‹ Etudes de mythologie gauloiseChapitre 10 sur 57 · Toeppen, Aberglauben aus Masuren, 2« éd., p · texte numérisé non relu

Toeppen, Aberglauben aus Masuren, 2« éd., p

consiste en un cercle qui tourne en brûlant, est sorti de la pratique que nous étudions ici et n'est autre chose qu'un rite solaire laïcisé.

On va voir par quelques passages d'une lettre de M. Luzel comme le brandon est bien à son tour l'image de la roue. « Je n*ai jamais vu tourner des roues enflammées, nous dit M. Luzel ; mais une coutume très répandue dans la nuit du 24 juin consiste à brandir en cercle des torches de résine ou d'étoupe imbibée d'huile, au bout de bâtons, de manière à produire l'effet de véritables roues enflammées. Ce manège s'exécute surtout sur les hauteurs, et l'on voit de ces roues dans toutes les directions et à toutes les distances, comme autant de météores. J'ai pourtant souvenir d'avoir entendu, dans mon enfance, des vieillards dire que dans leur jeunesse on entourait de paille des roues de charrette et qu'on les promenait sur les routes et sur les hauteurs, après y avoir mis le feu.» Et M. Luzel nous dit encore : « En 1868, je me trouvais à Grôzpn le 23 juin. On alluma un grand feu de la Saint-Jean, sur une hauteur, et tous les habitants du village se réunirent autour du feu. On poussa force : iou I iou ! iou ! auxquels répondaient des cris semblables dans différentes directions. Des enfants et des jeunes gens faisaient tourner rapidement autour de leurs tètes des bâtons munis à leur extrémité de tampons enflammés de filasse goudronnée et trempés dans de l'huile de sardinerie. De loin, cela faisait l'effet de roues de feu. »

Dans quelques endroits la roue est remplacée par un disque que Ton lance (Tyrol)*; ailleurs encore par une barrique à

1. Cité par Mannhardt, Ber BaumkultuSy p. 511. — Comme nous nous occupons ici seulement du symbole de la roue et non du culte du soleil en général , nous nous bornons à rappeler que c'est aussi un symbole solaire que ce disque en bois avec un trou au milieu, semblable aux aranis de rinde, et à Taide duquel, dans les pays germaniques, on obtenait le no^V^^u^r ou « Feu de nécessité » comme remède dans les cas d'épizootie. Voir Mannhardt : BaumkultuSj p. 518 et sq., et Grimm, Kuhn, etc. Il faut remarquer que dans quelques cas, pour allumer le nothfeuer, on se sert, au lieu d*un disque, d'une vieille roue de chariot. (Friedreich, Symbolik, p. 63.) C'est alors le même rite que celui que nous venons de rencontrer chez les Masures de Prusse.

goudron que Ton attache à une longue perche et que l'on roule enflammée*.

Nous retrouvons enfin la roue et aussi le tonneau, dans le feu de la Saint- Jean, qui se célébrait solennellement, à Paris, sur la place de Grève. C'était une grande cérémonie, et au roi seul appartenait Thonneur de mettre le feu au bûcher. Nos anciens rois n'y manquaient pas, jusqu'à Louis XIII du moins, car après lui ce fut un divertissement traditionnel plus qu'une fête, et Louis XIV n'y assista qu'une fois. Or, dans la description détaillée qui nous est restée du feu de la Saint-Jean de 1573, à Paris, il est dit qu'on plaça dans le bûcher un tonneau et une roue*.

Il est certain qu'au milieu de la foule réunie sur la place de Grève, il eût été difficile do faire rouler une roue enflammée ou de brandir une barrique à goudron en feu. Mais on conservait en quelque sorte un souvenir matériel du rite, en plaçant les objets eux-mêmes sur le bûcher.

La coutume de lancer des disques enflammés le soir de la Saint-Jean d'été (scheibenschlagen), s'est maintenue jusqu'à nos jours dans la Forêt-Noire. Voici comment elle se pratiquait, il y a une quarantaine d'années, dans la montagne, aux environs d'Offenbourg, grand duché de Bade, suivant le récit d'un de nos amis, témoin oculaire.

Le 24 juin, les garçons du village allaient de maison en maison quêter (au besoin dérober) la paille, les fagots et le bois nécessaire pour le feu de la Saint-Jean. Le combustible réuni et dûment empilé au sommet de quelque éminence visible de loin, à pente roide et déboisée, le reste de la journée était employé à la confection des disques. Pour cela, on débitait un tronc de sapin en rondelles d'une épaisseur de deux ' à quatre centimètres, sur dix à vingt de large. Chacune de ces rondelles était percée au centre d'un trou, de façon à pouvoir être fixée au bout d'une baguette : les plus zélés enduisaient les leurs de cambouis ou de résine. La nuit venue, quand le feu avait flambé à la satisfaction des villageois, les jeunes gens enflammaient les disques aux cendres du

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