‹ Études de morale positiveChapitre 6 sur 17 · AVANT-PE0P08 XVII · texte numérisé non relu

AVANT-PE0P08 XVII

nous désignions non une morale fondée sur les condîfions de la vie sociale et sur Fidée de société, mais seulement une partie, un domaine spécial de la morale. Une « mor^e rationnelle » s'oppose couramment à une « morale empirique », et bien qu'au sens large du mot, la moraje que BOUS présentonjs nous semble évidemment raitionnellei, c'eût été tromper radicalement le lecteur sur nos intentions que de lui laisser croire un instant qu'elle fût a priori.

Plusi précise enfin, Texpression de « morale scientifique », dont on abuse, ne nous a paru que plus fallacieufie, et son exclusion s'imposait h qui ne veut pas promettre ce qu'il se sait incapable, ce qu'il croit même impossible de tenir. Sans doute il est possible, comme nous le montrerons, d'apporter dams l'étude de la morale et dans la moralité elle-même quelque chose de ce qui constitue l'esprit scientifique. Mais d'une part la. morale comporte un élément pratique, une finalité, qui est absolument irréductible à la connaissance pure et à plus forte raison à la vérité scientifique ; d'autre part la morale est même très loin suivant nous de pouvoir devenir scientifique dans le sens très clair où la médecine peut l'être, puisque d'ab^bird les connaissances sur lesquelles la pratique morale s'appuie ^ n'ont peut-être pas en elles-mêmes la précision et lai fiixité que les sciences pîysico-chimiques et physiologiques offrent à l'application médicale, puisque surtout le rapport de la connaissance et de l'action dans le doimaine moral n'est pas comparable, en toute rigueur, à ceî qu'il est dans les techniques fondées, sur les sciences de la nature (1). H ne suffit pas pour lever ces difficultés d'incriminer les « habitudes d'esprit » de ceux qui le» aperçoivent, copme les théoloç^îens tairaient « d'opinlâ*trteté » ceux qui ne parvenaient pas à- partager leur foi. Il faudrait répondrei directement à des objections qui n'ont point leur siqjurce dans un parti pris de la. routine, mais

(1) V. En quête d^une morale positive^ 2*" partie, paragraphe 4.

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dans un examen direct des choses ; il faudrait surlout établir in eoncreto l'applicaibilité de la conception que l'on propose d'une science des mœurs et d'une technique morale qui s'y appuierait. Nous ne voyons pas qu'on ait guère fait ni l'un ni l'antre (1), et l'on finit d'ailleurs, en répondant à ceux qu'on accuse d'êtine dupes de leur impuissance à « modifier leur a.ttitude mentale » et de leur confiance dans la. « méthode dialectique », par avouer quié l'analogie sur laquelle on s'appuie « reste jusqu'à présent presque purement idéale ». Il nous paraît pour notre compte plus conforme au véritable « esprit scientifique » de maintenir des réserves inspirées par l'examen deis faits, alors même qu'elles auraient pour conséquence de restreindre, selon les' exigences d'une critiqiie vraiment exempte de préjugés, le caractère scientifique attribualble à la. morale. C'est pourquoi nous a.vons sans hésitation écaiTté le terme de « morale scientifique ».

Mais à supposer même qu'aucune difficulté intrinsèque ne compromît la validité d'une telle idée, on reconnaît unanimement, chez seis partisans comme chez ses adversaires, combien on est loin de pouvoir la mettre en œuvre. C'est au contraire un premier pas nécessaire, et. dès. à présèint faisable, qne d'esquisser et peut-être même de constituer une morale affranchie de toutes les incertitudes de la métaphysique et des dogmes religieux, c'est-à-dire une morale positive. Soyons donc modeste et tâchons de travailler à Vœuvre qui apparaît immédia.tement possible puisqu'elle est, en tout état de cause, la condition inévitable de l'autriei, plus lointaine et plus définitive .que Poli attend de l'avenir. Si ce n'est qu'une étape, c'est du moins celle qui se propose tout d'abord à nos pas encore mal assurés. Aucune école plus que l'école sociologique n'a insisté — que Tidée soit vraie ou fausse — sur la lenteur des évolutions sociales et leur continuité, sur la corrélar tion des croyances d'ulie société avec son organisation,

(1) M. Lévy-Bmhl, dans son récent article de la Itevue Philosophique, juillet 1906. où il répond à ses différents critiques.

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sar l'impossibilité pour un homme de n'être pas de soin temps. Aucune ne serait donc moins en droit de reprocher à notre tentative de s'adapter en quelque mecnire à des idées encore vivantes, d^ailleurs soumises à la critique, de s'inspirer de l'état réel des consciences, d'ailleurs conviées à réfléchir et à se rectifier. Il y a>urait une nuance de vanité et de phairisaïsme intellectuel de la pajt de celui qui, à force d'insister sur la ténacité des préjugés qu'il choque et des habitudes d'esprit qui lui résdstent, doo)nerait à entendre que la nouveauté de ses idées fait une révolution dans la science et qu'on ne les critique que faute de les pouvoir comprendre. De telles prétentions sont fort éloignées de| notre i)ensée. Nous serions heureux ^si seulement nous pouvions aider, en y participant, à un mouvement déjà commencé dans les esprits. Ce serait déjà suivant nous, un assez diffi'cile, mais bien désirable progrès dans le sens de l'accord des esprits, et de rharmonie pratique des volontés, si, à défaut d'une certitude sociologique que nous ne pouvons ni fournir ni promettre, om en venait sim:plement à reconnaître ajvec nouiS l'humanité autonome;, maîtresse de fixer la destinée qu'elle se choisit et créatrice de plus en plus consciente des règles qui lui paraîtront le plus propres à en a«8urer l'acoomplissemen/t.

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