Senart, p
« la roue sans seconde, sans lieu qui l'arrête, » « composée de mille rais, lançant mille rayons, » « qui pénètre partout*. » La roue était ainsi devenue pour les bouddhistes un objet de vénération et de culte *. On la rencontre à foison dans les monuments bouddhiques, en bas-relief, ou isolée sur un piédestal ou bien au-dessus des portes '.
Dans une autre religion de llnde, le brahmanisme, il est question du disque de Vichnou*. Vichnou est un dieu solaire, le disque est à la fois son attribut et son arme. Ce disque est une « arme divine. » Cette conjonction de deux sens dans un même mot tient d'une part à ce que le soleil est considéré comme un disque, et d'autre part que les habitants de l'Inde employaient une arme de jet, formée d'un disque en métal. Aujourd'hui encore les montagnards afghans se servent de cette arme qui, maniée par une main habile, peut porter des coups mortels. C'est un disque en métal, aux rebords acérés, avec un trou au milieu, par lequel on a prise sur l'arme. Ce trou s'élargissant peu à peu (sans doute pour alléger le projectile) on est arrivé à faire du cakra de guerre un simple cercle. On peut le voir figuré dans le Magasin Pittoresque de 1854, p. 272 : un Akali fait tourner le cakra avec le doigt pour lui imprimer le mouvement de rotation qui en fait la force *. Un usage ancien du cakra comme arme de guerre est mentionné par Cand dans son
1. Lotus de la bonne Loi et Lalita Vistara, cités par M. Senart, p. 362.
2. Sur la roue, comme symbole bouddhique, voir un article de M, E. Thomas, dans ÏIndian Antiquary, 1880, p. 135 et suiv.
3. On peut en voir des spécimens par exemple dans les ouvrages suivants : Râjendralâla Mitra : Buddha Gaya, Calcutta, 1878, pi. XXXV, fig. 2. — Al. Cunningham, Bhilsa Topes, London, 1864, pi. XXXI; — Al. Cunningham, The Slûpa of Barhut, London, 1879, pi. XIII et pi. XXXIV, 4.
4. Notons pourtant qu'en sanskrit roue et disque sont exprimés par le même mot, cakra. Mais l'arme de Vichnou n'est déjà plus une roue proprement dite avec moyeu et rais; c'est un cercle, évidé au centre, semblable au cercle arme de guerre, appelé aussi cakra.
Le saoskrit cakra correspond étymologiquement au grec xvxXo; employé aussi pour désigner le soleil,
5. Cet Akali porte aussi un cakra par dessus son turban, mais là c'est comme indice de sa secte ; cf. E. Trumpp : Die Religionen der Siks, Leipzig, 1881, p. 121.
poème en Thonneur de Prithirâj, le dernier empereur râdjpout de Delhi, à la fin du xii® siècle *. L'éditeur de ce texte, Hoernle, donne à cette occasion une figure du cakra et le définit ainsi : « C'est une arme de la forme d'une roue ou plutôt d'un cercle, avec un rebord extérieur aiguisé . »
Le disque divin de Vichnou, appelé Sudarçana, estTarme du dieu. Les représentations de Vichnou armé du cakra sont fréquentes '. Comme le dieu solaire arrive aisément à être connu et craint comme le dieu par excellence de TEmpyrée, cette arme, qui est originairement l'image d-u soleil, est pourtant arrivée à signifier quelquefois l'éclair. Nous reviendrons plus loin sur cette confusion.
Voici un texte du Hariv£imça où l'on voit bien la confusion primitive de la roue et du disque dans le cakra divin :
« Le dieu brandit... le superbe Sudarçana, brillant comme les rayons du soleil, aux mille rayons, destructeur des ennemis, semblable à un feu flamboyant, terrible ;
» A la jante d'or, au moyeu de diamant (ou de foudre), portant la terreur, tout enduit du sang, des os, de la moelle des Dânavas ;
» Incomparable dans le choc, bordé par un cercle tranchant comme un rasoir, orné de couronnes et de guirlandes, se mouvant à volonté, changeant de forme à volonté ;
» Créé par Brahmâ lui-même... 3 »
Ailleurs, d'après le même poème {IX, vers 608), il a été fabriqué par Tvash^ri, une divinité solaire. Dans une Upanishad, la Nnsimha-Tâpanîya-Upanishad (dans Indische Studien^ t. IX, p. 109), où il est décrit sous la figure d'un cercle magique, il est dépeint comme une roue à 7, 8, 12, 16 et 32 rayons.
1. Prîthîrâja Râsau, XXVII, 86, édition et traduction Hoernle, dans la Bibliotheca Indica, Calcutta.
2. Voir par exemple celle qui se trouve dans la caverne UI de Badâmi. Archœological Survey of Western India, I, pi. XXVI.