‹ Etudes de mythologie gauloiseChapitre 11 sur 57 · Breuil, loc, cil,, p. 187, n · texte numérisé non relu

Breuil, loc, cil,, p. 187, n

brasier; puis, les fixant solidement au bout d'une baguette de coudrier, forte, flexible et longue de 1™,50 environ, après les avoir promenés en courant et leur avoir fait décrire dans Tair de grands cercles de feu, ils les projetaient au loin, en imprimant à la baguette une secousse brusque. Bien lancé, le disque enflammé, après avoir décrit dans Pair une longue parabole, devait rouler jusqu'au bas de la montagne. Le jeu continuait tant que duraient les munitions. Quand tout était fini, survenait la police locale, qui était chargée, disait-on, de réprimer la coutume, mais qui n'intervenait régulièrement que pour jeter quelques seaux d'eau sur les restes du foyer. C'est ainsi du moins que les choses se passaient sous le gouvernement patriarcal de l'ancien grand-duc. Je doute qu'il en soit de même encore sous le nouveau régime.

Nous avons parlé plus haut du pays de Comminges ; citons d'autres extraits de la lettre de notre correspondant, pour arriver à la couronne j quoique Tusage soit loin d'en être limité à celte région. Les feux de Saint-Jean ne se pratiquent pas de la même manière en plaine et en montagne, quoiqu'ils y soient également en pleine vogue. « Dans la partie montagneuse, on fendille un grand arbre dont les éclats sont maintenus écartés à l'aide de coins, et dont l'intérieur est bourré de copeaux. Au moment où Ton met le feu au brandon^ le dernier marié va, à l'aide d'une échelle, décrocher la couronne de fleurs placée au sommet et la rapporte. Dans la plaine ce sont des bûchers. Les hommes mariés depuis la dernière fête de la Saint-Jean sont chargés de bfttir le bûcher, et chacun deux place une couronne au haut de ce bitcher, »

Dans d'autres pays les couronnes de fleurs jouent un grand rôle dans la célébration de la Saint- Jean, notamment en Belgique.

Des couronnes et des guirlandes faites de fleurs, de coques d'œufs, de morceaux de verre, etc., dont le travail est parfois très curieux, sont suspendues au milieu des rues et au-dessous de ces couronnes se dansent le soir les rondes dites du Roozenhoed « danse du chapeau de roses » ou du Croonspel « jeu des couronnes. » Ordinairement ces danses, qui se pratiquent vers le coucher du soleil, sont accompagnées de jeux et même de pantomines qui leur donnent un aspect et un caractère particuliers. A Anvers la ville paya, en 1404, trois gros pour une couronne suspendue, la veille de Saint-Jean, devant Timage Notre-Dame, au pignon de la maison

des échevins. A Bruxelles, ces jeux de couroaues furent interdits par le magistrat dans une ordonnance du 7 août 1435, parce qu'ils s'étaient tellement multipliés qu*il y en avait dans toutes les rues. Mais la coutume n'en resta pas moins en vogue jusque vers le commencement du règne du roi Guillaume... A Louvain et à Tirlemont les enfants ont encore, de nos jours, la coutume de faire à la Saint-Jean des berceaux de verdure devant les maisons et de suspendre des couronnes au milieu des rues ^

Dans les villages de la Saxe, le matin de la Saint- Jean on dépose devant chaque maison une couronne de fleurs ornée de rubans; et il arriverait malheur dans Tannée aux habitants de la maison où Ton se serait dispensé de cet usage. A Leipzig, on va déposer des couronnes de la Saint-Jean sur les tombes*. Ne serait-ce pas là Forigine des couronnes avec lesquelles nous honorons la place où reposent nos morts ? La couronne n'est pas un symbole d'origine chrétienne. Nous nous croyons en droit de rattacher ici la couronne à la roue flamboyante du soleil, grâce à un intermédiaire que nous fournit un usage des pays allemands du Rhin inférieur. Au centre de ces couronnes de la Saint- Jean, on place un globe de papier huilé, et le soir on y allume une bougie*.

Rappelons enfin, pour faire ressortir encore le caractère solaire de la fête de la Saint Jean, que dans les pays montagneux, en beaucoup d'endroits, le matin de ce jour, il est d'usage d'aller sur un haut sommet voir lever le soleil. — Nous ne parlons pas des feux proprement dits de la Saint-Jean; il y aurait trop à dire sur ce sujet.

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