Gumplowicz, Sociologie und Polilik, p. G
l'ltilitarisme et ses nouveaux critiques 197 abstraction tous les liens qui Tunissent à la vie sociale \ Par suite, ce que celte sociolog-ie nouvelle reproche surtout cà l'utilitarisme c'est qu'en raison de cet élément psvcholoo-ique qu'il suppose, il ne paraît pas suffisamment naturaliste. A cette finalité qu'implique Vidée même de rutile on prétend substituer un mécanisme qui parait plus scientifique ^ On supprime toute considération des volontés poursuivant un bien, et l'on ne veut plus parler que de n^ccs><ités sociales ; on estime « fantastique >> de proposer des fins à l'homme, au lieu de lui faire simplement connaître les loi. naturelle, auxquelles il est assujetti Au nom de l'évolution. Ion prétend expliquer les événements humains on dehors de toute intervention de l'homme, du moins de l'homme conscient. Idées, croyances, désirs ne sont plus que des épiphénomènes sans action réelle 'sur la marche de l'histoire, et qui en reflètent tout au plus d'une manière vague et peu fidèle les péripéties fatales. Par l'inconscience, à laquelle on fait une part considérable % on se rapproche autant que possible de l'idéal mécaniste. Si l'on consent encore à parler de conscience, c'est seulement d'une « conscience sociale >> dont la notion, plus formelle que réelle, et en tout cas médiocrement précise et positive, est commode à la fois pour dissimuler les obscurités, pour déboucher les impasses que présenterait un rio-oureux mécanisme et pour continuer à parler un lano-ao-e"à peu près intelligible sans avoir l'air de faire intervenir la psvchologie individuelle. Concession toute provisoire, d'ailleurs, semble-t-il, et qu'on retirerait bientôt si
1 Fi'acaDane. ii- l'j2.
.' Durkheim op ciL,passim: en particulier, p. :Î29 : Tout se passe
-• Duikhum, o;^^ Tov Tous ce^ changements sont donc produits mécaniquement, p- o\)ô . loub cls. i^nano mécaniquement par des causes nécessaires.
3. Cf. De Gveellntrod. à la Sociologie. I. H:^, Pans. F. Alcan.
l'on trouvait un biais qui le permît. Dès à présent cette conscience sociale n'a guère de la conscience que le nom-; c'est un véritable inconscient ' ; faute de pouvoir lui assigner un organe distinct, on est réduit à la considérer comme diffuse dans ce qu'on est convenu d'appeler l'organisme social.
L'utilitarisme, en attendant, doit, dans une philosophie sociale de ce genre, apparaître comme une conception encore idéaliste et aprioriste ". Autrefois on opposait les spiritualistes aux utilitaires ; ils sont ici maintenant rangés côte à côte. Autrefois, l'utilitaire trouvait que les spiritualistes se contentaient trop facilement des données de la conscience morale développée, en les prenant pour des vérités simples et primitives : leur rationalisme n'était donc à ses j^eux que le plus superficiel empirisme. Mais à son tour il est accusé de procéder de même, et de se livrer à une construction arbitraire dont les éléments essentiels sont empruntés à un étal d'esprit réfléchi : « L'argumentation des empiristes n'est ni moins hâtive ni moins sommaire que celle des rationalistes; la maxime de l'utile n'a pas été obtenue plus que les autres à l'aide d'une méthode vraiment inductive. Mais le procédé des uns et des autres est le suivant ; ils partent du concept de l'homme, en déduisent l'idéal qui leur paraît convenir à un être ainsi défini, puis ils font de l'obligation de réaliser cet idéal la règle suprême de la conduite. Les différences qui distinguent les doctrines viennent de ce que l'homme n'est pas partout conçu de la même manière... Mais si l'inspiration varie, la méthode est partout la même ^ »