‹ Etudes de mythologie gauloiseChapitre 33 sur 57 · LES ROUELLES CELTIQUES ÉTAIENT DES AMULETTES · texte numérisé non relu

LES ROUELLES CELTIQUES ÉTAIENT DES AMULETTES

Parmi les objets de provenance gauloise qui ont attiré l'attention des archéologues de notre siècle depuis que la vaine curiosité de l'antique a fait place à l'histoire de l'antiquité, il n'eu est pas à l'occasion desquels les écrivains de notre pays aient le plus bataillé que les rouelles. C'est en effet en Gaule que ces objets ont été découverts en plus grand nombre ou du moins qu*on s'est le plus occupé de les recueillir.

On nomme rouelles de petits morceaux en métal, le plus souvent de la grandeur d'une monnaie, arrondis et évidés, de façon à présenter la forme d'une petite roue à quatre, à six, à huit, à dix rayons. On en a trouvé dans tous les métaux connus de l'antiquité gauloise, en bronze, en plomb, en argent, en or; on en a trouvé enterre cuite'.

1. Elle est figurée dans Duruy, Histoire des Romains, t. V, p. 57.

2. Cette ligure de la Fortune a été reproduite dans les Mémoires (Abhandlungen) de l'Académie de Berlin, 1853, pi. Ul, no 4,

3. Une roue en terre cuite a été trouvée dans une mare (Tudot, Figurines gauloises, texte de la pi. 67), mais le monument n'est pas conservé. Tudot dit à cette occasion qu'il a trouvé plusieurs fois à Toulon-sur-Allier des fragments de roue en terre cuite. Une rouelle en bois a été trouvée dans une des fosses gallo-romaines de Troussepoil en Vendée (Baudry et Ballereau.

Quelques-unes de ces rouelles sont de véritables bijoux, celle par exemple que décrit ainsi M. Hucher : « Un jour, il m'arrive une charmante rouelle d'or à huit rayons, de travail filigranique, frêle comme la boucle d'oreille d'une Mexicaine, quelque chose d'aérien comme la trame d'Arachné, du reste de l'or le plus pur; les raies*, épaisses d'un dixième de millimètre, sont guillochées sur un tour sans doute microscopique ; la jante est composée de trois cercles d'or concentriques, celui du milieu également tourné et guilloché; le moyeu est saillant, évidé et composé de deux petites bandes d'or contournées en cercle et soudées de chaque côté de la roue à une âme pleine, de sorte que ce moyeu, quoiqu'évidé, n'est pas percé à jour*. » Une autre rouelle en or, aussi petite et d'un travail presque aussi délicat, du poids de deux grammes, se trouve au musée d'Ëpinal. Une en argent pèse lgr.70. Ces petits bijoux forment une antithèse aux rouelles en bronze qui ont parfois jusqu'à douze centimètres de diamètre, avec un moyeu plein dont l'épaisseur totale est de six centimètres environ'.

Pour ne pas parler seulement de la Gaule, nous reproduisons (n« 12) une rouelle en bronze trouvée à Colchester en Angleterre *. Elle appartient à un" des types les plus fréquents chez nous, le type qu'on pourrait appeler celui de la croix, car ici roue et croix se confondent. M. Franks a décrit deux autres rouelles identiques, et aussi en bronze, trouvées également en Angleterre. L'une d'elles, trouvée à Hounslow, avec des figures en bronze

Puits Funéraires, p. 13, 36 et 314). Mais ce que Tabbé Baudry appelle de ce nom est plus exactement une rondelle, et il conjecture qu'elle provenait d'une quenouille.

Sur des rouelles en plomb trouvées à Reims et faisant partie de la collection Duquenelle, voir Bev, iVtim., t. XV, p. 299.

i. Sic. M, Hucher a sans doute voulu parler ici des raû.

2. Hucher, Revue Numismatique, nouv. sér. t. VII (1862), p. 157.

3. Hucher, ibid. Pour des exemples de rouelles d'or avec chaînettes, destinées à être portées comme bijoux, voir H. de Longpérier, Rev. Arch,, 1867, t. Il, p. 358, de Villefosse, ibid. XLÏ (1881), p. 12; et Archaeological Journal, t. VH, p. 174 et t. Vlll, planche de la p. 38.

4. Nous la reproduisons d'après la gravure de ï Archaeologia, t. XXXIX, pi. XXIV, n® 5 ; cf. p. 509.

Fig. 12. Rouelle eu bronze.

Colchester (Angleterre).

de sangliers et d'autres animaux, est aujourd'hui conservée au musée Britannique*.

Les premiers archéologues qui se sont occupés de ces rouelles ont voulu y voir des monnaies et, à première vue, cette opinion était d'autant plus soutenable que les rouelles se trouvent souvent avec les monnaies*; un autre a voulu y voir des attaches, des houtons de vêtement, des boucles de ceinturon*.

Mais dès qu'on trouve des roueUes que leur dimension ou leur délicatesse, empêche de servir de monnaies, il est bien évident que les rouelles étaient originairement autre chose, et qu'elles avaient une signification indépendante; ce qui n'empêche pas qu'accessoirement elles aient pu servir de valeur d'échange, ou d'objet de toilette ou de parure ^

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