‹ Études de mythologie grecque [microform]Chapitre 15 sur 45 · LE MOLY RAPPROCHÉ DU SOMA · texte numérisé non relu

LE MOLY RAPPROCHÉ DU SOMA

retrouve mieux dans le contexte de la légende. Qu'on admette, ce qui est vrai, qu'Ulysse est un Dieu Soleil, appelé à combattre l'ennemi enfermé dans sa forteresse. 11 a peur, il est agité, il craint de partager le sort de ses compagnons. Alors l'aborde Hermès le messager (Agni) qui lui fait boire le Môly, le Hom. Dès lors il est purifié, il sait la route, il est courageux et fortifié contre les enchantements. En effet le Môly lui assure la victoire ; il n'a pas même besoin de combattre. Son ennemi prosterné implore sa clémence. Le Môly et le Ilom, ayant les mêmes effets, sont donc une seule et même cause, une seule et même plante magique. Seulement, pour les nations Ariennes d'Asie, le Hom est une plante réelle ; pour les Grecs, ce n'est plus qu'un souvenir, conservé par la tradition, depuis qu'il a disparu de leurs rites.

vu.

L'identité des caractères de Circé et d'Ârtémis montre que Circé peut être une divinité lunaire ; pour qu'elle paraisse telle absolument, il faut démontrer qu'une divinité lunaire seule peut être revêtue de ces caractères.

Il semble que la solitude doive appartenir au Soleil aussi bien qu'à la Lune, et rien n'est moins vrai. Les légendes ne finissent point de ses aventures d'amour ou de guerre ; le nombre de ses enfants est infini, comme celui de ses combats. De même qu'il éclaire l'action permanente des Dieux, et qu'il observe toutes choses (i), il est en vue à tous les Dieux : dont l'action commence à son lever et cesse à son coucher. Ils se couchent avec lui, et dorment toute (2) la nuit, Travvûxwt, comme dit Homère. Alors, dans la solitude du ciel assombri, voilà que peu à peu la lune élève son disque pâle, et silencieusement, parcourt le ciel à son tour.

(1) Cf. les épithètes ordinaires de Hélios : 7rKp.y«yôwv, <p</.s(jlix.^poToç, rîp-^îu£po-o;, et son intervention dans le mythe d'Ares et Aphrodite. Od. YIII, 271 ," un fait .du même genre est rapporté dans l'hymne à Déméter. V. 62, sq.

(2) Odys. II, 2. A'}1qi fis'y pix ôsoi rs x«t àvipzç 'nrrcov.opxtaTKi

syâov 7r«yyù^iOi, At« S'oùx s^s VYjSufio; iJTïvog. La veille de Zcus pendant le sommeil des autres Dieux est un pressentiment de la Providence, sans doute-, mais il a peut-être eu son origine dans une conception naturaliste. Zeus veille aussi dans l'Il. (YII. 477), et il s'agit d'un orage accompagné de tonnerre.

A mesure qu'elle avance, elle semble éteindre les astres. C'est bien la seule divinité de la nuit ; c'est pourquoi elle . est seule appelée a-j-ir, ; et son célibat est éternel (1).

Sur la terre, les hommes ont interrompu leurs travaux, ils se pressent autour du foyer qui brille, ou dorment comme les Dieux. Les oiseaux chanteurs se sont tus autour de la maison, et reposent dans leurs nids secrets. D'autres oiseaux, d'un aspect étrange, d'une voix sinistre, d'un vol silencieux se glissent dans l'air. Les cerfs, les lièvres se tapissent dans les fourrés ; et les fauves sortent de leur repaire. Leurs cris troublent le repos de l'homme ; le voyageur attardé hàtc son pas. La lune seule veille et n'a pas peur. Elle poursuit les fauves dans les taillis ; elle seule peut être chasseresse, parce que seule elle connaît leurs allures. Ces animaux qu'elle chasse l'aiment cependant et, s' apprivoisant à elle, l'accompagnent toute la nuit, pour . disparaître avec elle, car ils craignent la lumière du soleil.

(1) Sélûné, déesse, n'est pas connue d'Homère; elle ne paraît pas du moins dans les deux épopées. Mais elle figure dans les hymnes. Lorsqu'Hermés ramène les vaches du Soleil qu'il vient de dérober, le matin arrtvc, et Séléné qui se lève, ne porte pas témoignage contre le voleur, contrairement à ce que fait Hélios dans l'hymne cité. Cf. les hymnes XXXI et XXXII.

Dans ni. V, 555, Séléné est simplement l'Asti^e dont l'éclat surpasse celui des é:oiles, el rassure Je berger. De môme Od. IV, 45; la splendeur des appartements de Ménélas rappelle la lumière du soleil et de la lune. Le culte de Séléné en Grèce est une importation étrangère.

L'épithète âyv estfré]uentc : Od. V, 123 : y^pv(jôOpo-joç "Ap-saiç «p-Â. Ilnd.Xmil, 201, et pass.

(2) L'apprivoisement des fauves doit être distingué de la métamorphose. Homère ne donne pas les lions et les loups qui environnent la

En même temps elle revêt de formes fantastiques les buissons, les rochers. Le voyageur s'inquiète de ne plus retrouver aux objets leur aspect, familier lorsque le jour les éclaire. Il soupçonne dans chaque ombre un danger vague, d'autant plus redoutable. Il s'avance avec précaution ; la peur le gagne ; il s'affaiblit ; il perd courage, ce Jure moi, dit Ulysse (4), que tu ne me rendras pas nu, faible et énervé. » Tel est le principe des métamorphoses attribuées à Circé et à Artémis, à la première surtout. Sous l'empire de la peur, l'homme perd, de toutes les quahtés celle que l'antiquité prisait le plus, le courage ; il s'enfuit avec la rapidité du cerf, il se laisse égorger comme un pourceau, sottement, sans résistance. Mais l'intehigence, dans ses procédés primitifs, omet volontiers le terme de la comparaison ; elle dit en parlant du lâche qui fuit : c'est un cerf ; du lâche qui laisse tomber ses armes : c'est un pourceau. La métaphore passe immédiatement en fait

demeure de Circé comme ayant été des hommes; il dit au contraire qu'ils sont venus des montagnes ; et il ne les fait point hurler. Il y a donc deux contre-sens dans Virgile VIT, 7. sq.

Hinc exaudiri gemitus irœque leonum" Yincla recusanlum et sera sub nocte rudentum SseLigerique sues atque in prœsepibus ursi Saevire, ac forma;- magnorum ululare luporum Quos hominum ex facie dea seeva potentibus herbis ~ Induerat Circe in voltus ac terga ferarum.

Les fauves apprivoisés sont le cortège naturel de la Reine de la nuit. (1) La même prière, plus explicite se retrouve dans la bouche d'Anchise. (Hom. h. in. Yen. 188). « Ne me laisse point habiter impuissant parmi les hommes-, Prends pitié de moi, Car il se flétrit bientôt, celui qu'ont aimé les Déesses. » Le lecteur doit se rappeler que l'Aphrodite de l'hymne grecque est la reproduction de la Cybèle Phrygienne, une divinité lunaire.

dans la légende. Et bien que la religion grecque se soit embarrassée plus tard d'un nombre de métamorphoses tel qu'il a suffi à remplir un traité tout entier ou un poëme, il n'en est pas moins vrai que les transformations en cerf ou en pourceau ne sont attribuées qu'aux divinités lunaires. Celle d'Actéon en est le type. Le chasseur, à la vue d'Artémis sans voile, c'est-à-dire de la lune dont l'image se réfléchit dans les eaux, au miheu des bois soHtaires, n'ose plus avancer ; il fuit avec la rapidité du cerf et est déchiré par ses chiens (1).

La science des poisons ne peut être aussi attribuée qu'aux divinités lunaires. C'est là par excellence l'œuvre des ténèbres. Toute science, au point de vue mythologique, e§t d'ailleurs une œuvre de ténèbres. Les heures du jour sont absorbées par les besoins ou les devoirs de la vie. L'esprit n'y trouve ni la liberté ni la continuité d'attention nécessaire à toute recherche. Il a besoin du silence de la nuit pour se recueiUir et pour suivre sans distraction le travail commencé. Son travail lui-même a sa pudeur, parce que le résultat en est problématique, et qu'il révèle plus souvent l'impuissance que le talent de l'esprit. C'est pourquoi il évite, même lorsqu'il est avouable, le regard du désœuvré.

A plus juste titre encore fuira-t-il une surveillance importune, s'il est illégitime. Le magicien cueille ses simples à l'écart pendant la nuit, comme il procède pendant la nuit à ses opérations.

Ajoutons que l'antiquité et le moyen-âge ont attribué

(1) Cf. Pausan. IX, 4.

de préférence aux femmes l'œuvre dés ténèbres, ayant compris que c'est l'arme la plus commode à leur faiblesse, quand elles sont perverties. Les sorcières de Macbeth, si bien devinées ou si fidèles aux traditions de tous les temps et de tous les pays se distinguent toutefois des magiciennes grecques par leur aspect plastique. Les siècles modernes n'ont cru l'œuvre sans nom compatible qu'avec la vieillesse et la laideur, et c'est un progrès du sens moral qui repousse de la jeunesse l'extrême perversité. L'antiquité admet cette incompatibilité ; parce que la magie, chez elle, a eu son origine dans la religion, et qu'elle leur a paru simplement une puissance, malveillante sans doute, mais non immorale, puisqu'elle était des Dieux. La seconde Idylle de Théocrite met cette vérité dans tout son jour. Elle représente une femme jeune, belle et dédaignée se livrant aux opérations magiques qui doivent lui ramener son amant ou le faire périr. Toutes les divinités qu'elle invoque sont jeunes et belles aussi, Hécate, Médée, Circé, Artémis, Séléné et la blonde Périmède.

Entre Théocrite et Horace se place ce grand changement. La magie sous l'influence des cultes hétérodoxes colportés dans les campagnes et que l'histoire a trop négligé de signaler, est devenue un art empirique, une profession. Horace le constate en plusieurs endroits, et il forme ses magiciennes sur le patron qu'a suivi Sheakspeare ; il en rit comme de tous les ridicules de son temps ; mais ses plaisanteries mêmes affirment la grandeur du mal. Canidia, Sagana, Folia ne sont plus des personnages mythologiques ou poétiques, mais des figures

réelles de sorcières, mêlant à une connaissance empirique des poisons des cérémonies religieuses sans signification. Ce hideuses créatures n'ont rien à voir avec la magie des temps héroïques, simple illusion des esprits à la première lueur de la science.

Le dernier caractère propre aux- divinités lunaires, peut être parce qu'elles sont des déesses sidérales, est leur habitude de tisser ou de broder de grandes toiles. Elle n'est qu'indiquée dans le mythe d'Ârtémis par le fuseau d'or (xpu(7yAK-/.âTvî) (1), qui lui est attribué, et qui rappelle la navette d'or de Calypso. ixp^'^érr, y.Ep-/.îSt), Athéné est aussi une fileuse. Quand elle sort du palais de Zeus, elle laisse tomber sur le seuil son manteau moelleux, ce qu'elle a pris plaisir à travailler de ses mains (2). Hélène brode une immense tapisserie sur un canevas pourpre (3), où elle représente les nombreux combats des Grecs et des Troyens : immense aussi est la toile que tisse Pénélope pour tromper les prétendants ; le poète revient à deux fois sur ce caractère

(1) La broderie chez Calypso et chez Gircé est accompagnée du chant. Ce chant est-il un simple fait d'anthropomorphisme donnant aux Déesses les habitudes des femmes; ou plutôt n'y a-t-il pas là un caractère essentiel ? Cette difficulté sera résolue à propos des Sirènes chanteuses. Artémis chante aussi -, et c'est ce qui explique les chœurs des muses à Delphes.

(2) II. YIII, 38G, sq.

(3) II. ni, 125, sq. La toile d'Hélène est couverte de dessins représentant des combats héroïques. Lorsque l'on saura bien exactement ce que c'est que la guerre de Troie, on trouvera peut-être que les combats autour de Troie sont les combats du Ciel. Alors la toile d'Hélène sera simplement un voile constellé.

Il faut remarquer un peu plus bas, au vers 141 la robe blanche que revêt Hélène pour sortir de son palais.

dans la même proposition, ce Elle entreprend de tisser dans son palais une toile grande, délicate, immense, TTcpiasrpo^. Elle peut y travailler trois ans consécutifs sans exciter les soupçons des prétendants ; détail qui sert de commentaire aux deux épithètes qui précèdent (1).

Il faut remarquer que jamais Héra ne file, ni Aphrodite, ni les Muses ni aucune divinité autre que celles qui ont un caractère lunaire, ou quelque affinité avec la Nuit, comme Calypso, Hélène et Pénélope. C'est la seule observation qu'il y aurait à faire si l'on ne trouvait dans les Védas la même occupation assignée à la Niiit, dans une telle situation que l'interprétation se présente comme d'elle-même. « La Nuit, partageant avec Savitri, s'occupe à tisser sa toile immense. > Ces grandes toiles que filent les déesses de la nuit, et, par abus ou confusion peut être, les déesses lunaires, c'est le tabernacle du Ciel qu'elles étendent tous les soirs et que replie l'aurore tous les matins (2).

(1) Od. II, 94. sq.

(2) Orph. hymn. LXXII, 'Hw; — vj -i/xty.zoç ÇoijiôsvTa Y.ùa.i-Jo^pS>T(x TTOpsv/j'j à.vro)lxig zxîç goûç t^s'^ttsiç inzo viazsoc/. '•^airiç.

On sent que la toile de Pénélope faite et défaite chaque jour, n'est pas autr.e chose que l'expression de cette croyance naturaliste ; mais le texte s'y prête très-difiicilement : « Tout le jour, elle tissait sa toile; toutes les nuits, elle la défaisait.- » 'v5ui«tîv] p.îv û^kwîot.ev iiéym 'ktzov, vûxraç S'âW.Û£(rzEv. Il semble que c'est le contraire qui dût avoir lieu. Le m.ythe d'ailleurs a reçu une altération plus considérable ; ce n'est pas la nuit qui défait sa toile, mais bien toute- divinité du matin. Homère, qui n'en a plus le sens, réunit dans ces deux vers sous le nom de Pénélope deux travaux dont un seul lui appartient. Ceci d'ailleurs mérite encore beaucoup d'attention.

Quoique Homère ait ignoré le rôle attribué à Circé dans l'antique hiérarchie des Dieux, et qu'il l'ait représentée plutôt comme une grande dame que comme une divinité, il sait cependant qu'elle est Déesse ; et il lui échappe même de l'appeler une grande Déesse : §t« ôsâwv, par une réminiscence des hymnes qu'il avait entendus. Mais, en ce qui concerne Ulysse, il n'éprouve aucune hésitation, et le croit et le représente comme un nourrisson de Zeus, un roi, un héros expérimenté et courageux, rien qu'un homme cependant. Et le lecteur est tout disposé à le considérer comme tel. Si l'on compare cependant l'épopée homérique avec les incidents, les luttes, la victoire définitive du héros, sa descente aux enfers à toute autre épopée solaire, même dans les arguments d'ApoUodorc, on comprend, sans plus ample examen^ que les péripéties de l'Odyssée sont celles d'une course solaire, et que par conséquent Ulysse est lui-même un Dieu Soleil. La ressemblance est surtout frappante avec Hercule. Celui-ci est soumis à des travaux comme celui-là à des erreurs; et les travaux d'Hercule sont souvent des erreurs ou des voyages, comme les erreurs (4) d'Ulysse,

(1) Dans les hymnes Vôdiques, le Soleil est quelquefois appelé le voyageur : R. Yéda : Tom. I, p. 94. « Soleil voyageur, exposé aux yeux de tous (7r««7tyâvîç), tu remplis tout le ciel de ton éclat. » Ibid. II,

sont souvent des travaux : la lutte avec les Lsestrygons, par exemple, avec Scylla, avec Polyphême. Homère a vu parfaitement cette ressemblance, et l'a fait constater par Hercule dans les paroles qu'il adresse à Ulysse, descendu chez Pluton : « Ah ! malheureux, toi aussi tu mènes une triste vie sur la terre. Fils de Zeus, fils de Kronos, je souffrais mille ennuis, soumis à un lâche mortel qui m'ordonnait de difficiles travaux. -Il m'a même envoyé ici pour en ramener le chien, et il comptait que le combat ne serait pas possible; pourtant je l'ai ravi du palais d'Adès, dirigé par Hermès et Athéné. » Cette descente aux enfers, rappelée par Hercule est une circonstance caractéristique de la vie des Dieux solaires, qui, après avoir achevé leur course diurne dans le ciel paraissent s'abîmer dans la nuit. La bataille sanglante qui termine le poëme appartient aussi à la catégorie des travaux solaires. Le héros est armé de l'arc et de la flèche comme Apollon ou Hercule (1) ; les prétendants abattus se

p. 318. « Dieu qui précèdes la lumière du Voyageur! » Jbid. Tom. I, p. 40. « C'est le royal Varouna qui prépara au Soleil celte large voie où il poursuit sa carrière ; qui, dans une région dépourvue de route, en fit une pour le voyageur. »

(1) L'arc et les flèchei sont les armes de Hélios et de Séléné, patrons des archers comme dit Eustathe (40). Ce sont les armes de prédilection d'Ulysse. Il les emploie dans la reconnaissance du camp des Troyens, avec Diomède (11. X, 2G0); dans la chasse de l'île ^a (Od. X.) mais surtout dans la catastrophe finale de l'Odyssée. Toute la scène doit être en quelque sorte étudiée mot à mot dans le texte (XXI) notamment l'examen attentif que fait le héros de son arc, et la comparaison inattendue qui le termine : « Après qu'il l'eût bien manié et considéré en tous sens, ainsi qu'un homme habile sur la lyre et dans le chant tend facilement une corde avec une cheville nouvelle, sans plus d'effort Ulysse tendit le grand arc. De la main droite il essaya la corde qui rendit un

remplacent et se multiplient comme les têtes de l'hydre de Lerne : le carquois s'épuise avant la chute de tous les adversaires et Ulysse est obligé d'avoir recours à son fils Télémaque, à Eumée et à Philétios, ses serviteurs, comme Hercule à Jolaos. C'est un orage à la fin du jour. Le soleil, ayant dissipé ses ennemis se couche vainqueur. Creuzer, par un pressentiment remarquable, a indiqué, dans le même courant d'idées, comme pouvant être des mythes solaires, la sortie de la caverne de Polyphême, oii Ulysse et ses compagnons reviennent au jour, portés par des béliers, et le jeu de l'arc lorsque Ulysse fait passer sa flèche par les douze anneaux également espacés (i). Il serait -facile d'augmenter le nombre des exemples ; mais ce n'est pas le lieu ici. Si l'on prétend qu'Ulysse se distingue d'Hercule par l'affection constante qu'il porte à Pénélope et lui fait regretter Ithaque dans Ogygie, Schéria et l'île ^a, on peut répondre que cette affection n'est que de préférence et ne l'empêche pas de porter ses amours au dehors (2). En fait il s'oublie auprès de Circé, comme Hercule auprès d'Omphale.

Le nom d'Ulysse, 'oSlic-o-cûç, bSuiTsûç, bSto-o-sûç, en le considérant comme absolument grec, se rattache au radical bSoç, bSsûw, route, faire route ;et cette étymologie, malgré celle qu'Homère avait pris soin de donner, a été acceptée

son clair comme un cri d'hirondelle. » Apollon n'agirait pas autrement. Les douze anneaux représenteraient non les signes du Zodiaque, mais les mois lunaires qui sans doute ont, en Grèce, comme ailleurs formé l'année.

(1) Creuzer, dans Guigniaut. p. 1141.

(2) Cf. Eust. 1796, et Proclus, Ghrest.. Ulysse épouse Callidicé, reine des Thesprotes.

par quelques grammairiens anciens, et consacrée par une légende mythologique (i). Elle convient parfaitement au caractère du héros dont toute la vie comporte une suite non interrompue de voyages, et en qui le poëte vante son expérience des hommes. Le même radical bSôî se retrouve dans le nom d'une divinité certainement lunaire, Astérodia ( A(7Tc/)o§t«) en tant que faisant route à travers les astres (2). Ulysse serait en conséquence un Soleil Voyageur, analogue à Hypérion ( Yttcoîwv ) que son char emporte au-dessus de la terre. Remarquons que dans l'Inde le Soleil est souvent appelé simplement : le Voyageur. La signification du mot grec, telle que nous la comprenons, se retrouve, non dans les formes étrusques et latines qui ne sont que des dérivés d' bSyffffîyç (Uthuxe , Uluxe , Udysseus , Ulyxes) mais dans Nanus (Nâvoç) employé par Lycophron et traduit par nkv.-rf,Tr,ç {Errabundus) celui qui erre, qui voyage. Il le

(1) bSôç a l'esprit rude ; bSuo-crîûç, l'esprit doux. Mais les grammairiens grecs hésitaient, selon qu'ils adoptaient le radical bSôj, ou le radical 'oSùo-ffoaat. Eustathe cite Silénus de Ghios, un mythologue qui avait adopté l'esprit rude en se fondant sur cette légende : « Anticléa, mère d'Ulysse, voyageait sur les pentes du Néritos. Zeus vint à pleuvoir. Anticléa (glissa et) tomba, et accoucha sur le lieu même d'un enfant qu'elle appela Ulysse, parce qu'il avait plu dans son voyage [h) Tvj o§&j vccf-L.) » Il faut qu'un grec et un grammairien ait eu dix fois raison pour contredire une étymologie donnée par Homère. La légende homérique est en effet trôs-dilîérente : « Euryeléa plaça son lils sur les genoux d'Autolycos et lui dit : « Autolycos, trouve le nom que tu veux donner au fils de ton fils, et qui te sera le plus agréable. » Autolycos répondit : « Mon gendre et ma fille, donnez à ce garçon le nom que je vais vous dire. Je viens chez vous courroucé contre quantité de gens, hommes et femmes. — oSua-a-âp-evo; tôS' î-/.âvw ; — c'estpourquoi vous l'appellerez le courroucé, Ulysse. On voit en serrant d'un peu près le sens, que c'était aux gens volés par Autolycus et non à lui, le voleur,

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