‹ Études de morale positive (volume 2)Chapitre 21 sur 134 · Lévy-Biuhl, op. cit.. p · texte numérisé non relu

Lévy-Biuhl, op. cit.. p

2. M. Lévy-Bnihl (Article cité p. 23 et 26) entrevoit une contradiction qu'il reconnaît d'ailleurs soluble entre cette argumentation et la j)récédente. Mais ce n'est pas notre argumentation qui est entacliée de contradiction, c'est la doctrine discutée qui présente (juelque indétermination et nous avons eu soin de distinguer les points de vue dont l'adojjtion aboutit aux conséquences inverses. Nous ne refusons nullement de « faire crédit » à une science naissante, et encore moins lui imj)Osons-nous de se laisser diriger par des motifs pratiques, mais nous voudrions seule.

EN IJUÊTE d'une MORALE POSITIVE «T

C'est pourquoi, tandis <|ue le disciple le plus pressé el le plus aventureux de M. Lévy-Bruhl trouve dans sa doctrine une occasion de jeter avec dédain par-dessus bord toutes les idées traditionnelles sur le mariage, la propriété, la responsabilité', M. Lévy-Bruhl lui-même aboul.t a un véritable conservatisme. Et il y arrive d'une man.ère consciente et avouée, non pas seulement parce qu ,1 a plus d'âo-e plus de, modération dans les espérances ou de réserve scientifique que son jeune porte-parole, ma.s parce qu'en effet c'est une conséquence parfaitement natureUe de son attitude. Rigoureusement, on ne voit pas même pourquoi ce conservatisme ne serait pas absolu. 11 y a, nous dit-on, solidarité entre les croyances et les pratiques irrationnelles ^ Pourquoi irrationnelle, histonquemenl, puisqu'elles existent? 11 est inutile de s'en prendre a es institutions que « le sentiment collectif qu, y est al aclie de temps immémorial rend pratiquement invulnérables » Il est inutile d'autre part de s'attaquer aux croyances et aux sentiments qui sont une partie de la réalité sociale; car ils font corps avec elle et il faudrait commencer par la supprimer pour les modifier. Notre morale « est, a un moment donné, précisément aussi bonne et aussi mauvaise .lu'elle peut être ». D'ailleurs « la représentation de 1 ideai moral provoque des sentiments de vénération et d'adoration tels que toute possibilité de critique se trouve exclue d'avance' ».

,.ent„ion nous donnât d'une telle ^^^^^^[^^ T^:^^ serait possible une idée qu. eût ^"^ ^^^^ l^^^'^, ee ^^ ^''''■ avons essayé de déterminer p<nir noti. ^o-P»^-^-- ^^ ,^^^. ,.,jr 1. A. Bavet, La Morale scienUfiq^ie Pans F. ^ ^/"' r.^*^; ,4 ,,. ^^vue

Il n'y a donc quà laisser les choses en l'état. On nous donne bien à entendre qu'il y a des inconsistances, des dissonances, des survivances, dans la réalité sociale, et que c'est là que se ])laceront les corrections à faire. jNIais d'abord que devient la prétendue solidarité qu'on nous disait unir à un moment donné tous les éléments de la réalité sociale ? Puis ces dissonances sont peut-être, elles aussi, constitutives et essentielles, puisqu'elles sont. La réalité s'accommode fort bien de certaines contradictions. Rétablira-t-on un nouvel impératif catégorique d'unification et de cohérence ? D'ailleurs, entre les éléments qui sont en conilit. comment savoir lequel sacrifier? A quoi reconnaître les survivances qui doivent survivre et les survivances qui doivent disparaître, si ce n^est une vue d'avenir qui nous permet d'en juger ? Comment savoir quels changements seront une « amélioration » ? Parmi les tendances en présence, pourquoi et au nom de quoi faire* un choix, faire bon accueil aux unes et sacrifier les autres ? Comment enfin a notre raison )>, que ]M. Lévy- Bruhl invoque plus d'une fois, jugerait-elle les produits sociaux, si, comme le pense M. de Roberty (plus encore que Comte), notre raison n'est elle-même qu'un produit social ? L'idée de juger la « conscience collective w ni surtout celle de la condamner ne sauraient être admises et ne devraient même pas surgir, « A supposer, ce qui n'est guère vraisemblable, que le philosophe recommandât des façons d'agir étrangères ou odieuses à la conscience générale, sa doctrine serait aussitôt rejetée. Plus probablement

que les critiques aient unanimement considéré sa doctrine comme comportant, au moins à un certain point de vue, des conclusions toutes conservatrices? Comment peut-il écrire : « ... au contraire, tant que la science n'est pas faite, nulle institution n'a de caractère intangible et sacré » ? Art. cité. p. 28).

elle resterait tout à fait ignorée '. » 11 est vrai qu'ici la réalité dément la théorie et que l'histoire proteste contre l'historisme. Un Socrate, un Jésus, et même plus près de nous, le Socialisme ou Tolstoï, M. Lévy-Bruhl le remarque lui-même ailleurs", ont été sans doute combattus, mais enfui d'abord ils ont pu apparaître, et ensuite ils ne sont pas, que je sache, restés « tout à fait ignorés » ni même tout à fait impuissants. Il reste cependant que l'historisme sociologique actuel se trouve, comme l'était déjà celui de Savigny, conduit à un conservatisme inévitable et avoué, dans lequel on ne voit pas de quel côté pourrait être abordé le problème de changer les choses, h'idée de les changer ne devrait pas même nous venir (et pourtant, en fait, elle nous vient) ; l'indication d'une direction à suivre dans ce changement, la connaissance d'un moijcn de l'opérer, tout cela nous est également refusé par la science des mœurs, qui est réduite à constater les règles existantes, à constater l'autorité dont elles jouissent, comme un fait contenu dans leur existence même^, sans pouvoir ni les justifier ni à plus forte raison les condamner '*.

^Slais que devient alors la technique sociale, « l'art moral

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