‹ Études de morale positiveChapitre 5 sur 17 · DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Nous réunissons ici quelques étudeer qui, à Peixceptian d'une seule (1), ont paru à des dates trè» différentes en divers recueils. Nous n'y avons, autant que possible, apporté que des modifications dé détoil et de simples corrections de. forme, afin de ne pas en altérer la physionomie ofiginielle. L'ordre que nous avons adopté est tout. à fait étranger à l'ordre chronologique ; il nous a paru préférable de «uivre un plan plutôt conforme au rapport, naturel des idées». Nous avons donc placé en tête les articles où sont traitées leis questions les plus générales, les quesiiions de méthode et de principes.

Les chapitres suivants fournissent des vérifica'tions et des applications cairactéristique». L'étude dé la Véracité peimet de confronter les principes d'une morale sociale avec ceux d'une morale qu'on essayerait de fonder exclusivement sur la Raison, et pour laquelle la véracité serait nécessairement non pas seulement une vertu, mais l'esisence même de la vertu. Le respect, intérieur et extérieur, de la vérité est assurément le devoir ou le sentiment le plus réfractaire à ïa conception purement sociale de la moralité ; sa réduction aux principes proposés était donc une contre-épreuve indispensable et décisive. De même, bieni que d'une autre manière, la question du Suicide constituait un point critique et crucial pour la morale

(1) Le chapitre sur le Suicide.

XIV AVÀNT-PEOPOS

sociale ; l'exaimen de cette délicate que£(tion. nou» coaduit, si nous ne nous trompions, à reconnaître combien sont verbales et fragiles les solutions qu'on essaye d'en donner en se plaçant à un point de vue soit purement individuel, soit purement impersonnel et m.éta'physique, et combien 11 est néeesisiaire. pour approcher d'une répoluâe satisfaiLsante, de se placer au point de vue «ocial, et dei se demander non pas si le suicide est condamnable ou permis^ s'il e^t lâx^e ou méritoire au regard de l'individu, maisi seulement si une société où le suicide se produit n'est paei une société mal portante, et si une société qui le tolérerait sans aucune résistance ne serait pasi une société absurde. C'est la même idée qui domine notre étude sur le Luwe et qui en est ici la raison d'être ; cai* il est impossibe de dire du luxe s'il est moralement bon ou mauvais, de la part de l'individu, par rapport à l'ordre économique établi, tandis qu'il èist jusqu'à un ce>rtain point aisé de dire ce que vaut cet ordre économique lui-même en tant qu'il rend inévitables et même presque désirables certaines formes de luxe que nous sentotns confusément, ou même que nous voyons clairement, être préjudiciables à l'équilibre social et à une réelle justice.

Dans les chapitres parallèles, enfin, intitulés Justice et socialisme, Charité et sélection, nous avons surtout oppoeé le point de vue social, non plus au point de vue de l'iadividuallsme métaphysique, mais- au point de vue naturailiste. Dès longteropis notre souci domina^it a été celui de maintenir la spécificité de l'idée morale et il nous a paru nécessaire de ne la laisser abs^jirber pas plus par certaines conceptions pseudo-scientifiques que par des spéculations laétaphyslques. La moralité tient à la fris de l'idéal et du réel. Les premières tendent à mécxwinaître son idéalité les secondes sa réalité. Si la. morale est, comme nous le croyons, constituée par l'humanité pc/ur l'humanité, elle ne se découvre pas plus dans une spéf-ulalion étrangère à Texpérience sociale que dans une science de la nature infra-humaine.

AVANIVPROPOS XV

On recoiinaîtrs& que ce déair de maintetnir et de concilier dans l'idée d'une morale positive la pairt du fait et celle de Fidéal est la pensée directrice de nos ocncluâionsi. Nou8 avons essayé d'y reprendre sous une forme systématique, un ensemble d'idées, tout d'abord élaborées séparémeint et sans esprit de système, mais dans lesquelles nous espérons qu'on trouvera^ avec quelque progrès peut-être dans la maturité de la- pensée, une réelle unité de doctrine. Nos convictions se sont faites, comme il est bon, en partant de l'expérience et des vérités particulières, non en patrtant d'un système, qui, poui* positif qu'il se prétendrait quant au contenu, n'en serait pas moins adors aprioristîque et dogmatique au point de vue de la méthode. On se ferait illujsion, à notre avis, si, sous prétexte que telles et telles sont les exigences de « la. Science », on imposait à la miorale des déterminations empruntées telles quelles à la» pratique et aux traditions d'études très différentes, et, en ce sens également, il importe de maintenir la spécificité de la morale. Sans doute il est naturel et parfois opportun que la science à faire s'inspire de la scienc? faite, surtout quand il s'agit de i^pter aux préjugés anticritiques, aux inspirations de lai routine, aux séductions de llmagination ou de lai dialectique. Mais on sait aussi à quelles réadaptations la méthode scientifique s'est ^Tie constamment obligée, pour se conformer aux conui rions propres de chaque sorte d'études, pour en éliminer des préconceptions injustifiées, comme pour permiettre de reconnaître et de recueillir tous les éléments de la vérité. C'est le moment d'expliquer pourquoi nous avons adopté ici le terme de morale positive qui, nous le reconnaissons, n'est pas sans inconvénients. I/e plus visible est qu'on soit exposé à comprendre « positiviste ». Certes il y ai, selon nous, beaucoup de vérité et dans la manière dont A. Comte aborde le problème moral, et dans les solutions particulières qu'il propose des problèmes moraux (1).

(1) Cf. notre étude sur La Morale positiviste et la conscience contemporaine (Revue philosophique, décembre 1904).

XTI AVANT-PROPOS

Il est à peine besoin, de dire cependant que le terme positif n'est pafi appliqué ici comme l'étiquette d'une école, et que son adoption ne slgnife pas l'aûceptaitLon d'une» doctrine toute faite. On reconnaîtra kème que, par Isi place que nous faisons à l'esprit critique et à l'idée de contrat, nouâ nous écartons nettement du positivisme pur. Du positivisme, il pMt à M. Brunetière de ne retenir que ceci : que la question morale est une question religieuse^. Mais on pourrait en retenir aussi bien cette autre vérité qu'aucune reUgion même et à plus forte, raison aucune morale n'est désormais possible eu du moius ne- peut remplir sa fonction qu'à condition de rester sur le tenainj de l'expé-^ rience commune au lieu de s'aventurer sur celui des croyances transcendantes. Les croyances religiÂuses courantes ne produisent plus aujourd'hui que malentendus et divisions, et la positivité e^t déûnie avant tout par Comte comme le domaine du « bon sens universel ». Seulement,, suivant nous, la vraie positivité — et en cela nous nous écartons de Comte et surtout de certains de ses hérittea-s — consiste à penser par soi-même, dans un contact direct avec la réalité, en siapprimant autant que possible le prisme qu'interposent, entre elles et nous, les catégories d'origine sociale, les concepts traditionnels tout faits, véritables formes a priori d'un entendement de formation secondaire, héritées de Timagination collective ou d'un empirisme prércritique. ^

Mais il nous a semblé que le terme de <( positif » était suffisamment passé dans la langue courante pour être employé dans son sens intrinsèque, et que c'était encore ce terme qui prêtait le moins au contre-sens, en indiquant an moins tout d'abord avec netteté qu'il s'agissait d'une morale indépendante de toute religion et de toute métaphysique. Tous les autres termes auzquel^ il nous auraitl ét^ possible de songer eussent été entachés d'une plus grave inesactitude ou exposés à des malentendus encore plus f ftchetix.

Par celui de « Morale sociale » on aurait pu croire que

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