ET TERRAE MATRI
§ III. La roue est V image du soleil.
A l'occasion de Temploi parallèle de la roue et du disque, nous aurions du faire mieux ressortir l'identité du symbole par le fait que la plus ancienne forme de la roue a été une roue pleine, c'est-à-dire un disque. La roue proprement dite, c'est-àdire un instrument avec moyeu, rais et jante, est un perfectionnement industriel. On nous assure que la roue pleine, cerclée de fer, est encore en usage dans plusieurs pays, notamment dans certaines parties de l'Espagne*.
% IS. La roue dam Vlnde.
Aux textes sanscrits déjà cités, ajouter cette stancesur le soleil: « Son char a une seule roue ; un cul-de-jatte [Arouna] le conduit; les chevaux se rebiffent et pourtant le dieu brillant du soleil gravit la pente du ciel. »
Boethlingk, Indische Sprtiche, 2' éd., § 1357.
1 . On nous informe aussi que sur quelques chemins de fer les roues des wagons sont pleines.
§ Y. Les fêtes du soleil; les solstices; la Saint -Je an.
Ce paragraphe avait paru quand nous avons eu connaissance du travail de M. Ch. Cuissard, Les feux de la Saint-Jean^ Orléans, 1881. (Extrait du t. V des Lectures et mémoires de F Académie de Sainte-Croix.)
Le symbolisme par lequel les premiers apologistes chrétiens se sont emparé des fêtes païennes du 25 décembre et du 24 juin elles ont expliquées, est encore vivant de nos jours. Un curieux article du journal Le Pèlerin^ en date du 6 octobre 1884, nous en fournit un témoignage. C'est à propos de l'éclipsé de lune de Tavant- veille (4 octobre). L'auteur explique que dans le mystère de la création « le soleil représente, pour les humains, la splendeur du Christ », et que la lune représente la Vierge Marie. Et voilà pourquoi il y a une telle différence de grandeur entre le soleil et la lune : c'est pour garder la proportion.
Pourquoi la lune, qui fut créée avec le soleil, ne lui ressemble-t-elle pas, pourquoi est-elle si petite? Est-il possible qu'un même acte créateur ait jeté dans l'espace deux astres aussi différents que la lune et le soleil ? — Sans doute, c'est possible, car rien ne figure mieux la Mère de Dieu que cet astre de la terre destiné à notre nuit : il faut cette distance entre la créature pulchra ut luna et le soleil, de qui elle reçoit toute sa splendeur; et cependant, il est parfaitement dans Tordre que la Mère de Dieu et son Fils nous soient figurés dans un même acte créateur. •
§ VL La roue dans la fête de la Saint-Jean.
Ulllustrirte Zeitung du 27 juin 1888 a publié un article sur la fêle de la Saint-Jean en Carinthie avec une gravure intitulée : Das Sonnenwend'Feuerradspiel in Kasrnten, où l'on voit la jeunesse s'amuser à lancer des rouelles enflammées du haut d'une montagne.
Dans quelques villages de la Poméranie on pratique aussi l'usage de rouler un tonneau de goudron enflammé à la fête de la Saint-Jean; pour les détails, voir Temme, die Volkssagen von Pommem und Rûgen^ p. 351.
Les couronnes de fleurs à la Saint-Jean sont aussi un usage
du pays de la Hague, en Normandie. Voici comment le décrit M. Fleury [Méhisine, 1. 1, col. 339) :
A cette époque, les jeunes gens fabriquent de grandes couronnes de fleurs en forme de couronne royale, avec un pigeon de papier au centre, en souvenir de celui que saint Jean -Baptiste vit descendre sur la tête de Jésus au moment où il le baptisait. On suspend cette couronne au-dessus d'une place, ou même au-dessus d'une rue ; le soir on allume du feu dessous, c'est le signal de la danse. Les jeunes filles, les garçons arrivent en foule ; on chante, on fait des bouffonneries, on se poursuit, on s'embrasse, on joue jusqu'à ce qu'on tombe de fatigue, et l'on recommence le lendemain. Au bout de huit jours, la couronne est fanée, on la renouvelle, et les rondes se prolongent encore une semaine ou deux, et puis c'est fini jusqu'à l'année suivante.
§ VIL La roue de Gayant; la roue de Saini-Amable ; la roue
de Saint 'Guy.
La roue de cire de Saint- Amable a un pendant à Limoges ou, du moins, en avait un. M. Ad. Lascombe dans le t. XXVIII des Annales de la Société d'agriculture du Puy (p. S15-520) a publié quelques documents sur une confrérie de Notre-Dame du Puy qui existait à Limoges. Ce sont des extraits d'un manuscrit sur parchemin des Archives de la Haute-Vienne (n® 6272), mais dont on ne nous dit pas la date. La pièce principale est en limousin et on y trouve ce passage :
« Nos autres, coma bayles, N. N.. avem fait far aquest libre a honor de la Vergena Maria et del noble horatori del Puey de que nos autres de Limotges fasem coffreyria, et fazem far una chandelà a honor de liey que art nuiyt et jor davant liey, et la li offerem la vigilia de la Ascension fayia en manyera duna granda roda de sera, etc. »
Nous devons l'indication de ce texte à Tobligeance de M. Paul Le Blanc.
§ VIII. La roue aux autres fêtes solaires*
Dans le nord-est de TEcosse, le rouet ne doit pas être déplacé pendant le temps de Noël. (W. Gregor dans le Folklore Journal^ 1884, p. 332.)
§ IX. La roue amulette.
Dans la région de rAmmerland (duché d'Oldenbourg, Allema^ gne du Nord), on voit souvent une vieille roue de chariqt au dessus de la porte principale : c'est pour se garder des maléfices et surtout pour préserver le bétail. Dans plusieurs cas, des jeunes gens ont voulu enlever la roue en faisant réparer la maison dont ils héritaient; mais comme la mortalité se mettait dans le bétail, ils s'empressèrent de replacer la vieille roue à sa place. (Strakerjan, Aberglaube,.. aus Oldenburg^ t. II, p. 357.)
Dans plusieurs villages de la montagne en Tyrol, on suspend au dessus de la porte des étables une roue en forme de croix [ein Radmit Kreuzform.) Ces roues sont faites de bois dur et se transmettent de génération en génération comme des trésors précieux. On croit formellement qu'elles empêchent sorciers et magiciens de nuire au bétail. (Zingerle, 52//en, etc., des Tiroler Volkes 2e éd, p. 65.)
§ XL Les roues de fortune,
M. L. Desaivre nous informe qu'il y a des roues de fortune dans les églises des Pyrénées tout aussi bien qu'en Bretagne, et il nous cite notamment celle de Saint-Béat, près Bagnères-de-Luchon.
La roue de Confort (Côtes-du-Nord) a déjà été décrite dans le Guide de la Bretagne^ de M. Joanne (éd. de 1873, in-12, p. 600).
D'après un article des Mémoires de la Société Archéologique des Côtes-du'Nord, 1884, p. 339, il existerait encore d'autres raues de fortune en Bretagne. Voici le passage :
Le Sant-he-rod, saint à la roue, alias Roue sainte, dont le cercle extérieur est garni de clochettes, est toujours mis en mouvement (à Confort, commune de Berhet) lors de certaines cérémonies. Nous ne connaissons plus que trois églises (dans les Côtes du-Nord) outre la chapelle de Confort, où ces roues existent encore :
Quemperven, Locarn et Laniscat.
§ XlII. La roue dans f antiquité classique.
Une rouelle paraît comme boucle d'oreille (ou comme flottant à l'extrémité d'un diadème) dans une figure de femme de Tart