‹ Études de morale positive (volume 2)Chapitre 83 sur 134 · DE LA MORALE AINSI DÉFINIE · texte numérisé non relu

DE LA MORALE AINSI DÉFINIE

32. — // est absolument cain et même dépourvu df sens de se demander si cette inorale a une force obligatoire. L'obligation n'est pas une chose qui exi-^le et qui aurait la vertu de faire voidoir un homme malgré lui (§1 2 et 3 bis). Mais à toute inorale incombe la tâche de faire exi>^tor chez thomme auquel elle s'adresse ï état clame qui le rendra sensible à l'hléal qiielle lui propose. C'est grâce ci cet assentiment seul qu'il se sentira obligé. La seule question légitime est donc de savoir si la morale que nous avons définie est apte à créer ce sentiment d'obligation intérieure., dont aucun système ne peut revendiquer la propriété exclusive. Or

33. — Elle en semble capable autant et plus que toute autre et par /à e^^ efficace au plus haut po'mt. Car elle est quant à son contenu l'expression la plus adéquate et la plus directe des conditions de la vie, alors que les autres principes moraux nen expriment qu'une partie ou un aspect indirecf. Elle utilise d'autre part les sentiments formés au contact de la vie sociale, et auxquels aucune doctrine ne peut plus légitimement [aire appel, que celle qui, à la fois, les explique et les rectifie.

Cette considération pratique a un lien direct avec le § o. Plus l'esprit se développe, moins il se contente d'affir-

Belot. • 33

malions autoritaires et plus il faut lui donner de raisons tirées des fins mêmes des règles proposées. Aussi est-il inconcevable que l'on s'achoppe toujours à cette objection réellement absurde : cette morale est excellente, mais qu'est-ce qui m'oblige à l'observer ? En dehors du consentement de la volonté à ce qui par elle est reconnu bon, il ne saurait y avoir place que pour une contrainte. On parle trop souvent comme si tels ou tels systèmes avaient « par privilège du Roi » le monopole de l'obhgalion, dont il faudrait aller faire provision à leur boutique. C'est toujours l'esprit d'hétéronomie.

Plus le motif moral sera au contraire intimement identifié au contenu même de la moralité et plus celle-ci a naturellement de chances d'être réalisée aussi bien subjectivement qu'objectivement. Le bon ouvrier n'est pas celui qui, en accomphssant sa tâche, n'obéit qu'à des motifs extrinsèques, mais celui qu'elle intéresse en ellemême ; alors, objectivement la tâche sera bien faite, et subjectivement il y aura, pour la personne, progrès de ses facultés et satisfaction intérieure.

Je ne puis m'empêcher de remarquer combien pèche sur ce point l'éducation morale ordinaire. Je lis dans un catéchisme : « Quels sont les motifs (de détester ses péchés) ? Les principaux motifs sont : 1° que le péché offense Dieu... 2° qu'il a causé la mort de Jésus-Christ ; 3° qu'il nous prive du bonheur du ciel et nous rend dignes des peines de l'enfer. « Le seul mo\!\î spécifiquement moral de regretter nos fautes, la pensée du mal que nous avons fait à autrui ou à la société, est précisément celui qu'on ne songe pas à énoncer.

Page 1