grand nombre de symptômes. Il serait difficile alors que le premier remède qu'on prescrit convînt parfaitement, soit parce que le malade n'a pas l'aptitude nécessaire pour bien décrire tout ce qu'il éprouve, soit parce que les- accidents eux-mêmes sont peu prononcés et peu sensibles.

Dans cette circonstance rare, on prescrit une ou tout au plus deux doses du médicament que l'on juge être le mieux approprié de tous.

11 arrivera quelquefois que ce médicament soit précisément celui qui convient; mais comme le plus souvent ce ne sera pas lui qu'il aurait fallu employer, on découvrira ensuite des accidents jusqu'alors inaperçus, ou qui prendront plus de développement. Ces sym^

336 LA MÉDECINE DE L'EXPÉRrENCE.

plûmes, appréciables, quoique faibles, pourront servir à tracer un portrait plus exact de la maladie, d'après lequel on appréciera avec plus de Certitude le remède approprié.

§ XVI. La répétition des doses d'un médicament se règle d'après la durée de son action. S'il agit d'une manière positive ou curative, une amélioration s'est déjà manifestée quand il a épuisé son influence, et une seconde dose anéantit le reste de la maladie. Quelques heures peuvent s'écouler sans inconvénient entre la cessation de l'action de la première dose et l'administration d'une seconde. La portion déjà éteinte de la maladie ne saurait se renouveler, et quand bien même on laisserait le malade sans médicaments pendant plusieurs jours, l'amélioration due à la première dose n'en continuerait pas moins à demeurer sensible.

Loin donc qu'il y ail de l'inconvénient à temporiser en pareil cas, trop d'empressement à répéter la dose peut, au contraire, faire manquer la guérison , parce qu'alors la nouvelle dose qu'on donne produit l'effet d'un accroissement de la première, et peut par cela môme devenir très nuisible.

J'ai déjà dit que la plus faible dose possible d'un médicament positif suffit pour obtenir un effet plein et entier. S'agit il d'une substance dont l'action dure longtemps, comme celle de la digitale, qui se prolonge jusqu'au septième jour, si l'on répète celte dose trois ou quatre fois par jour, la quantité absolue du médicament qui, avant l'expiration du septième jour, se trouve vingt à trente fois plus forte , ne peut manquer de nuire (1), puisqu'un vingtième ou un trentième de celle

(1) Il faut encore avoir égard à une autre circonstance. On ne voit pas trop d'où cet effet peut dépendre, mais il n'en est pas moins vrai qu'une

LA MÉDTiCJNE DE L 'EXPERIENCE. 337

quantité aurait déjà suffi pour opérer la guérison.

Après que la première dose du médicament employé comme moyen curatif a épuisé son action, on examine s'il convient d'en prescrire une seconde de-celte môme substance. Si la maladie a diminué dans lout son ensemble, non pas seulement pendant la première demiheure qui a suivi la prise, mais plus tard, pendant toute la durée d'action de la première dose, et que la diminution soit devenue d'autant plus sensible que cette durée approchait davantage de son terme-, ou bien si, comme il arriva soit dans les maladies très chroniques, soit dans celles dont le retour des paroxysmes n'a point lieu durant ce laps de temps, aucune amélioration sensible ne s'est manifestée, mais qu'il ne se soit cependant montré non plus aucun nouveau symptôme considérable, alors il est presque toujours certain dans le premier cas, et probablement dans le second, que le médicament était approprié d'une manière positive, et . qu'on doit prescrire une seconde, quelquefois môme une troisième dose, si les circonstances l'exigent, si la première dose n'a pas produit une guérison entière, comme elle le fait souvent dans les maladies aiguës.

Lorsque le médicament dont on a, fait choix pour obtenir une guérison positive n'excite presque aucun

même dose de médicament qui suffirait pour procurer la guérison si on ne la répéiait que quand la- substance a complètement cessé d'agir, exerce une influence dix fais plus forte si Ton >ient à la fractionner et à en donner les fractionna de courts intervalles, pendant le temps que dure l'action du médicament. Par exemple, la dur<*e d'action d'un médicament est de cinq jours, et une dose de dix 'gouttes suffit pour guérir; si Ton divise celle dose de manière à faire prendre deux fots par jour une gouiie, reflet total au- bout des cinq jours n'est pas le môme que celui qu'auraient produit les dix gouttes prises à la fois, mais infiniment plus fort, en supposant toutefois que le médicament soit le remède positif et curatif 4q la maladie*

symptôme qui n'ait déjà été observé auparavant, on con* clut de là qu'il est le remède convenable, et à coup sûr il guérira la maladie primitive, quand bien même le rrtalade el les assistants n'apercevraient point d'amélioration dans les commencements. En d'autres termes, quand le remède curatif amende la maladie primitive dans toute son étendue, il ne peut produire aucun symptôme fâcheux.

Toute aggravation dune maladie qui s-urvient pendant l'usage d'un médicament, toute addition de symptômes qui n'avaient point appartenu jusqu'alors à cette maladie, lient uniquement à l'action de ce médicament, quand elles ne se manifestent pas peu d'heures avant une mort inévitable, --ou -quand elle n'est point la suite d'un écart de régime, d'une violente excitation de, quelque passion, d'une révolution irrésistible de la nature par l'apparition oa k cessation des règles, l'inva^ sion de la puberté,, la conception ou l'accouchement. Toujours alors ce sont des symptômes du médicament, que celui-ci produit de lui-m-ôme, au détriment du malade , soit parce qu'il' n'avait pas été bien choisi , à litre de remède positif, soit parce qu'on la employé trop longtemps et en trop grande quantité, à titre de palliatif.

Une aggravation de la maladie par clés symptômes nouveaux d'une grande intensité pendant l'action des dcilx premières dosés d'un remède curatif , n'annonce jamais que la dose ait été trop faible^ ai qu'on doive l'augmenter, mais prouve que le médicament n'était point approprié au cas morbide contre lequel on 'l'a employé. , <

Celte addition de forts symptômes «étrangers à la mar ladie ne ressemble en rien, à l'aggravation dont j'ai

LA MÉDECINE DE l'eXPÉKIENCE. 339

parlé plus haut, elque les symptômes morbides primitifs éprouvent durant les premières heures qui suivent l'administration d'un remède positif ou curatif. Ce phénomène, dû à 'la prédominance des symptômes médicinaux, annonce seulement que le remède, bien choisi d'ailleurs,, a été employé £n trop grande dose, et, à moins que la dose n'ait été énorme, il disparait au bout de deux, trois ou tout au plus quatre heures, en faisant place à un rétablissement durable de la santé, ce qui arrive presque toujours avant l'expiration du terme fixé à l'action de la première dose , en sorte qu'une seconde est généralement inutile dans les maladies aiguës.

§ XVII. Cependant il n'y a point de remède positif, quelque bien choisi qu'il ait été, qui ne puisse exciter de petits symptômes nouveaux pendant son usage, chez des malades très irritables et très sensibles, parce qu'il est presque impossible qu'il y ait entre les symptômes d'un médicament et ceux d'une maladie la même ressemblance absolue qu'entre deux triangles dont les angles et les côtés sont égaux. Mais l'énergie propre de la vitalité suffit, et au delà, pour faire disparaître cette légère aberration, dont on ne s'aperçoit môme pas, à moins que le malade ne soit d'une délicatesse excessive.

Si un malade doué d'une sensibilité moyenne éprouve, pendant l'action de la première dose, quelque petit symptôme qu'il n'avait point encore ressenti j usqu'alors, et qu'en môme temps la maladie primitive semble diminuer, il n'est pas possible, du moins dans une affection chronique, de reconnaître exactement, à celte première dose, si le remède dont on a fait choix a réellement un caractère curatif. Il faut, après que celte dose a épuisé son action, eiî donner une seconde pareille, dont les résultats seuls pourront décider la question. Cotte

3/l0 LA MÉDKCINK DE L* EXPÉRIENCE.

fois, on effet, si le médicament n'est point parfaitement approprié, on verra survenir encore un nouveau symptôme, non pas le môme que la première fois, mais presque toujours un autre, et quelquefois plusieurs, d'une intensité d'ailleurs plus forte, sans que la guérison de la maladie, envisagée dans tout son ensemble, ait fait des progrès appréciables. Si, au contraire, le médicament convient, cette seconde dose efface presque jusqu'à la moindre trace du nouveau symptôme, et la guérison marche d'un pas plus rapide, sans qu'il survienne davantage d'obstacles.

Cependant, si la seconde dose provoquait la manifestation de quelque nouveau symptôme peu important, et qu'il ne fut pas possible de trouver un médicament mieux approprié, ce qui tiendrait alors ou à l'inhabileté du médecin ou à l'insuffisance des moyens dont on a étudié jusqu'ici les effets purs, on parviendrait encore, dans les maladies chroniques et dans les affections aiguës qui ne parcourent pas trop rapidement leurs périodes, à faire disparaître le nouvel accident, et à obtenir la guérison, quoique avec un peu plus de temps, en diminuant les doses. En pareil cas, l'énergie delà vitalité n'est pas non plus sans influence.

§ XVIII. Ce n'est pas une preuve de mauvais choix du médicament, quand ses effets primitifs ne couvrent d'une manière positive que les symptômes principaux de la maladie, et n'agissent que comme palliatif sur d'autres d'une intensité médiocre ou faible. En pareil cas, la véritable puissance curative du médicament remporte toujours, et la santé se rétablit sans accidents pendant ou après le traitement. L'expérience n'a point encore décidé la question de savoir s'il est bon alors d'augmenter la dose du médicament, quand on est obligé de le répéter.

§ XIX. Lorsque, dans une maladie chronique, en continuant l'emploi d'un médicament curatif, sans accroître la dose, il survient avec le temps de nouveaux symptômes qui n'appartiennent point à la maladie primitive, comme les deux ou trois premières doses n'en ont pas moins agi presque sans obstacle, on est fondé à chercher la cause de cetle contrariété, non pas dans le choix mal fait du remède, mais dans le régime, ou dans quelque autre influence puissante venue du dehors.

Si, au contraire, le remède positif a été choisi parfaitement en rapport avec le cas morbide bien étudié, s'il a été prescrit à une dose suffisamment atténuée, si même, au besoin, il & été répété après que la première dose avait épuisé son action, les maladies aiguës ou chroniques , quelque graves ou invétérées qu'elles soient, guérissent d'une manière si rapide, si complète et si insensible, que le malade semble passer presque subitement à la sanlé, comme par une sorte de nouvelle création ; mais il faut pour cela que le traitement ne soit point contrarié par quelque irrémissible révolulion de la nature, par des passions violentes, par d'énormes écarts de régime, ou par des désorganisations profondes d'organes essentiels.

§ XX. On ne saurait méconnaître l'influence du régime et du genre de vie sur la guérison ; mais le médecin ne doit en prendre la direction que dans les maladies chroniques: car, dans les affections chroniques, l'état de plein délire seul excepté, un instinct infaillible parle en termes si clairs et sr précis, qu'il suffit de prescrire au malade et aux assistants de ne pas contrarier le vœu de la nature par des interdictions ou par des instances déplacées.

3/|2 i/OBSBItVATEUtt lilS MÉDECINE.

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