‹ Études de morale positive (volume 2)Chapitre 59 sur 134 · V. Lasch, d'après Y Année sociolocjique, W, 4fi · texte numérisé non relu

V. Lasch, d'après Y Année sociolocjique, W, 4fi

réserves de Platon et même de certains stoïciens (qui ne redoutaient là qu\m abus de leur propre doctrine) le suicide parait avoir été dans l'antiquité considéré comme un acte au moins moralement indifférent, et parfois admirable *. On peut donc dire que la condamnation du suicide^ chez les peuples européens est un fait directement lié à l'apparition du christianisme. Il importe de savoir, par conséquent, comment et pourquoi le christianisme a condamné le suicide.

Il n'est pas facile de préciser la manière dont c-ette doctrine est arrivée à se former et à s'afïirmer aussi énergiquement, d'autant que la question ne semble nulle part ni résolue ni même posée par l'Ancien ni par le Nouveau Testament. La doctrine est déjà nettement arrêtée chez Augustin chez qui l'on voit ap[)araître les arguments devenus courants contre le suicide ". Le principal c'est que le suicide est un homicide et que l'homicide est interdit par le Décalog'ue. Ce n'est pas le moment d'examiner ce que vaut l'argument en lui-même, car ce qu'il y a d'intére.ssant ici, c'est de comprendre comment on a pu avoir cette idée nouvelle d'étendre au suicide la condamnation de l'homicide. Cette extension, qui est très loin d'aller de soi en effet, prouve simplement que, le suicide étant condamné, on avait besoin dappuyer cette condamnation de quelque

i. V. quehiiics textes sur ce point chez Schopenhauer, Parerga el parai.. Sur la religion, Irad. Dietrich. p. 189, Paris, F. Alcan.

2. Cité de Dieu, XX-XXVII. Il critique Caton et lui préfère Régulus- 11 blànie môme le suicide de Lucrèce quil considère comme relevant moins de la vertu vraie que du po'ini d'honneuv, pudoris infirmitas. Ce dernier trait est intéressant en ce que le cas était fréquent de vierges chrétiennes qui échappaient au lupanar par la mort volontaire (Cf. Eusèbe, Hist. Ecclés., VllI, 12). Elles étaient en général fort honorées; saint Chrysostome a faille panégyrique de plusieurs d'entre elles. Cf. saint Ambroise, de. Virginitaie III. 7 et Lettre XXXVII (Apologie di* Pélagie).

raison plausible: cette raison, on essayait naturellement de la tirer de la doctrine, et d'une vérité morale incontestée. Mais quelles causes conduisaient donc à proscrire le suicide et à chercher de telles raisons ? La question simpose d'autant plus que à beaucoup d'égards le christianisme semblait pousser au suicide, loin d'en détourner.

Or, c'est précisément cela même qui nous paraît expliquer le mieux l'interdiction nouvelle : Si le christianisme a été amené à proscrire le suicide d'une manière expresse, c'est qu'une bonne partie de ses doctrines y aurait conduit tout droit des fidèles plus ardents que subtils. Or une religion qui était déjà populaire et qui allait devenir officielle ne pouvait sans danger s'exposer au discrédit que n'aurait pas manqué de lui attirer une pareille application de ses enseignements. En outre, il était dangereux pour elle, dans sa période de lutte et de conquête, de perdre un trop grand nombre de ses soldats. Dans l'argument courant renouvelé de Platon, qui compare l'homme sur la terre à un soldat qui doit rester à son ])Oste, il ne faut pas voir une simple métaphore, mais la traduction très directe de ce sentiment.

Que le christianisme pût sans contre-sens trop manifeste, conduire beaucoup d'esprits simples au seuil du suicide, c'est ce que l'on ne peut guère contester. « Celui qui hait son âme dans ce monde, écrit Jean \ la gardera pour la vie éternelle. » Chrjsostome compose une homélie sur les délices de la vie future. Augustin développe à plusieurs reprises ce thème du désir de la mort, de l'aspiration à l'autre vie, des joies assurées au Paradis -, C'est

i. Jean. 12, 25.

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