‹ Etudes de mythologie gauloiseChapitre 12 sur 57 · Montanus, Die deuischen Yolksfeste, I · texte numérisé non relu

Montanus, Die deuischen Yolksfeste, I

anciens rites ont subi bien des transformations. Tantôt ils sont entrés dans les usages et presque les cérémonies de TÉglise^ tantôt ils ont survécu comme amusements populaires et locaux. Tantôt ils se sont conservés à leur date ancienne, tantôt ils ont été déplacés, et reportés à une date voisine, surtout quand ils étaient absorbés par une fête chrétienne. Nous venons de voir la fête de la roue conservée à sa date primitive^ nous allons la voir maintenant placée, à des dates voisines, une première fois dans une fête profane ou peu s'en faut ; deux autres exemples nous la montreront altérée et gardée par un saint dont la date était voisine.

La fête de Gayant à Douai est une de ces fêtes locales qui ont gardé jusqu'à un temps voisin du nôtre leur caractère traditionnel et leur pompe grandiose. Le nom de Gayant, comme on sait^ est seulement une forme dialectale du mot géant ; et G&yant, comme nom et comme légende, n'est qu'une variante du type si populaire du géant, si connu sous le nom du célèbre Gargantua. Nous avons étudié autrefois ici même l'histoire de Gargantua * et nous allons en retrouver des traits dans l'histoire de Gayant*. Gayant est un géant d'osier dont on porte le mannequin en procession le troisième dimanche de juin. Un document ecclésiassiastique de 1770 va nous donner un tableau complet de la cérémonie. A Douai, comme ailleurs, la partie intelligente du clergé voyait de mauvais œil cette grande procession annuelle où le sacré se mêlait au profane. L'évêque d'Arras, par un mandement en date du 14 juin 1770, supprima la fête traditionnelle pour cette même année et Tinterdisait les années suivantes jusqu'à ce qu'on lui eût présenté un acte ancien émanant d'un souverain ou d'un de ses prédécesseurs et créant ou autorisant la fête. Une fête populaire forcée de présenter ses parchemins! La fête de Gayant fut supprimée : elle ne fut rétablie qu'en 1801, et fixée

1. Gargantua^ étude de Mythologie celtique^ parH. Gaidoz; Bj&vue Archéologique de septembre 1868. Le tirage à part a été mis en vente à la librairie Didier.

2. Nous tirons les renseignements qui vont suivre de la brochure intitulée La vraie histoire de Gayanty par un Douaisien. Douai, 1882.

dès lors au milieu du mois de juillet. Mais jusqu'au siècle dernier elle avait lieu le troisième dimanche de juin et voici un passage du mandement de 1770 qui va nous en donner un tableau fidèle :

Le promoteur général de notre diocèse nous a exposé qu'il étoit venu à sa connaissance et qu'il est parfaitement assuré que, suivant un usage dont il ignore l'origine, il y a tous les ans, le troisième dimanche du présent mois de juin, dans la ville de Douay une procession à laquelle assistent la plupart des corps du clergé, séculiers, réguliers et plusieurs autres corps séculiers de la dite ville ; qu'on porte un grand nombre de reliques à cette procession, laquelle est suivie de plusieurs particuliers habillés d'une manière extraordinaire qui, sous prétexte de mettre de Tordre dans cette cérémonie, se permettent de jeter du son dans les yeux de ceux qui leur semblent la troubler ; que d'autres particuliers sont aussi dans l'usage de jeter, pendant le cours de la dite procession, des paquets de sucre à des personnes qui les reçoivent à leur fenêtre ; qu'à la suite de cette procession on voit paroître une grande roue appelée roue de fortune, sur laquelle sont représentés plusieurs personnages, entre lesquels en est un dont l'habillement paraît être l'habillement d'un ecclésiastique ; que cette roue est suivie d'une figure gigantesque appelée vulgairement le grimd GayarU^ et de plusieurs autres figures appelées les enfants de Gayant ; lesquelles figures ont fait dénommer la susdite procession, la procession de Gayant. Ce cortège est quelquefois terminé par une espèce de machine en forme de vaisseau, laquelle est remplie de personnages occupés à fixer l'attention du public par des travestissements et des gestes bizarres * . . .

Nous ne nous arrêterons pas ici sur le vaisseau — c'est, à notre avis, le navire dlsis — qui se trouve mêlé à une vieille cérémonie transformée en une sorte de carnaval, avec accompagnement de reliques. Nous reviendrons plus loin sur le terme de roue de fortune. Nous retenons seulement ce fait : le troisième dimanche de juin, une grande roue est portée devant le mannequin d'osier d'un géant. Pour nous son identification n'est pas douteuse; le géant d'osier de Douai est le même personnage que le mannequin qu'à Paris on brûlait en grande pompe le 3 juillet dans la rue aux Ours ; c'est le dieu en honneur duquel les Gau-

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