‹ Études de morale positive (volume 2)Chapitre 37 sur 134 · l'artie II. S 2, g. 72 et suivantes · texte numérisé non relu

l'artie II. S 2, g. 72 et suivantes

EN QUÊTE d'une MORALE POSITIVE 1T9

ciologie, considérée dans son ensemble, serait de nous révéler quel est le vouloir essentiel de Thumanité, la finalité plus ou moins inconsciente qui l'anime. Ce vouloir peut, dans une large mesure, s'ignorer lui-même. L'homme individuel éprouve, sans les comprendre, une foule de besoins, d'impulsions instinctives dont le physiologiste vient utilement lui ré vêler la véritable nature et les fins réelles. De même il y a sans doute pour les collectivités humaines une finalité immanente, obscurément sentie, mais dont il appartient à la socioloo-ie de nous aider à prendre intellectuellement conscience ^ Ce vouloir fondamental de l'espèce humaine semble être la constitution même d'une société, la réalisation d'un ordre social harmonique. Dans un remarquable opuscule' Kant montrait que cette idée de la constitution d'une cité juridique pourrait être prise comme l'idée directrice d'une histoire universelle de l'humanité. Ce n'est pas dans l'individu, remarquait-il un demi-siècle avant A. Comte, que nous pouvons nous faire une juste idée de la vraie nature et des vraies fins de l'homme, mais dans l'espèce. La constitution d'une société civile à la fois forte et libre, assurant la liberté par sa force même, voilà l'idéal

1. C'est ce que nous accorderons volontiers à la méthode sociologique que nous avons critiquée. Les fins de collectivités s'étagent à tous les niveau.x de généralité et à tous les niveau.x de la conscience, et les plus générales ne sont pas les plus conscientes, de sorte qu'une induction méthodique peut être nécessaire pour les dégager. Mais il reste que cette induction ne cherche pas alors à établir simplement des lois causales et mécaniques, mais au contraire les fins cachées sous les causes qui, historiquement, paraissent déterminantes.

2. Idée zu einer allgemeinen Geschichle in veltburgerlicher Absicht. 1784. Hartenstein, IV, p. 143. « Der Mensch hat eine Neigung sich zu vergesellschaften ; weil er in einem solchen Zustande 'sich mehr als Mensch... fiihlt ». etc. p. 146 : « ... so muss eine Gesellschaft. in welcher Freiheit unter aùsseren Gesetzen in grôsstmôglichen Grade mit unwiderstehlicher Gewalt verbunden angetroffen wird, d. i. eine voUkommen gerechte bilrgerliche Verfassung die hôchste .\ufgabe der Natur fur die Menschengattung sein. »

que la Nature semble avoir assigné à Fespèce humaine. Laissons de côté l'aspect naturaliste que Kant conserve encore à l'idée de la finalité à laquelle il fait appel : il reste que tel est bien le résultat le plus général de l'induction sociologique, de nous montrer dans rétablissement, le maintien, le perfectionnement constant de l'organisation sociale, le vœu le plus continu, le plus puissant de l'humanité. C'est pour y satisfaire qu'elle s'est imposé — qui d'autre en effet les lui aurait imposées? — les plus dures contraintes et les obligations les plus contraires à ses instincts naturels, au point de paraître manifester en elle-même une inspiration surnaturelle. La sévérité de l'homme pour l'homme dans la vie sociale, dès l'aurore des civilisations, est chose si étrange et si merveilleuse qu'elle a été volontiers prise pour un véritable miracle et qu^on a cru y reconnaître une intervention divine. Mais nous sommes aujourd'hui bien convaincus que l'humanité s'appartient et que ce n'est pas une volonté étrangère qui se révèle ainsi à nous. Dès que nous l'aurions découverte comme étrangère, nous deviendrions par cela même capables de la rejeter ^ Mais si nous y reconnaissons la volonté humaine elle-même, si nous sommes avertis, que sans le savoir, sans bien s'en rendre compte, c'est là ce que l'humanité a estimé le bien le plus précieux, il nous devient impossible de ne pas présumer que là en effet est le terme le plus raisonnable de nos efforts.

Nous comprenons alors comment il est possible, en principe du moins, de distinguer les écarts qui sont des crimes et les écarts qui n"en sont pas. C'est qu'il y a des dissidences qui ont pour motif et pour fin une vie plus parfaitement socialisée, tandis que d'autres ne sont que des facteurs de

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