‹ Études de morale positive (volume 2)Chapitre 13 sur 134 · Cf. ibid., p · texte numérisé non relu

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■io ETUDES DE MORALE POSITIVE

la règle de luniversalisation tourne dans un cercle, et elle devient incapable de rien nous apprendre. Elle devient inutile; car elle visait précisément à déterminer ce qui est conforme ou contraire à la loi. 11 reste donc que ce critérium de r universalité, en tant que simple formule de rigueur logique, que simple exclusion de Tinconséquence, ne peut jamais — ce qui était d'avance évident — trouver dans aucun cas particulier, ni même dans aucune règle générale d'action son application rigoureuse et absolue. Aucun impératif /'fV/ ne pourra donc bénéficier intégralement du caractère absolu de la prescription souveraine et formelle de la raison. Il n'en bénéficiera, même si on le juge au point de vue de la seule forme, que dans la mesure où cette forme rationnelle de la conséquence ou de l'universalité pourrait s'y découvrir; et du moment qu'un tel impératif a un contenu, il ne peut comporter cette forme que d'une manière approximative et incertaine à la fois. C'est donc par un flagrant illogisme que Kant peut admettre le caractère catégorique d'aucune prescription réelle, et l'existence réelle d'une prescription catégorique. 11 était dans la vérité lorsquil reconnaissait ^ qu'aucun exemple ne peut prouver l'existence d'une action morale telle qu'il la définit. Mais ce n'était pas assez dire. Ce qu'il devait reconnaître, c'est que l'impératif catégorique, fût-il admis au point de vue transcendental, c'est-à-dire comme forme-limite, ne saurait sans absurdité être transporté dans la réalité empirique, dans l'ordre ps3'chologique ou l'ordre social.

Une telle conclusion était croyons-nous, la plus conforme à la position même du rationalisme critique, et^ qui plus est, elle ouvrait aux idées morales, à l'etîort, au véritable idéa-

1. GrundleQung, llartenstein. p. 253 et 267: trad. Lachclicr. p. 32 et 51.

lisme pratique une carrière que leur ferme, dans son impatience à tenir un absolu réalisé, le dogmatisme kantien. C'était donner une valeur dynamique, une puissance de progrès indéfini à des princiqes qu'on réduisait à l'état statique de chose toute faite et immobile. Ici encore, si le parallélisme de la science et de l'action eût été plus exactement compris, une faute grave eût été évitée, et le rationalisme critique, au lieu de devenir un obstacle à Favènement de la morale positive, en fût devenu le meilleur auxiliaire, comme il a été celui de la recherche vraiment scientifique. Il ne vient à Tidée d'aucun penseur imbu de l'esprit du kantisme que le principe de causalité, dans sa généralité abstraite, soit une loi déterminée de la nature qu'on puisse actuellement trouver réalisée dans un ordre quelconque de faits réels. Ce n'est pas une loi physique du même ordre que les lois d'Ampère ou de Coulomb. C'est en réalité l'expression de la méthode générale qui nous prescrit de diminuer sans cesse l'hiatus des causes et et des effets, d'approximer toujours davantage l'adéquation quantitative des conditions et du conditionné. L'identité, l'unification absolue, nécessairement exclue par la nature même de tout problème physique, est seulement une règle directrice que le physicien suit, instinctivement ou consciemment, sachant très bien d'ailleurs que l'expérience seule lui permettra de dire sous quelle forme, à quel point de vue, dans quelle mesure l'identification des effets aux causes pourra se formuler. L'impératif catégorique de l'esprit scientifique est ainsi dans sa méthode et jamais dans ses conclusions. Ne voit-on pas les récentes recherches méthodologiques émanées d'hommes de science confirmer cette idée, en nous montrant la science à la fois de moins en moins dogmatique dans ses affirmations et ses théories par-

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ticulières, et de plus en plus confiante dans ses droits fondamentaux et son développement continu ? C'est donc au véritable esprit du criticisme, qui est celui d'un rationalisme relativiste que Kant, dans sa spéculation morale, se serait montré infidèle.

Le formalisme kantien et la théorie de l'autonomie de la volonté donnent prise à des critiques analogues. Rétablissons encore ici la comparaison de la science et de la pratique, et Tillogisme de la doctrine sera mis à nu. Kant veut que le principe qu'il appelle abusivement moral, nous détermine par sa seule forme, et ce qu'il appelle l'autonomie de la volonté, c'est ce mode même de détermination. C'est comme si l'on demandait qu'un jugement réel, une conclusion déterminée résultât du seul principe de contradiction, sans l'intervention d'aucune prémisse. « Je relie a prio)'i, écrit Kant \ l'acte à la volonté sans aucune condition tirée d'une inclination quelconque C'est donc une

proposition pratique qui ne déduit pas la volition d'un acte analytiquement d'une autre volition présupposée (car nous n'avons pas une volonté si parfaite) [sous-entendu : qu'elle puisse ainsi contenir dans sa compréhension tous les actes bons] mais la rattache iminédiatement au concept du Vouloir en tant qu'être raisonnable, comme quelque chose qui n'y est pas compris. » C'est donc un jugement pratique synthétique a priori. Mais qu'est-ce que cette synthèse, ce rattachement sans déduction, si ce n'est la formule savante de l'arbitraire et de l'illogique? Ailleurs -, plus soucieux de respecter les formes traditionnelles et scolastiques, Kant présente le principe « moral » comme la majeure d'un syl-

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