Ch. Robert, Monnaies gauloises, pi. V, n® 1 ; cf. p
7i LE DIEU GAULOIS DU SOLEIL
Le type de la croix équilalérale occupant toute une face de la monnaie paraît sur nos monnaies françaises dès les fils de Clovis et dès ce moment on peut dire que la croix paraît sur les monnaies de tous les peuples chrétiens. Les numismatistes font procéder ces monnaies des monnaies impériales de Byzance. Mais comme la croix de ces monnaies est la croix équilatérale absolument identique à celle des monnaies pré-chrétiennes à la croix, il est évident qu'il y a eu là seulement appropriation par les chrétiens d'un type et d'un symbole antérieurs au christianisme.
Le type de ces monnaies à la croix s'est conservé jusqu'aux environs de la Révolution Française dans presque tous les pays de l'Europe occidentale. Ce qu'elles représentaient (qu'on le remarque bien!), ce n'était pas notre croix latine, instrument de la Passion, mais la croix équilatérale, celle que depuis le christianisme on appelle la croix grecque. On n'y voyait plus, bien entendu, que la croix chrétienne et des superstitions ou des locutions proverbiales s'y attachèrent bientôt. On croyait qu'avoir une de ces pièces de monnaie dans son escarcelle ou dans sa poche empêchait le diable de s'y mettre. On appelait du nom de « croix ou pile » ce jeu de hasard que nous appelons aujourd'hui «pile ou face », et qui consiste à jeter en l'air une pièce de monnaie et de voir si en retombant elle montre croix ou pile.
Cette croix ne paraît pas seulement sur les monnaies : elle figure aussi sur des méreaux ou jetons en plomb du moyen âge, dont l'emploi et la signification ne sont pas mentionnés dans les anciens textes, mais qui paraissent avoir été des amulettes, et nous ne serions pas étonné qu'on les trouvât encore portés à ce titre dans quelque village isolé. Ces méreaux ont été trouvés en assez grande quantité dans la Seine, à Paris. Sur une face on voit la croix équilatérale des monnaies de l'antiquité et du moyen âge; sur l'autre, une image obscène, l'organe de l'un ou de l'autre sexe*. Le plus curieux est qu'on y retrouve des
1. Ces méreaux ont été publiés par Forgeais dans le supplément secret qu'il a donné à sa série d'ouvrages sur les objets en plomb retirés de la
types connus de Tart de Tanliquilé, le phallus ailé et le phallus à sonnettes, ce qui indique que cesméreaux continuent un type ancien et une tradition qui remonte sans aucun doute à l'antiquité même. C'est un fait bien élabli en archéologie et en mythologie que ces images obscènes étaient regardées comme écartant le mauvais œil, et cette croyance existe encore dans l'Italie du Sud et en Orient. La croix, de son côté, éloigne les maléfices. Ces méreaux étaient donc des amulettes — à un double titre. — C'est à cette série d'amulettes qu'appartient une crux ansata d'un genre tout particulier, et qui indique ou un grand raffinement d'imagination ou, ce qui est plus probable, ce mélange de dévotion et de superstition qui se rencontre si souvent chez les peuples méridionaux. C'est un objet en or trouvé à San-Agatha di Gaeti, près de Naples, et il porte un anneau de suspension, ce qui indique un amulette : c'est une croix équilatérale formée par quatre phalli, et un cercle d'organes correspondants entoure le centre ou point d'intersection; Tanneau par lequel se termine le phallus supérieur en fait une croix pectorale du modèle le plus étrange*.
Pour résumer, nous croyons avoir établi que la croix équilatérale des monnaies qui, en chemin, est devenue une croix chrétienne, était à l'origine sur les monnaies de la Grèce une roue à quatre rais et que cette roue était à l'origine un symbole solaire. Nous allons voir que Ja roue à six rais forme un antécédent analogue au monogramme du Christ; de même la roue à quatre rais en forme un au célèbre Labarum.
Seine . — Ils ont été gravés de nouveau dans la pi. XXXIII de l'édition très augmentée et améliorée que des savants anglais, sous le voile de Tanonyme, ont publiée en 1865 à Londres du célèbre ouvrage de Payne Knight : A Discourse on the Worship of Priapus. Une traduction française de cet ouvrage, accompagné d'un nouveau tirage des planches de l'édition anglaise, a été publiée à Bruxelles.
1. Elle est figurée sous le n« 4 de la pi. XXXV de l'ouvrage de Payne Knight éd. de 1865 (et trad. française).